RÉFLEXIONS SUR LES MARCHANDS DANS LES CÔTES
Il est évident que plus les marchandises de quelque espèce qu'elles puissent être, sont abondantes, et qu’il y a une concurrence pourles déhiter, moins ellessontchères. Cette raison suffirait pour soutenir l'établissement des magasins et des marchands forains dans les côtes en ce pays; mais on observe que les habitants de la campagne trouvant à leur portée leurs besoins, ne se pressent point de venir en ville pour y vendre leurs denrées.
Que les enfants témoins des profits que font les marchands, préfèrent ce métier à celui de cultiver la terre, qu'ils volent même chez leur père et mènent du grain et autres denrées qu'ils vendent pour avoir des colifichets propres à satisfaire leur petite vanité.
{Jue les marchands des villes étant sujets aux droits imposés pour la dépense des logements des gens de guerre, pour leur chauffage et la fourniture de l’eau dans les cazernes, voyant avec peine leur commerce diminué et envahi par des étrangers qui sont exempts
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de toutes charges, et même de la milice sous prétexte qu’ils sont ambulants et maîtres de se fixer pat 4 part.
D'ailleurs, il arrive que les marchands des côtes acceptent des habitants des campagnes toutes les denrées, et qu’en étant munies, ils en forment des magasins qu'ils débitent en ville à des prix exorbitants, ou font sortir de la colonie furtivement, ou selon le plus ou moins de facilité qu’ils ont d’en obtenir la permission ; que de là est augmentée la cherté de toute chose, el que la disette est à la veille de s’eñh suivre. On ne saurait disconvenir que le comestible ne soit monté au double et triple de sa valeur depuis 1750, et cela le dirai-je ? pour avoir, sous prétexte de service, favorisé la sortie des grains, quoiqu’en apparence, on fit des menaces rigoureuses pour les deffendre.
Pour remedier aux malheurs dont cette colonie est menacée, mon avis serait :
19 d'empêcher l’établissement des magasins quelconques dans les côtes et de n’y souffrir de marchands qu’à titre de colporteur pour fournir seulement aux petits besoins des habitants.
2° Que les entrepreneurs de la fourniture du pain et du lard aux troupes, ne pussent faire des approvisionnements en sus de ceux qu’exige la subsistance de la garnison.
3° Que sous prétexte de porter des vivres à la Baie Verte, à Beauséjour, et tout autre poste du Roy, on prit des mesures si justes qu’on fut assuré qu’il n’en passera pas ailleurs.
40 Qu'il fut deffendu aux habitants des villes d’aller acheter des denrées dans les campagnes, et d’en faire des amas, sons peine de confiscation et d’être traités comme monopoleurs.
0 Et enfin, que sous quelque prétexte que ce puisse être, on ne laissera sortir de la colonie que les vivres nécessaires au besoin du service, à peine contre contrevenances de châtiments effectifs.