LE 27 FÉVRIER
Sortis de Montréal dans la même voiture avec Mr. Rigaud, par la porte des Récollets, traversés au dehors le faux bourg, an delà une campagne par un chemin tracé et balisé sur les terres, plus loing sur la glace un lac d’un demi quart de lieue de longueur, ensuitte un bois fort clair et parvenus sur les bords du fleuve St. Laurent, environ à 200 toises au delà de l'Eglise du village de Lachine,
Entrés sur le fleuve, cotoyés toujours les terres de sa rive gauche, traversés la grande anse du lac St. Louis de pointe en pointe, mis à terre à celle de Ste. Claire chez le curé de la paroisse de ce nom, y chauffés, déjeunés amplement, et pris des chevaux frais pour aller plus loing.
Na.—On trouva en descendant chez le curé beaucoup de monde des environs, que la curiosité de connaître Mr. le Général et Mr. l’Intendant y avait attirés, et le beau sexe n'était pas moins privilégié dans ce pays qu’en Europe ; 5 à 6 filles de 15 à 16 ans étaient dans la chambre. Comme elles étaient jolies, plusieurs de nous tendirent leurs politesses jusqu’à les embrasser, mais notre sürprise à tous fut générale de sentir que ces enfants nous prenaient la tête, l’assujettissaient entr? leurs mains et appliquaient un baiser, et où ? sur la bouche. Nos dames canadiennes nous assurèrent que était l’usage parmi les habitants de la campagne. À quai répondu : c’est apparemment une suite de l’édu- DRMON iisbpnsa le) et a echlate couter
Aprèx le déjeuner,remontés en carrioles,suivis toujours la routte frayée sur la glace à portée des terres, laissés l’isle Pérot à gauche, continués à marcher le long de celle de Montréal jusqu’à 200 toises en deçà du château de Senneville situé à ia pointe de l’ouest ; Là, fais la tra- «versée du lae- des deux montagnes et arrivé au village sauvage de ce nom.
Na.- Que tout ce chemin sur la glace était balisé, mais plus régulièrement sur le dit lac que sur les autres parties du fleuve.
= Descendus chez les prêtres Sulpiciens ; le temps toute la journée avait été dur, par un froid des plus vifs et par une poudrerie autant à charge aux chevaux qu’à ceux qui les conduisuient ; après s'être chauffé, chacun fut reconnaître son logement; ils étaient tous marqués chez les Français. Deux de nos messieurs seulement prirent le leur chez un sauvage nommé Abraham. Le général resta chez les prêtres ; l’intendant fut trouvé le sien chez un négociant nommé St. Germain, et M. Rigaud et moi eusmes le nôtre chez le Sieur la Deroute, lun des derniers frères charrons qui quittèrent l’hopital de Montréal pour se marier,
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Après nous être délassés et chauftés chez les prêtres, y joués au pharaon, et soupés grandement, mais trop à l'étroit et mal à l'aise, et avec beaucoup de confusion. On était au moins 40 maîtres dans deux petites chambres, de manière que les domestiques y étant, on ne pouvait s’y retourner.
Après le souper, les uns se retirèrent chez leurs hôtes, et d’autres reprirent le jeu. M. Rigaud et moi fûmes du nombre des premiers, mais à péine étions nous couchés, que Mr. de Si. Vincent vint nous demander azile, de manière que compris le maître, la maîtresse du logis, un petit garçon et quatre domestiques, nous étions 10 personnes, dans une chambre plus petite que grande.
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A la sortie de chez le dit Ladéroute, visités le général et l’intendant, et nos dames de Québec, ensuitte madame Benoist femme de l'officier commandant en ce village. Le général ne se portait pas bien ; il tint néanmoins ce jour là un conseil sauvage Iroquois. Après plusieurs compliments autant à charge qu’ennuyants de la part de cette nation, il leur créa un chef, et 1l distribua des médailles à trois autres ; ensuitte, ils furent manger deux bœufs qu’il leur avait fait donner pour festin. Il y avait pour lors, dans le lieu une vingtaine d’Iroquois, du village de la Présentation, que Mr. Piquet, l’un des prêtres Sulpiciens, dessert à titre de missionnaire et d’aumonier du fort nommé la Galette ; ils prirent part à la fête, Après le Conseil, il fut signifié à toute la belle compagnie que les cuisiniers ne pouvaient fourni: deux fois le jour, qu’ainsi l’on ne dinerait qu'à o heures du scir ; en attendant, l’on se mit à jouer, l’on continua après la table, et chacun se retira plus ou moins tard. De retour chez mon hôte, il fallut encore essuyer la bordée de la nuit, d'autant que, quoique chacun se fût deffendu ac crier et de ronfler, il n’y eut point d’adoucissement à mes maux ; aussi offris-je à
Dieu toutes mes souffrances avec bien de la résignation et de la patience,
Ce jour là, au matin, notre hôte me raconta avant de sortir de la maison, qu’il transpirait un bruit tendant à expulser tous les habitants du village, pour les obliger à retourner à la terre de Vaudreuil, d’où ils étaient sortis, et reprendre la culture des terres, que même on voulut ue ce fût avant le premier du May, et que d’ailleurs, il n’était pas moins question que les maisons qu’ils avaient fait bâtir demeureraient au profit des prêtres Sulpiciens. Cet exposé m’ayant été confirmé par le capitaine de la côte, je le saisis pour en parler au général.
Voici comment je lui représentai le fait :
« Il y eut un ordre de Mr. de Beauharnois, général de la colonie pendant la dernière guerre, aux habitants de la seigneurie de Vaudreuil de faire piquets pour la construction du fort ordonné dans le village du lac pour la sureté des sauvages : ils les fournirent en quantité suffisante, et ils demandèrent que, comme ils se trouvaient chez eux, épars et exposés à la rigueur des ennemis, qu’il leur fut permis de résider au dit lac, sous la protection du dit fort, à quoi consenti ; en conséquence, la plupart de ceux qui s’y trouvent aujourd’hui y ont fait bâtir des maisons plus ou moins grandes, sur des terrains à la vérité que les prôtres leur ont accordés, et cela de bonne volonté de part et d’autres, sans le moindre écrit ni le moindre engagement. Ils sont dans ce lieu depuis 6, 7 et 8 ans, les uns plus, les autres moins ; à peine s’y lrouvèrent-ils placés, qu’ils virent ce qu’il y avait lieu de trafiquer avec les sauvages ; ils se pourvurent à cet effet de marchandises qu'ils leur vendaient en troc de pelleteries ; ce commerce à subsisté jusqu'aujourd'hui sans le moindre empêchement ; mais puisqu'on veut l’interrompre en les obligeant à reprendre leurs anciennes habitations, ils représentent qu'au moins ce ne fût'que dans le mois de Sbre. prochain, attendu qu'ils avaient fait des avances aux algonkins et aux nipissingues qui étaient en chasse, et que s'ils n’attendaient leur retour sur les lieux pour: être payés, ils courraient risque de les perdre.
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« En outre, leur établissement s'étant fait de bonne foi et de bonne volonté, ils supplient de considérer qu’il n’était pas juste que leurs maisons restassent au profit du séminaire, mais bien qu’il leur fût: permis de les veudre ou de les démolir, sauf à payer une reconuaissance par année, tel qu’on jugera convenable, pour les terrains qu’ils ont occupés depuis qu’ils sont résidents en ce lieu, »
Le général ayant saisi la justice que demandait le rapport que je lui faisais, me dit qu’il cousentait à tout, cé que les Français, établis en ce village, n’en sortissent pour retourner à lenr seigneurie de Vaudreuil qu’à lu fin d'Aoust, et qu'il ordounait des arrangements pour leurs bâtisses ; il m’ajouta ensuitte qu’il avait accordé à Mr. Deschambeaux, directeur de la compagnie des Indes pour le castor à Montréal, le privilège exclusif de débiter des marchandises en ce lieu, et que, comme il savait que j'y prenais intérêt, j’apprendrais seulement cette nouvelle avec plaisir ; je le remerciay du succès de ma négociation,
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Après avoir pris congé de mon hûte, nous nous reuäimes chez le général, où déjeunés légèrement quoiqu’il y eut beaucoup à manger eu viandes froides ; et erisuiite montés en carrioles par un temps aussi mauvais que celui du jour de notre arrivée ; repris la route que nous avions tenue en venant, changés encore de chevaux à la pointe Claire, y inangés un morceau, toujours chez le curé, remontés en carrioles pour uous rendre à Montréal, y arrivés entre 3 à 4 heures de l'après midy.
RÉCAPITULATION DES DISTANCES D'UN ENDROIT A L'AUTRE
De Montréal à la Chine... ARS ERR M à
De la Chine à la Pointe Claire...
De la Pointe Claire au chateau de Senneville… Du dit château au village du Lac.
Ensemble...
On n’a guères pu considérer ce voyage à titre de plaisir, mais bien comme une corvée fort à charge : maiaise, mauvais tourments, froid excessif, fatigues de la carriole, tout contribuait à le trouver tel ; d’ailleurs, je n'y ai entrevu aucun objet de service qui engagea le roi dans une dépense de cette nature, d'autant que toutes les voitures, pour domestiques, et tous les logements ant été payés aux dépens de sa Majesté.