‹ Voyages, études et travaux de A.-M. GrétryChapitre 54 sur 66 · DE LA COLERE · texte numérisé non relu

DE LA COLERE

La colère dans un bon cœur est le besoin de pardonner, a dit Beaumarchais dans la Mère coupable. Cependant n'accordons pas trop souvent des pardons de cette sorte, dans la crainte qu'on ne nous refuse à nous-mêmes notre pardon. L'aimable homme que celui qui ne se fâche point, du moins avec excès ! 0 l'horrible chose que la colère dans une femme! Le désespoir ne la dépare pas autant que la colère soutenue; les excès du désespoir sont courts, parce qu'ils sont violents: tels que les orages d'été, ils rafraîchissent souvent l'atmosphère morale, sans troubler le cours du beau temps. Le désespoir n'est qu'un moment d'orage; la colère souvent répétée est une continuité de mauvais temps. Sur dix femmes qui cessent de plaire, huit ont détruit le charme par la fâcheuse humeur ou par un seul accès de colère. L'homme calme qui sait opposer le sang-froid aux injures se donne un degré éminent de supériorité sur son adversaire ; s'il n'est un homme très estimable, c'est sûrement un scélérat.

La colère dans les êtres faibles, qui nous font des menaces qui ne peuvent avoir d'effet, n'est que ridicule; elle peut se prolonger plus longtemps. La colère des enfants n'est qu'un jeu pour les âmes dures ; mais en s'amusant de leur colère, quel avenir on leur prépare! Servez-vous de votre chien, de votre serin pour exercer votre domination, puisqu'il vous faut un être vivant qui vous soit soumis ; leur instinct est incorruptible, et vous vous amuserez sans beaucoup de mal.

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