Erasme, Diversoria
2. Voir à ce sujet le Grobianus, ce curieux traité d'incivilité et de mauvais ton, composé par l'allemand Dedekind : « S'il fait froid et si tu entres dans un chauffoir, que tu sois connu ou étranger, peu importe, commence par te chauffer au poêle les mains et les pieds, et enlève tes chaussures
DE LA RENAISSANCE yS
sonne ne vous salue en arrivant « de peur de paraître circonvenir un hôte, ce qui serait indigne de la pruderie allemande. Vos dehors annoncent-ils une certaine situation? Tout le monde a les yeux fixés sur vous, on vous contemple comme un animal extraordinaire venu d'Afrique, on ne vous quitte pas du regard. » Le valet a l'air farouche. Pas d'eau propre pour se laver; viandes recuites, salaisons réchauffées, bruit et vacarme assourdissants ; draps de lit blanchis tous les six mois, « et quelles nappes, grands dieux! de la toile détachée des vergues d'un navire. » Erasme est impitoyable ^
pour dégeler tes pieds plus vite et plus commodément, Libre à toi de retirer aussi tes chausses et de les suspendre au poêle. Le procédé est excellent : en effet, l'air est trop souvent vicié par les miasmes qui montent à la tête ; or, le parfum s'exhalant des chausses suspendues s'introduit dans les narines, dégage les cellules cérébrales, et ne laisse plus de place à l'ancienne infection. » Xiv. III, chap. iv .
I. Du temps môme d'Erasme, on trouvait ces critiques sévères; Juste-Lipse dit dans une de ses lettres « qu'Erasme se moque bien amplement et avec bien du sans-gêne de toutes les hôtelleries d'Allemagne. » Toutefois Guillaume Grataroli, De Regimine iter agentium (Bâle, i56i , dit encore : « Dans les petites villes d'Allemagne, et là où il n'y a qu'une seule hôtellerie, non seulement on rencontre des voyageurs grossiers et des rouliers, mais il est rare de trouver un lit qui soit net. Si vous voyagez à pied, vous serezd'autant plus maltraité, à moins de promettre et de donner un pourboire à la chambrière et au valet. Si vous êtes mal vêtu, la chemise sale, ou habillé comme un soldat espagnol, c'est à peine si vous obtiendrez quelque chose de bon. »
Après Erasme, nous citerons pour mémoire les petits Itinéraires de Jean Second ^ de Malines à Bourges (i532) et de Bruxelles en Aragon (i534). Sauf les incidents habituels du voyage, et la rencontre, à Lyon, de François I^^ et de sa cour, le poète ne nous apprend rien de particulier.
On peut en dire autant de Rabelais. Seulement le joyeux voyageur nous a laissé sur son séjour en Italie (i536) une page amusante que nous transcrirons ici ; tout ce qui vient de Rabelais, même un hors d'oeuvre, est bon à prendre- ; « Vrayement, dit Epistémon, vous me réduisez en mémoire ce que je vis et ouy en Florence^ il y a environ vingt ans. Nous étions bien bonne compagnie de gens studieux, amateurs de pérégrinité, et convoiteux de visiter les gens doctes, antiquitez et singularitez d'Italie. Et lors curieusement contemplions l'assiette et beaulté de Florence, la structure du dôme, la sumptuosité des temples et palais magnifiques, et entrions en contention qui plus aptement les extolleroit par louanges condignes. Quand un moyne d'Amiens, nommé Bernard Lardon, comme tout fasché et monopole, nous dist : « Je ne sçay que diantre vous trouvez icy tant à louer. J'ay aussi bien contemplé comme vous, et ne suis aveugle plus que vous. Et puis? Qu'est-ce? ce sont belles maisons, c'est tout. Mais