GÉRARD DE NERVAL
;i l'nii |i('i'ilus (le vue. — Pii'dii disait nutrofois du bon Dieu : u Nous nous voyons, mais nous ne nous parlons pas; » je voudrais bien pouvoir en dire autant du soleil.)
Le poëte Gérard de Nerval et le libraire des Essarls sont là (jui l'ont un premier-Bruxelles sur les huîtres d'Ostende. C'est une liante question politique tout à fait à l'ordre du jour. Vous comprenez que je n'v entends rien du tout. Toutefois, pendant qu'ils écrivaient, j'ai mangé trois douzaines d'huîtres d'Ostende. C'a été toute ma collaboration.
Gérard est arrivé hier par une pluie battante. Comme, il (vst habitué à tout, — vrai voyageur autour des mondes, — il est plein iVhumaur et non d'humeur, avec son charmant sourire; il était majestueusement drapé dans son manteau oriental, qui fait à Bruxelles tourner toutes les têtes, je ne dirai pas de l'autre côté.
11 y a ici une très-spirituelle manière do faire les journaux, qui sont en grand nombre. A Paris, on est armé de ciseaux et on coupe pour un journal ce qu'il y a de curieux dans un autre. De cette façon, on relit la même chose durant toute une semaine; c'est déjà bien ; mais ici, à Bruxelles, dans le pays de la contrefaçon, on est beaucoup plus avancé dans cette industrie. Six journaux du même format s'entendent fraternellement. La composition tout entière du premier sert aux cinq autres. Il n'y a en vérité que le titre à changer. Aussi les ab(mnés ne se iilaignenl [las du désaccord de leurs journaux. Décidément nous sommes dans le pays de la paix et du silence. Des Essarts est le rédacteur en chef d'un de ces journaux, — position éminente et dif-
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licilo : — il faut qu'il veille à ce qu'on ne se trompe pas de titre. Du reste, à Theure qu'il est, des Essarts est un homme de lettre accompli, qui écrit aussi mal à Bruxelles que nous écrivons à Paris.
Gérard m'a remis une lettre à mon adresse signée lletzel : « Puisque vous voilà loin de Paris, vous pouvez écrire sur Paris. Faites écrire Gérard, et que Gérard vous fasse écrire (pour le Di.vble à Paris). Nous n'en ferons rien ni l'un ni l'autre.
Adieu. Nous partons pour Anvers. Soyez mon ami aujourd'hui comme vous le lûtes hier, comme je serai le vôtre demain.
Kii vue ilf! llerg-op-Zooni.
J'avais promis de t' écrire, mon cher Lafayette ; ce n'est qu'en m'éloignant encore de toi, ô très-heureux poëte perdu dans les montagnes de l'Auvergne, que je taille ma plume pour toi. Je suis revenu dans cette bonne Flandre si hospitalière aux artistes par ses musées, ses prairies et ses biftecks, pour revoir de près les chefs-d'œuvre des maîtres hollandais. 11 est bon d'ailleurs de quitter Paris tous les six mois ; c'est le seul moyen de juger ce qui se fait à Paris et de se juger soi-même : mes jugements, tu t'en doutes, n'ont pas été favorables.
Je t'avertis que je vais te parler au hasard de ce qui frappe mes j-eux et mon esprit.
C'est une erreur de croire que nous arriverons à une