‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 68 sur 78 · ARTICLE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE DEUXIÈME

Les curés et les officiers de milice de chaque paroisse rendraient compte conjointement on séparément à ce bureau :

lo De la quantité d'habitants ou de cultivateurs qui sont dans leurs paroisses ;

2° Du nombre de leurs familles, savoir combien chaque habilant a de garçons et de filles ;

3° Quelle est la profession de chaque habitant, savoir : s’il s'applique uniquement à la culture des terres, ou bien s’il ke à la pêche, à la chasse, au matelotage, au commerce, et si cela ne l'empêche point lui et ses enfants de cultiver {a terre, ou tout au moins ne lui fait pas négliger considérablement cette culture

. les gouverneurs seront priés de ne créer ou faire nominer pour officiers de milice dans chaque paroisse, que ceux d’entre les habitants qui sauraient lire et écrire, et qui seraient les plus capables, les plus honuêtes gens, et les plus en état de rendre ces sortes de comptes.

40 De la quantité de terres que possède chaque habitant, de la qualité, de ce qu’il en a défriché chaque année ; si celles qu’il a défrichées méritent de l'être, car 1l est à observer, qu’il fartdrait empêcher l'habitant de s’opiniâtrer à défricher des terres stériles et mauvaises, et qu’il vaudrait mieux les laisser pour fournir du bois ; combien il peut m:ttre de terres en Jabou” tous les ans, s’il faut des guérets l’automne ou le printemps, s’il sème tôt on tard, combien il peut récolter de minots de chaque espèce de grains par chaque année eu égard à la quantité de terre qu’il possède ou qu'il ensemence, et à la manière dont il laboure ; en un mot s’il à beaucoup de volailles, de bestiaux et de denrées de toutes espèces abondaniment.

Les curés et les officiers de milice informent ce bureau de tous ces détails au moins deux ou trois fois par an :

{o Combien il y aura eu de terres mises en guérêts automne dans chaque paroisse, par chaque habitant.

Na.—I1 est essentiel d’être informé de ce détail, car plus il y a de terres guérettées l'automne, mieux elles sont disposées, le printemps suivant, à recevoir la se-

mence, et plutôt on sème ; si on sème de bonne heure, et si les semailles ont été belles et faites par un bon temps, les bleds en lèvent mieux, vallent bien et par JÀ promettent beaucoup. Plus on sème de bonne heure, plus la récolte est abondante, en supposant l’année favorable, parce que les bleds venant à maturité échappent à tous les accidents qui leur arrivent à la fin de l'été, tels que la volaille et l’'échaudage. D'ailleurs, les blés qui sont semés de honne heure sont plus longtemps dans la terre que les autres ei, par conséquent, sont plus forts, leur grain est mieux nourri et la farine beaucoup plus abondante que celui des derniers faits ;

2° Toutes les semences se font en Canada à la fin d'avril et dansle cours du mois de mai.et qu’on y sème jamaisdu bleds d’automne,à cause dela rigueurdufroiddel’hivert. Les blés semés en avril et mai sont récoltés à la fin d’aoûst et dans le cours de septembre, de sorte qu'ils ne sont au plus que trois mois dans la terre, d’où il faut conclure que la végétation est vigoureuse au Canada.

Ils instruiront ce bureau :

1° de la quantité de grains de toute a vi que chaque babitant aura semé le printemps; combien cette quantité de grains occupe la terre.

20 de l’état où se trouvent les graines et le bled à la fin de juin, vers le milieu de juillet, et même jusqu'à la fin d'août ; si les bleds ont bien vallé, s’iis sont forts, nets de toutes sortes de mauvaises herbes, si leur fleurisson a été belle, si le temps a été favorable pour leur maturité, s’il y a apparence d’une bonne ou mauvaise récolte, si chaque espèce de graines a profité également. Quelles sont les espèces de terres qui réussissent le mieux dans certaines années ; en un mot, ce que l’on doit espérer de la récolte de l’année courante ; si les bleds sont venus facilement à maturité, s’ils sont beaux, bien nourris, si la récolte a été faite par un beau temps, si les bleds, étant coupés, n’ont pas été trop longtemps sur la chaûme, si la récolte a été abondante ou non, combien il faut de gerbes de bled pour un minot, si les bleds grainent beaucoup ou peu, et combien chaque habitant à récolté de gerbes, eu égard à la quantité.de semence qu'il avait mis dans la terre el à Ja quautité de terre qu’il avait ensemencée. Enfin, combien il faut

de minots de grains pour ia substance des habitants de chaque paroisse, combier il en faut pour leurs semences, pour leurs volailles et bestiaux, et combien il y en aura à peu pe à vendre chez chaque habitant.

30 [ls donneront avis à ce bureau des habitants qui abandonneront la culture de leurs terres, et qui quitteront leurs paroisses, soit pour aller s'établir dans une autre, soit pour s'occuper uniquement à la chasse, à la pêche, au matelotage, à la navigation, au commerce, soit pour aller demeurer dans les villes en qualité d’ouvriers, de journaliers, de chartiers ou de commerçants.

Na.—1o Que les villes se peuplent trop et que les campagnes deviennent désertes ; ce qui diminue la culture des terres et de beaucoup la production des denrées nécessaires pour la substance du pays.

20 Qu’une trop grande quantité de monde, dans les villes, occasionne une trop grande consommation et par conséquent la disette,

On n'entre point ici dans la forme dont les comptes seront rendus ; il suffit de dire qu’il sera fort aisé de faire un volume dans chaque paroisse divisée en colonnes ; dans l’une, l’on mettra le nom de chaque habitant, le nombre de sa famille ; dans la seconde, la quantité de terre qu’il occupe ; ainsi de la 3e colonne et des autres pour les différents objets.

On ne manquera pas d’objecter ici que tout cela demande un grand détail, qui sera à charge aux curés et aux officiers de milice, qui sauront difficilement à quoi peut monter la récolte de chaque année. On répond à cela : 1° Que les curés sauront parfaitement par leurs dimes, la quantité de grains de toutes espèces qu’il y aura dans leurs paroisses, et le compte qu’ils en rendront ne pourra point être suspect puisqu'il est certain que chaque habitant ne leur paye nas plus de dimes qu'il n’en doit; au contraire, il pourrait payer quelque chose de moins.

20 Que, quand on demande un pareil détail aux officiers de milice, on n’exige pas d'eux qu'ils y apportent une exactitude si graude, à ne pas se tromper d’un minot, mais qu'on leur demande un à peu près qui approche de la quantité de grains que peut avoir chaque habitaut ; enfin, les officiers de milice n'ayant

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