‹ Voyages humoristiquesChapitre 15 sur 102 · I. A MOL T. FAVni;lSK I. A lIAllDIliSSE · texte numérisé non relu

I. A MOL T. FAVni;lSK I. A lIAllDIliSSE

De sepl baisors que Rosini! m'avait promis, je n'ai pu lui on ravir qu'un seul, uu seul baiser pris au vol; il exlialait un si iloux jiart'iiru, quw Ju- (litor l'a savouré, croyant que c'était son ambroisie. Iiepuis ce jour, elii' .li'viont cruelle, elle répond de travers à mes plus tendres adorations. \]Mour' amour! comment lui ravir les six autres baisers? Cupidou se juit à rire et à se moquer. — Quoi ! Vandcr l!oés est devenu timide et ii'aintif? Songe donc, insensé, que l'audace cl la Iiardiesse sont mes flamlii'aux les plus éblouissants. Sois luave et sans peur; si la Rosine se plaint, ferme-lui la bouche par un baiser : il n'est pas de femme qui ne se laise ù cette raison-là.

On le voit, Vnnder Do("s était de cette phalange do demi-poëtes, amoureux du bout des lèvres, f[ui passa comme un nuage rose sous le ciel orageux du quatorzième siècl(^ Un peu de grâce gazouillante, le souvenir antique doucement rajeuni, le rêve de l'amour plutôt que l'amour : voilà à peu près le bagage de tous ces demi-poëtes échos l'un de l'autre qui ont chanté sur la gamme des rouges-gorges et des mésanges. Vander Doës a brillé un instant, leu follet de la poésie, h côté de Sannazar. Scaligerlui accorde le laurier d'Apollon ; mais l'oubli est venu, tpii a répandu sa |K)USsière dévorante sur le po("te et sur ses œuvres. L'oubli a loujours raison.

Les tabagies. ,

Dans certaines tabagies, non loin un port, on retrouve encore à Amsterdam la pliysionomie franche et joyeuse qui séduisait Franz Hais et son école. Aujourd'hui pourtant les tableaux ne sont plus guère que des esquisses, on n'y reconnaît plus l'entrain naïf du beau temps, les vives couleurs en ont pîdi ; c'est encore la fumée qui monte en spirales, la bière qui coule sur les tables, la débauche qui rit autour de la table et quelquefois sous la table ; mais la débauche enluminée que peignait Brauwer dégrafait son corsage avec une gaieté et un laisser aller qui ne se retrouvent plus.

Nous avons fumé dans trois ou quatre de ces tabagies. La fête commence à huit heures du soir et finit avant minuit. Des musiciens, juchés sur une estrade, vous étourdissent par la musique la plus aiguë du monde. Les matelots des quatre nations accourent dans ces tabagies comme dans l'Eldorado. Quand ils sont sur la mer, ils parlent des musiro d'Amsterdam avec une vraie ferveur; les mines de Golconde et celles du Pérou, les beautés du sérail et les filles de l'Andalousie ne sont rien pour eux, auprès des joies du cabaret hollandais. D'ailleurs, dans le cabaret hollandais, on a sous la main, réunies dans le même cadre, des filles de tous

LES MUSICO (i7

les pays. Mais ce qui surtout fait bnttre le cœur du matelot, c'est la Frisonne avec sa coiffure pittoresque, sa large dentelle lui voilant le front, sa lame d'or ou d'argent en demi-cercle qui s'épanouit aux tempes, en deux spirales chargées de larges boucles d'oreilles. Ainsi coiffée, la Frisonne est charmante avec ses regards naïfs et doux, ses joues fraîches et roses, sa liouche qui sourit avec innocence, même après avoir parlé à tous les matelots du globe.

Une de ces tabagies, plus ancienne que les autres, ;i conservé tout l'accent pittoresque de celles qu'a peintes Brauwer. Nous y trouvâmes, à notre entrée, une vingtaine de matelots flamands, anglais, américains, (pu étaient venus là pour s'amuser, et qui, en attendant, ne trouvaient rien de mieux à faire que de boire du genièvre. Ils étaient tous gravement assis sur une seule ligne, entre le comptoir et les musiciens. A eux seuls, les musiciens formaient tout un tableau d'un bon style ; ils étaient vieux et rubiconds. Il y avait, à ce qu'on nous dit, plus de cinquante ans qu'ils jouaient tous les soirs les mêmes airs dans cett»^ tabagie. Béga n'a jamais exprimé de physionomies plus vives, plus gaies, plus réjouissantes. Il fallait les voir donner à tour de bras leur premier coup d'archet et continuer jusqu'à la dernière note avec la même fureur de main; il fallait les voir aussi appeler la fille du cabaret et tendre leur choppe pour puiser dans la bière une verve de plus en plus ('datante. Il n'y a que les musiciens ambulants qui jiuissent vous donner une idée de la Hère allure de ceux-là.

Au comptoir, une espèc^^ de duègne, cuiffi-e avec

nne certaine recherche et un grand luxe de dentelles, irônait majestueusement, avec une gravité toute héate, au milieu des pots, des pipes, des flacons de liqueurs, des houteilles de vins rares. Dès qu'il entrait quel- (juMin, elle versait à hoire et envoyait par sa servante un plateau chargé de choppes, de petits verres et de noix vertes au nouveau venu. En entrant dans la tabagie, il faut en suivre les mœurs; on y est libre de ne pas boire, mais on n'y est pas libre de refuser à boire.

Pour ne rien déranger à l'harmonie de la salle, nous allâmes nous asseoir sur la même ligne que les matelots, tout en nous demandant quel plaisir ils pouvaient trouver dans cette position symétrique.

Enfin, la porte s'ouvrit, et nous vîmes déliler deux par deux une troupe de jeunes beautés, de quinze à quarante-cinq ans, qui, à un signal du clief d'orchestre, après trois ou quatre processions vraiment solennelles, entamèrent avec beaucoup d'entrain une polka hongroise, dans toute sa passion et dans toute .sa fureur. Les matelots, jusque-là taciturnes et résignés, s'épanouirent tout à coup; les uns a[)plaudirent, les autres se levèrent avec enthousiasme, mais nul d'entre eux n'osa s'aventurer dans cette polka vagabonde. Faute de danseurs, les aimées d'Amsterdam continuaient à danser entre elles ; comme elles jetaient avec une belle désinvolture leur bonnet par-dessus les moulins, comme elles étaient diversement vêtues, les unes en Frisonnes, les autres en Flamandes, celleci en paysanne de Saardam, celle-là en marchande de modes de la rue Vivienne, le tableau était d'une

LKS MASQUES fiO

\nrii.'t(' |iif|uant(', d'un vif (îoluris, d'un entrain étourdissant.

Une. paysanne de Saardam vint offrir à un matelot anglais de trinquer avec elle.

« Ne trouvez-vous pas, dis-je à mon compagnon, ijoe c'est là le minois chiffonné de In nie Notre-Daincdes-Lorettes? »

Fdie se retourna vers nous, et nous parla en bon français, celui des coulisses de l'Opéra. La Frisonne vint lui prendre le bras.

« Et la Frisonne, dis-je d'un air de doute, de quel pays est-elle ?

— De Bordeaux, ré[)ondit la paysanne de Saardam ; mais, en revanche, cette Française que vous voyez làbas est de Brock, à deux lieues d'ici. Nous nous figurons que nous sommes au bal de l'Opéra, et nous voilà enchantées de la métamorpliose; mais voyez si ce n'est pas désolant : ne pas trouver ici un seul danseur ! »

A cet instant, un cri de joie retentit dans la salle : un danseur venait d'entrer. J'espérais voir un matelot à moitié ivre qui allait s'abandonnera toutes les divagations de la danse. C'était un commis voyageur en vin d(^ (ihampagne, (|ui nous avait offert ses services sur h bateau à vapeur.

0 vieux caractère hollandais, où te retrouver pur de lout alliage européen?

70 VOYAdE HUMORISTIQUE

Une ferme hollandaise.

Me voilà en pleine campagne, dans une fermo isolée, dont je vais vous peindre les mœurs. Ija ferme est bâli(» en briques et couverte en chaume. Elle n'a ni murs ni haies pour la défendre contre les gens ou les bêtes malintentionnées. Elle est ceinte d'un petit canal où se pavanent quelques escadres de canards; ce canal offre à peu près l'image d'un serpent qui se mord la queue. Un verger touffu, d'une fraîclie verdure, ombrage la maison. J'étais vivement recommandé au fermier par un propriétaire riverain qui m'avait invité à dîner à sa maison de campagne. Je fus bien accueilli à la ferme \)i\v une petite femme toute rubiconde et toute naïve qui traînait deux enfants à ses jupes. Elle commença par m'offrir du café. Le fermier rentra, tout en se plaignant que les avoines ne jaunissaient pas. Il désespérait de les faire faucher avant quinze jours : on était à la fin de septembre.

(( Pourquoi faites-vous dos avoines? lui dis-je; contentez-vous de vos riches prairies. Un beau bœuf ne vaut-il pas mille javelles'.'

— C'est vrai, monsieur ; mais, si vous saviez comme cette éternelle prairie nous ennuie à la longue ! Quand l'eau ne donne pas trop, c'est pour nous un vrai plaisir de labourer la terre, au risque de ne rien récolter.

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I/an passé j'ui soiné du blé, je n'ai guère recueilli (juc (le la paille, mais j'ai été bien lieiireux de voir des gerbes. »

Tout en parlant ainsi, je feruiici' me conduisit dans SCS prés, où plus de cent cinquante vaches étaient éparses; il commençait un cours d'économie rurale à pro- |)0s des bétes à cornes, (juand un boucher vint l'aire sa inurnée dans le pré. Comme il pleuvait un peu, je rentrai seul à la ferme, où la maîtresse du logis m'olïril une seconde tasse de café, cette fois accompagnée de [tain et de beurre.

Pendant que je suis attablé devant un l'eu clair de fagots, la fermière, apitrenant qu'un bouclier est dans la prairie, se hâte de courir à lui pour empêcher son mari de faire un mauvais marché.

Une petite fenêtre cintrée me permet de voir tout ce (jui se passe de curieux dans la cour. Une ferme est une république où tout le monde — bètes et gens — vil (m communauté. Le soleil a déchiré la nue; le pays, tout à l'heure si morne, se ranime comme par enchanlement. Les poules caquettent avec éclat; les lapins viennent au grillage de leurs niches et semblent faire la causette en s'accroupissant. — Un paon s'avance vers la grange a la tète d'une armée de dindes noires plongées dans une humilité profonde ; leurs cris me rappellent le glouglou des bouteilles. Le paon se pavane et dtqiloie sa queue au soleil. — Oh ! qu'une femme serait glorieuse d'avoir un jtareil éventail et qu'un peintre serait lioutvnix d'avoir une palette aussi riche! — Le vent vient de renverser une échelle, les pigeons s'envolent je ne sais où, le soleil se cache et les lapins dispa-

r> VOVVGE HU.MOlilSTlMUE

raisscnt dans le l'ond de leurs (•abanes. Tout a changé dans le tableau, qui est redevenu triste et sombre : je suis réduit à regarder la mare, l'éclielle, le fumier désert et les roues embourbées d'un chariot. Voilà un chat qui s'élance sur le bord de ma fenêtre et qui se tapit dans un coin. Le traître a l'air plus doux et plus affable qu'un courtisan. I.c chat n'est pas ifn courtisan, c'est une noble bète qui a confiance en ses griffes, qui méprise souverainement les hommes, qui caresse sans amour la main qui le nourrit, qui déchire courageusement celle (\m le blesse. — Mais voilà toutes les poules (|ui s'ameutent devant les portes de la grange, autour d'un coq superbe qui bondit au milieu d'elles, qui balaye la terre de ses ailes et qui prend les libertés amoureuses d'un pacha dans son harem. Le coq est lieau, mais les poules sont laides; le coq songe à becqueter les poules, mais les poules ne pensent qu'à becqueter le fumier. — Une troupe de cochons, poursuivis par un enfant, passent au galop au milieu de l'armée caquetante, (jui ne s'effarouche pas de si peu. Les gentilshommes, comme dit un proverbe nègre, vont se jeter dans un bourbier au fond de la cour, où ils baignent \(iliiptii('usemeiit leui' nez en se moquant de celui (|ui les chasse. Le soleil reparait : le chat s'abandonne aux plus douces rêvei'ies ; le coq a changé de CDiileur ; ses plumes noires ont un reilet vert et bleu; les [iliimes blanches de ses ailes ont l'éclat de l'argent; les [dûmes jaunes de son cou brillent comme des franges d'or. Sa (jueue forme le plus beau panache du monde. Le dixse|itième siècle fut surtout le siècle du co(i. — Mou tableau man(iue de verdure, nul arbre d'alentour ne lève

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son Iront au-dossus de la grange : on nie [icncliaiil \crs le cliat, j'entrevois pourtant une brandie de marronnier (|uele vent, dans ses ]ilus grandes secousses, abaisse vers la girouette. — Un coq blane survient dans le sérail des poules; le sultan s'y pavane avec dédain et \eill(M3n nuiiiniirant sur son honneur en danger. Son chant se perd dans les beuglements lointains d'un taureau. — Autre tableau : la servante pas.se [xjrtant d'une main un .seau de lait et de l'autre un e.scabeau ; le pâtre, ipii vient de la vacherie dont je vois à peine la porte, l'a (tire contre la charrette, où il suspend une nipjie qui lui sert de numteau. — Ils devisent et se font les mines les plus grotesques.

J'ai changé de perspective en m'avançant au seuil de la porte, je n'aperçois plus ni la girouette ni la cime du marronnier; je vois toujours le ciei -. la brnrne secoue par intervalles quelques gouttes de pluie. Mon regard s'en\ole \er3 un coin de paysagi? d.jui l'horizon est formé' \)i\y une avenue de pommiers. — Une belle vache brune rumine au bord du chemin. — Le ciel s'éclaircit; tout s'anime. Hien ne me plaît tant (ju'un vieux pan de mur dont les pierres grises sont parsemées de quelques touffes d'orties en ileur. Un lilas sauvage y grim[tcsur un framboisier, que la vache brune menace de briser sous sa dent. — Me voilà distrait par la ser- \ ante qui s'avance vers le puits, dont la margelle est en pierres verdàtres. Le pâtre la poursuit encore. Elle accroche son seau; il la saisit et fait semblant de la jeter dans le puits; il a ses raisons pour cela, car elle, de .'^on côté, fait semblant d'avoir peur : elle se pre.<se sur le sein du gars et tout est pour le mieux; mais voici la fcr-

mièro, la servante repousse le galant et descend la corde. — Quatre faucheurs de regain, armés de faux, passent devant la porte en admirant la vache. — Le beau coq sort de la cour ayant à sa suite un essaim de poules amoureuses ou affamées. — Un marmot entraine un chien anglais qui le renverse sur le lumier. Rien de plus svelte et de plus éveillé que ce beau chien; rien de plus rose et de plus gai que le marmot. Que de bonds! que de cabrioles ! que de lutineries ! — Le pâtre, que l'ardeur égare, revient à ses amours ; il se penche au-dessus de la servante qui regarde son image dans le puits. Mais la fermière se fait entendre; la servante se relève et détache son seau. — La fermière impatientée demande au pâtre ce qu'il fait là. — ,1e ne sais pas, répond-il. — Le ciel se découvre. Le pâtre, qui n'a pas mis son manteau le matin, sans doute dans la crainte de la pluie, l'endosse à l'heure du beau temps. — La servante tourne la tète en revenant à la maison : je ne puis voir le regard d'adieu qu'elle jette au i)âtre. — Un regard langoureux, humide, troublé, car le drôle en est ému.

11 pleut toujours un peu; le paon juché sur le toit de la vacherie se fait un parapluie de sa queue. — Encore une émeute parmi les poules; ce n'est plus â propos d'un grain de blé; ces dames sont jalouses d*uue brunette qui dé[iloie toutes les co([uetteries du munde devant le coq au beau plumage. Elle incline son coi d'ébène, elle eutr'ouvre amoureusement ses ailes mouchetées, elle se permet des gentillesses coupables. Les poules tiennent conseil oX caquettent toutes ensemble comme feraicnl les lemiiies, — si jamais les femmes pouvaient s'entendre. — Un rayon de soleil traverse la

CUISKNE IIOLLAMIAISE T.')

nue et fait briller la pluie comme des colliers de perles.

C'est assez regardé par la porte comme par la fenêtre. Voyons l'intérieur delà maison : dans cet intérieur, ce qui me frap[)e de prime abord, c'est une crémaillère d'un si vif éclat (jue je suis tenté de la croire en argent. Les dalles sont brillantes, quoique saupoudrées de sable ; on n'y marche qu'avec respect ; les solives du plafond sont peintes et vernies; les meubles, en bois de chêne, sont cirés. Je remarque une table longue garnie de choppes et de gobelets d'étain, un buffet d'une sculpture grossière, où l'on expose des plats de faïence ornementés et peints, une maie couverte de pains merveilleusement dorés, un chariot et un bateau d'enfant, un lit perdu dans une alcôve obscure, où pendent des rideaux à ramages. On respire dans cotte maison un parfum d'eau, de feu et de pain cuit dans un four chauffé aux bruyères, qui vous prend au cœur et vous invite aux mœurs patriarcales.

La fermière rentre et me demande si je veux du café. « Nous avons bien de l'embarras, me dit-elle, voilà nos i-harrcltcs embourbées. » Je la suis à travers champs. " Vos charrettes, lui dis-je, en regardant partout, je ne \dis ni chevaux ni voitures. »

X ce moment, comme nous arrivons sur le bord de la rivière il'Ye, j'aperçois deux bateaux couverts de foin arrêtés dans les joncs.

Il y a cependant des chariots servant comme dans les autres pays, mais ici les chariots n'(»nt pas de timon; les chevaux vont en toute liberté, traînant la voiture sans la porter. Le charretier dirige avec ses pieds une espèce de gouvernail recourbé.

7fi VOVAGH ULMOUISTIUUE

Je tlînai à l;i iiiaisun de campagne; on nous servit du bœuf salé dans des confitures, un coq de bruxi-re, des vanneaux et des pluviers, divers poissons, un jauihon de Mayence, un ])àt('' de Chartres, du raisin de iMUitainebleau, du thé et du café des iles, du vin (hi l»hin, du vin de Portugal et du vin de Cbampagne. Coiuiuc je me récriai sur le luxe de la table, mon hôte me dit d'un air victorieux : n C'est pour nous que les Euni]iéi'us font les moissons et les vendanges. »

l.'lliinli' il rOdysséf.

Nous étions un peu fatigués du chemin de fer; nous revînmes de Rotterdam à Anvers par mer. Apres \\n diner très-hollandais, nous montâmes pèle-mèle, lioiiinu^s, femmes, capucins, artistes et poi'tes, dans un omnibus boiteux, qui nous conduisit comme à cloche-pied au navire. Nous y trouvâmes belle compagnie. Le salon des voyageurs aristocrates, le salon des voyageurs plébéiens, la cuisine, l'escalier, tout était habité du haut en bas. ,1e parvins, non sans peine et tout en coudoyant, dans le premier salon. Tout le monde parlait â la fois; j'avais beau détourner la tête, je respiraisles paroles. Sur le divan du fond se trouvaient pourtant (piatre |)assagers silencieux; je m'arrêtai un peu de leur côt('', et, sans trop savoir quel parti prendre, je me mis à contempler le tableau llotlant autour de moi. Les quatre silencieux

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