‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 65 sur 78 · DU VILLAGE SAUVAGE NOMMÉ PRÉCANCOUR · texte numérisé non relu

DU VILLAGE SAUVAGE NOMMÉ PRÉCANCOUR

Sortis de la rivière St. François par le premier débouché nommé communément le passage Tardif ; à son entrée dans le lac St. l'ierre, sont plusieurs platiers de roches et de sables. T1 faisait un peu äe vent. L'on porta à la voile, droit sur la pointe du sud du dit lac; cotoyés les terres de cette partie, passés par le travers de la ville dus Trois Rivières, et vus à deux lieues en dessous l’entrée de la rivière de Précancour. Elle forme 3 passages à son débouché et des battures à chacun ; l’on suivit celui de la droite qui conduit le long des terres Au sud de la ditte rivière. Vus sur la gauche l’isle à Madame Croisy, et des deux côtés, des terrains défrichés et mis en valeur, et le vent étant forcé, mis à terre à l’une des premières habitations de la partie du sud.

Là, instruit que le clocher que l’on découvre à la rive du nord est le village de Précancour français ; l’on ajouta que l’autre sauvage, était situé à la rive du sud, à demie lieue du pr:mier, et à une lieue de l'endroit où j'étais descendu ; qu’'eu égard aux rapides dont cette rivière est traversée, je ne pouvais la remonter au plus avec mon batteau que jusqu’à cette première église, et que le chemin pour y aller par terre était bon ; je pris le parti de m’y rendre à pied. 1l est traversé de deux

. ponts et règne tout le long de la rivière. Parvenus au

dit village, je fus chez le père Jésuite, missionnaire, qui me dit que tous les sauvages étaient en traite et à recueillir du geinseing. Je le parcourus. Il est aussi

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composé d'Abénakis, et moins considérable que celui de SL. François ; on'y compte 19 cabanes, 55 guerriers, et en tout 280 personnes.

Le révérend père voulut me faire voir son église et ses richesses ; il est vrai qu'il y a peu de cathédrales en France qui ait autant d’argenterie-et de si beaux ornements.

Je sus de lui que cette rivière remontait aussi environ 10 lieues, qu’elle sortait du lac situé à la hauteur des terres, qu’elle était traversée par plusieurs rapides de distance à autre, qu’il n’y avait que des canots sauvages qui pouvaient la fréquenter, et que les terres de droite et de gauche étaient bonnes et susceptibles d’établissements. J’ajouterai qu’elles sont les meilleures de là colonie, guslies produisent tout ce que l’on veut, que leur culture exige peu de travail, et que le fourrage y est d’une bonne qualité et si abondant que les habitauts ne se donnent pas la peine de le recueillir,

Je serais d'avis qu’on fut reconnaître la source de cette rivière, qu’on attira tout le long des habitants, et qu'on prit les mêmes précautions, qu’on a dit sur le village précédent, pour les y soutenir contre les Anglais, et pour gêner ceux-cy dans leurs possessions et leurs entreprises sur nous.

DU GEINSEING,

Le geinseing est une racine qui, par la quantité qui en esl passée en France depuis 3 ou 4 ans, doit étre connue en Europe; on ne dira rien de sa propriété. Il suffit seulement qu'on sache que les chinois la recherchent, qu’on ne saurait trop en envoyer et qu'elle s’y vend à un prix exhorbitart, Tous les habitants de la campagne, y Compris les sauvages, négligent tout pour s’y adonuer, C'est une fureur aujourd’hui ; et, malheureusement, on n'attend point qu’elle soit mûre pour la cueillir, De là, il arrivera que sa qualité dégénère et qu'on perdra l’une des productions les plus capables d'enrichir ce pays. D'ailleurs, il n'ya ni ordre ni arran-

gement ; chacun se croit en droit de le couper sur les terres de son voisin, moyennant qu’on en trouve ; l’on s’embarasse peu de l’endroit où il croît. Entr’autres ; moyens capables de prévenir ces discordes, l’on serait d'avis de le vendre, en privilège exclusif à une compa- Î

gnie, sous peive rigoureuse d’en vendre à d’autres. Pour lors, les préposés aux achats ne recevraient que celui reconnu bon et mûr et bien conditionné, et seraient tenus de dénoncer tous ceux qui leur en apporteraient de défectueux, pour les amender suivant comme ils seraient en deffaut.

Fait à Québec, le 27 Décembre 1752.

FRANQUé.

Mémoire sur les moyens d'augmenter la culture des terres en Canada, et d’y entretenir l’abondance, sans qu’il en coûte au Roy et à la colonie, et par là, éviter toutes disettes.

Il est étonnant qu'un pays tel que le Canada, établi depuis environ 150 ans. où les terres sont bonnes, produisent beaucoup sans une grande culture, et où chaque laboureur peut en avoir aütant qu'il en veut, qu’il peut en cultiver et en défricher, ne soit pas en élat de produire non‘seulement la substance de ses propres habitunts, mais encore, de fournir des farines et autres denrées convenables, pour différentes branches du commerce, et qu’il soit exposé à éprouver des disettes qui sont toujours d'autant plus fâcheuses,

1° Qu'elles mettent les habitants, surtout ceux qui sont pauvres, hors d'état d'élever autant de bestiaux. volailles et autres denrées qu'il en faut pour la substance du pays, et assez abondamment pour pouvoir les vendre à un prix modique et raisonnable.

2° Qu’elles suivent les ouvriers et journaliers qui sent pauvres, dont le salaire peut à peine suffire pour acheter, pour eux et pour leur famille, du pain, qui est toujours fort cher et fort mauvais, et qu’ils ont encore beaucoup de peine à avoir pour leur argent dans ces tristes circonstances.

3° Qu’elles sont quelques fois suivies de maladies très fâcheuses qui enlèvent malheureusement beaucoup de monde à cette coloni:; il est vrai que ces disettes ne sont presque jamais réelles, mais seulement apparentes : on s'explique, On dit qu’elles ne sont presque jamais réelles,parceque,depuis que la colonie est établie, on se souvient pas qu’il y ait jamais eu aucune année, quelque contraire que la température des saisons ait

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