‹ Voyages humoristiquesChapitre 88 sur 102 · MADEMOISELLE TAGLIONI · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE TAGLIONI

gondolier venu, c'est admis parmi les filles du peuple; mais se dévoiler la gorge, ou l'épaule, ou la jambe, dans un atelier, voilà ce qui indigne les courtisanes vénitieunes. Elles veulent bien que l'amour arrache son bandeau pour les voir à loisir ; mais elles craignent la concupiscence des yeux, comme disait saint Paul. Elles ([ni ne rougissent jamais, elles rougiraient de se désiialiiller gravement pour poser en Diane chasseresse, en Madeleine repentie ou en Nymphe bocagère. On ne parvient à faire poser une Vénitienne qu'après lui avoir l'.iit une déclaration galante. La passion, c'est le feu de joie qui purifie les ténébreuses vapeurs de la volupté.

M. Schiavoni me pria d'aller le revoir; il me promit (le venir me voir à Paris. Promesses de voyage! On se donne cœur et àme pendant une heure ; — une heure après, on s'est presque oublié. Je ne trouvai pas curieux d'aller revoir M. Schiavoni : j'avais lu son livre jusqu'au bout ; sans doute, s'il vient à Paris, il n'aura pas le temps de m'ôtcr son chapeau dans la rue, ni moi non plus.

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