NES FORGES ST. MAURICE
7 CPE
Le mémoire à la Cour en fait mention plus amplement.
M. Bigot, intendant de la Nouvelle france, résident à Québec, m'avait recommandé de visiter les forges de St, Maurice, en ajoutant que l'établissement était considérable et que je serais bien aise de les avoir vûs Lie pour être en état d’en rendre compte ; et qu’en séjour- & nant aux trois rivières, je pourrais m'y rendre en moins 4
mms
PORT |: PEn
de deux heures ; a quoy consenti, j'en prévins Mr. Rigaud, qui eut la complaisance de dire qu’il m’accompagnerait. |
Sorti des trois rivières à cinq hevres du matin, avec MM. Rigaud. Tonnancour et tous mes compagnons de voyage que M. de Rouville directeur des dittes forges, arrivé de la veille en ville pour m’engager à ce petit voyage, y avait invité.
En sortant de la ville, le chemin est beau, large et sablonneux ; il y a une maison bâtie dans son milieu qui masque le coup d’œil de son avenue. Environ à cent toises au delà, l’on monte à droite une petite hauteur, d’où traversé une plaine, ensuite un bois.
L'on arrive à sa sortie aux dittes forges, ce bois est brûlé en partie ; u’ailleurs il est dépouillé de tous les arbres propres à la charpente, il n’y reste que du ta:ilis et du sapinage. Vu dans la traversée plusieurs tourtes et perdrix, et quelques éclaircis de prairies ; 4 l’extrémité du chemin, pour descendre à St. Maurice, lieu où sont les dittes forges du Roy est une rampe qui conduit à un ruisseau que l’on traverse sur un pont de bois d’où l’on se rend au logement du directeur.
Après le cérémonial du premier accueil de lui, de sa femme et des autres employés, on se porta d’abord sur le ruisseau. Il descend des hauteurs du bois, est traversé de trois digues jusqu’à son confluent quiforment autant de chutes ; la première digue soutient les eaux pour le service de la forge située en dessous, au delà est la seconde, où ces mêmes eaux appuyées font aller un martin: t, et plus bas, est la troisième qui retient de nouveau les eaux pour l'utilité d’un semblable martinet ; de là ce ruisseau va se confondre dars la rivière de St. Maurice, qui débouche comme on l’a dit dans la journée précédente par trois chenaux dans le fleuve St. Laurent.
Na.—Qu'à chacune des retenières est une décharge aux eaux pour évacuer lors des grandes crues le superflux au service des dittes forges.
La forge et les deux martinets qui font l’objet de cet établissement sont situés à la rive gauche de ce ruisseau. L’on estime, eu égard à l'abondance de ses eaux, à leur force occasionnée par la raideur de leur pente
ART AUTEUR 0 Ur AIT AS LU Ur nxt
ET
qu'on pourrait établir deux autres semblables martinets à sa rive droite, et même un troisième entre la dernière digue et la ditte rivière.
Les logements affectés aux logis des ouvriers sont scitués sur le même côté des forges, mais un peu éloignés ; ils sont plantés ça et là sans aucune symétrie, ni rapport de l’un à l’autre. Chacun a son logement isolé et particulier, de manière qu’il y a une quantité de maisons ainsi que de couverts et appentys pour magasins aux forges au charbon et au feu, et d’écuries pour les chevaux dont l’entretienement par économie doit constituer une grande dépense. Le principal batiment est celui du directeur. Quoique grand il ne suffit pas à tous les employés qui ont droit d'y loger; il en couterait moins au Roy si tous les autres étaient rassemblés de même, néanmoins distribués en logements différents tant pour la commodité de chacun que pour l’aisance du service.
Entrés ensuite dans la forge affectée à la yeuse; on me fit la galanterie de couler un lingot d'environ quinze pes de longueur sur six et quatre pouces de grosseur.
1 n’y a pas grande cérémonie à cela quand la matière est prète ; on ne fait qu’enforcer une espèce de tampon, et pour lors elle coule dans un canal formé entre deux petites digues de sable,
Après cette opération, l’on me montra des poëles sur du sable, prêts à être coulés dans l'instant.
L'un des ouvriers fût prendre une cuillerée de matière et la renversa bien doucement d’abord dans le creux du dessein, et ensuite jusqu’à la hauteur des bords, de manière que le dessous étant en bosse, le relief se trouve formé. Ces poëles se font par parties, il faut 6 pieds pour uu seul, elles sont coulées sur des dimentions si précises qu’étant montées elles se joignent parfaitement. Les plaques pour les cheminées se font de même que les poëles ; leurs moules à l’un et à l’autre sont établis sur une table posée bien horizontalement, et élevée de deux à trois pieds d’hauteur de façon que l’ouvrier n’est point gêné à les travailler.
L'on m’invita ensuitte de passer dans un petit réduit où étaient plusieurs moules de pots, de marmittes et d’autres ouvrages arrondis, ils sont d’une construction
PSC SE
3 be
différente des autres. ce sont des figures cubiques, quarrés en tous sens, contruits en bois en forme de Be chassis, contenues aux angles par des équerres de fer, et revêltus en maçonnerie d’une brique d'épaisseur. On 4 en coula dans le moment de trois espèces en notre pré- * sence ; on ne voit point comme aux ouvrages précédents fluer la matière dans les moules, mais l’on doit aisément se figurer comme elle s’y répand dans l’intérieur pour fo:mer la figure que l’on désire. Il ni a d’autres attentions à prendre à la fabrique de ces sortes d’ouvrages que d’avoir une cuiller assez grande pour contenir la matière nécessaire à la formation de chacun, à ou si elle ne suffit pas d’en tenir une autre toute f prête pour continuer la liaison.
4 A la sortie de la forge, entrés dans un des martinets, 1 ensuite dans l’autre, on n’y fait que du fer battû de | différente grosseur ; il m'a paru que les ouvriers le D travaillaient avec la même célérité qu’en france, et däns chacun de ces trois endroits ils observent la cérémonie de frotter les souliers aux évrangers pour avoir / de quoy boire ; Cet établissement est considérable ; il y a au moins 120 personnes qui y sont attachées. On ue brûle dans Les fourneaux que du charbon de bois que l’on fabrique à une distance un peu éloignée de l'endroit, la mine est belle, bonne, et assez nette ; ci-devant on la tiraitsur les lieux, mais aujourd’huy il faut l'aller prendre à l deux ou trois lieues d2 loing. | La régie de ces forges se fait par économie. | L'on doit sentir de là qu’eu égard à la multiplicité |
arr es ae
d'objets de dépense, s’il n’y à pas un homme à la tête entendu, droit et désintéressé, il peut s’y commettre bien des abus.
Entre autre employé, le Roy y entretient un recollet à titre d’aumonier.
k Le fer est estimé au dessus de celui d'Espagne. Il ? se débite à Québec dans les magasins du Roy au prix 4 de 25 à 30 le cent pesant et il m'a été assuré que 4. ÿ. sur le régistre de la vente, il n’y était porté qu’à 12.10. | Si l’on veut une plus grande connaissance de ces |] forges, il n’y a qu’à lire le mémoire envoyé à la Cour; on y verra la forme du payement des ouvriers, et les | |
nil
: a PNR
AN AE ec Eee UN UR INEET ANS ENS
QT 7"
ue D
fonctions des employés, on ne saurait icy rien ajouter de plus, sinon que de répéter que le privilégié pour le débit des marchandises coûte au Roy pour son logement, son bois, son luminaire et ses gages plus de mille écus, et que si on mettait co poste à l'enchère, il m'a été assuré que sa majesté au lieu d’être tenu à cette dépense en tirerait cent piastres tous les ans.
Après avoir visité tout ce qu’il y a de remarquable à cet établissement dont l’endroit montagneux quoique défriché conserve encore un air sauvage, nous rabbatimes chez M. de Rouville, directeur, où nous dinâmes splendidement et en partimes vers les cinq heures du soir, discourûmes beaucoup, chemin faisant sur la forme de sa régie, qui ne saurait être que très onéreuse au Roy.
A notre arrivée aux Trois Rivières, descendu chez Mde. Rigaut, et de là soupé avec toute la compagnie chez Mde. de Tonnancour.
On estime des Trois Rivières aux dites forges trois lieues ; néanmoins nous en fimes le voyage en cinq quarts d'heures.
Sortis des Trois Rivières à quatre heures du matin. Nos canotiers y avaient reçu suivant l’usage ordinaire un supplément de vivres ; il consiste en un once de tabac à fumer, un misérable d’eau de vie, un quart de lard et en une demie livre de pain, de manière que gais, gaillards et d’ailleurs reposés, ils promirent de nous mener en moins de trois jours à Montréal ; tout notre monde s’embarqua ; il n’y eut que moi qui ne put résister aux instances que M. de Tonnancour me fit de me conduire en calèche jusqu’à la pointe du lac St. Pierre, endroit où nécessairement le batteau devait passer ; on ne fait depuis la ville que cotoyer les côtes du Nord ; il n’y a rien de remarquable au fleuve qu’un plâtier fort étendu, et semé de roches vis à vis la dite pointe ; il faut s’en défier et gagner le large pour ne point échouer : quand à nous nous ne fimes en calèche
que suivre le chemin de la grande routte de Québec au dit Montréal ; il règne le long du fleuve et laisse dans cette grande partie les habitations sur la droite un peu enfoncées dans les terres ; elles y sont moins fréquentes que dans la partie d'en deça des trois rivières ; parvenu à la ditte pointe du lac j’apperçus des maisons bâties uniformément et assujetties à des allignements, il y en avait déjà neuf : surpris de cette régularité, mon dit sieur de Tonnancour me dit que c'était luy qui les faisait construire à ses dépens et sur un terrain à lui appartenant por" y réfugier des sauvages errans et vagabonds, entr’autres des Algonquins,
ui, pour assassinats commis ont abandonné le village de leur nation ou s’en sont éloignés par esprit de libertinage. Tous les sauvages en général sont mauvais dans l'ivresse, ils attaquent, maltraitent et tuent indifféremment parents et amis, de façon que ceux qu’on est dans le dessein d’attirer dans cet endroit sont un composé de gens chargés de meurtres ou de crime de poligamie, d'autant qu'il est tout ordinaire parmi eux, :orsqu'ils s’ennuient d’une femme de la quitter pour en prendre une autre. Quand un sauvage en a tué un autre, il ne peut retourner dans son village qu'après que la parente du défunt est appaisée par la mort d’un parent de la famille de l’assassin. Le projet de mon dit sieur de Tonnancour est d'augmenter le nombre des maisons, à mesure que des sauvages se présenteront. Comme il est seigneur du lieu et riche, il le pourra avec facilité ; il fera même construire une église à mesure qu’il eur remarquera des dispositions à s'y fixer : indépendamment des sauvages algonquins il compte aussi d’autres Têtes de Boules et Montagnais.
Les premiers sont nommés tels pour avoir la tête ronde ; ils ne sont nulle part envilagés, sont assez nombreux et habitent pour l'ordinaire entre la rive du nord du fleuve et Je Labrador fréqueié par les esquimaux.
Na.—Qu’'on n’a aucun commerce avec ces esquimaux--qu’on ne peut les humaniser—qu’ils sont voleurs, traîtres et antropophages — on aura peut être occ&sion d’en parler plus amplement par la suitte.
Les autres nommés Montagnais sont aussi errans, sars demeure fixe, et habitent la partie d’entre le fleuve