LA VRAIE FEMME
La Icron du bal no Ini avait pas servi, mais rinrub'lilé (lu [icinli'e lui avait ouvert les yeux. Kilo n'avait jias été la dernière à apprendre ce qui se passait dans son ancioniio maison. Chaque jour dos amis officieux lui rapportaient, pour l'irriter davantage, comment le jxMntre et sa maîtresse se promenaient dans la campagne comme des amoureux do quinze ans. L'un les avait vus dans une nacelle, cueillant les roseaux du llouve; l'autre les avait rencontrés dans le sentier, en contemplation devant un nuage: celui-ci leur avait parlé à l'église, où ils allaient paisiblement comme s'ils n'étaient pas coupables; celui-là, entrant à l'atelier, avait surpris un baiser mystérieux. La jalousie, (|ui jus([u'alors avait fait rire de pitié Madeleine Alstoot, prit belle et bonne racine dans son cœur : avec la jalousie, l'amour était revenu. Elle finissait par comprendre tout le charme de la vie d'intérieur: elle regrettait les heures si douces dont elle n'avait pas savouré les délices.
Elle comptait sur la présence de Breughel au procès. « Il viendra, disait-elle toute pleine d'espérance; il s'a- Vduora coupable, et moi, au moment de la condamnation, j'irai me jeter dans ses bras. >■>
Mais, comme ou l'a vu, le peintre n'alla pas au tribunaL l)('sespéré(', Madeleine, résolue à tout, courut droit chez lui : elle no trouva que les valets; Breughol et madame Van ArtAvelt, sans souci du jugement, se promenaient dans la campagne depuis le nuUin. Elle voulut attendre; elle se jeta dans un fauteuil et y demeura tout éploréo pendant deux heures, l'reughol, n'i'taiit |ioint averti, rentra le soir avec sa maîtresse. Voyant
r)2 VOYAGE HUMORISTIQUE
iiiio femmo dans l'ombre, il s'approclm d'elle avec une
surprise inijuiète : « C'est moi ! n dit Madeleine en se
levant.
A cette voix longtemps aimée qui vint le frapper au cœur, le peintre se sentit chanceler. « Oui, c'est moi ! » (lit Madeleine en se jetant dans les bras de son mari.
Breughel tourna la tète vers madame Yan Ârtwelt, qui, en l'emme d'esprit, avait compris tout d'un coup ce qui lui restait a faire. « Adieu ! adieu! dit-elle; ce n'était qu'un rêve, le rêve est fini ; adieu ! »
Le même soir elle partit pour Londres, pressentant bien qu'elle n'aurait pas la force de rester si près de celui qui ne devait plus être son amant.
Le mariage refleurit chez Breughel de Velours. Madeleine mit au monde, l'année suivante, la belle Anne iireughel, (|ui épousa David Téniers.
Le hasard conduit le monde et les tableaux à travers la gloire et l'obscurité. La fortune et les voyages d'une tuile de maître feraient un roman en quatre tomes. Figurez-vous ma joie à Anvers : j'ai trouvé une Vierge de l'école italienne, peut-être d'André del Sarte, encadrée de Heurs par Daniel Seghers. C'est un chef-d'œuvre d'expression douce et rejmsée. Oui, celle-là a porté un Dieu dans ses entrailles sans se ihiuter (ju'elle allail