‹ Voyages et voyageurs de la renaissanceChapitre 6 sur 55 · Félix et Thomas Flatter, Montpellier, 1892. V. page · texte numérisé non relu

Félix et Thomas Flatter, Montpellier, 1892. V. page

3. Un mari conduit sa femme à un pèlerinage « peut-être qu'il n'a point de valet, et convient qu'il luy fasse plusieurs services sur les chemins ; aussi ne seroit-elle pas contente s'il n'avoit peine et meschief à démesure. Maintenant, elle dit que elle a un estref trop long et l'autre trop court ; maintenant lui faut son mantel; maintenant le laisse; puis ditquelecheval trotte trop dur; et en est malade. Maintenant elle descend, et puis la faut remonter, et faut qu'il la meine par la bride pour passer un pont ou un mauvais chemin. Maintenant, elle

-ne peut manger et si convient que le bonhomme, qui est plus crotté qu'un chien, trotte parmi la ville à lui quérir ce qu'elle demande... or, s'en reviennent, et pourra estre que l'un des chevaux se recroira, ou demourera par aucun accident de morfonture, de retenure ou d'autre chose; et con-

Parents, amis, voisins et voisines se concertent, « on se départ ensemble et fait-on bonne chère ». La troupe, accrue de ville en ville et de village en village, gagne lentement, tantôt Rocamadour ou Notre-Dame du Puy, tantôt Saint-Michel au péril de la mer ou Notre-Dame de Liesse, Saint-Martin de Tours ou Sainte-Geneviève de Nanterre ; et, chacun est « bien déboutté (bousculé) et foulé en la presse », pour faire toucher aux reliques les ceintures et les patenôtres des femmes.

Entre la France et l'étranger, la circulation n'est pas moins active. L'Europe se donne déjà rendez-vous à Paris. « Les voyageurs y accourent en foule, non-seulement ceux de la province qui viennent pour leur plaisir ou pour voir la Cour, mais les Allemands, Flamands, Septentrionaux, Ecossais, Anglais, Italiens, Espagnols, Portugais et autres. C'est un pêle-mêle et une confusion* ».

vient au bonhomme en acheter un autre, et à l'aventure il n'a pas de quoy. En ce cas, il conviendra qu'il trotte à pied, et qu'il soit toujours quand et quand. Et encore lui demandet-elle souvent des prunelles des buissons, des cerises et des poires, et toujours lui donne peine. Et avant laisseroit-elle choir son fouet ou sa verge ou autre chose, afin qu'il le ramasse pour le lui bailler. » (Quinze joyes du mariage, p. 99 et suiv. éd. Elz.)

I. Relations des Ambassadeurs Vénitiens, Lippomano. L'allemand Jean Zinzerling, qui parcourut la France de 1612 à 1616 constate ce prestige que Paris exerçait sur les étrangers. Parlant des routes que l'étranger doit suivre pour entrer en France, il conclut ainsi : « Donc, par où commencer? A mon avis, il faut choisir la route qui te permettra

Orléans, Bourges^ Poitiers, Montpellier, Toulouse ' sont pleins d'étudiants étrangers, venus des quatre coins de l'Europe pour apprendre le droit, la médecine et le français. A Orléans, la colonie allemande est si nombreuse qu'elle forme ce qu'on appelait une nation, avec une organisation, un personnel, des privilèges, une juridiction à part-. La France, à son tour, envoie ses fils de famille achever leurs études à Leipsick, Heidelberg, Bâle, Louvain, Salamanque, et surtout à Rome, à Pise, ou à Padoue; car le voyage d'Italie est le complément obligé d'une bonne éducation; Montai-

d'abord de venir saluer Paris, la métropole du royaume. Non que je t'engage à y séjourner, étant si nouveau venu ; mais je veux que tu le salues. En veux-tu la raison ? C'est que par ce moyen tu te ménageras du crédit et de la faveur auprès des habitants, en quelque lieu que tu résides à l'avenir. Avoir vu les villes d'Italie, d'Allemagne et des autres royaumes, ce n'est rien ; ce qui frappe surtout, c'est quand un homme dit qu'il a été à Paris, qu'il a vu le Roi et la Reine, les princes et les grands seigneurs de la Cour, la cathédrale et les tombeaux de Saint-Denis, les châteaux royaux voisins de la capitale. C'est par de tels récits que tu rassasieras plus tard les oreilles, et que tu enchaîneras les âmes. » lodoc. Sinceri Itinerarium, \" Ed. Lyon 1612.

1. On comptait « autrefois àToulouse dix mille escoliers, tant de ceux du païs, que d'autres plusieurs et divers lieux, et fort loing-tains, estudians en la jurisprudence ». [Paulegraphie, 1587, p. 219). — Th. Platter signale également « le nombre considérable d'étudiants allemands, tant princes, comtes, nobles et non nobles, qui fréquentent l'Université d'Orléans. Ils sont en général de deux à trois cents ». {IJyi étudiant bàlois à Orléans en i5gg, Orléans 1879).

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