‹ Voyages et voyageurs, 18371854Chapitre 11 sur 13 · ISI · texte numérisé non relu

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quel U eiyoignait à més et féaiu de la plaine et de k numlagoe,! vw-«euleineDi de laisser passer et circuler Itlunement le PlaJUm de Vépoque, autrement dit le mgneiwr P'idar Jaequemont, mais encore de pourvoir de foin et de paille la suite dudit seigneur, et d'obtempéier à toutes ses récpiisilion?; lecture faite de ce sublime passe-port, les mêmes voix ici^>élaient ; «On ne passe pas,» et apimyaient leur défense de quelque énergique menace; eL il laiiail, je vous l'assuie, bien du mérite pour passer malgré ceia.

Jacqueuiont passait. Une fois cependant il fut pris au piège chez un daumé coquin, lequel coinuiandait }>()ur le roi, avec qudqucs ccnlaines de fusils à mèche, une méchante forteresse daos ia montagne. Neal-Sing était son nom. Ce jour-là, Jac<iuemont n'avait pas trouvé d'obstacle; bien au contraire, des soldais apostés au pied de la forteresse lui avaient servi d(9 guidesi. A peine arrivé^ ii se vit entouré de quatre cents lirigand» qui lui demandèrent Taumône à bout portanl. Leur chef lui déclara que sa volonté était de le retenir prisonnier jusqu'à ce qu'il fût agréable au roi de Labore de payer, pour sa délivrance, une somme considérable : il s'agissait die trois ans de soUh arriérée que Sa Majesté devait à la garnison.

Jacqueuioiit, luiiibo d.ais ce guêpier, \it bieu (ju'il n y avait qu'un moyeu d'eu sortir, et qu il l illaLt lutter liou de force, mais d'impertinence avec cette i anatUe. «Mon mépris les accabla, écrit-il; ils n'avaiciil j uiiais entendu un de leurs rajal>s parler de Uu-mème u>inMie jc le faisais^ à ia troisième personnes^ Hui^et-Sing seul le fait dans le Punjaub» et tandis q«e je me rendais à moi-mênie tous ces respects, je ne leur par» lais que comme à des serviteurs. Bientôt j'emmenai Ncal- Sing comme pour l'entretenir moins publiquement^ et je le fis asseoir par terre, tandis que j'avais (ait préparer pour moi une de mes chaises. U scsablait pressé d^entxer en matière; mais j'appelai mon maître d'hôtel pour m'apporlei un verre d'eau sucrée, ce qui fut long à préparer. Je commandai à un autre <ie mes domesti(jues de tenir un parasol au-dessus de moi, à un autre, de m 'éventer avec un pluoieau de plumes de paon. Je pris loules mes aises, non-seulement sans ( u rien JCabaiti e 4e mm Oi dinaire» mais eu ^ <^uiant^ je vous as-

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sure, largement; latoBUit Ned-Sing par terre, danft fonte mu

humilité, pour réfléchir en silence sur la grandeur du crime qu'il allait commettre. »

Ce manège eut un commencement de succès; le hrigand rabattit de ses pré tef liions et proposa de relâcher son prisonnier, en ne retenant que son bagage. «Voyager sans mes ■ tentes ! sans mes meubles ! sans mes livres ! sans mes vêlements! s'écria Victor Jacquemont indicé; moi qui en change deux fois par jour ! »

Le temps s'écoulait Neal-Sing paraissait plongé dans ses réflexions. «J'ordomiai alorsqu'on m'apportât du lait. — N'entendez-TOtts pas, dis-je à Neal-Sing» que le seigneur désire aToir du lait ? EoToyes au plus vite dans les hameaux voisins, afin que Ton en apporte sans reUunL-^e vis partir les hommes qu'on expédia, et quand ils forent à une centaine de pas, je . les rappelai, et je dis à mon maître d'hôtel de leur bien expliquer -que c'était du lait de vache, et non de buffle ou de chèvre, qu'il me fallait, et qu'ils devaient le faire tirer devant eux. »

C'est ainsi que Jacquemont gagnait du temps. Xeal-Sing subissait, sans dire mot, l'ascendant irrésistible que prenait insensiblement sur lui son audacieux prisonnier. Enûn, celuici croyant le moment favorable, et voulant faire la part du feu, offrit de donner une somme d'argent à titre de cadeau. aËh bien, oui! donnez-moi deux mille roupies, s'écria Neal- Sing transporté.» Les fusib à mèche criaient : «Dix mille ! — Non pas dix mille, ni deux mille, ni même mille, répliqua Jacquemont, par la raison que Je ne les al pas; mais en considération de votre position malheureuse, je vous donnerai cinq cents roupies.»

Ce fut le dernier période de l;i cnst-. .Neal-Sing résista quelque temps. Jacquemont tint bon , et le prit de si haut avec son voleur, qu'il accepta les cinq cents roupies «en se proslcniuiil à terre et en s'écriant qu'il était le plus lidèle, le plus reconnaissanl, le plus dévoué de mes serviteurs, et, si je lui permettais de prendre ce nom, le plus inviolable de mes amis.» Après cette comédie, Neal-Sing laissa partir son prisonnier, non sans hii avoir £ait, à voix basse, la demande d'une hou*

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teille de vin. Jacquemont lui donna une bouteille de ràkh^ qui lui servait d'esprit-de-vin pour ses préparations anatomiques, et qui était de force à prendre l'eu dans le gosier du mécréant. Puis il tourna les talons, et redescendit la montagne.

« 11 nous faut ici prévenir ceux de nos lecteurs qui trouvent que Jacquemont a payé un peu cher le plaisir de mystifier un misérable, que ces roupies données si libéralement ne lui ' coûtent absolument rien, que la peine de les recevoir; encore est-ce l'office de son trésorier. Du jour où Victor Jacquemont a mis le pied sur le sol du Punjaub, il tombe une pluie d'or dans «a cassette. Runjet-Sing, quand il veut témuigner sa considération aux gens, n'y met pas tant de façons. Au Heu de vous envoyer son portrait ou toute autre bagatelle inutile, li vous fait donner un sac de roupies. Ces bienheureux sacs contiennent cent une roupies, à savoir deux cent cinquante francs. Arrivé à Cachemyr, Jacquemont avait ainsi reçu, en témoignages solides de la considération de Sa Majesté, en preuves sonnantes de son amitié^ environ,quinze mille fsancs, sans complet les approvisionnements de toute espèce, une quantité innombrable de moutons, de poules, de sacs d'orge, de riz et de farine, et, comme il l'écrit plaisamment, «une cbarge do cachemires à faire trembler tous les maris. » C'est ainsi qu'on traite les Français dans le royaume de Lahoré. Cela ne ressemble-t-il pas un peu à l'Eldorado?

Je me suis souvent deiiiandc, en lisant ces curieuses lettres, d'où pouvait naître cet iru oiilcstable ascendant qu'exercent les liuropêens sur les indiiiLiies de l'Asie, ascendant tel, que la polilitjue bien entendue des gouvernements de ce pays consiste surtout à nous en défendre la frontière ; et j'ai pensé qu'on pouvait l'expliquer par une cause toute générale, la supériorité du bon sens sur rimagination. Cette vérité, que je ne veux qu'indiquer ici, éclate à chaque pas du voyage de Jacquemont. Son bon sens triomphe précisément par le côté qui frappe rimagination des Asiatiques, par sa fermeté, par sa soudaineté, par sa justesse. Les Français ont quelque chose de plus encore, qui les rend considérables en Asie ; ils sont gais, ils sont Trondeurs. Je ne sais qui a dit ; Les femmes ne

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