TARI.KAU DK CENT. F
lifier et sauver la comtesse, monsieur, vous condamnez trop vite, songez... — Monsieur, je ne suis point un mari ridicule; tout à l'heure je voulais tuer cette femme; vous vous êtes montré : c'est assez. Votre nom, monsieur?
Frédéric de Marvilliers remit sa carte à M. de Verneuil.
— C'est cela, dit le comte entre ses dents; un coureur d'aventures !
M. de Verneuil s'avança vers la porte Madame de Verneuil se leva et courut à lui. — De grâce! je vais tout vous dire.
La comtesse s'attachait au bras de son mari. — Non, non, vous ne me quitterez pas! — Madame, vous êtes venue ici seule, vous vous en irez bien sans moi.
Le comte repoussa la jeune femme par une secousse violente et partit en hojnme qui a perdu la tête. Madame de Verneuil tomba évanouie sur le seuil. Frédéric se jeta à genoux pour la secourir.
Nous avons à dire comment un de ces hasards conspirateurs qui soulèvent toujours les voiles dans la grande ville mystérieuse avait trahi la matinale promenade de madame de Verneuil.
M. de Verneuil était d'un déjeuner chez Tortoni. Comme il passait devant la Madeleine avec un ami, le marquis de Verviers, survenant, regarda le comte avec surprise. — C'est étonnant! dit-il étourdiment ; je ne
te croyais pas du déjeuner. — Pourquoi? — Tout à l'heure en revenant de l'Ecole militaire, où le général m'avait appelé, j'ai rencontré ton coupé traversant le Champ de Mars; du moins j'ai cru reconnaître la fière allure de tes grands diables de chevaux. — Oui, oui, dit le comte en jetant son cigare, ma voiture a dû passer par là tout à l'heure. Mais, ajouta-t-il en riant assez bien pour un homme qui n'avait pas envie de rire, je ne suis pas toujours dans ma voiture.
Cependant le comte alla bravement déjeuner comme les autres. Une heure après il quitta brusquement ses camarades et retourna chez lui. — Madame de Verneuil est-elle rentrée? demanda-t-il au valet de chambre. On lui répondit qu'elle était sortie depuis peu de temps. Il monta à cheval et se dirigea vers le Champ de Mars, n'espérant pas trop retrouver les traces de sa voiture. Cependant, comme les voitures élégantes ne passent pas souvent par le Champ de Mars, il pouvait obtenir des indications certaines; en elïet, il fut assez heureux pour rencontrer trois ou quatre invalides qui le conduisirent par leurs renseignements sur la route d'Âuteuil. A force de recherches et d'indications, il était arrivé devant la petite villa, mais trop tard pour y surprendre madame de Verneuil. On n'a pas oublié sa colère à la vue de Frédéric; car, on le sait déjà, c'était M. de Verneuil qui, la veille, avait battu un peu cruellement son indocile lévrier.
Le soir même, dans le petit salon de l'hôtel de M. de Verneuil, la comtesse toute pensive, un livre à la main, ne songeait pas à demander delà lumière, quoique depuis près d'une demi-heure le dernier éclat du jour,