LES DIEUX
une {j.'issagùrc. — No, vous alarmez pas, c'est une petite fille qui n'a guère (jue douze mois. — Je crois retrouver ma fille. Elle est toute surprise de me voir écrire. Sa mère a un peu l'aeeent d(.'s vierges de Rubens. Elle plcumit beaucoup tout à l'heure en s' embarquant audessus de Oud Vosmaar. On nous dira pourquoi : c'est tout un roman. Elle est là près de nous qui habille et déshabille son enfant. Les jolis petits pieds mignons! nuiis que ceux d'Edniée sont bien |ilus jolis (juand elle les prend dans sa m;iiii 1
Les Hollandais sont de grands paysagistes. Pour égayer les tons froids et tristes de leurs rives, ils peignenlleurs maisons et habillent leurs pavsans en rouge. Leurs moulins à vent, qui ont le pied dans l'eau, rivalisent d'élégance avec leurs clochers; rien de plus svelte, de plus gracieux, de plus aérien. A les voir ainsi voler dans les nues, au-dessus des lacs, on se rappelle les demoiselles au corselet d'or qui voltigent si légèrement sur les ruisseaux.
Je viens de voir Willemstadt; c'est une petite ville jolie et coquette comme les villes chinoises. Elle jette un vif éclat par la peinture de ses maisons. Jamais on n'a mieux varié les nuances; on dirait un village d'Opéra. Il n'y a pas moins de trois ou quatre églises où régnent et où ne gouvernent pas divers dieux trèsfètés : les dieux des papes, les dieux de Luther, les dieux des juifs. Le plus petit village en Hollande est divisé par plusieurs religions. Avant de bâtir, en Hollande, la première maison d'un vilhige, on commenciî par élever deux temples ([ui se tournent le dos.
Au premier aspect, on s'imagine ([ue Dordreck est
t>'2 VOYAGE HUMORISTIQUE
une ville de moulins à vent. C'est un bien curieux spectacle que la vue de ces centaines de moulins bariolés, d'une forme très-svelte, qui ont l'air d'birondelles ou de cigales courant la poste. Ces moulins ne font pas de farine, ils scient du bois, ils battent du beurre et promènent les eaux de l'éternel canal bollandais. Ainsi ils ont une roue comme les moulins a eau ; mais, au lieu de se laisser aller au courant, ils le précipitent. Ces moulins sont pour la plupart gaiement jucliés au liaut d'une maison pareillement bariolée, liàtie au milieu d'un joli jardin chinois : aussi nous avons beaucoup de peine à prendre ces moulins au sérieux.
Je vous salue, ô Rotterdam, berceau d'Érasme, tombeau de Bayleî N'est-il pas curieux de remarquer ici que la ville du monde la moins spirituelle a vu se lever celui qui fut surnommé le soleil de l'esprit et s'éteindre celui qui le premier en France a annoncé la lumière? Ces deux hommes illustres sont morts exilés, l'un de Rotterdam, l'autre à Rotterdam; mais exilet-on le génie, le génie dont la patrie est partout?
Ln maison d'Érasme est à cette heure une taverne où, comme dans toutes les tavernes hollandaises, on fait plus de fumée que de bruit. Cette maison, qui se trouve dans le Breede Kerkstraat, porte une petite figure d'Érasme avec celte insct-iptioti :
llœc est pana doimis, inagiius qua nalus Erasnius.
Éhasme a une statue.
Sur le piédestal j'ai traduit, tant bien que mal, ces vers hollandais •