L'ÉPREUVE VILLAGEOISE
Comédie en deux actes, en vers, par Desforges; représentée aux Italiens, le 2i juin 17S4.
Ce petit ouvrage doit son existence à la chute complète d'un plus grand ouvrage intitulé Théodore et Paulin, en trois actes et à double intrigue. J'avais remarqué, à la première et dernière représentation de cette pièce, que l'ennui et le plaisir se peignaient alternativement sur la physionomie des spectateurs : l'ennui était toujours causé par les acteurs nobles, et les paysans ramenaient chaque fois la gaieté. Je partageai tellement les sentiments du public, que, malgré les sollicitations des comédiens, je refusai une seconde représentation, qui aurait produit le même effet. Je proposai à l'auteur des paroles un plan qui excluait les personnages nobles : il l'adopta, et fit de Théodore et Paulin une pièce en deux actes, sous le titre de l'Épreuve villageoise.
J'ai soigné d'autant plus ce petit ouvrage, que l'exiguïté du sujet m'en imposait la nécessité. Un poème qui comporte un puissant intérêt en a moins besoin, et l'on sent pourquoi ; j'ose dire même qu'il faut s'abstenir de trop rechercher la composition musicale d'un drame compliqué, de crainte que cette double complication ne fatigue les spectateurs;
1. « Cette pièce, dit une publication contemporaine, ne renferme que quatre personnages : Denise, sa mère, André, et Laframe, son rival. Laframe tranche de l'important, et André est jaloux. La maligne Denise, de concert avec sa mère, veut punir la fatuité de l'un en encourageant la jalousie de l'autre. Elle fait donc semblant d'épouser Laframe , quoiqu'elle ait accepté la main d'André. Mais une fois la vengeance prise et la leçon donnée, elle épouse André et éconduit Laframe. La musique a été applaudie avec transport. La pièce contient d'heureux détails et nombre de traits d'esprit. Si le fond en est fort léger, c'est qu'elle n'était en principe qu'un épisode d'une grande pièce très sérieuse, Théodore et Paulin, qui avait échoué au théâtre. Comme l'épisode a obtenu un grand succès, on peut dire que les auteurs ont su recueillir d'assez bons débris de leur naufrage. » — Desforges, collaborateur de Grétry pour cet ouvrage, est l'auteur d'une folie à grand succès, le Sourd ou l'Auberge pleine, restée au répertoire comme comédie et comme opéra-comique.
108 A. -M. GRETRY
Des couplets du deuxième acte furent incontinent chantés dans les rues et dansés partout, même sur le théâtre de l'Opéra. J'avoue que ce genre de succès, que bien des compositeurs semblent dédaigner, me fit un sensible plaisir. C'étaient les premiers jolis couplets dont je faisais 'la musique, et je n'avais pas grande opinion de moi pour ce genre de composition. Cette pièce n'a pas quitté la scène depuis le jour où elle y a reparu.