I. Voir appendice B
DE LA RENAISSANCE 5l
leurs hardis et pensifs. Au cap Finistère, les marins de la côte assuraient qu'un roi de Portugal avait frété trois vaisseaux chargés de vivres pour quatre ans ; que ces vaisseaux, après avoir navigué pendant deux années, avaient fini par aborder à une île, où se trouvaient des habitations souterraines remplies d'or et d'argent. Plus loin, ils avaient rencontré à distance une mer terrible et des vagues aussi hautes que des montagnes, s'élevant jusqu'aux nues ; sur quoi les équipages furent saisis d'une grande terreur, comme si le jour du jugement dernier fut arrivé. Un conseil fut tenu, à la suite duquel deux vaisseaux se plongèrent dans les ténèbres et la tempête; ils ne reparurent jamais. Le troisième les attendit deux semaines et rentra seul au port. L'histoire avait-elle un fond de vérité? Nous l'ignorons, mais Rozmital l'écouta d'une oreille attentive et la fit transcrire tout au long dans son journal. Esprit ouvert, avide de s'instruire, — son voyage en est la preuve, — il voulut voir sur place, le plus près possible, cet horizon mystérieux, pour l'interroger; et qui sait si, devant cette mer dont « personne, disait-on, n'avait connu les bornes, sauf Dieu lui-même, » il ne ressentit pas le frisson avant-coureur de la grande découverte. Le retour s'effectue par Braga, Porto et Lisbonne, d'où les voyageurs rentrent en Espagne, assez pressés, parait-il, d'en sortir. De Badajoz à Barcelone, ils coupent en diagonale, traversant Mérida, Tolède et Saragosse. Il faut bien le dire, dans ce
nouveau parcours, notre amiTetzel semble d'assez méchante humeur. Adieu les fêtes, les danses, les spectacles, et surtout adieu les jolies femmes. Il n'est plus question que de routes laborieuses, d'ascensions interminables, de rencontres périlleuses et, tout le long du chemin, règne une guerre civile épouvantable. Ici on traverse des « montagnes horriblemeni désertes ; v> plus loin, on entre dans le pays des Mores « maraudeurs et voleurs comme les Tsiganes de notre pays de Bohême. » Il faut du matin au soir « chevaucher sans repos, toujours en éveil et en défiance, et toujours l'écu au bras... En Catalogne, entourés de gens qui voulaient nous tuer et nous voler, nous étions sans cesse dans la crainte d'une surprise, et cette absence constante de sécurité nous faisait beaucoup soufFrir^. » La relation officielle complète ainsi le tableau : «Pendant que nous étions à Barcelone, notre hôte nous avertit de ne pas sortir du logis par deux ou par trois seulement, mais de nous promener tous ensemble. Il y a, disait-il, beaucoup de pirates qui s'emparent des gens à la dérobée, les embarquent, les enchaînent, etvont les vendre comme du bétail... En somme la population de Catalogne est la plus scélérate et la plus perfide de la chrétienté. »
Les malheureux voyageurs ne respirent qu'en France où ils rentrent par Perpignan et le Roussillon. Désormais plus d'inquiétudes, plus de mau-