ARTICLE TROISIÈME
Tous les marchands et tous les entrepreneurs pour le Roy, tant des villes que des campagnes, qui viendraient faire exploiter des farines pour leur commerce, seront obligés d’en faire leur déclaration, et de la quantité dont ils auront besoin à ce bureau, qui leur donnera permission d'aller dans 'es campagne: pour acheter les bleds et les farines dont ils auront besoin, et ils seront tenus de rapporter un certificat de la quantité de bleds et farine qu'ils y auzont achetée. Le capitaine sera obligé en même temps d'en informer le bureau de Québec, aussi bien que de ceux qui iront acheter en cachette des bleds ou autres denrées dans les campagnes. Ceux qui manqueront à ces formalités seront ip par une amende proportionnée à leurs facultés. Cela parait d'autant plus nécéssaire, 1° ss par là, ôn émpêchera de faire des amas de blr Îs et de farines sous de vains prétextes ; par exemple, les fournisseurs du
Roy sous prétexte de nourrir deux ou trois centshommes de garnison, ne pourraient point acheter de quoi nourrir plus de mille : 2° pour empêcher des particuliers de faire sourdement des amas de pains et de farines, pour ensuitte les vendre fort cher, ou pour les employer à leur commerce ou pour les laisser perdre. S'il arrivait que M. les gouverneurs et intendants eussent quelques expéditions militaires à faire, ils diraient à ce bureau de donner une permission pour la quantité de farine dont ils auront besoin sans rien dire davantage.
**x+ ARTICLE QUATRIÈME
Ce bureau 1° obligera tous ceux qui voudront faire le commerce de farine, d'aller chez les habitants pour y acheter par préférence leurs bleds et leurs denrées, ou bien on les prendra pour la subsistance des nouveaux habitants qui y vont s'établir dans le même endroit, mais toujours à un bon prix. Il faudra toujours traiter gracieusement les nouveaux habitants, leur procurer le débouché de leurs denrées à un bon prix, les exempter des charges et des corvées publiques, autant que faire se pourra, et ne point les détourner de la culture de leurs terres, tout cela affin qu'ils soient en peu de temps en état d’être de bons habitants et d’être utiles aux autres.
2° Il fixera tous les ans ie prix du bled sur un pied où l'habitant puisse se tirer d'affaire et payer gracieusernent toutes ses peines et ses travaux, par exemple, mettre le bled à 2H 10s. le minot au moins, on encore mieux à 3H. Il pourra l’augmenter suivant les circonstances, mais il ne le mettra jamais en dessous. Il est à observer qu’il faut toujours traiter favorablement l’habitant ; à cet égard, affin de lui donner du goût et de lencouragement pour la culture des terres, les habitants qui s’établiront dans les pays d’en haut comme au Détroit, aux Miamis, aux Illinois, à la Belle Rivière, et environs des forts seront exempts de cette police ; ils pourront vendre leurs bleds, leurs denrées aussi chers qu’ils voudront pour la subsistance des
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garnisons qui y seront, et celle des voyageurs. Il sera ième bon ns les leur prenne sur un bon pied, affin d'engager plusieurs nouveaux habitants à y aller s'établir. Mrs. les gouverneurs et intendants recommanderont en outre aux cornmandants, aux officiers, aux soldats, aux garde magasins de les traiter doucement, de ne point les molesier ; au contraire, des favoriser en tout, et de les faire aider par les soldats des garnisons dans le défrichement et la culture de leurs terres et dans jeurs récoltes. On observera qu’il est d'autant plus important d'établir les environs des forts des L1vs d'en haut, ct d'y mettre des laboureurs, que ces endroits hien établis, fourniront non seulement la subsistance ‘es garnisons, ce qui épargnerait au Roy :
1° les achats des farines et d’autres denrées qu'on fait à Québec et à Montréal, pour ces endroits-là ;
20 les frais de transport dans tous ces endroits, lesquels frais sont toujours considérables, mais encore pourraient dans les années de disette envoyer des farines à Québec et à Montréal.
D'ailleurs, ils faciliteraient l'établissement des nouveaux postes et par là contribueraient infiniment à étendre l’autorité du Roy ct les limites du Canada. Ils détourneraient encore les sauvages à s'établir solidement dans ces endroits, les v attacheraientet les y domestiqueraient pour ainsi dire comme sont les sauvages Hurons de Lorette, proche Québec; de sorte qu’on n'aurait plus rienà craindre ; enfin, ce serait autant de petites colonies capables de contenir les anglais, de les empêcher d'empiéter sur nous et de nous disputer pour ainsi dire le terrain ;
3° ce bureau ne permettra qu'une certaine sortie de bled et de farine hors de la colonie; et cette sortie ne pourra se faire qu'à la fin d’aoûst, temps où l’on sera assuré de la récolte de l’année.
Par exemple, si la nourriture des habitants des villes, des garnisons, et les semences prises, il y avait 80 mil minots de l'led d’excédant, on pourra permettre la sortie de 50 mil ou 60 mil au plus, affin qu’il en reste toujours au moins un tiers, ou un quart d’une année sur l’autre, dans la colonie, pour empêcher les disettes et prévenir par ma “pris d’une récolte qui serait mauvaise ou
médiocre. Au moyen d’une telle précaution jamais il n’y aurait de disette dans la colonie, et le roy ne serait point obligé d’y envoyer des farines. 4° Les capitaines des navires qui partirout de cette colonie pour aller soit en France ou à Louisbourg, soit à St. Domingue ou à la Martinique, seront obligés de déclarer à ce bureau la quantité de farines qu'ils emporteront, l'endroit où ils les verseront, et dans la suitte de rapporter ou d’envoyer un certificat du commandant de l'endroit où ils auront vendu ; et dans le cas où ils y manqueraient, ce bureau les condamnerait à une amende de 500 frs au moins. S'ils revenaient dans cette colonie et s’il arrivait qu’ils en partissent sans faire sette déclaration, on ferait saisir leur cargaison et elle demeurerait confisquée. 5° Mrs. les gouverneurs et intendants seront priés ar ce bureau d'envoyer 1° les soldats en garnison dans es campagnes et surtout dans les endroits où il y a de bonnes terres à défricher et à prendre. Par là, ils épargneraient des dépenses considérables au Roi qu’on est obligé de faire pour ses troupes dans les villes surtout vendant l’hivert ; 2° les soldats à force de vivre avec l'habitant s’accoutumeraient à la vie dure, se marieraient et immanquablement prendraient du goût pour ia culture des terres et‘par là, eux et leurs enfants formerout des habitants qui peupleraient la colonie et qui lui seraient fort utiles dans la suite. C'était ainsi qu'en agit Mr le Comte de Frontenac, gouverneur général du Canada et dont le :10m y sera toujours en vénération, quand il a voulu établir cette colonie. Il distribua le régiment de Carignan dans les campagnes, et les soldats qui le composaient formèrent dès lors presque toutes les souches des habitants qui sont aujourd’huy dans la colonie. On peut dire que si tous lés gouverneurs généraux qui ont été dans ce pays avaient suivi les mêmes principes, la colonie serait aujourd’hui si solidement établie qu’elle n'aurait plus rien à craindre de la part des Anglais, et serait en état de fournir des denrées de toute espèce à un prix raisonnable, mon seulement pour la subsistance de la colonie, mais encore pour les différentes branches du commerce. D'ailleurs, ces habitans feraient des soldats infiniment supérieures ‘à toutes les troupes de l’univers pour la &effense de la
Il colonie.—et pour y établir des cultivateurs des terres L et cela affin de ne point détourner les habitants des s gouvernements de Québec, de Montréal et des Trois t Rivières de la culture des terres. D'ailleurs,cela procureà rait aux officiers de quoi vivre et se soutenir honorablcul ment. Enfin, un gouverneur devrait s'occuper unique- Û ment du soin de veilier aux intérêts du Roy et de l'Etat 1- et par conséquent ne devrait jamais faire de commerce, s Un intendant en a assez de veiller à l'administration de € la justice et de la rendie lui même, de veiller aux intéu rêls du Roy, d'empêcher la dissipation de ses fonds, ne it point faire de folles dépenses, régler équitablement it tout ce qui concerne le commerce, penser aux moyens d'agrandir et de fortifier cette colonie, profiter de toutes les occasions qui pourraient y contribuer, ne mettre en Ê place que ses bons sujets, et veiller sur la conduite de le ceux'qui y sont sans les vexer ni les chagriner ; enfin, r- on observera que l'administration que ce bureau fera st à sur l'autorité de Mrs. les gouverneurs et intendants, ne at doit point empêcher l'exécution de ce projet, s’il est 2C véritablement utile et avantageux de le faire pour l’a- >- vancement de cette colonie. | ur Na.—En temps de guerre, il w’y a que les habitants
r- qu'on puisse armer pour la deflvnse de la colonie et i our molester et harceler les Anglais, parce qu’ils sont uù esseuis qui puissent aller en c;.nots l’été, et en raquette u l'hivert, se nourrir avec un peu de farine de graisse et : de suif, faire des marches forcées à travers les bois | e pendant trois ou six mois de temps, résistant à la | s rigueur du froid, vivant au bout de AR fusil, c. à, d.
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avec la seule chasse et :a seule pêche.
Les soldats français n'étant point accoutumés à ce
8 genre de vie sont incapables de pouvoir marcher pen- | À dant l’hivert et même pendant l’été, pour les expéditions | i- . militaires, ou s'ils le font, ce n’est qu'avec feaucoup de e peine, et il s'en perd beaucoup par le froid.
À] 6° Ce bureau priera Mrs. les gouverneurs ex ‘nten- | u dants d’obliger les seigneurs à concéder à tous les | e ÿ habitants qui s'y présenteront, et à concéder au moins | s, à chaque habitant trois arpents de front sur 50 à 60 de | ès profondeur, et cela affin qu’un habitant ait suffisam- | a ment de terre pour lui et pour un ou deux de sesenfantes, ji
qui, en s’établissant tous dans le même endroit, seront plus à portée de s’aider mutuellement à établir leurs terres. S'il arrivait que ces seigneurs ne voulussent pas concéder sur ce pied là, les gouverneurs et intendants concéderaient alors au nom du Roy, et cette concession serait bonne.
7° Ce bureau, sur le compte qui lui serait rendu par le curé et les officiers de la milice, des habitants qui quitteraient leurs terres, pour s'établir dans les villes, our s'appliquer uniquement au commerce, à la pêche, ru chasse, au matelotage, obligerait ces habitants à retourner sur leurs terres ou à en prendre de nouvelles dans d’autres endroits. A cela, eu égard au temps aux circonstances et à la situation de la colonie, en veillant cependant toujours d’une manière particulière à la culture des teries, la raison est qu’un habitant qui a quitté pour quelque temps sa terre, soit pour demeurer #n ville, soit pour s’adonner à la chasse, à la pêche, au matelotage ou au commerce, perd tellement lhabitude et le goût qu’il avait pour la culture de la terre qu'ilne peut plus s’y appliquer. D'ailleurs, en vendant sa terre à un autre ou en la lui affermart, il empêche celui à qui il la vend ou à qui il l’afferme, d’en prendre une pour lui, de s'établir, ce qui est nuisible au progrès de la colonie, 8° Ce bureau pourra obliger tous les négociants forains qui voudraient établir un comptoir dans cette colonie à prendre une terre en friche de 4 arpents de front sur 60 de profondeur, ou d’en acheter une, de la faire mettre en valeur, en faisant venir de France tous les ans deux ou trois paysans pour la cultiver : 1° parce qu'il n’est pas juste que des négociants viennent dans ce pays pour y faire des profits considérables et pour en emporter toule la graisse, sans lui être utile d’une manière solide, ce qui ne peut se faire qu’en faisant défricher une terre qu'ils vendront à d’autres quand ils voudront s’en aller ; 2° un négociant qui gagne quelque fois deux ou trois cent mil livres dans ce pays ne sera pas beaucoup à plaindre quand il fera défricher une terre qui lui fournira des denrées utiles pour sa subsistance et pour son commerce quand il sera dans la colonie. Enfin, ceux qui ne voudront point avoir te
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soin payeront au moins 300 livres par an pour les nouveaux habitants et par là, entrerout dans la contribution dont on a parlé.
9° Ce bureau obligera chaque paroisse à veiller à l’emploi de la contribution qu’elle a, en faveur des nouveaux habitants, et s’il arrivait qu’il y en eut quel: qu’un qui ne profitât pas des avances qu'on lui ferait, sur le Compte qui en serait rendu, il serait puui sévèrement Comme un paresseux, à moins qu’il ne se trouvât dans l’impossibilité de travailler la terre.
100 il arrivait qu'un habitant ne eultivat point la terre pendant une année ou deux, soit parce qu’il serait malade, soit parce qu'il serait commandé et employé pour le service du Roy, soit par MAR ISANE, comme incendie ou pauvreté extrême, alors les officiers de mi. lice seraient obligés de la faire cultiver, ensemencer, et récolter par corvées, et lorsque la récolte serait faite, on la partagerail ; la moilié ou le Liers a partiendrait en propriété à cet habitant, à sa femme et à ses enfants, et l’autre moitié serait vendue, et le prix qui en proviendrait serait distribué à ceux qui auraient fourni la semence, qui y auraient travaillé, à chacun à proportion de ce qu’il au”ait fait.
Enfin, Mis. les gouverneurs et intendants ne pourront point changer ni empêcher l'exécution des décisions de ce bureau, sans l'avis de ce bureau, de sorte que s’il y a quelques changements à faire, soit dans les règlements, soit dans.les ordres de ce bureau, ils ne pourront être faits qu’en assemblant ceux qui composeront ce bureau et en prenant leur avis. On sent bien que ce projet ne contient pas tous les règlements nêéces. saires, MAIS Ce sera à ce bureau à én faire des nouveaux, suivant l'exigence des circonstances. On ose avancer que s’il est possible de mettre un pareil projet à exécution, on verra :
1° la colonie s’agrandir considérablement en peu de teinps ; *° Qu'il servira à faire mettre beaucoup de terres en valeur: qu'il y aura abondamment des bleds et des denrées de toute espèce tant pour la substance de la colonie que pour les établissements qu’on voudra y faire, et pour les différentes branches du commerce tant intérieur qu'extérisur ; 3° Qu'il y aura beaucoup
de soldats capables de défendre la colonie contre les Anglais ; 5° Qu’on évitera par là beaucoup de dépenses au Roy et à l'Etat, occasionnées par des disettes ; 6° que cela ne fatiguera pas les colons du Canada; au contraire, cela les mettra tous ou presque lous en situation de pouvoir vivre gracieusement et de subvenir à la subsistance des vieillards, des infirincs et de tous ceux qui sont hors d’état de travailler.
7° Que quand la colonie sera une fois bien établie, loing d’être à charge au Roy, elle lui jroduira beaucoup et par ses établissements et par son commerce,
8° Qu'elle se fortifiera de plus en plus et deviendra redoutable aux angiais, nos voisins, On ajoute que c’est là l'unique moyen de la rendre puissante et florissante et qu’il vaudrait beaucoup mieux faire exécuter un pareil projet que de chercher à mettre dans cette colonic des impôts comme la taille et la capitation. Enfin, il paraîtra à tous les esprits pénétrants et attentifs qu’il résultera beaucoup d’autres avantages de l’exécution du présent projet, qui est, comme de fournir des vivres à Louisbourg, à St. Domingue, à la Martinique ; ce qui ferait un commerce fort considérable avec ces iles, sans contredit infiniment supérieur à celui qu’un nommé Martin, négociant, avait présenté au ministre, qui en avait renvoyé l’examen dans cette colonie.
On cbjectera sans doute qu'un pareil bureau, pour faire exécuter tout ce qui est contenu dans ce projet sera fort à charge à Mrs. les gouverneurs et intendants, dont il diminuera beaucoup l’autorité, surtout pour ce qui concerne la police de la colonie. On répond à cela 19 que des gouverneurs et intendants qui ont à cœur le bien du service, doivent être charmés de trouver des personnes qui les aident à faire ce bien dans leurs fonctions, et qui contribuent avec eux au bon ordre qui doit régner dans une colonie qu'on veut établir, en leur communiquant les lumières nécessaires pour y faire une police avantageuse ; 2° que ces messieurs ne sont jamais en état de faire par eux-mêmes une bonne et sage police, parce qu'ils ne connaissent pas assez la colonie, ni ce qui lui convient, et parce qu’ils ne le peuvent faire et ne le font jamais que relativement à
leurs intérêts et aux intérêts de ceux qui leur donnent des conseils ou qui sont leurs créatures.
Na—Qu'ils ne choississent pas bien les personnes qui sont en état de leur donner des connaissances sûres et convenables au bien public. On sent bien qu’alors la police qu'ils font n’a pour objet que de favoriser leur commerce et d'empêcher par là l'établissement de la colonie qui n’est pas fort avancée depuis 150 ans. D'ailleurs, cela cause beaucoup de dépenses au Roy qui servent à rien, qu'à les enrichir eux et leurs créatures ; 3° qu’ils ont bien assez de travail de s'occuper de tout ce qui les regarde personnellement. Par exemple, un gouverneur doit veiller à conserver les postes établis dans le pays d’en haut, à en établir, à reculer les fronlières des Anglais, les empêcher d’empiéter sur nous, les repousser vivement quand ils veulent usurper de notre terrain, comme ils ont fait à l’Acadie et à Chouaguen, les prévenir dans les établissements des postes qu'ils voudraient faire, attirer dans nos intérêts les sauvages, nous les attacher en empêchant que nos officiers, n08 voyageurs et nos fermiers ne les pillent en leur vendant trop cher, et en prenant leurs pelleteries à trop vil prix, multiplier les postes autant que faire se pourra et les étendre ; par exemple, au lieu de donner un poste tel que la Baye, à un seul officier qui produit dans trois ans deux cent mille livres de profit, le partager à 10 ou 11 officiers, plus ou moins, envoyer beaucoup d'officiers et des bourgeois dans les pays d’en haut pour faire la traite et pour établir des forts où ils sont nécessaires.
Objections et réponses que l'on pourrait faire à l'article où il est dit qu'il faut mettre des soldats en garnison dans les paroïsses de la campugne, afin qu'ils prennent du goût pour la culture de la terre et que, par là, ils y deviennent habitants et cultivateurs.
L'on objectera; mais si l’on met les troupes ainsi en garnison dans les carnipagnes, les soldats ne pouvant plus être exactement et militairement disciplinés, ils ne
pourront point faire l’exercice souvent, et par conséquent, ne le sauraient que peu ou point, et pourront déserter plus aisément que dans les villes ; les officiers d’ailleurs, seront bien à plaindre d’être obligés de demeurer dans les campagnes ; ils ne sont point à portée de faire leur cour au général et à l’intendant, de faire leurs parties de jeu, en un mot de profiter des plaisirs des villes et des agréments de la société dont on y jouit. On répond à cela :
19 Que le soldat n'étant point obligé de faire la guerre en Canada et de s’y battre comme en Europe, l'exercice militaire leur est très peu utile.
20 Que dans le cas où il leur serait utile, les officiers peuvent le leur faire faire à la campagne, comme dans les villes, pendant l'été et cela, les jours de fêtes et les dimanches.
3e Qu'au lieu de l'exercice militaire tel que les troupes le font, il serait très avantageux de leur en apprendre un autre qui leur servirait beaucoup ; ce serait de les accoutumer à marcher en raquette l’hivert, sur la nvige, dans les forêts et les campagnes, à coucher dans les bois un jour ou deux chaque tois, à apprendre à s'y cabarer ; à couper du bois pour y faire du feu, à trainer sur une traîne 100 à 200 pesant ; à aller en canots ou piroques l'été, à faire quelques portages, à s’'endurcir à la fatigue des voyages d'hivert et d'été, au moyen de quoi on fournirait des soldats propres à marcher l’hivert et l’été pour les expéditions militaires, et on ferait des hommes forts et vigoureux, tels que sont les habitauts du Canada, et très propres pour faire la guerre : aux anglais et aux sauvages, quand il en serait question. Enfin, on en ferait des soldats parfaits, surtout si on les accoutumait à vivre quelques fois dans ces sortes d'exercices, avec un peu de farine de blei d'inde grossièrement cassé el avec un peu de graisa ou de suif. Je dis plus, si on pouvait les accoutumer à vivre uniquement de pêche et de chasse, ce serait les meilleures troupes qu’il fût possible d’avoir.
4° Ils seront moins tentés dans les campagnes que dans les villes, puisqu'ils seront continuellement occupés à travailler avec les habitants, et que n'ayant point d'occasions de boire et de s’enivrer, ils formeraient:
rarement ce dessein ; d’ailleurs, ils trouveraient mcins d’orcasions de pouvoir le faire que dans les villes où ils trouvent des bâtiments ou des navires dont les capiteines et maselots leur romettent tout aide et tout secours pour déserter et pour les enmener en Europe. Je dis plus; ils leur donnent souvent occasion de le faire en les embarquaut dans leurs navires pour les porter en France. à l'Isle Royale, à St. Domingue et à la Martinique. Quant aux officiers des troupes, je ne les trouve pas plus à plaindre d’être dans les campagnes en garnison, que les officiers du régiment de Carignan qui y ont bien été dans un temps où les campagnes n'étaient ni si riches, ni si florissantes, ni si abondantes en toutes sortes de denrées qu’elles le sont aujourd’hui. D'ailleurs, quand il s’agit du service du Roy, ou du bien de la colonie, un officier doit se trouver bien partout où il peut y être utilement employé, et les agréments qu’il aurait dans les villes et à faire sa cour à l’intendant et au gouverneur ne doivent point l’emporter sur l'avantage de contribuer à établir la colonie. Au reste, où l’on vent établir cette colonie ou non. Si on ne veut pas l’établir et si on veut laisser subsister les choses sur le pied où elles sont, il est certain que son établissement à élé très-lent et qu’il le sera encore davantage par la suite.
Nous ajouterons à tout cela, qu’un soldat qu'on envoye de France ici c-ûte beaucoup au Roy, tant pour parvenir dans la colc 1ie que pendant le séjour ou de qu'il y est; qu’il es: uniquement occupé à monter la garde au château, ou dans quelque autre aies que dans les intervalles où il ne la monte point, il travaille quelques fois pour les bourgeois, gagne par là beaucoup d'argent, et que quand il a gagné cet argent, il va le boire au cabaret ou l’employer à guelqu'autre débauche, ou bien s’l obtient son congé, il se marie quelque fois dans les villes, y fait ou devient un jourr'alier, toujours pauvre et misérable ; enfin, s’il meurt où devient incapable de gagner sa vie et celle de toute sa famille soit par faiblesse, soit par infirmité, il périt lui, sa femme et ses enfants dans la misère, de sorte que ce soldat, ou cet homme qui a beaucoup couté au Roy et à l’état, et qui a passé 20 30 ou 4 ans dans cette
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colonie, meurt enfin, sans avoir été presque d'aucune utilité au Roy ; que si ce soldat s'était marié à la campagne, s’il y avait pris une terre qu’il eut défrichée. il serait devenu un bon h: bitant qui en mourant aurait laissé une terre en valeur, capable de faire subsister sa femme et ses enfants, qui pr succession seraient devenus de bons habitants, et par là, la colonie s'établirait, etil s’y formerait des sujets pour le roi.
Na.- L'avantage de faire faire l’exercice militaire aux *oldats, de les discipliner, de procurer des agréments aux officiers, ne doit pas l'emporter sur celui de la colonie,
Il est douteux que ce système prenne jamais faveur, notamment parmi les officiers, d'autant qu’il en est peu qui ne fassent le commerce avec dus bâtiments on goëlettes qu’ils ont en propriété, et qui n'aient un magasin chez eux où il se débite des marchandises.
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