LE DERNIER MOT
son de roses blanclies que, l'an passé, j'ai vu lleurir en pensant à vous, ma cousine; pour tout l'amour que j'ai eu pour vous, allez effeuiller une de ces roses en pen. sant à moi.
« Gaston d'Avrigky. »
Frédéric vit bien que M. de Yerneuil ne voulait pas lire le dernier mot de la lettre. En se levant pour partir, par un rapide regard il vit ce mot : bidsso7i de roses blanches.
« J'y suis, dit-il à la porte, après avoir salué le comte et la comtesse; or madame de Yerneuil a cueilli une rose blanche. »
11 se rappela les craintes, l'agitation, les larmes de la comtesse en cueillant, en respirant et en effeuillant cette rose.
« Qui sait? dit-il; maintenant qu'il est mort, peutêtre l'aimera-t-elle. »
Quand Frédéric fut parti, M. de Yerneuil regarda tristement sa femme et lui dit :
« Blanche, avez-vous cueilli une rose dans le jardin?
— Non, » répondit-elle en embrassant son mari.
Ma voisine lisait le Constitutionnel.
Cette histoire parut en cinq feuilletons , dans le Constitutioyinel .
Le premier jour, ma voisine me demanda de l'air du monde le plus distrait si j'avais écrit mon feuilleton la veille.
Le second jour, elle eut des coquetteries inaccoutumées.
(( Soyez calme, lui dis-je en souriant. L'héroïne de mon roman sortira de là plus blanche que la blanche hermine. »
Et quand ce fut fini, elle vint bravement à moi :
« Vous avez tout compris, me dit-elle avec émotion.
— Non; car je ne sais pas la fin.
— Ni le commencement.
— Mais comment êtes-vous seule ici? car Frédéric de Marvilliers lui-môme y perd son latin.
— Parce que mon mari croit que j'ai été la maîtresse de Gaston.
— Et vous, le croyez-vous ? « Elle sourit tristement.
« Et vous?
— Oui, parce que vous avez dit non. » Un silence.
(( Où est votre mari?
— Il court le monde. Je vais lui envoyer vos cinq feuilletons pour le réconcilier avec moi dans le passé. Mais je n'en ferai rien, car il m'accuserait d'avoir écrit moi-même cette histoire. Il est à Rome en mission pour les jésuites auprès du pape. Il finira par le fanatisme.
— Et vous?
— Moi, je ne finirai pas. »
Le musicien survint. La Ténébreuse alla à lui. « Vous arrivez à propos. Chantez-moi la Mort du cœur. »
Et Ârezzo, sans se foire prier, chanta ces strophes sur
r.HANSON 2H
un air d'une tristesse si triste, qu'on eût dit le vent nocturne sur les branches nues, pendant la neige.