‹ Voyages humoristiquesChapitre 49 sur 102 · LA CLÉ DU MYSTKIU · texte numérisé non relu

LA CLÉ DU MYSTKIU

ctaienl ces larmes versées de si bon cœur, quand un léger bruit se fil entendre vers la porte. Frédéric ne put retenir un mouvement. Madame de Verneuil tourna la tête vers le lit et vers la porte avec une subite inquiétude. Elle se leva en pâlissant; mais, un silence profond ayant succédé au bruit, elle secoua la tète comme pour se dire : — Ce n'est rien.

Cependant Frédéric, qui n'était pas aveuglé par la douleur, avait entrevu un liomme soulevant la portière et regardant à la dérobée. 11 lui avait été impossible de distinguer la figure de ce nouveau venu ; il avait reconnu pourtant qu'il était jeune et élégant; il voyait encore passer sous la portière une botte garnie d'un éperon d'argent. La situation se compliquait beaucoup. Frédéric commençait à s'effrayer des secrets qu'il allait sans doute surprendre. Qu'allait-il se passer? 11 se promit d'étudier désormais en ])lein air, convaincu que la science surprise au domicile d'autrui mène quelquefois trop loin. Mais, pour ce jour-là, il se décida à faire bonne figure, ({uoi qu'il dût arriver. 11 jugeait que, en cas d'alerte, il aurait toujours le temps de saisir un poignard ou une rapière : il \ avait tout justement une épée suspendue au-dessus de .■^a tète. — La curiosité a ses dangers depuis Eve.

.Madame de Verneuil s'était approchée d'une petite armoire on bois de rose, d'un goût suranné, mais toujours joli. Elle prit dans son sac une clef presque imperceptible pour ouvrir cette armoire. — J'y suis, dit Frédéric, elle veut surprendre les secrets de son amant. Comme madame de Verneuil ouvrait l'armoire, le nouveau venu, qui se trouvait à la porte de la chambre,

entra bruyamment. Frédéric reconnut alors le cavalier qui avait battu son lévrier la veille.

C'était un homme de belle taille et de bonne tournure. Ce qui frappait en lui de prime abord, c'était un certain air franc et décidé qui ne présageait rien de bon pour les situations extrêmes.

11 s'avança tout droit vers madame de Verneuil. Elle se retourna avec épouvante. — Madame... — Ciel! s'écria -t-elle en tombant agenouillée. — Madame! priez Dieu qu'il me donne la force de vous tuer. — Me tuer! que dites-vous ? me tuer ! Ah ! mon Dieu.

Elle leva les bras avec une expression de douleur profonde. — Que pouvez-vous espérer de mieux pour vous et pour moi ? — Mais, monsieur, on vous a trompé. — Osez-vous dire cela tout haut? Plût à Dieu que je me fusse trompé! D'abord je n'en voulais pas croire mes yeux ; hier, je vous ai suivie ; hier, vous êtes venue dans cette chambre... Aujourd'hui... — Monsieur, j'aurai la dignité de ne pas me défendre; tuez-moi, si vous me croyez coupable. — Coupable! j'imagine que vous vous moquez de moi. Quoi! je vous surprends dans la chambre de votre amant, ouvrant ses armoires, déposant votre chapeau sur son lit.

Frédéric, tout brave et tout décidé qu'il fût, tressaillit vivement. — Ah ! madame! madame! poursuivit avec rage et d'un air de mépris M. de Verneuil, car c'était lui. — Monsieur, ne me jugez pas! de grâce, pas un mot de plus; si vous saviez pourquoi...

M. de Verneuil repoussa rudement la comtesse, qui se tordait les mains. — Pas un mot de plus, je le veux bien, dit-il en se baissant pour regarder dans l'armoire;

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