EN ^ANGLETERRE ET EN FRANCE
Calais, il fallut attendre douze jours que le vent fût favorable; enfin, après une traversée laborieuse où « Monseigneur et quelques autres eurent tellement le mal de mer qu'ils étaient couchés dans le vaisseau, comme s'ils étaient morts », nos voyageurs débarquèrent à Sandwich. « C'est là que j'ai vu pour la première fois des nefs, des galions et des coches. On appelle nefXt vaisseau qui marche avec le vent et les voiles seulement. Le galion marche au moyen de rames ; ces navires sont d'une grandeur et d'une longueur extraordinaires; ils peuvent naviguer par tous les vents et servent surtout dans les guerres maritimes. La coche ^ est d'assez grande dimension. »
I. Cocha, navire de transport que les Anglais appelaient Cog ; voir Du Gange au mot Cogo.
34 VOYAGES ET VOYAGEIRS
Après une station àCantorbery pour admirer les précieuses reliques de la cathédrale, Rozmital se dirige sur Londres. Aux approches de la capitale, il rencontre le héraut et un conseiller du roi d'Angleterre, Edouard IV, qui l'accompagnent dans la ville jusqu'à « un excellent logis que le Roi avait fait préparer pour lui. » Peu de jours après, il fut reçu officiellement avec de grands honneurs, et invité à un repas magnifique « où l'on ser- \it, suivant l'usage, cinquante plats. » Le lendemain, réception de la reine, Elisabeth Woodwill ; écoutons le récit de notre ami Tetzel.
« La reine relevait de couches et se rendait à l'église en grande procession, avec beaucoup de prêtres portant des objets sacrés, et beaucoup de clercs qui chantaient, et portaient des cierges allumés. Derrière venait une foule de femmes et de jeunes filles de la ville et des environs, invitées à la cérémonie. Puis, une quantité de trompettes, de joueurs de fifres, et de musiciens jouant des instruments à cordes; puis encore, les chantres du roi au nombre de quarante-deux, qui chantaient admirablement. A leur suite, vingt-quatre hérauts et porte-bannières, soixante comtes et chevaliers, enfin la reine elle-même accompagnée de deux ducs, et marchant sous un dais. Elle était suivie de sa mère et de soixante dames ou filles d'honneur. Après le service à l'église, elle retourna dans son palais. Tous ceux qui avaient fait partie de la procession furent invités à dîner ; on les plaça, hommes
et femmes, prêtres et laïques, chacun selon son rang; ils remplissaient quatre salles. Monseigneur et sa suite, avec les personnages les plus nobles, dîna dans la salle à la table habituelle du roi. Le Comte le plus puissant de la cour avait été chargé de se mettre à la place et dans le siège même du roi. Monseigneur s'assit à cette table, à deux pas de lui, et sans autre personne. On appliqua au comte qui remplaçait le roi et à monseigneur, le même cérémonial que pour le roi, pour le servir, pour lui présenter les plats, pour découper, etc.
« Pendant que nous mangions, le roi fit donner une gratification aux trompettes, aux fifres, aux joueurs d'instruments et aux hérauts. Ces derniers eurent quatre cents nobles pour leur part, et tous s'avancèrent devant les tables, criant à haute voix ce que le roi leur avait donné.
« Quand Monseigneur eût achevé de dîner avec le comte, on le conduisit dans une salle magnifiquement décorée, où se tenait la reine qui allait se mettre à table. On plaça Monseigneur et sa suite dans un coin pour lui permettre de tout voir. La reine s'assit sur une chaire en or ; sa mère ^ et les sœurs du roi se tenaient à une certaine distance, pliant le genou chaque fois que la reine leur parlait, jusqu'au moment où elle se lava les mains. Alors seulement, et lorsque le premier plat fut servi, elles prirent place à table. Les dames et les