‹ Voyages humoristiquesChapitre 90 sur 102 · L'OUBLI · texte numérisé non relu

L'OUBLI

attendait. Elle appuya sa main fraîchement gantée avec un mouvcmont (rimpatiencc sur le rebord de la fenêtre. iKn Italie, tout se fait dans la rue ou à la fenêtre.) — Niente, dit tout à coup l'iiomme du bureau. Ce mot frappa le cœur de la danseuse comme un coup de poignard. Elle se détacha lentement de la fenêtre sans bien savoir où aller. Ah ! pauvre fée qui avez perdu la baguette d'or des enchantements! il y a dix ans, ce n'était pas vous qui attendiez une lettre ; on venge aujourd'hui tous ceux que vous avez fait attendre ; c'est là l'histoire de toutes les amours.

Dans la vallée humaine, la voix de l'homme qui appelle la femme est d'abord sans écho :

Sarah î

Sarah '. '.

Sarah:'.!

A force d'être adorée, quelque déesse qu'on soit, on linit par ouvrir les yeux et par répondre comme Técho : Sarah !

Ah :

Enfin, la voix qui appelait avec tant d'âme s'éteint peu à peu ; on n" entend plus que l'écho attristé coupant le morne silence, un cri de douleur, le cri du dé- . laissement :

Ah :

Ah : !

Ah!!!

Oui, voilà comme on les retrouve toutes, ces déesses qui ont dansé sous le ciel de l'Opéra.

DU DANGER DK DlNF.Ii A VENISE

J'iii oublié de vous dire comment on dino à Venise. Le jour de notre arrivée, nous cherchâmes bien longtemps une table hospitalière.

— Je suis sérieusement inquiet, me dit mon philosophe allemand, car je commence à croire qu'on vit à Venise comme on s'y habille, — de l'air du temps.

Nous allions d'un canal à un autre, plongeant un regard avide dans toutes les maisons. Tout le monde, à Venise, est marchand de pain et de fruits; mais, quelque dorés que soient les croûtes de maïs ou les raisins mus cats, nous n'avions aucun goût pour ce régal bucolique. En voyage, on est Anglais, — pour la faim. Nous avions passé cinquante ponts ; nous étions allés du palais ducal au Rialto, du Rialto à l'arsenal, (juand la Providence, qui n'abandonne jamais les hommes de bonne volonti-, offrit à nos regards une affiche miracu* leuse où étaient imprimés ces mots éloquents : Pierre Marseille, restaurateur. Nous fûmes bient(jt au [lalais de Pierre Marseille.

On nous servit deux biftecks, quatre côtelettes, deux poulets et deux bouteilles de vin de Chypre. Je ne compte pas les entremets, ni le dessert, ni la bonne humeur des gamins qui nous servaient.

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