‹ Voyages et voyageurs, 1837-1854 (volume 2)Chapitre 8 sur 15 · LE HARAS DE POMPADOUR · texte numérisé non relu

LE HARAS DE POMPADOUR

salem ; l'autre, Gouffier de Lastours, monta le premier sur les remparts à la tête de ses Limousins, et s'y maintint, Tépée à la main, contre toutes les forces des assiégés. Après tant de prouesses, il mourut dans son lit.

A ce moment, l'éclat qui rayonnait depuis un siècle sur la famille de Lastours commence à s'obscurcir. Ce sont des femmes qui succèdent; c'est une quenouille qui remplace la vieille épée du champ d'Arnac. Agnès de Lastours, par son mariage avec Constantin de Born, fait entrer la seigneurie de Pompadour dans la maison d'Hautefort, qui la conserve pendant longtemps, l'agrandit par des alliances, l'enrichit par des acquisitions considérables, et mêle partout à son histoire celle des plus grands noms de Tancienne monarchie. Un jour, un des heureux possesseurs de Pompadour, messire Charles-Henri de Talleyrand-Beauville, s'intitulera dans ses actes : haut et puissant seigneur, prince de Chalais, vicomte de Pompadour, d'Excideuil, d'Hautefort, de Ségur, baron des baronies de Bret, de Treignac, de Saint-Cyr-la-Roche et autres places. Plus tard, en 1468, Alain le Grand, sire d'Albret , comte de Penthièvre , vicomte de Limoges, seigneur d'Avesnes, de Tartas et de Bibeyrac, ayant épousé Françoise deBlois, fille de Guillaume de Blois et d'Isabeau de Lastours, ajoutera à tous les titres des seigneurs de Pompadour la couronne de marquis que mademoiselle Poisson doit porter un jour. Enfin, avant de s'étioler tout à fait, nous verrons l'arbre généalogique de Pompadour porter des noms comme ceux de Beaupoil de Saint-Aulaire, de Catherine de Livron, de François de Choiseul, de Jacques d'Escars, de Marie de Rochechouart, de Louis de la Vallière; et puis l'arbre tomber, ses branches se llétrir, son beau feuillage se faner, jusqu'au moment où Louis XV essaye de le ranimer un instant en greffant sur ce vieux tronc la noblesse empruntée et Timpertinente illustration (le la favorite. Habern sua fata ! Il y a une destinée pour

les châteaux. Fondé par Jules César, défendu par Guy de I.astours, illustré par Gouffier, habité par les plus grands seigneurs et les plus nobles dames de notre pays, le château de Pompadour tombe en dernier lieu aux mains d'une courtisane ; et enfin, en 177i, quelques années après sa mort, quels sont les nouveaux habitants du vieux manoir? Deux étalons anglais, cinq juments de môme race, envoyés par le prince de Lambesc, grand écuyer du roi, pour former le noyau d'un haras royal.

Ici commence une nouvelle destinée pour le domaine de Pompadour. Le château féodal devient un dépôt d'étalons; le dépôt s'élève en peu d'années à toute l'importance d'un haras de première classe; et il finit par atteindre ainsi à cette renommée qui le signale aujourd'hui comme un des plus beaux établissements de la France. Les étalons du prince de Lambesc ne sont que les prédécesseurs très-indignes des chevaux illustres dont il me reste à vous raconter l'histoire.^

Octobre 1838.

En 4771 on n'avait pas encore inventé le Jockey-Club ; mais l'anglomanie était déjà une manie française. « Vous me crottez, monsieur, criait un jour Louis XV à Técuver qui chevauchait à sa portière. — Oui, sire, à l'anglaise » répondait l'imperturbable trotteur. De son côté le prince de Lambesc, voulant rendre au sang limousin son ancienne vigueur et son éclat historique, ne conçoit rien de mieux que d'envoyer à Pompadour des étalons anglais pur sang, pour former le noyau d'un haras français.

Ici, monsieur, je me vois forcé d'aborder sans retard une discussion qui me transporte du premiercoupau temps où nous sommes, et m'oblige à sauter vingt feuillets de l'histoire du hnras de Pompadour. Coqu'ossayaitM. le prince deLanibesc

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on 1771, la direction des haras l'exécute en 1838. C'est la même pensée, c'est le même système ; et il n'est pas permis de passer outre sans dire un mot de ses procédés et de ses œuvres. Aussi bien, la chronique du haras de Pompadour, depuis sa fondation jusqu'à nos jours, n'aurait qu'un médiocre intérêt pour vos lecteurs. C'est l'histoire de quelques noms à peu près obscurs. Après le marquis de Tourdonnet, (fui dirigea le premier ce grand établissement, viennent MM. de Seltot, de LaFrangeetdeBonneval. L'administration du commandeur de Fargue jette un vif éclat; Pompadour acquiert alors une immense célébrité; ses produits peuplent les écuries du roi, brillent aux carrosses de la cour et sous le costume de chasse ou de guerre des plus grands seigneurs. Il est bon toutefois de remarquer, en passant, et cette réflexion ne sera pas perdue pour la suite de celte lettre, que depuis 1774 jusqu'à la dispersion du haras pendant la terreur, le gouvernement ne recrute plus pour les juments limousines que parmi les étalons de sang arabe. En 1774, vingt-trois chevaux barbes et polonais, d'origine arabe et égyptienne, en 1779, huit étalons arabes et syriens sont envoyés à Pompadour. Plus tard, Louis XVI fait venir de Syrie douze chevaux pour son haras du Limousin. L'un d'eux, le Derviche, étalon admirable, est précieusement conservé, pendant l'époque la plus orageuse de la révolution, dans une ferme de M. de la Grenerie; il échappe ainsi à la réquisition qui frappe les chevaux de luxe, et au lieu de traîner des canons à la frontière, il s'engraisse de repos, de bien-être et d'oisiveté. Cependant la violence de la persécution s'apaise; Derviche sort de sa retraite au moment où la France commence à respirer après la tourmente. Aidé de son fils, il remonte les écuries du haras de Pompadour, rétabli en 1800 parles soins du duc de Cadore, et qui, après avoir éprouvé (les fortunes bien diverses et subi, comme tous les haras de France, tantôt le patronage insouciant du gouvernement,

tantôt l'imprévoyante parcimonie des Chambres législatives, se ressent aujourd'hui d'une protection plus éclairée, plus vigilante et plus habile.

Mais reprenons notre querelle avec M. le prince de Lambesc; elle nous ramène, comme je Tai dit, au temps présent.

Y a-t-il une race de chevaux limousins? Quelles sont les propriétés de cette race? Ces qualités suffisent-elles, sans aucun mélange, à former des sujets de premier choix? L'infusion du sang anglais n'est-elle pas contraire au développement des facultés qui distinguent le cheval limousin? Quel est le croisement qui leur est le plus favorable? Quel est celui qui, depuis rétablissement d'un haras limousin, a le mieux et le plus constamment réussi? Telles sont les questions auxquelles je me propose de répondre rapidement. Nous sommes à Pompadour, à la source même des informations; notre seule prétention, notre seul mérite est de les avoir attentivement recueillies. I/occasion est donc bonne : profitons-en.

Quant à l'existence d'une race de chevaux limousins, elle n'est pas plus contestable que ne l'est sans doute celle du Limousin lui-même. S'enquérir si cette race existe, cela équivaut à demander s'il y a un pays en France où se trouvent réunies à un degré éminent toutes les conditions d'une honne nourriture et d'une éducation supérieure pour les chevaux : la douceur du climat, l'excellente qualité du sol, la saveur aromatisée des pâturages, l'abondance et la limpidité des eaux, et jusqu'à ces accidents d'un terrain montagneux qui contribuent pour une si large part au développement de la force musculaire dans les animaux. Or ce pays existe ; c'est le Limousin. Dans tous les temps, les avantages naturels que cette contrée tient de sa position, son climat, sa température, ses herbages humides et plantureux, son sol inégal et accidenté, ont concouru, avec cette autre puissance

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