‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 66 sur 78 · Ë FE À · texte numérisé non relu

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été aux bleds et aux autres productions de la terre, où la récolte n’ait pas été assez abondante pour nounir les habitants de ce pays, ou si cela est arrivé, ça n’a été que très rarement ; aussi on ne peut pas dire absolument parlant, que ces disettes arrivent par des mauvaises récoitos et par des années stériles, mais elles ont toujours été apparentes, et n’en ont pas pour cela été moins funestes ; voyons ce comment elles ont été apparentes. On a permis en différents temps et presque toujours, à des particuliers soupçonnés d’être singulièrement protégés par les personnes qui occupent les pre: iieres places, ses soupçons n’ont eu malheureusement que trop de fondement. d'acheter ou de faire acheter tout ce qu’il y avait de bledset de farine dans la colonie, d’en faire des amas considérables, de les enlever même d'autorité, sous prétexte de service du roy, soit pour la substance des villes, des troupes, des différentes garnisons de cette colonie, soit pour les laisser perdre ou bien, pour l’employer à leur commerce, en faire par là des sorties nécessaires hors de cette colonie, de sorte qu'au milieu de l’abondance même, on a souvent trouvé les moyens de faire naître une disette affreuse. On n'avance rien en cela qu’on n'ait vu, maintes et maintes fois, et pour s’en assurer, il suffit d'interroger les habitants sensés et raisonnables du Ganada. On dit plus ; on a souvent vu l’avidité de ces courtiers, qui sont ordinairement des coquins et des fripons, porter si loing qu’ils ont acheté et fait acheter les autres denrées nécessaires à la vie, comme volailles, veaux, moutons, bœufs, lièvres, perdrix, boissons, beurres, suifs, et même les légumes tels que des oignons, des choux, et parce que tout ce qui se mange se vend bien, et qu’il y a toujours des profits à faire sur ces «ortes de denrées. Il est aisé de voir combien des mançæeuvres de cette nature sont nuisibles au bien, au progrès et à l'établissement de cette colonie, puisqu’outre qu’elles rendent les sujets du roy malheureux dans ce pays, elles occasionnent encore des dépenses considérables à sa Majesté par la grande quantité de farine qu’on est obligéde faire venir soit de la Nouvelle Angleterre, soit de l’ancienne France, farines 1° qui coûtent beaucoup, 2 qui souvent arrivent si mal conditionnées et tellement avariées

qu’on est obligé d'en jeter une partie à la rivière. 3e qui courent risque de périr par les dangers de la navigation en venant en Canada ; 40 Qui peuvent être prises, dans un temps de guerre, par nos ennemis. Enfin, on peut ajouter à ce qu'on vient de dire, que les terres anciennement défrichées et cultivées ne produisent pas autant aujourd'hui qu’elles avaient coutume de faire daus les coinmencements, soit parce qu’on ne les cultive pas bien, soil parce qu’on ne les cultive pas assez, soit parce qu’on ne les engraisse pas, soit parce qu’elles sont fatiguées, soit parce que chaque habitant en cultive une trop petite quantité, ou bien qu’il ne s’applique point assez à leur culture, aimant mieux s’adonner à la chasse, à la pêche, au matelotage ou au commerce, et quitter par là la campagne, pour s'établir dans les villes qui, en se peuplant trop, rendent les campagnes désertes. On sent bien qu’il est important de rémédier à ces inconvénients, si l’on veut que cette colonie s’établisse d'une manière solide et qu’elle fleurisse. C’est ce qui a déterminé à proposer l’arrangement ou le projetsuivant qui pourra non seulement remédier aux abus dont on a parlé, mais encote qui pourra contribuer à augmenter la culture et le défrichement des terres, objet vraiment intéressant, mais qui cependant a presque toujours été négligé au grand désavantage de cette colonie. 1l faut voir, s’il est possible, comment on peut remplir ces 2 points de vue. Il est à remarquer que ce n’est pas faute de cultiver la terre en ce pays, si on y essuie des disettes, puisqu’un laboureur de la paroisse de Ste. Foye. proche Québec, dont les terres sont fort mauvaises, assure et est prêt d'affirmer que l’année dernière, il a semé 30 minots de bled, qui à la récolte ont donné 259 minots. Cela vaut bien la peine de cultiver la terre.

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