VOYAGES
fARCE qu'il a inventé les chemins de fer, notre siècle à la vapeur se persuade volontiers qu'il a même inventé les voyages, ou peu s'en faut ; c'est une erreur. On voyage beaucoup au x\^ et au x\i^ siècles. La Renaissance est fille du Moyen-Age aventureux, nomade et toujours sur le qui-vive; ces habitudes remuantes, ce besoin de locomotion, elle les a dans le sang et ne s'en dépouillera plus. Les chemins peuvent être mauvais^ mal entretenus, dangereux même, les moyens de transport primitifs, peu lui importe : elle se déplace avec une surprenante facilité.
Ainsi, la Cour est toujours en branle avec son train formidable « de princes, de ducs, de barons, de prélats, si nombreux qu'à chaque grand voyage.
VOYAGES ET VOYAGEIRS
le corlèoe est de huit mille chevaux et d'autant de personnes K » « Pendant les quarante-cinq mois de mon ambassade, écrit Marino Giustiniano, en i535, j'ai été presque toujours en voyage, et jamais la Cour ne s'est arrêtée quinze jours de suite dans le même endroit -.
Le gentilhomme et le bourgeois vont périodiquement aux champs, l'un à son château, l'autre à sa campagne '\ Le marchand court de marché en marché, de foire en foire, à la Guybraye et au
1. Relatio7is des Ambassadeurs Vénitiens, Paris i838. Lippomano ajoute : « Pour trouver des logements, il faut qu'un prince se tienne à trois ou quatre lieues de distance de l'autre; les villes mêmes ne peuvent pas toujours loger la cour entière, qui s'installe dans les villages environnants. » Cellini dans ses Mémoires, dit même que « le train de la Cour, qu'il suivait, se composait toujours de plus de douze mille chevaux. » La galerie royale de Florence renferme une se'rie de tapisseries cataloguées sous le nom de Fêtes de Henri II et de Catherine de Médicis, — ce qui est uns erreur évidente, Catherine y figurant en costume de veuve. Une de ces tapisseries représente la cour en voyage, sortant du château d'Anet. Au premier plan, Henri III et une foule de seigneurs à cheval, des chariots branlants, des litières, des sommiers, des cavaliers et des dames à cheval ; dans le fond on achève les derniers préparatifs du voyage. — En iSo-S, Anne de Bretagne se rend à Lyon « à très grand train environ de mille chevaux, six chariots, de sept litières, accompagnée de plusieurs grands personnages et de vingtcinq dames sur haquenées blanches. » Voyage de Phjl. le Beau, Chroniques inédites Belges./