I. Voir p. 123 l'opinion de Hentzner sur les Anglais
DE LA RENAISSANCE Sq
hommes, ni pour les chevaux qui souffraient beaucoup ; que Dieu puisse en avoir pitié ! Au départ de Guernesey, une tempête nous assaillit et brisa le mât ; nous étions en grand péril et les chevaux faisaient un bruit terrible, roulant les uns sur les autres. Personne ne peut le croire s'il n'a passé par là ; car, en partant de l'Angleterre, nous nous étions munis de vivres pour quatre jours seulement, et nous restâmes en mer dix-sept jours. Enfin nous arrivâmes non sans peine à Saint-Malo. Nous fîmes débarquer les chevaux qui étaient exténués et ne tenaient pas debout. Monseigneur fut obligé d'attendre quelques jours pour les laisser reposer. » (^Tetzel).
Ce récit dramatique fera sourire nos contemporains qui mettent quelques heures pour accomplir ce même trajet, sans rencontrer ni pirates, ni rivages inhospitaliers, et sans risquer de mourir de faim. Mais quoi! Dans quatre siècles d'ici, nos arrière-petits-neveux riront bien à leur tour de nos procédés rudimentaires de locomotion.
De Saint-Malo où « des chiens, lâchés pendant la nuit, font l'office de veilleurs et déchirent les promeneurs à belles dents, » — ce qui prouve, soit dit en passant, que la tradition malouine date de loin, — les voyageurs vont d'abord à Nantes, auprès du duc François II, puis à Saumur, où le roi René, « un beau vieillard d'humeur joviale » leur fait de grands honneurs. Sur son invitation, ils reviennent sur leurs pas, pour visiter le château
40 VOYAGES ET YOYAGEITRS
d'Angers. En l'absence du roi, on leur sert un festin superbe avec une profusion d'argenterie ; « toutes les chambres étaient décorées de tapisseries d'une extrême richesse; dans la chambre du roi, la couverture du lit valait, disait-on, quarante mille gulden^». La ménagerie était pleine d'oiseaux rares, enfermés dans des cages d'une dimension extraordinaire. « Il y avait trois lions, deux autruches, deux léopards, des chèvres sarrasines et beaucoup d'autres bêtes curieuses.,. Au monastère de Saint-Maurice, nous vîmes le tombeau que le roi de Sicile s'est fait faire ; il est de marbre blanc et fort élégamment travaillé. Près du tombeau sont représentés trois soldats, armés d'une épée et d'une lance ; à l'intérieur, les statues du roi et de la reine, chacune portant sur la tête un diadème d'or garni de pierreries. »
Louis XI était alors à Meung-sur-Loire et Rozmital ne pouvait manquer cette occasion d'aller faire sa cour au roi de France. Louis XI le reçut « avec beaucoup de bonne grâce, lui offrant de lui donner tout ce dont il aurait besoin, et le fit conduire auprès de la Reine-. Celle-ci lui donna l'accolade et chacune de ses demoiselles d'honneur l'embrassa sur la bouche^; c'était