‹ Voyages humoristiquesChapitre 27 sur 102 · DIVAGATIONS · texte numérisé non relu

DIVAGATIONS

surface comme une fée des eaux, cependant qu'ollichante des fragments de vieille ballade. »

Je crois la voir ressnscitée à cette feiu'tre, Ophélia, car Hélène chante et laisse échapper des roses de ses doigts distraits. Pourquoi cette tristesse et ce front abattu ? Hélène regarde le ciel du regard d'un prisonnier ou d'un exilé.

Quand Dieu eut créé les ci'Ul mille univers (|ui gravitent autour des cent mille solitudes de l'infini, il s'ap[)U\a sur un nuage i'in|)()urpré pour contempler son œuvre. Comme Dieu pressentit tous les mallieurs, toutes les perversités, tous les crimes, toutes les afflictions qui allaient désoler les mondes , une larme tomba de ses yeux.

Mais bientôt, en songeant que sur ces mondes encore déserts il verrait des mèris suspendre leurs enfants à leurs mamelles sacrées, un sourire d'amour passa dans ses yeux et sur ses lèvres.

Or, s'il faut en croire un vieux poëte qui écrivait ses hymnes en hébreu, cette larme précieuse qui brilla un instant sur la face de Dieu alla, dans l'arc-en-ciel du sourire, tomber dans un beau pays où vont vivre tous les nobles cœurs aspirant à l'infini, et voulant palpiter dans l'esprit lie Dieu qui est tout amuur. Ce pays, c'est le mond(î idéal.

Ce monde idéal oh aspirait Mignon, ce monde impossible, qui est le seul monde possible pour toutes les Urnes privilégiées, pour tous les cœurs battu.'; par la tempête, pour tous les esprits qui ont des ailes de feu, c'est lÎL aussi quelle aspire, cette pauvre Hélène.

Mais lu voilà qui se détourne pour cacher ses Un mes;

en même temps un rayon de gaieté illumine ses yeux et entr'ouvre sa bouche, — ces beaux yeux qui sont deux bluets, cette belle bouche qui est un fruit de 'jwurpre. — Elle pleure et elle sourit, c'est quelle se souvient !

Quand on regarde dans sa vie passée, un nuage, une ombre, un voile funèbre glisse lentement devant les yeux de l'âme; la joie et la tristesse se combattent dans le cœur; on respire et on soupire à la fois. Cependant le nuage se déchire et se disperse, les paysages de l'àme se colorent gaiement, les teintes lugubres s'effacent sous la rayonnante poésie du souvenir : on voit se ranimer tout d'un coup les amours qui sont morts; les maîtresses, toutes parées, dansent en folâtrant à vos pieds, pleurent sur votre cœur ou s'endorment dans vos bras. Et, quand la pensée distraite s'élève peu à peu au-dessus du cimetière de l'àme, quand les yeux du corps entraînent les yeux de l'esprit, le souvenir se recouche, le tombeau se referme sous la pierre dévorante de l'oubli; tout se confond, tout s'efface. Durant quelques secondes, pourtant, on voit encore des voiles funèbres, des ombres, des nuages.

Hélène a-t-dle donc aimé, puisque le souvenir V agite si violemment ?

L'amour a d'étranges et sublimes caprices : il détourne à son gré le cours naturel de notre vie, il nous égare sans cesse sur la mer agitée du monde. C'est un roi absolu qui règne et gouverne sans entraves, selon sa fantaisie. Il abat les forts, il relève les plus faibles. L'amour possède toutes les clefs d'or de notre âme, qu'il ouvre ou qu'il ferme par distraction ou par

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