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appoirtements de 780 frs. chacun ; l’un se nomme le père Aubry, et l’autre Lefranc; mais malheureusement 1ls étaient absents, et généralement tous les hommes femmes et enfants étaient à recueillir du geinseing. 1! n'était resté au village que les vieillards ; j'étais assez fâché de ce contre temps, ainsi que le curé; d’ailleurs il faisait grand chaud, il n’y avait point d’endroits propres pour nous reposer que les cabannes où l'air qu’on y respire ferait acheter trop cher la frais qu’on voudrait y prendre. ”’Tne fille de 16 à 17 ans qui vit notre embarras vint nous joindre ; notre curé la reconnut pour être attachée aux révérends pères, et il l’engagea à nous ouvrir La porte de leur maison ; Françoise (c'était son nom) y consentitavec peine. Y étantentrés, nous parcourûmes tous les coins pour découvrir quelques bouteilles de vin, mais inutilement ; cette fille qui se douta de ce que nous cherchions, nous fit entendre qu’il n’y en avait point ; nous y reposâmes un instant.
ette sauvagesse est de la nation des sioux, et esclave pour avoir été pris en guerre, Assez jolie, elle a un son de voix doux et séduisant, porte les pieds beaucoup plus en dedans que le commun des sauvages, et sert aux commissions et aux besoins des révérends pères. Après nous être un peu délassés, entrés dans l’église qui est nropre et bien ornée. L’on m’y montra un collier de porcelaine attaché au rétable d'autel, que les sauvages ont donné à Dieu comme un garant du sermentinviolable qu’ils ont fait de ne jamais boire de l’eau de vie dans !2 village, et pas même dans l'étendue des chenaux qui y conduisent ; il est large de ? pouces et demie et fait du poil de porc épic et d’orignal, et garni de porcelaine de l’espèce dont on a parlé cy-devant.
On estime que depuis le village français jusqu’à celui-cy sauvage, il n'y a qu’une lieue.
Le Chabal qu’en a tenu pour y aller est bon ; il s’y trouve quelques roches dans le temps des eaux basses qu'on évite au moyen d’un peu d'attention.
Na.—Que les terres y sont des meilleures, que le pays est plat, que chaque cabanne sauvage a son champ de bié d’inde, et que les français ne peuvent étendre leur établissen.ent sur les cantons qui sont reservés aux indiens. ;
Que la rivière remonte vers la Nouvelle Angleterre 12 à 15 lieues, mais qu’elle est traversée de rapides en dessus du village et qu'elle n’est praticable qu’en canots.
Le curé en question, nommé M. Duga, voulut m’engager à coucher chez lui pour attendre les missionnaires, et il s’offrit d'envoyer à Sorel où ils étaient allés pour les avertir de mon arrivée, mais j'étais pressé par le temps. Je le remerciai de sa politesse en le priant de présenter mes compliments aux révérends pères, et tous mes regrets de n'avoir pas été assez heureux de les rencontrer ; qu’au reste, que comme je savais qu’ils venaient tous les ans à l'automne à Québec, peut être qu'ils y arriveraient avant mon départ pour France. J'étais si prévenu à l’avantage du père Aubry que je savais homme de 60 ans, plein de bon sens, de mémoire et de connaissance sur le pays en général, qu'il me fâchait de ne le pas connaitre pour discourir avec fui sur les intérêts de cette colonie,
Na.—Que quoiqu’on ait dit cy devant que tous les sauvages élaient au geinseing, il y en avait bien une partie à Orange, d'autant qu’il leur est permis de porter chez les Anglais les castors qu’ils ont pris ou tués euxmêmes, mais un seul paquet à la fois; encore fautil qu’ils soient munis d’un certificat des missionnaires comme il leur appartient. Néanmoins ils profitent de cette permission pour y en porter le plus qu’ils puvent, attendu que les angluis les leur payent à un prix plus cher que la compagnie des Indes. A mon avis, il faudrait imaginer un moyen d'interdire ce commerce ou au moins, pour qu'il ne devienne abusif par les marchandises prohibées, qu'ils apportent en retour.
Après nous être instruits de tout ce qui pouvait intéresser ce village, la rivière et les environs, nous nous acheminâmes vers notre batteau, accompagnés de la fidèle Françoise que nous gracieusâmes largement de notre bourse ; ensuitte, embarqués avec notre curé qui voulut absolument me conduire au en loing, pour me donner plus de temps et de facilité à remplir les objets
que je me proposais voir. Le lendemain, retournés sur nos pas par le chenal St. François jusqu’à celui de Tardif, y entrés et fait route par son milieu : ses bords
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sont assez également habités jusqu’à son confluent dans le lac St. Pierre, mais il n’est pas absolument bien net. Il s’y trouve des arbres arrêtés au fond par des roches qui occasionnent du danger si on y passait la nuit, Vus plusieurs belles maisons sur la droite. Envie me prit souvent d’y descendre, d'autant que la nuit tâtonnait, mais je n’osais par crainte de désobliger mon guide qui enfin, nous mit à terre chez la veuve Bastien, où nous eûmes un logement des plus pauvres, des plus chétifs et même des plus malpropres, tant il est vrai que quand on croit être à peu près bien aans un endroit, i! ne faut point être curieux d’en chercher un meilleur, crainte de le trouver pire.
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Suitte de la route sur le fleuve St, Laurent et du village sauvage de Bécancourt.
Sortis à quatre heures du matin de chez la Vve. Bastien pour aller au village sauvage de Bécancourt. Il faisait un brouillard assez épais qui vous obligeait d'aller doucement, crainte de toucher à des roches, ou d’échouer sur des arbres que les eaux charient, et apperçu, comme la veille de chaque côté de la rivière des habitations.
Au débouché de ce chenal, dans la baye de St. François, est un platier sur lequel on échoua 3 à 4 fois ; il fallut mettre des hommes à l’eau pour nous en tirer ; mais on observe qu’en se jetant un peu à l’ouest en sortant, il y a ordinairement plus d’eau.
Le brouillard dissipé, distingué les terres du nord de ce lac, encore mieux celles du sud. Le vent sudouest survint, l’on mit à la voile et l’on se guida sur la pointe de la partie du sud du lac St. Pierre,
Courus au large de la batture à pleine voile, dans la confiance qu’il n'y avait rien à craindre, mais nous talonnâmes rudement contre une roche.
Apperçus aux terres du sud le débouché de la rivière à Nicolet par un éclaircy ex forme de trouée que l’on découvre à travers les arbres,
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Na.—Cette rivière à Nicolet est habitée, mais il s’en faut de beaucoup que le pays y soit aussi vivant que dans les autres parties du fleuve,
La pointe du lac sur laquelle on se conduisait à la artie sud, est située à peu près vis-à-vis celle du nord. ’uneet l’autre désignent l’entrée dans le lac St. Pierre.
On estime du débouché du chenal Tardif jusqu’à cette première pointe, 6 à 7 lieues.
Doublé la dite pointe du sud, cotoyé toujours la ditte rive, vûs de chaque côté des habitations et au nord la pointe de la Badie, située entre celle du lac et la ville de Trois Rivières ; passés par le travers de cette ville, et apperçus au sud le débouché de la rivière Geoffroy, et au nord les trois autres de la rivière St. Maurice; plus loing.du même côté, le cap de la Magdelaine, l’église de ce nom, et rangeant toujours les terres du sud, parcouru par le travers de celte église vis-à-vis les trois débouchés de la rivière de Bécancourt, séparés l’un de l’autre par desiles de sable et traversés chacun d’une batture à leur entrée ; suivi celui de la gauche comme le meilleur. On ne cessait d’y échouer continuellement, de manière qu’il fallut mettre des hommes à l’eau pour conduire le batteau à la main pendant 46 à 50 toises ; gagnés au delà le lit et le large de cette rivière : elle est belle et nette jusqu’à l’église française de ce nom située au côté du nord.
Na.—Qu'’entre le chenal du milieu et celui de la droite est une isle.
Continuant à faire routte le long de cette rivière, rangés toujours la terre du sud, .vus sur la gauche la grande isle de madame Choisy séparée de la terre du nord par un chenal, Elle était ci-devant habitée; au moins doit-on en juger de même par les défrichés qui s’y trouvent, et les ruines des anciennes habitations qu'on y apperçoit.
Parvenus à peu près vis-à-vis sa pointe d’amont, mis à terre du coté du sud. Le vent contraire et le courant nous empêchèrent de reinonter cette rivière jusqu'à l'Eglise française, comme je me l’étais proposé.
Na.—Qu'avant d'arriver à la pointe d’aval de la ditte isle, est un moulin à vent construit à la grande terre du nord, que les habitations y commencent et qu’elles
continuent autant d'un coté que de l’autre de cette rivière. Entrés dans la prem.ère maison et pris les informations suivantes :
Que de là à l’église française, il y avait une demie liene. Qu'à celle sauvage, située à la rive du sud, on estimai' une lieue, et que le chemin pour y aller établi le long de cette rivière, était bon.
Que j'aurais pu à peine me rendre à cette première église en batteau ; et plus loing la rivière était traversée de rapides qui ne perimrnttaient qu’à des canots sauvages de la pratiquer ; il faisait bien chaud et il était dix heures. Cependant il me fâchait de m’en retourner sans avoir rempli mon objet, de manière que réflexions faites, les incommodités du temps ne doivent jamais s'opposer à l'exécution des entreprises qu’on s’est prémédité, mon parti fut de me rendre à pied au dit village sauvage ; pris deux hommes avec moi, suivis un sentier qui va d’une terre à l’autre, traversés des prairies magnifiques où le foin est si abondant qu’on néglige de le recueillir; d’ailleurs, elles sont si communes qu’on ne se donne pas la peine de les travailler, c’est à dire de les dépouiller des broussailles et des mauvaises herbes qui suppriment une partie de leur production.
En suivant toujours le dit sentier, on laisse les habitations sur la droite. Vus des grains de toutes espèces et de la dernière beauté, passés sur un pont de bois une branche de la rivière qui s’en détache à une demie lieue au dessus, ensuilte, arrêtés à une maison pour discourir sur le pays ; on l'estime l’un des meiileurs du Canada. De là, continué à marcher, traversé un pont établi sur la ditte branche et arrivé au village sauvage situé sur une hauteur d’où l’on découvre tous les environs.
Entrés chez le missionnaire Jésuite ; ensuite, parcouru le village avec lui. Il n’est pas considérable, il n’a que 19 cabanes, toutes de figure carrée longue, construites et couvertes comme celles du village St. François. Tous les sauvages étaient en traite à la Nouvelle Angleterre, ou à recueillir du geinseing ; toutes les cabanes étaient fermées, de manière qu’il n’y avait dans le lieu que les personnes que les infirmités ou l’âge empèchaient de
marcher. Après cette tournée, nous rabattimes à l'Eglise. Elle est d’une construction semblable à celle des paroisses du Canada. De là, entrés dans la sacristie où bongré malgré, il me fallut voir tout le trésor : il consiste en lampes, chandeliers en nombre grands et petits, croix avec bâtons, Christ de plus de 4 pieds d’hauteur, deux figures de Saints et plusieurs reliquaires, le tout en argent, et en des ornements d’étoffes les plus riches et couverts de broderies et de galons d’or et d'argent. Ensuite rentrés au preshytère, discourus sur le propre de ces sauvages ; ils sont tous comme ceux de St. François de la nation des Abénakis, attachés aux Français et beaucoup à leur intérest Fe curé prétendit que cette rivière remonte 10 lieues dans les terres et qu’elle sort d’un lac. Mon avis serait d'établir un fort, si l’on ne peut à 1x tête de ce lac, au moins à sa sortie, affin de prendre possession et ôter à l'anglais l'envie de s’y établir ; que les rapides dont elle est traversée n’y permettent aucune navigation qu’en canots, et que ses bords plats et bons, présentent des ierres propres à toutes sortes de productious.
De là repris ia routte pour m'en retourner à la maison où j'avais mis à terre avec mon curé que j'avais invité à diner ; chemin faisant il me dit qu’il desservait les deux églises, qu’en conséquence, il binaïit et que sa paroisse nombreuse en habitants étail d’une étendue trop grande pour y remplir seul les secours des habi. tants.
A mon arrivée à l'habitation où j'avais laissés mon monde, j'étais fatigué plus de, la chaleur que des 2 lieues que j'avais faites à pied ; reposés un instant, ensuite dinés amplement et longtemps ; rembarqués à 4 heures après-midi, après avoir pris congé de mon curé et remercié mon hôte, suivis la même route que j'avais tenue en venant, mais au lieu de déboucher dans le lac par le chenal que j'avais pratiqué, je sortis de cette rivière par celui du milieu ; y essuyés même difficultés : Ja l’autre de la batture de roches et de sables qui la bassent; force fut de pousser à mains
d'hommes le batteau.
Au delà vus le débouché du 3me chenal; il est éloigné du précédent d’un quart de lieue; plus loin ayant
l'Eglise de Champlain située à la rive du nord pour objet, fait la traversée du fleuve à la voile et à la faveur du courant et descendus chez les sœurs de la congrégation de ce village ; elles n’y sont que deux, y tien: nont, comme tôutes les autres répandues dans les côtes des pensionnaires, sont proprement logés, et à partir de l'Eglise et sur le bord du fleuve d’où elles découvrent tout ce qui y passe et les habitations de la rive du sud,