LIVRE DEUXIÈME
ean-Jacques Rousseau dit qu'il faut voyager à pied pour s'instruire, en jouissant tout à la fois d'une bonne santé et des sensations délicieuses qu'offre à chaque instant le spectacle varié de la nature. Je partis de Rome le 1er janvier 1767; je ne vis rien sur ma route, je n'eus ni plaisir ni peine : j'étais dans une bonne voiture.
Arrivé à Turin, j'y retrouvai un baron allemand que j'avais connu à Rome; il me proposa de faire route ensemble pour Genève : il était pressé, et nous partîmes le lendemain. Dès que nous fûmes sortis de la ville, je voulus lui dire : « Ah! Monsieur le baron, que je suis enchanté de... » Il m'interrompit et me dit brusquement : « Monsieur, je ne parle point en voiture.
— Fort bien, » lui dis-je. Étant descendu le soir dans l'auberge, il fit faire grand feu, passa sa robe de chambre et vint à moi les bras ouverts en me disant: « Ah, mon cher ami, que je suis aise de... » Je l'interrompis à mon tour pour lui dire d'un ton sec : « Monsieur, je ne parle point dans les auberges. » Il se mit à rire comme un fou, et me fit le détail d'une cruelle maladie dont il était atteint et qui était cause de sa boutade.
Le jour suivant, nous passâmes le mont Cenis. Des porteurs se chargèrent de nous en montant; je leur demandai ce que signifiait une croix rouge que j'aperçus dans un précipice : « Paix, me dit-on, ne parlez pas!
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— Comment donc! me dis-je en moi-même, rencontrerai-je partout des barons allemands? » Étant arrivé sur la montagne, mes porteurs m'apprirent que le son, ou l'écho seul du son de la voix, pouvait déterminer la chute des neiges amoncelées et suspendues sur la tête des voyageurs. La descente de là montagne m'amusa infiniment. Je proposai à mon baron de la remonter pour avoir le plaisir de la redescendre. Il ne crut pas devoir accepter.
La manière dont nous descendîmes la montagne s'appelle « la ramasse ». Il faudrait trois heures pour faire cette descente à pied ou sur un mulet, et peu de minutes suffisent quand on se fait ramasser. On remet sa vie entre les mains d'un petit Savoyard ; le mien n'avait pas plus de dix à onze ans. On est assis sur une espèce de traîneau; le petit conducteur est sur le devant; il vous fait glisser de roc en roc, tandis que de ses petites jambes il dirige la voiture; on est presque suffoqué parles premières chutes; mais en se couvrant la bouche cette manière d'aller est très supportable.
Je quittai mon baron à Genève, et je m'en consolai, sachant que j'y verrais Voltaire. Après que j'eus été présenté dans les meilleures maisons par mon ami Weiss, je me trouvai avoir accepté vingt femmes pour écolières. J'avais été précédé d'un peu de réputation, et les magistrats me permirent d'outrepasser le prix des leçons ordonné par le gouvernement.
Le métier de maître à chanter ne me plaisait point, outre qu'il fatiguait ma poitrine; mais il fallait me préparer aux dépenses qu'entraîne le séjour de Paris.
La querelle entre les représentants et les négatifs1 étant alors dans toute sa force , MM. les ambassadeurs de France, de Zurich et de Berne arrivèrent en qualité de médiateurs. La République fit bâtir une salle de
i, L'État de Genève était alors livré à de grandes discussions résultant des prérogatives qu'entendait s'attribuer ou plutôt conserver le Sénat, dont les partisans avaient pris le nom de négatifs, comme reconnaissant à ce conseil le droit de négation ou d'annulation des représentations que voulaient pouvoir faire les citoyens en cas d'emprisonnement : d'où la désignation opposée de représentants.
spectacle pour amuser Leurs Excellences et le peuple révolté. J'entendis des opéras comiques français pour la première fois. Tom Jones v, le Maréchal2, Rose et Colas, me firent grand plaisir, lorsque j'eus pris l'habitude d'entendre chanter le français, ce qui m'avait d'abord paru désagréable.
Il me fallut encore quelque temps pour m'habituer à entendre parler et chanter dans une même pièce; cependant je sentais déjà qu'il est impossible de faire un récitatif intéressant lorsque le dialogue ne l'est point. Le poète a une exposition à faire, des scènes à filer, s'il veut établir ou développer un caractère. Que peut alors le récitatif? Fatiguer par sa monotonie et nuire à la rapidité du dialogue. Il n'y a que les jeunes poètes qui pressent trop leurs scènes de peur d'être longs; l'homme qui connaît mieux la nature sait qu'on ne produit des effets qu'en les préparant et les amenant doucement jusqu'à leurs plus hauts degrés. Laissons donc parler la scène. Formons à la fois des comédiens déclamateurs et des musiciens chanteurs, sans quoi nos ouvrages dramatiques perdront le mérite qu'ils ont et celui qu'ils peuvent encore acquérir. Je désirerais mettre en musique une vraie tragédie où le dialogue serait parlé ; j'imagine qu'elle produirait un plus grand effet que nos opéras chantés d'un bout à l'autre.
J'eus bientôt envie d'essayer mes talents sur la langue française, et cet essai n'était pas inutile avant de songer à la capitale de la France. Je demandais partout un poème; mais, quoiqu'il y ait beaucoup de gens d'esprit à Genève, on était trop occupé des affaires publiques pour donner audience aux Muses. Je pris le parti d'écrire à Voltaire, à peu près dans ces termes :
<( Monsieur,
« Un jeune musicien arrivant d'Italie et établi depuis quelque temps à Genève voudrait essayer ses faibles
1-2. Tom Jones (1763) et le Maréchal (Util), comédies mêlées d'ariettes, musique de Philidor.
talents sur une langue que vous enrichissez chaque jour de vos productions immortelles; je demande en vain aux gens d'esprit de votre voisinage de venir au secours d'un jeune homme plein d'émulation : les Muses ont fui devant Bellone; elles sont sans doute réfugiées chez vous, Monsieur, et j'implore votre protection auprès d'elles, persuadé que si j'obtiens de vous cette grâce, elles me seront favorables dans cet instant, et ne m'abandonneront jamais.
« Je suis avec respect, etc. »
Voltaire me fît dire par la personne qui s'était chargée de ma lettre qu'il ne me répondait pas par écrit, parce qu'il était malade et qu'il voulait me voir chez lui le plus tôt qu'il me serait possible.
Je lui fus présenté le dimanche suivant par Mmc Cramer1, son amie. Que je fus flatté de l'accueil gracieux qu'il me fit! Je voulus m/excuser sur la liberté que j'avais prise de lui écrire.
« Gomment donc, Monsieur ! me dit-il, en me serrant la main (et c'était mon cœur qu'il serrait), j'ai été enchanté de votre lettre ; l'on m'avait parlé de vous plusieurs fois; je désirais vous voir. Vous êtes musicien et vous avez de l'esprit! Cela est trop rare, Monsieur, pour que je ne prenne pas à vous le plus vif intérêt. »
Je souris à l'épigramme, et je remerciai Voltaire. <c Mais, me dit-il, je suis vieux et je ne connais guère l'opéra comique qui aujourd'hui esta la mode à Paris, et pour lequel on abandonne Zaïre et Mahomet. Pourquoi, dit-il en s'adressant à Mmc Cramer, ne lui feriezvous pas un joli opéra, en attendant que l'envie m'en prenne? Car je ne vous refuse pas, Monsieur.
1. Mme Cramer-Dellon. Voltaire dit d'elle dans une épître au chevalier Boufllers:
Certaine dame honnête et savante profonde...
et il afûrme dans une de ses lettres qu'elle avait parfois des mots très spirituels.
— 11 a commencé quelque chose de moi, lui dit cette dame, mais je crains que cela ne soit mauvais.
— Qu'est-ce que c'est? — Le Savetier philosophe. — Ah ! c'est comme si Ton disait Fréron 1 le philosophe. Eh bien, Monsieur, comment trouvez-vous notre langue?
— Je vous avoue, Monsieur, lui dis-je, que je suis embarrassé dès le premier morceau, dans ce vers :
Un philosophe est heureux,
que je voudrais rendre dans ce sens, et je lui chantai
Un philosophe !
Un philosophe !
Un philosophe est heureux...
Ye muet sans élision de la voyelle suivante me paraît insupportable.
— Et vous avez raison, me dit-il; retranchez tous ces e, tous ces phe, et chantez hardiment « un philosoph. »
Le grand poète avait raison dans un sens, mais il se serait expliqué différemment s'il eût été musicien. L'e muet de « philosophe » est un des plus durs de la langue ; mais il faut une note pour Ye muet sans éli-
1. Fréron, auteur de V Année littéraire, publication périodique où il militait sans cesse comme antagoniste ardent des philosophes et des encyclopédistes. Voltaire, qui ne supportait guère la controverse et qui n'admettait pas que la critique osât s'attaquer à lui, avait voué à Fréron une haine tenant de l'obsession. « Voltaire, dit Jules Janin, voyait Fréron partout, à chacune de ses pages. Ce malheureux critique, qui s'était permis de frôler de sa plume l'auréole du dieu, était pour Voltaire comme cet abîme entrouvert qui épouvantait Pascal. Au milieu d'une grande dissertation historique Voltaire s'interrompait pour lancer un trait à Fréron. Au cours d'un conte léger Voltaire s arrêtait pour insulter Fréron ; en plein poème Voltaire insultait Fréron. Partout, à chaque instant, Voltaire prononce, écrit le nom de Fréron, pour le conspuer, pour le vilipender. Fréron est insulté dans le même livre que Jeanne d'Arc. Fréron est insulté dans Candide; c'est contre Fréron que Voltaire a lancé cette horrible philippique rie génie, le Pauvre Diable; enfin c'est contre lui que Voltaire a écrit cette horrible comédie, l'Ecossaise..;»
sion dans tous les cas; c'est au musicien à le faire tomber sur un son inutile dans la phrase musicale.
Voltaire me dit ensuite qu'il fallait me hâter d'aller à Paris. « C'est là, dit-il, que l'on vole à l'immortalité. — Ah! Monsieur, lui dis-je, que vous en parlez à votre aise! Ce mot charmant vous est familier comme la chose même. — Moi, me dit-il, je donnerais cent ans d'immortalité pour une bonne digestion. » Disait-il vrai ?
Ayant été si bien accueilli chez Voltaire, j'y retournai souvent; j'allais faire chez lui mon apprentissage de cette aisance, de cette amabilité française que l'on trouvait chez lui plus qu'à Genève. Voltaire, quoique éloigné de Paris depuis longtemps, n'était rien moins que rouillé parla solitude; il semblait, au contraire, avoir transféré à Ferney le centre de la France. La correspondance continuelle qu'il entretenait avec les gens de lettres était le journal qui l'instruisait chaque jour des mouvements de la capitale, et l'opinion suspendue semblait attendre pour se fixer que le législateur du bon goût eût prononcé sur elle.
Genève et surtout les leçons que j'y donnais m'ennuyaient davantage quand je sortais de Ferney; tout m'enchantait dans ce lieu charmant : les parterres, les bosquets, les animaux les plus rustiques me semblaient différents sous un tel maître.
L'opulence d'un grand seigneur peut nous humilier, exciter notre envie; mais celle d'un grand homme contente notre âme. Chacun doit se dire: C'est par des travaux immenses, c'est en m'éclairant, c'est en charmant mes ennuis, en me sauvant du désespoir peutêtre, qu'il est parvenu à la fortune ; il m'a donc payé son bien par un bien plus précieux encore : pourquoi le lui envierais-je?
Ses vassaux obtenaient de lui tous les encouragements possibles; chaque jour on bâtissait de nouvelles maisons, et Ferney serait devenu le bourg le plus considérable, le plus considéré de la France, si Voltaire s'y fût retiré vingt ans plus tôt.
J'ai entendu dire cent fois depuis qu'il était satirique, méchant, envieux de toute réputation. J'ose croire que si on ne l'eût combattu qu'avec des armes dignes de lui, Voltaire, la politesse, la galanterie même, sachant respecter le mérite, pour être lui-même respecté, bon, humain, infatigable à protéger l'innocence , non, Voltaire n'eût jamais paru dans l'arène fangeuse où l'envie et la satire l'ont fait descendre.
Il avait ses défauts sans doute; mais songeons que les défauts de l'homme célèbre suivent partout sa réputation, tandis que ceux de l'homme obscur ne sortent pas du cercle étroit qui l'environne. Songeons que l'on ne pardonne rien aux grands hommes qui nous humilient plus ou moins, en nous forçant à l'admiration. L'amour- propre blessé est si adroit à nuire! Il est le mobile du monde moral, comme je crois le soleil celui du monde physique. Quand tous les moralistes réunis ne seraient occupés pendant un siècle qu'à développer les replis de l'amour-propre, je doute qu'ils parvinssent à pénétrer le fond de son labyrinthe ténébreux.
Rien de plus noble, sans doute, que de mépriser la critique injuste; mais la nature, en créant l'homme de génie, commence par le rendre vif , sensible, passionné, et rarement assez pacifique pour résister au plaisir d'une juste vengeance. L'on n'outrage ni Dieu ni la nature impunément; comment oser espérer davantage de l'homme le plus parfait? Qui sait d'ailleurs si, pour être ce qu'il était, Voltaire n'avait pas besoin d'être quelquefois contrarié? Son génie s'allumait à l'aspect d'une feuille de Fréron; si cet aiguillon lui eût manqué, sa tète, qui cherchait sans cesse à s'enflammer, eût trouvé d'autres causes pour produire les mêmes effets.
Au Cid persécuté Ciuna doit sa naissance, Et peut-être ta plume au censeur de Pyrrhus Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus.
(Boileau.)
Un habile peintre de mes amis, Menageot, était souffrant; il s'adresse à un médecin, heureusement homme
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d'esprit, qui, après lavoir interrogé, nous dit, en sortant de l'atelier :
« Je me garderai bien de le guérir avant qu'il ait fini son tableau. » Sa maladie était effectivement produite par la grande fermentation du sang et des humeurs, et Menageot n'eût pas achevé avec la même force son superbe tableau de la Mort de Léonard de Vinci, si un médecin ignorant eût calmé à la fois son imagination et l'effervescence de son sang.
Mon opéra avec Mmc Cramer n'avançait qu'à pas lents, et c'est presque toujours un mauvais signe quant aux ouvrages d'esprit et d'imagination. Les comédiens de Genève donnèrent alors l'opéra d'Isabelle et Gertrude lf qu'on avait représenté depuis peu au Théâtre italien de Paris. Le poème fit plaisir, mais la musique parut faible. Je résolus de faire mon premier essai sur ce poème de Favart. Je n'éprouvai pas trop de difficulté; il est vrai que je ne connaissais pas la rigidité de la langue, et que j'employais toutes les voyelles pour faire des roulades. J'ignorais qu'il faut attendre une chaîne, un vol, un ramage, un triomphe, etc., pour s'y livrer. Je sentis cependant en travaillant que la langue française était aussi susceptible d'accent qu'aucune autre.
Ce premier opéra français eut un succès encourageant pour moi : le public s'y porta avec afiluence pendant six représentations; et c'est beaucoup pour une petite ville telle que Genève.
Un musicien de l'orchestre, maître à danser, vint chez moi pour me dire que les jeunes gens de la ville, pour suivre l'usage de Paris, m'appelleraient après la pièce. « Je n'ai, lui dis-je, jamais vu cela en Italie.
— Vous le verrez, me dit-il, et vous serez le premier auteur qui ait reçu cet honneur dans notre république. » J'eus beau me défendre, il voulut absolument m'enseigner à faire une révérence avec grâce. Dès que
\. Isabelle et Gertrude, nu 1rs Sylphes supposés, paroles .de Favart, musique de Biaise, ouvrage représente pour lu première fois à Taris au Théâtre italien en 17Go.
l'opéra fut fini, on me demanda effectivement à plusieurs reprises, et je fus obligé de paraître pour remercier le public; mon homme, dans son orchestre, me criait : « Ce n'est pas cela... point du tout... mais allez donc...
— Qu'as-tu donc ? lui dirent ses confrères.
— Je suis furieux ; j'ai été exprès chez lui ce matin pour lui apprendre à se présenter noblement, voyez si l'on peut être plus gauche et plus bête. »
Je sentis quil était temps d'aller à Paris. Je fus prendre congé de Voltaire ; je le vis s'attendrir sur mon sort; et il paraissait l'envier tout à la fois. Je renouvelais sans doute dans son àme le temps de sa jeunesse, lorsqu'il se jeta dans la carrière des arts, où Ton trouve quelquefois la gloire avec la fortune, mais bien plus souvent le découragement suivi du désespoir.
Il me dit : « Vous ne reviendrez plus à Genève, Monsieur, mais j'espère encore vous voir à Paris. »
Je n'entrai pas dans cette ville sans une émotion dont je ne me rendis pas compte ; elle était une suite naturelle du plan que j'avais formé de n'en pas sortir sans avoir vaincu tous les obstacles qui s'opposeraient au désir que j'avais d'y établir ma réputation. Ce ne fut pas l'ouvrage d'un jour ; car pendant près de deux ans j'eus à combattre, comme tant d'autres, l'hydre à cent têtes qui s'opposait partout à mes efforts.
On écrivit à Liège que j'étais venu à Paris pour lutter contre les Philidor, les Duni et les Monsigni1; les mu-
1. Philidor, né à Dreux en 1726, mort à Londres en 1795. Philidor, disent les Annales dramatiques de Badault, peut être regardé avec Duni comme le créateur de notre opéra-comique. Harmoniste très profond, son chant manque quelquefois d'intérêt et de mélodie. Parmi ses plus grands succès l'on cite le Diable à quatre et Biaise le Savetier, l'Huître et les Plaideurs, le Jardinier et sou Seigneur, paroles de.Sedaine, Tom Jones, le Bon Fils, etc. Philidor fut le premier joueur d'échecs de son temps. Quoique devenu aveugle dans ses dernières années, il fit, un mois avant de mourir, deux parties d'échecs à la fois et les gagna. Il passait pour avoir peu d'esprit naturel ; aussi le financier Laborde, l'un de ses plus grands admirateurs, l'entendant un jour à sa table dire beaucoup de sottises, se tira de l'embarras ou il le mettait en s'écriant : « Vous le voyez, il n'a pas le sens commun : c'est tout génie ! »
Duni, né dans le royaume de Naples en 1709. mort à Paris en 1775,
siciens de Liège reprochèrent à mes parents l'excès de ma témérité ; cette menace ne me découragea pas ; au contraire, elle enflamma mon émulation, et je me disais : « Si je peux approcher de ces trois habiles musiciens, j'aurai le plaisir de surpasser les compositeurs liégeois, qui s'en reconnaissent très éloignés. »
Je fus deux fois à l'Opéra, craignant de m'être trompé la première ; mais je n'en compris pas davantage la musique française. On donnait Dardamis, de Rameau 1 ; j'étais à côté d'un homme qui se mourait de plaisir, et je fus obligé de sortir parce que je mourais d'ennui. J'ai découvert depuis des beautés dans Rameau ; mais j'avais alors la tête trop pleine de la musique italienne et de ses formes pour pouvoir me reculer tout à coup à la musique du siècle précédent. Je croyais entendre certains airs italiens qui avaient vieilli, et dont Casali, mon maître, me rappelait quelquefois les tournures triviales pour me montrer les progrès de son art.
Je fus tout au plus quatre fois aux Italiens; j'en connaissais les meilleures pièces, et c'était uniquement pour connaître les talents et les voix des acteurs. L'étendue de la voix de Gailleau me surprit. Je le vis dans la nouvelle troupe ; l'acteur se présente comme chantant la haute-contre, la taille et la basse, et effectivement il aurait pu remplir les trois emplois également bien. C'est cette première impression de l'organe de Gailleau qui me lit composer le rôle du Huron dans un diapason trop élevé. On trouvera peut-être extraor-
vint en Franco aptes avoir acquis une grande réputation en Italie en composant des tragédies lyriques : Artaxerce, Didon, Bajazet, etc. A Taris, il ne travailla plus que dans le genre opposé. Par des œuvres faciles, pittoresques, « il se fit, dit un journal contemporain, la plus honorable place parmi cens qui ont forcé les Français à connaître de nouveaux plaisirs dans leurs spectacles en musique. »
Monsigni, né à Fauquemberq (Artois) en 1729, mort à Paris en 1817, auteur de Rose et Coins, d'Aline, reine de Golconde, et du Déserteur, qui est reste au répertoire.
I. Rameau, ne à Dijon en 1683, publia en 1722 un Traité d'harmonie nui fit une révolution dans la technique musicale. Comme on lui reprochait de n'être qu'un théoricien, il se mit, à cinquante ans, à travailler pour le théâtre, et écrivit vingt-deux opéras, qui lui valurent la plus haute renommée. Anobli par Louis XV, il mourut en 17C4, au comble des honneurs et de la fortune.
dinaire que le Théâtre-Français fût celui que je fréquentai assidûment. Je ne voulais faire la musique de personne; aussi me gardai-je bien d'étudier aucun des compositeurs que j'ai cités. La déclamation des grands acteurs me sembla le seul guide qui me convînt, et je crois qu'un jeune musicien peut être fier d'avoir eu cette idée, la seule qui pût me conduire au but que je m'étais proposé : c'est-à-dire d'être moi, en suivant la belle déclamation.
Cependant, pour travailler il me fallait un poème, et pour le trouver j'allais frapper à toutes les portes; je ne manquais aucune occasion de me lier avec les auteurs dramatiques. Si l'un d'eux me faisait la lecture d'un opéra, j'osais avouer franchement que j'étais en état de l'entreprendre, de les étonner peut-être ; mais on dissimulait avec moi, et j'apprenais sans étonnement qu'on m'avait préféré quelque musicien connu. Philidor et Duni s'occupaient cependant de bonne foi à me faire avoir un poème ; les habiles gens sont naturellement bons et honnêtes; l'homme instruit voit avec tant d'intérêt ce qu'il en coûte au vrai talent pour se faire connaître, que la crainte même de son rival ne peut l'empêcher d'agir en sa faveur.
Philidor m'annonce enfin qu'il a répondu de moi, et qu'un poète veut bien me confier l'ouvrage qu'on lui destinait. Je me rends chez lui au jour indiqué; l'auteur lit : à chaque scène ma tête s'exaltait au point que je trouvais à l'instant le motif et le caractère qui convenaient à chaque morceau; je réponds que cet ouvrage n'eût pas été Je plus mauvais des miens. Lorsque, après de longues études, l'âme commande avec cette impétuosité, elle ne laisse pas à l'esprit le temps de s'égarer. Je ne trouvai le poème que médiocre et froid ; mais la flamme qui me brûlait eût pu le réchauffer. J'embrassai l'auteur; comment ne vit-il pas dans mes yeux qu'une si belle ardeur ne serait pas inutile à son succès? Non, il ne le vit pas : car trois jours après, au lieu de recevoir le manuscrit, Philidor m'apprit que l'auteur avait changé d'avis. Il me permet-
tail cependant de travailler à son poème, pourvu que ce fût avec Pliilidor, si cela nous convenait à tous deux. « Allons, courage, mon ami, me dit cet honnête homme, je ne crains pas de joindre ma musique à la vôtre.
— Je dois le craindre, moi, lui dis-je, car si la pièce réussit, elle sera de vous; si elle tombe, le public ne verra que moi. »
Pliilidor donna, un an après, son Jardinier de Sidon, et l'on sait qu'il eut peu de succès.
Je fus, quelques jours après, me présenter de moimême à un acteur de la Comédie italienne ; il ne dissimula pas combien il me serait difficile de réussir à côté des trois musiciens qui travaillaient pour leur théâtre. Il me chanta tout entière une romance de Monsigni.
« Voilà du chant, Monsieur, me dit-il; voilà ce qu'il faudrait faire; mais cela est bien difficile. »
Je sortis de chez lui en composant des chants de romance, que je comparais aux chants de Monsigni.
Je fis la connaissance d'un jeune poète , homme du beau monde, passant les nuits à jouer et les jours à faire des vers. Je lui demandai en grâce de me faire un poème; il me le promit sans hésiter. J'allai lui faire trente visites pour l'encourager à cette bonne œuvre ; et, comme les aimables libertins ont souvent un bon cœur, il se laissa toucher et travailla.
Les Mariages samnites1 furent le sujet qu'il choisit. J'allais chaque matin m'informer de la santé de mon auteur; il me lisait ce qu'il avait fait; je le lui arrachais scène par scène, et j'en faisais aussitôt la musique. 11 me fallut attendre longtemps; mais n'importe, l'envie que j'avais de travailler me donnait une patience à toute épreuve.
Je connaissais Suard et l'abbé Arnaud2. Je leur fis
1. Cette pièce n'était pas cAle qui fut donnée sous le même titre en 177G, dont il sera parlé ci-après.
2. J.-B.-A. Suard, secrétaire perpétuel de l'Académie française, né à Besançon en 1734, mort en 1817, ami de l'abbé Arnaud, né près de Car-
entendre ce que j'avais fait des Mariages samnites. Us me jugèrent avantageusement; l'abbé Arnaud surtout m'applaudit avec l'enthousiasme de l'homme instruit qui n'a nul besoin des autres pour oser approuver.
Si je fus flatté de ce succès, mon poète n'en fut pas moins encouragé à finir sa pièce. Ces citoyens m'annoncèrent chez les gens de lettres , et je fus peu de jours après invité à un dîner chez le comte de Creutz, alors envoyé de Suède. J'y exécutai les principales scènes de mon opéra; j'entendis pour la première fois parler de mon art avec infiniment d'esprit; j'en fus frappé, car j'avais remarqué, pendant mon séjour à Rome, que les Italiens sentent trop vivement pour raisonner longtemps. Un « o Dio ! » en posant la main sur leur cœur, est ordinairement le signe flatteur de leur approbation. C'est dire beaucoup, sans doute; mais si un soupir dans ce cas renferme une rhétorique, il faut convenir qu'elle est peu instructive.
Parmi les gens de lettres qui étaient de ce dîner, je remarquai que Suard et l'abbé Arnaud parlaient sur la musique avec ce sentiment vrai que l'artiste qui a tout senti pendant son travail sait si bien apprécier. Vernet * me parla comme s'il eût composé de la musique toute sa vie. Je vis qu'il eût été le musicien de la nature s'il n'en eût été le peintre.
Qu'importe d'ailleurs la route que l'on prenne, soit les yeux ou les oreilles, pourvu qu'on arrive au cœur?
Qu'il me soit permis d'examiner pourquoi les gens
pentras en 1721, mort en 1784; les deux amis rédigeaient ensemble la Gazette liltéi'aire de l'Europe, qui, à l'époque de la fameuse lutte desgluckistes et des piccinistes, fut l'organe très passionné des partisans de Gluck. On appelait l'abbé Arnaud le grand pontife de l'école gluckiste. « Gluck a retrouvé la douleur antique, » disait un jour l'enthousiaste abbé, devant l'ambassadeur de Naples, qui lui répliqua qu'il préférait le plaisir moderne. Quand l'abbé Arnaud, grand partisan de l'antiquité, voulait traduire sa plus vive admiration : «Voilà qui est grec ! » s'écriait-il.
« L'abbé Arnaud, dit un de ses biographes, était un amiprécieuxpour les artistes; sa conversation allumait leur enthousiasme, élevait leurs idées. Les talents naissants n'avaient qu'à se montrer à lui pour être encouragés et bientôt connus.
i. Joseph Vernet. peintre de marines, né à Avignon en 1714, mort en 1789, grand-père d'Horace Vernet.
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qui ont le plus d'esprit ne sont pas ceux qui savent le mieux apprécier un trait de chant, une note de basse, etc. Lorsque j'exécute ma musique auprès d'eux, je remarque qu'ils éprouvent l'inquiétude qu'avait sans doute Fontenelle lorsqu'il disait : « Sonate, que me veux-tu?» tandis qu'une femme, un enfant, sont doucement agités de sensations agréables.
Je ne donnerai ici mes idées que comme an faible aperçu qui ne peut résoudre un problème aussi métaphysique et trop au-dessus de mes forces.
Voyons d'abord quel est le travail habituel de l'homme de lettres en général. Soit qu'il écrive ou qu'il parle, son but est le plus souvent d'orner des grâces de l'esprit la simple vérité, qui n'a besoin d'aucune parure étrangère. Pourquoi donc ne pas la présenter à nos yeux simple et naturelle ? Parce que les hommes de génie sont rares, et qu'elle ne se montre qu'à, eux seuls. L'homme de génie laisse après lui une foule d'imitateurs, qui, n'osant plus dire de la même manière ce qui a déjà été dit, sont obligés de déguiser la vérité sous le charme des grâces. J'avoue même que souvent l'illusion est si parfaite, si séduisante, qu'on est tenté de prendre l'apparence pour la vérité elle-même.
Plus on a écrit sur un même sujet, plus il devient difficile à traiter; et comme il est impossible de rien ajouter à la vérité, il faut que chaque jour l'esprit fasse de nouveaux efforts pour lier entre elles des idées incohérentes, dont les rapports deviennent enfin si déliés, si subtils, si délicats, que l'esprit même, s'égarant clans son vaste empire, perd la dernière étincelle du flambeau de la vérité.
La musique n'ayant besoin, pour être bien sentie, que de cet heureux instinct que donne la nature, il semblerait que l'esprit nuise à l'instinct, que l'on n'approche de l'un qu'en s'éloignant de l'autre, et qu'enfin, plus vous aurez de facilité à combiner et à rapprocher plusieurs idées, plus vous affaiblirez le tact naturel, qui ne sent qu'une chose à la fois, et c'est assez pour bien sentir. L'homme livré à la simple nature reçoit
sans résistance la douce émotion qu'on lui donne. L'homme d'esprit, au contraire, veut savoir d'où lui vient le plaisir, et avant qu'il parvienne à son cœur il est évanoui. Le sentiment est volatil comme l'essence renfermée dans un vase, que le contact de l'air fait évaporer; de même une sensation est perdue si elle frappe des organes habitués à analyser pour sentir.
Tout le monde, cependant, veut avoir l'air d'aimer la musique ; chacun sait qu'elle est un élan de l'âme, le langage du cœur ; convenir que cette langue nous est étrangère serait faire un aveu d'insensibilité ; Ton se donne donc pour connaisseur ; on dit : « Ah ! que c'est délicieux ! » avec une mine à la glace. Si l'on est homme de lettres, on se dépêche d'écrire une brochure sur la musique ; on y dit que les musiciens sont des bêtes qui ne savent que sentir, et à force de raisonnements l'on s'établit musicien ta leur place.
Voudra-t-on inférer de ce que je viens de dire qu'il faudra, pour avoir le sentiment de la musique, n'être ni poète, ni historien, ni orateur, ni homme d'esprit enfin? Non, sans doute; mais il faut, je crois, tenir de la nature elle-même une de ces qualités, ou toutes (s'il était possible), et il ne suffit pas de les avoir acquises par un travail forcé d'érudition, de compilation, qui peut sans doute ouvrir un chemin neuf à l'homme bien né, mais qui ne donne à l'homme ordinaire que le désespoir de ne jamais approcher de ses modèles.
Voulez-vous savoir si un individu quelconque est né sensible à la musique ? Voyez seulement s'il a l'esprit simple et juste; si dans ses discours, ses manières, ses vêtements, il n'a rien d'affecté; s'il aime les fleurs, les enfants; si de tendres sentiments le dominent... Un tel être aime passionnément l'harmonie et la mélodie qu'elle renferme, et n'a nul besoin de composer une brochure d'après les idées des autres pour nous le prouver.
Tout se disposait au gré de mes désirs; il ne me restait plus qu'à trouver dans mes acteurs des juges
aussi indulgents que les hommes célèbres dont je venais d'obtenir l'approbation; je cherchais les moyens de leur faire entendre ma musique, quand mon poète m'apprit que notre pièce avait été refusée. Il fut résolu que l'ouvrage serait refondu et arrangé pour l'Opéra : caries comédiens, et surtout Cailleau, l'avaient jugé trop noble pour leur théâtre, et ils avaient raison. Un mois suffit au poète et à moi pour cette métamorphose. Les protecteurs de mon talent (et il en faut à Paris quand on n'est pas connu) avaient parlé de mon ouvrage au feu prince de Conti, qui ordonna à Trial1, directeur de sa musique et de l'Opéra, de faire exécuter chez lui les Mariages samnites. J'en fis moimême presque toute la copie, ma fortune ne me permettant pas d'en faire la dépense. Lorsque le jour qui allait décider de mon sort fut arrivé, Trial me fit dire de me trouver le matin au magasin de l'Opéra pour la répétition des chœurs. C'est ici qu'il faudrait une plume exercée pour décrire tout ce que j'entrevis de fâcheux sur la mine des musiciens rassemblés; un froid glacial régnait partout. Si je voulais, pendant l'exécution, ranimer de ma voix ou de mes gestes cette masse indolente, j'entendais rire à mes côtés, et l'on ne m'écoutait pas. Je frémis davantage le soir en voyant chez le prince de Conti toute la cour de France rassemblée pour me juger. Depuis l'ouverture (qui, aujourd'hui, est en partie celle de Sylvain) jusqu'à la fin de l'opéra, rien ne produisit le moindre effet; l'ennui fut si universel que je voulus fuir après le premier acte ; un ami me retint; l'abbé Arnaud me serra la main, il avait l'air furieux; il me dit : « Vous n'êtes pas jugé ce soir; il me semble que tous les musiciens s'entendent pour vous écorcher; mais vous vous relèverez de là, je vous le jure sur mon honneur. »
1. Trial, compositeur, né à Avignon en 1734, mort à Paris en 1771, composa un certain nombre d'ouvrages d'à-propos pour les fêtes du prince de Conti. Nommé directeur de l'Opéra, il se distingua en même temps par un grand sentiment de l'art et une profonde habileté administrative.
Le prince eut l'extrême bonté de me dire : « Je n'ai pas trouvé exactement ce que vos amis m'avaient annoncé, mais je suis fâché que personne n'ait applaudi une marche que j'ai trouvée charmante. » C'était celle que j'ai placée ensuite dans le Huron. Je dois ici rendre justice à un de mes chanteurs, qui, au milieu de l'exécution la plus soporifique, déploya toute l'énergie du grand talent et de la probité. Si son rôle eût été plus considérable, ou, pour mieux dire, s'il eut à lui seul chanté tout l'opéra, j'eusse obtenu un succès ; mais, l'ennui s'étant déjà emparé de l'auditoire quand il commença, il ne put parvenir à le tirer de sa léthargie. Cet artiste distingué, qui n'avait jamais eu, sans doute, l'âme assez basse pour s'opposer au succès des talents naissants, c'est Géliote. On se ligure aisément dans quel état je rentrai chez moi après cette répétition; mais ce qu'on ne se figurera pas, c'est l'effet que produisit sur mon esprit déjà abattu la lecture de deux lettres que je trouvai en rentrant chez moi; la première était anonyme; elle contenait ces mots consolants : « Vous croyez donc, honnête Liégeois, venir figurer parmi les grands talents de cette capitale? Désabusez-vous, mon cher, pliez bagage; retournez chez vos compatriotes, et leur faites entendre votre musique baroque, qui n'a ni sens ni raison. » L'autre, datée de Londres, était de milord A,.., dont j'ai parlé ci-devant; il m'écrivait qu'il « ne jouait plus de la flûte, et qu'il supprimait ma pension ».
Je n'osai pas, comme on peut le penser, demander au directeur Trial si l'on donnerait mon opéra; cette demande aurait été ridicule. Les gens de lettres qui s'intéressaient à moi, voyant que je projetais de partir, engagèrent Marmontel1 à me faire un poème. Il vint me trouver; il m'avoua franchement qu'il avait donné une pièce aux Italiens (la Bergère des Alpes), et que,
1. Marmontel, de l'Académie française. Ses Contes moraux et ses romans Bélisaire, les Incas, qu'on ne lit plus aujourd'hui, eurent pendant longtemps le plus grand succès populaire. Marmontel a laissé trois volumes de Mémoires très intéressants.
A. -M. GRETUY
malgré son peu de succès, il allait travailler sur un conte de Voltaire qu'on venait de publier (l'Ingénu ou le lhiron).
« Vous me rendez la vie! lui dis-je, car j'aime ce charmant pays où l'on me traite si mal. »
Cet ouvrage fut fait, paroles et musique, en moins de six semaines. L'envoyé de Suède, qui s'était déclaré mon plus zélé partisan, même après mon désastre, pria Cailleau de venir dîner chez lui pour entendre un ouvrage dans lequel on lui destinait un grand rôle ; il ma dit depuis qu'il fut sur le point de refuser l'invitation, s'élant déjà si souvent compromis pour de mauvais ouvrages. 11 n'accepta que par égard pour l'envoyé de Suède et pour Marmontel. Il écouta avec défiance les premiers morceaux; mais dès que je lui chaulai: « Dans quel canton est l'Huronie! » il marqua le plus grand contentement; il nous dit qu'il se chargeait de tout, et que nous serions joués incessamment. « C'est (fonc là, dit-il, cet homme dont j'entends si horriblement déchirer les talents! »
D'après ce que je viens de dire, le jeune compositeur sentira combien il est important de soigner en tout point le premier essai, qui va le faire connaître ou reculer ses progrès pour plusieurs années. Un jeune peintre est cent fois plus heureux que lui ; un tableau est aisément placé dans sa véritable perspective ; mais l'exécution de la musique exige des attentions préliminaires qu'on n'accorde guère à un artiste peu connu.