LES DERNIERS VÉNITIENS
à'alliage, ce génie indécis qui allait de Uapiiaël à Véronèse, de Polydore à Tintoret, grand maître si les tableaux de ces quatre maîtres n'existaient plus. On voit aussi dans l'ombre se dessiner vaguement Boscliini, qui peignait comme un matamore se bat; Corona le grandiose; Yicentino, le peintre historien de la république; Peranda, le poëte; Malombra, le portraitiste; le doux et gracieux Pilotto. Plus loin encore on aperçoit la secte des ténébreux qui vinrent au dix-septième siècle apporter à Venise le style de Cavaraggio, comme Triva, Saracini, Strozza, Berevensi, Ricchi. L'œil est attiré par un groupe qui rappelle au premier aspect le beau règne de la peinture vénitienne; c'est Contarino, Tiberio Tinelli, le lumineux et délicat Forabosco, Belleti, Carlo Ridolfi, Veccbia. Mais voilà que l'ombre se déchire comme la brume au soleil levant : quelle est cette figure radieuse? N'est-ce pas encore Titien ou Véronèse? C'est Varotari le Padouan. Quelle grâce et quelle énergie! quel amour du beau romanesque! Ah! si l'Arioste était là! Les femmes de Titien et de Véronèse n'ont pas cette élégance héroïque et cette fraîcheur saisissante. Il est entouré de ses élèves Scaliger, Rossi etCarpioni; il laisse un peu de place à Liberi, le plus savant des peintres vénitiens; au farouche et puissant Piazzetta, qui étincelle dans l'ombre; à Canalettn, le paysagiste de ce pays où il n'y a pas un coin de terre; à l'impétueux et souriant Tiepolo, qui fut le dernier Vénitien, — parce que la Rosalba, qui vint après lui, était une femme.
Que de figures dignes de mémoire j'ai noyées dans le lointain nuageux de ce tableau! Et pourtant j'ai en-
TM VOYACR A VRNISE
tassé Pélion sur Ossa, confusion sur confusion. La renommée est une vieille paresseuse qui se contente de prononcer çà et là un beau nom et qui redit toujours le même. Que de poëtes et d'artistes qui ont le génie et qui n'ont pas la gloire ! Ce sont après tout les plus riches, car on ne saisit pas la gloire et on puise à pleines mains dans le génie.
l'eut-être, au lieu d'esquisser un tableau, j'aurais dfi imiter ce fou de Boscliini, qui, dans un poëme burle.s- (|ue, trace itnr carie de navigation pittoresque, d'ialo- (jHe entre un sénateur vénitien et un professeur de peinture sous les noms f/'ExcELi.ENCE et de Compèrf,, divisé en huit vents au moyen desquels le vaisseau de Venise est conduit dans la hante mer de la peinture, ou il domine en maître à la confusion de ceux qui ne eonnaissent pas la boussole. On voit qu'il v' avait d(^s Scndéri à Venise. La carte de navigation pittoresque ne vaut-elle pas la carte du Tendre?
Ali! si j'avais eu à ma disposition cette géographie de la peinture vénitienne avec un vaisseau de la ré'publique pour voguer en pleine mer du génie 1 (lomme j'aurais découvert l'île, de Giorgione, toute pcuph'e de [lalais mauresques avec des pelouses d'amoureux chantant, au murmure des fontaines de marbre, les vers liéroïques de l'Arioste ! Et l'île de Titien, avec Vénus endormie sur des roses ou Violante qui agrafe son corsage devant un miroir de Murano que soutiennent des amours! Et lîle de Véronèse, où l'eau est changée en vin ])()ur enivrer ses gais convives, nés pour les festins et les galantes aventures! Ft toutes ces îles où régnent r.clliui l'i Tintnrettd, Sébastien del Pinmbo ou Falma
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Ir \ it'U\, Liyssoiio ou Varulaii, onlin tous les vrais rois (le r.\(lriati<iiu'.