‹ Voyages humoristiquesChapitre 26 sur 102 · L'ÉCOLE BUISSONNIÈRE · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE BUISSONNIÈRE

llisloiro il'iinc bclli; jeune lillu que je ne connais pas. Variations xur la gamme du style.

En face de moi, à cette fenêtre tout encadrée et tout (Hoilée de liserons, je vois apparaître depuis quelques jours une fujure poétiquement attristi'e, qui réalise pour moi la vision d'Ophélia. Cest mademoiselle Hélène.

Je vais vous racontPr son histoire en quelques mois. J'irai droit au but sans m'avcnturer ilans les sentiers perdus de la rêverie.

Le plus beau ])rivilëge du génie de Shakspeare, c'a été de créer des types comme Homère et comme Molière. Ce qui surprend surtout dans Shakspeare, c'est la variété infinie, il s'élève jusqu'au ciel pour en détacher les plus chastes figures; jamais main si délicate n'a présenté aux hommes des images plus pures : c'est la jeunesse dans toute la fraîcheur de l'aube matinale. Et, tout à coup, voilà que cet homme qui s'élevait si haut descend avec la même ardeur par les spirales lamentables de l'enfer pour chercher d'autres figures qui vont assombrir ses tableaux! 11 est infatigable à créer : d'abord ce n'était qu'un portrait, bientôt c'est un tableau de famille: déjà c'est l'humanitc' tout entière dans ses contrastes les plus frappants ; c'est plu»

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qu'un tableau, c'est la vie elle-même dans toute sa force, dans toutes ses folies, dans toutes ses passions.

Shakspeare a un royal privilège sur tous les génies anciens et modernes, Homère excepté : c'est de paraître tour à tour sublime et barbare aux générations intelligentes. En effet, on l'attaque, on le défend, on le crucifie, on le proclame dieu, on fait du bruit autour de son nom ; ainsi va le génie dont les hardiesses surprennent, révoltent, émerveillent. On laisse passer et on oublie le génie calme qui marche sans secousses, comme le fleuve des vallées perdues ; on s'étonne, on s'agite, on pense longtemps devant le génie bruyant, qui se précipite comme les torrents des forêts vierges. Shakspeare a eu ses jours d'oubli et ses jours d'apothéose : hier barbare, demain sublime, il sera éternellement jeune et beau , éternellement ombre et lumière.

Qui les oublierait, ces adorables créations tombées du front de Shakspeare comme du sein de Dieu luimême? Le monde est un rêve de Dieu que continue le poète. Ophélia, qui ne permet pas à la lune de contempler sa beauté, n'est-elle pas dans l'esprit humain la digne et chaste sœur de la Hachel biblique?

Ophélia est aussi la sœur de Desdémone; ce sont bien là des fleurs de poésie écloses dans la même imagination, des fleurs d'amour effeuillées par les mains trop rudes d'Hamlet et d'Othello, Vous avez vu Ophélia voulant suspendre aux rameaux sa couronne d'herbe : « une branche jalouse casse; Ophélia tombe, elle et son trophée de fleurs, dans le sombre ruisseau; ses vêti'inciits s'enllciit et la smitiennent un moment à la

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