RÉCAPITULATION DES JOURNÉES
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Na—On ne compte ea 57 lieues de Québec à Montréal, en allant par le chemin ordinaire ; mais en passant par Lorette, il s'en trouve 58.
Fait à Montréal le 14 Fevrier 1753.
FRANQUÉ.
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Voyage par terre de Québec à la Pointe aux Trembles, de la paroisse de Neuville, avr “.r.l’Intendant pour accompagner Mr. le Général ..ans son voyage à Mont- Î réal.
Il est d'usage et de nécessité que le général de la colonie monte à Montréal dans le courant de Janvier, et ne s’en revienne à Québec que dans le mois d’Août. Entr'autres affaires qui l'y attirent, les principales sont :
—Pour nommer et faire choix des officiers capables de commander dans les postes du Roy, établis dans les pays d’en haut.
—Pour déterminer le nombre des soldats dont les détachements doivent être composés.
— Pour régler les voitures nécessaires à leur trans. port, ainsi que les vivres dont il faut qu’ils soient pourvus, eu égard au temps qu’on estime qu’ils doivent être en route pour se rendre à leurs destinations.
—Pour munir Ces mêmes postes de tout ce qui est nécessaire à leur subsistance et à leur deffense, pendant un an.
— Pour délivrer des congés, à ceux des commerçants qui s’y présentent, d'y passer pour y faire la traite.
— Pour arrêter et ordonner le nombre d’engagés pour 4 le service des négociants, et d’autres à l'utilité du service ; du Roy, affin de pouvoir coustater tous les ans un état ë juste des habitants qui sortent de la colonie, h
— Pour recevoir les députés des nations sauvages qui y viennent tous les ans apporter des présents, en rece- s voir de la part du Roy, faire des représentations pour ou contre nos possessions parmi elles, et donner des colliers pour la sûreté des engagements qu’ils prennent avec nous.
On expliquera dans un mémoire particulier le nombre et la position des postes où le Roy tient des
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troupes, distinguées d'avec d’autres affectées au commerce, le traitement des officiers dans les premiers, les obligations de sa Majesté pour les présents, les sujétions auxquelles sont tenus les commerçants daus Îles autres, et comment s’acquièrent les congés; ce détail est trop long pour le constater icy ; il ferait perdre 4e vue ‘’objet qu’on a dessein de traiter,
Le général ayant fixé au 14 de Janvier son départ de Québec, M. l’intendant s’offrit poliment de l’accompagner jusqu’à la pointe aux trembhles, de lui donner à souper le même jour, et à déjeuner le lendemain ; à quoi consenti. L’on partit à 9 heures du matin.
Le général, en pareil cas, ayant coutur..e d’être accompagné de plusieurs officiers pour la décence de son état, M. Duquesne avait nommé :
Messieurs,
Vergor } St. Ours | La Martinière + Capitaines Mariu Péan St. Laurent ra do qui Lieutenants et LeMercier
Na.—L'on pourrait considérer cet arrangement à l'instar de la liste que fait le Roy pour les Seigneurs de la Cour, qui doivent être du voyage de Marly.
La même considération subsisterait pour l'état de Mr. Bigot, intendant ; elle s’étendit à comprendre à sa suitte, Mesdames :
Péan Lotbinière Marin de Repentigny et du Linon Mess. :
Franquet, inspecteur des fortifications envoyé de France. St. Vincent
Dumont Capitaines Lanaudière Repentigny Lieutenant
Tout ce monde s’embarqua à 10hrs, du matin, deux à deux, dans des carrioles trainées par un ou deux chevaux, de la fantaisie d’un chacun, et partit par un temps les plus durs de l’hivert : il gelait vivement, il faisait une poudrerie et un vent du sud ouest qui désolait tous les voituriers.
Sortis par la porte St. Louis, au bruit d’une salve de coups de canon, suivis le chemin qui conduit à Ste. Foye, seigneurie appartenant aux Jésuittes de cette ville. Il laisse à pero l’église de cette paroisse, parvient au sominet du Cap Rouge où il est pratiqué tout le long des talus de face à la rivière de ce nom. On peut le considérer bon et plat depuis la ville jusqu’à cet eadroit, mais il devient serré et étranglé, notamment an coude qu’il forme à la rencontre du dit talus ; néanmoins, comme les deux cotés sont boisés, en cas qu’on versât vers celui du penchant, les carrioles seraient rete-’ nues par les arbres.
Au bas du dit cap, traversé la ditte rivière sur la glace ; il y a un passage, établi à la rive gauche; il sert en été à passer les gens de pied sur un canot, et à conduire à la nâge ou à gué les Ghevaux, suivant comme la marée est haute ou basse.
Au delà de cette rivière, montés sûr les terres €e la rive droite, par une rampe assez roide, de là jusqu’au moulin de St. Augustin. Le chemin est un peu montagoeux, et pour descendre au dit moulin, ilest vide, étroit, pratiqué le long d’une côte de face au fleuve.
Au bas de cette côte, passés sous l’aqueduc des eaux qui font tourner le dit moulin. Cet aqueduc est en bois, porté sur des chevalets, et sette seigneurie et le moulin appartiennent aux pauvres de l'Hotel Dieu de cette ville. à
Au delà du dit moulin, entré dans le fleuve, Comme il était pris fortement de la gelée, on le suivit pendant un gros quart d'heure à la distance de 80 à 100 toises des terres jusqu’à l’église du nom de ce moulin ; là, repris le chemin ordinaire sur les terres. Il conduit à la côte à Dubôt où il était si forcé par la neige qui le retrécissait, qu’il fallut que les voituriers s’aidassent réciproquement pour y passer les carrioles l’une après l’autre.
Au delà, traversé une campagne assez montagneuse jusqu’à la côte à Doré, aussi peu pratiquable aux voitures en hivert que la précédente.
Parvenus au sommet de cette dernière côte, le chemin au delà traverse quelques montées et quelques descentes, laissés des maisons à droitte et à gauche, et il conduit de la ditte pointe aûñx Trembles de la Seigneurie de Neuville appartenant à Mr. de Meloïse,
Na.—Le chemin dans la partie du fleuve que l’on traverse sur la glace est raboteux par la quantité de boürguignons qui s’y amassent. On nomme tels des glaçons que le vent et les courants déposent le long de terre, et la quaatité que les eaux charrient fait qu'ils s'étendent assez au large ; au reste, le fleuve n’était pas pris totalement, mais seulement le long de ses bords comme on l'a dit.
En général, le chemin de la ville à la ditte pointe aux Trembles est bon ; il laisse toujours le fleuve sur la gauche ; ilest vrai qu’il faut souvent monter et descendre, mais à peu de frais, on pourrait le rendre praticable, sans risque en tous temps ; d’ailleurs, il était balisé dans toute son étendue, même sur la glace, sujétion à laquelle sont tenus les habitants, chacun vis-àvis les terreins qui lui appartiennent ; en outre au temps de neige, ils sont obligés de les faire : c’est proprement déterminer son assiette, de le battre avec des traineaux et de l’affermir. Sans cette précaution, il ne serait pas possible de voyager dans ce pays.
Parvenus à la ditte Pointe aux Trembles, descendus chez les sœurs de la Congrégation. Elles n’y sont que 2; la maison est assez grande. Le général s’y fixa et chacun se retourna pour retrouver ua logement. J’arrêtai le mien chez Mr. le curé ; Mr. lin‘errdant vint y coucher aussi; de manière que sa cuisir'? établie chez les ‘ites sœurs, on s’y rendit à 5 heutes, l’on y joua, soupa, et avant 10 heures chacun avait rejcint son lit.
A notre arrivée chez les dittes sœurs était une garde de 20 à 25 hommes de la milice de la côte, qui se rit en haye. à la descente du général. Elle y passa la nuit et ne se retira que le lendemain après son départ,
Le général partit le 15 à 9 hrs. du matin avec les officiers qui l’accompagnaient ; il était suivi de Mr. Duchesnay, son capitaine des gardes, de son secré taire nommé Merelles, de ses domestiques, de deux gardes et précédés de 5 à 6 carrioles pour battre les chemins. Après son départ, Mr. l’intendant fût le remplacer, et proposa à toute la compagnie d’ passer la journée, ajoutant que son maître d'hotel s'était précautionné de vivres à cet effet, et que le lendemain, on partirait après le diner ; à quoi consenti. L’on y joua beaucoup et l’on y fut servi avec la même propreté et les mêmes attentions de sa part qu’à Québec. Le 16, après avoir diné, remontés en voitures sur les deux heures après midy, suivis le chemin que l’on avait tenu en venant ; le temps était beau et clair. L'on ne s’arreta seulement que chez le passager du cap Rouge, pour y chauffer les dames qui souffraient du froid. Ce passager, par parenthèse, et sa femme encore jeune, ont 12 enfants, dont 7 filles et 5 garçons, tous bien portants
Arrivés à la ville à 5 heures du soir, descendus chez Mde. Péan, où, soupés grandement, l’on ne se sépara qu’à dix heures du soir.
Tous les frais des voitures et autres sont aux dépens du Roy. Lls doivent être considérables, d'autant que les carrioles à deux personnes sont traîaées par deux chevaux, qu'il y a 57 lieues de Québec à Montréal, et que l’on paye 20 sols par lieue pour un cheval ; il n’y a que les traîneaux pour les équipages et les carrioles à une personne qui soient attelés d’un seul cheval. Le prix de chacune jsurnée de conducteur comprise, est de 70 à 75 frs. pour ce voyage. Indépendamment de ces dépenses, en sont d’autres, comme les journées du grand Voyer qui devance le général de quelques jours pour l’arrangement des chemins. Il est payé à raison de 7 à 10 frs. l'heure, et s’il est obligé à quelques frais extraordinaires, on y a égard suivant l’état qu'il présente. D'ailleurs, pour plus grande sureté des chemins en hivert, tant ia glace que sur la terre, les habitants
des côtes sont obligés de }"s passer avec un nombre de carrioles ; plus il s’en trouve plus on est content d'eux ; d'autant que c’est une marque de leur attachement et
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de leur affection au général. Enfin l’on peut dire que lorsqu'il est en marche, toutes les côtes sont en mouvemen... et aux endroits cù l’on désigne les relais, il faut que le nombre de chevaux demandés s’y trouve ; sans quoi, punition de prison, ainsi qu'elle s’est ensuivie à plusieurs défaillants qui ne s’y étaient point rendus, dans la confiance que le temps étant par trop dur et trop mauvais, le général ne marcheraïit point, On n'épargne rien dans ce pays, quand les chefs de la colonie méditent quelques voyages où quelques mouvements. Tout se paye largement, et comme ils sont dépositaires des fonds, on ne ménage point ies dépenses ; il n’y a qu’à juger de toutes autres, en général, par celle d’un voyage de cette nature. Tout le monde est voituré aux dépens du roi: maïtres, domestiques, sont deirayés, et la nourriture s'étend jusque sur les voituriers. Îl arrive de là qu'on ne peut détacher un officier pour le tien du service, sans ie payer grassement, encore le plus souvent n'est-il pas content, et qu'on peut dire que rien ne se fait ici qu’à force d'argent. Il y a bien des moyens à proposer pour modérer ces sortes de dépenses, mais à moins que la cour ne les ordonne rigoureusement, on ne s’y conformera point,
À mon avis, ce serait:
1o Que les chefs de la colonie ne sortissent de leur résidence que pour le besoin et l'utilité du service.
20 Que pour la décence de leur état, on leur accorda quatre carrioles attelées à deux chevaux chacune, pour eux, leur secrétaire, capitaine des gardes et domestiques, et six trainées d’un cheval chacune, pour porter leurs équipages, lorsqu'ils se trouveraient dans le cas de découcher.
30 Que les gîtes pour maitres chez les habitants fussent payés 30 sols par nuit, 15 pour les domestiques, et que la nourriture fût à leurs dépens.
40 Que pour ne pas surcharger les habitants de corvées, on limita le nombre des carrioles en hivert qui précéderaient ces Mrs. dans les voyages ; qu’on supprima la garde de la milice ; qu’on établit les chemins aux frais du Roy jusqu’à 20 pieds de largeur, que toutes les côtes fussent arrangées sur ce pied ; que les habitants fussent ensuitte tenus de les entretenir à la diligence
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du capitaine des côtes. Pour lors, les frais de voyage du grand Voyer seraient supprimés. L’habitant ne serait point détourné avec confusion, comme il l’est aujourd'hui, et il y aurait plus d'ordre et d’arrangement dans tous les mouvements et courses quelconques.
Arrivés à 34 à la Pointe aux Trembles. On estime à 7 lieues la distance de la ville, de manière qu’on fit ce chemin en 5 heures 4 de temps.
Fait à Québec, le 20 janvier 1753.
FranQué.