‹ Voyages humoristiquesChapitre 50 sur 102 · DRAME INTIME · texte numérisé non relu

DRAME INTIME

mais voilà sans doute ici de quoi vous condamner. — Me condamner?

M. de Verneuil avait vu des lettres dans l'armoire; il prit la première venue avec avidité. Avant de l'ouvrir, il reconnut que ce n'était pas une lettre écrite par la comtesse : mais, comme c'était une écriture de femme, il voulut savoir à qui pouvait s'adresser cette lettre. L'enveloppe n'existait plus. C'était un de ces mille billets qui sont écrits chaque jour par ces folles beautés qui dissipent si gaiement leur jeunesse sans souci du lendemain ; billets charmants, il n'y a guère plus de cœur ni de vérité que d'orthographe.

M. de Verneuil jeta cette lettre à ses pieds, la comtesse, atterrée, défaillante, éperdue, n'osait plus faire un mouvement. — Voyez, madame; voyez cette lettre! vous y reconnaîtrez les sentiments d'une rivale digne de vous, car j'imagine que c'est la jalousie qui vous a conduite ici. — Le comte n'avait pas achevé ces mots, quand il saisit dans l'armoire, sept ou huit lettres nouées avec un ruban blanc. Cette fois il reconnut l'écriture de sa femme. La colère le transporta au plus haut degré; il prit la main de la comtesse et la brisa dans la sienne ; elle poussa un cri et tomba à la renverse.

Frédéric ne voulait être, comme de coutume, que simple spectateur; mais il ne put contenir un mouvement généreux qui l'emporta d'un seul bond devant M. de Verneuil, déjà armé d'un poignard . 11 fut tout aussi étonné de se trouver au milieu de cette tragi-comédie, que le comte et la comtesse de Verneuil le furent euxmêmes de le voir ainsi apparaître à ce moment terrible,

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comme un grand juge, comme un amant ou comme un voleur.

Frédéric ne voulait assister à la comédie humaine qu'en simple spectateur; à peine s'il s'aventurait dans la coulisse en ses jours d'ardente curiosité; mais, dans cette situation, il fut obligé de se montrer sur la scène pour jouer un rôle, bon gré, ma! gré.

Comme il était avant tout homme de cœur, il fit bonne figure en cette grave circonstance. Le comte jetait sur lui des regards furieux, la comtesse était de plus en plus surprise et épouvantée. — 11 me semble, dit-il au mari, que vous devriez entendre, avant tout, des explications... — En vérité, monsieur, lui répondit M. de Yerneuil d'un air de dédain et en contenant mal sa colère et sa jalousie, vous auriez pu vous dispenser de vous montrer; je ne suis pas de ceux qui souffrent les bravades. — Mais, monsieur... — Silence! je vous prie: je sais ce que je voulais savoir.

M. de Yerneuil regarda sa femme. — Elle osait se défendre quand son amant était caché sous les rideaux du lit. La comtesse se leva avec la vivacité légère d'un daim blessé à la chasse. — Qu'avez-vous dit, monsieur?... Uhl mon Dieu!... j'en mourrai! — Peu en meurent, beaucoup en vivent, dit le comte en repoussant les mains de sa femme. — Hélas! dit-elle en laissant tomber sa tète avec désespoir, la plaisanterie après l'insulte! Qu'ai-je fait? Où suis-jc? — Encore une fois, madame, vous êtes avec votre amant. — Monsieur, dit Frédéric, qui allait sans cesse du mari à la femme, sans trop savoir ce qu'il devait faire pour calmer la jalousie du comte de Yerneuil, ni ce qu'il devait faire pour jus-

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