Epist. familiares
prennent aucun soin de l'orientation des portes et des fenêtres ; ensuite, presque toutes leurs chambres sont construites de telle façon qu'elles ne sont jamais aérées. La plupart sont éclairées par des carreaux de verre, qui admettent la lumière de manière à se garantir du vent; mais les fentes laissent infiltrer les courants d'air d'autant plus pernicieux que l'air séjourne longtemps dans la pièce. Le sol est garni tantôt de carreaux, tantôt de nattes renouvelées de temps à autre, de sorte que le dessous reste quelquefois vingt ans à entretenir les crachats, les vomissements, l'urine des chiens et des hommes, la bière qu'on y a jetée avec les restes de poissons et d'autres ordures innommées. Quand le temps change, le sol dégage des émanations qui ne peuvent être salutaires au corps humain. »
Erasme termine sa lettre par quelques conseils pratiques sur la construction des chambres. Il voudrait encore que le peuple anglais fut plus sobre et moins amateur de salaisons ; enfin « le nettoyage des boues et des ordures dans la rue et les faubourgs devrait être une charge publique confiée aux magistrats de la ville. »
Avec ces idées tellement en avance sur son siècle, et sa délicatesse maladive qui lui faisait, jusqu'à la fin de sa vie, garder rancune au collège de Montaigu de « sa vermine et de ses œufs pourris, » Erasme devait être, plus que tout autre, sensible à la bonne tenue et à la propreté. Son idéal, c'est
une certaine hôtellerie de Lyon ; chaque fois qu'il y passe, il ne peut s'en arracher ; « comme les compagnons d'Ulysse, il est retenu par des sirènes » sous la forme de l'hôtelière et de ses filles « si gaies qu'elles réjouiraient Caton lui-même. Là je me crois chez moi et non pas en voyage ; je ne cause pas avec des inconnus, mais avec de vieilles connaissances, avec des amis. La table est somptueuse et je m'étonne qu'on puisse traiter ses hôtes à si bas prix. Il y a des salles pour se déshabiller, pour se nettoyer, se chauffer et même se reposer, si l'on veut. Dans les chambres, on ne voit que des jeunes filles riant et folâtrant ; elles viennent nous demander si nous avons du linge sale, elles le lavent et nous le rendent blanc. Lorsque les voyageurs s'en vont, elles les embrassent et les quittent avec autant de tendresse que des frères et des proches parents 1. »
A ce riant tableau, Erasme oppose la peinture des hôtelleries d'Allemagne. Les voyageurs sont empilés dans « des salles chauffées par des poêles. L'un ôte ses bottes, l'autre change de chemise, un troisième se peigne ou essuie sa sueur ; celui-ci nettoie ses guêtres, celui-là infecte l'ail- ». Per-