Monteil, II, 606, 607, notes
l'épaule droite, là où pose le baudrier. Dessoubs Thabit, entre chair et chemise, je me mis un braver caleçon) feint, de toile, dont la ceinture estoit par dedans de cuir double, cousu en diverses bougettes (petites poches), qui se fermoient toutes avec un lacet commun. Là-dedans je mis quarante-six pistoles et en cousis dans ma camisole, sous les aisselles, vingt autres. De plus, je munis mes poches de tablettes, d'escriptoire, d'une montre, d'un estui et d'un couteau, choses estrangement nécessaires par voyage à ceste heure. Pour mes hardes, je pris une valise de cuir fermante avec une chaisne de fer et cadenas^ longue de cinq palmes et haute de deux, en quoy je faillis ; car, ou il la faut prendre plus petite, qui tienne quelque vingt-cinq ou trente livres pesant, de sorte que l'on la puisse porter commodément sur la croupe de son cheval... ou bien, il faut prendre une grande malle qui soit la juste charge d'un cheval, et faut qu'elle soit de bois ; résistant plus à l'eau et conservant mieux les habits qui se gâtent entièrement dans celles de cuir*. Dans cette valise, je mis mon linge, six de chaque sorte ; un pourpoint de satin et un manteau de
I. Quand on se servait de sommiers pour porter les ba- ^aj^es, on employait en général des paniers. « Le panier^ dit Cotgrave, est une sorte de malle faite en osier, couverte de la peau velue du veau, très en usage chez les seigneurs français voyageant pour leur plaisir ou pour le service militaire, et portée par paires de chaque côté du cheval. »
panne et des souliers, pour se vêtir civilement aux villes de séjour : ^ »
Pour le piéton, le Guide des voyageurs de Grataroli recommande « une ceinture large de six ou sept doigts, et longue de cinq coudées au moins, enroulée autour du corps, pour protéger les reins, le ventre et la poitrine. Il aura un bâton sur lequel le corps s'appuieutilement dans les descentes et les montées, et des lunettes de verre ou de cristal pour garantir les yeux de la neige; les colporteurs vendent ces lunettes à petits prix.... Pour passer les montagnes et les glaciers, on attachera aux semelles des pointes d'acier fixées sur des lames de fer ; on les trouve aujourd'hui presque partout dans le commerce. Dans les chemins pierreux et boueux, rien ne vaut les semelles de bois dont on se sert en France (galoches) ; elles se mouillent difficilement et sèchent vite ; on les garnit d'étoupe, afin de ne pas se blesser le pied. S'il faut traverser des rochers, mettez sous vos chaussures des semelles fines de fer, à la mode turque. Dans un chemin sec et de peu de longueur, les sandales sont préférables, parce qu'elles tiennent les pieds chauds -. »
Celui qui veut « voyager agréablement, dit encore le même Guide, choisit la litière en hiver, et le
1. J.-J. Bouchard, Itinéraire de Paris à Rome. Voir aussi le Proxeneta de Cardan qui fait au voyageur des recommandations hygiéniques assez singulières.
2. Grataroli, De regimine iter agentium, Bâle, i56i. Voir appendice A.
chariot en été. Le chariot est monté sur deux roues très grandes, ce qui occasionne moins de secousses. La litière, portée doucement par des mulets, est fermée de tous les côtés pour l'hiver; elle a des fenêtres vitrées, et se chauffe au moyen de boules combustibles parfumées. »
« En France, dit un voyageur allemand *, les routes sont plus sûres que partout ailleurs »; et il attribue cette sécurité à ce que « le port des armes à feu est interdit aux voyageurs, tandis que les cavaliers de la maréchaussée défilent deux à deux, armés de leur escopette, le long des grands chernins. Un autre avantage, c'est qu'il y a des coches publics ^ qui partent de Paris pour dilTérentes localités et reviennent dans la capitale. Partout on trouve des chevaux de louage, excepté dans les endroits où des ordinaires sont organisés, et ces ordinaires sont de deux sortes, \qs postes qui sont rapides, et les relais qui sont plus lents ».
Du temps de Henri II, le maître de poste de Paris était Brusquet; il avait sous ses ordres plus de trente postillons avec cent chevaux, et s'intitulait Capitaine de cent chevau-légers. Brusquet était « le premier homme pour la bouffonnerie qui fust jamais^ ni sera », nous dit Brantôme-^. C'est