DE LA SUÈDE
Les Suédois sont naturellement braves gens ; et sans parler des Ck)ths et des Vandales, ,qui, franchissant les Alpes et les Pyrénées, se rendirent maîtres de l'Italie et de l'Espagne, considérons de nos jours un Gustave-Adolphe , l'honneur des conquérants, :
suivi de très-peu de Suédois, qui passa victorieux toute l'Allemagne comme un éclair, et qui flt ressentir à tous les princes la valeui de ses armes. Voyons un Charles-Gustave, dernier roi de ce pays, qui réduisit les Danois, ses plus fiers ennemis, à se retirer dans leur ville capitale, qui leur restait seule de tout le royaume où il les assiégea pendant deux ans; qui, après plusieurs batailles vint finir ses jours à Gothembourg, d'une fièvre, à l'ftge de trente-sept ans, le 12 février 1660.
Ce prince, qui n'a Jamais fait que des merveilles, obligea aussi le ciel à le seconder et à le secourir, et à faire des miracles pour kd. n affermit les eaux du Belt, pour lui donner occasion d'entreprendre une action héroïque.
Charles X fit passer toutes ses troupes sur une mer glacée de deux lieues de large, avec tout le canon, et y campa plusieurs jours avec une intrépidité de cœur qui surprenait tous les autres, et qui lui était naturelle. Si ce prince était grand guerrier, il ne fut pas moins politique, et il le fit bien voir pendant le gouvernement de la reine Christine, qui, s'amusant à consulter quantité de savants qu'elle faisait venir de toutes parts, et qui ne lui ap- \ prenaient pas l'art de régner, lui donna oc^ • casion de captiver l'esprit de tous les séna* \ teurs, rebutés du gouvernement de cette
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reine, qu'ils obligèrent à abcliquer le royaume entre ses mains.
Le grand (?^ustave-Adolplle n*a-t-il pas montré le chemin à ce digne successeur ? et, après aroir me^né une yie tout héroïque et toute guerri^, il la finit dans le champ de la victoire, ot au milieu de ses armées, d'un coup de mousquet, qui ôta à l'Europe. son ifiuB grand conquérant.
La reine Christine a été im digne rejeton de ce grand prince : cette princesse avait l'ftme toute royale, et a épuisé toutes les louanges des grands hommes. Elle aurait régné plus longtemps, si elle eût été plus maîtresse d'elle-même; et la jalousie qu'elle excita parmi les sénateurs, qui voyaient impatiemment les dernières faveurs qu'elle accordait au mtrosse^ dont elle eut des enfants, lui ôta la couronne de dessus la tête. Elle changea de religion k la persuasion d'un ambassadeur d'Espagne, qui lui promit qu'elle épouserait le roi son maître, si elle voulait se faire catholique. Elle est demeurée à Rome presque tout le temps qu'elle a quitté le sceptre, où elle s'entretenait de dix mille écus de pension que le pape lui donnait tous les ans, jusqu'à ce que le roi de France l'ait fait rentrer dans tous ses biens. Elle s'était réservé les lies fertiles d'Aland et de Gothland qui sont sur la me^ Baltique; mais elle les a échangées depuis peu contre le territoire de Norcopin en Ostrogothie.
Charles XI, à présent régnant, est fils de- Oharles-Gustave, comte palatin, de la maison de Deux-Ponts, .et de Edwige-Eléonore, fille
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puînée du dac de Hc^tein. C'est un prince ■ qui ne dément point la générosité de. ses an- ; cotres, et son port fier et royal ftiit asseï Toir I qu'il est du sang des illustres GusteTes. Les / im^nattoBB de ce prince/ sont toutes martiales ; et n'ayant plus d^nnemis à combattre, sa plus grande ooeupation' est Vailer à la cliaBse aux ours. Cetfse (âiasee s«» ftât mieux en hiver qu'en été; et lorsque qudique paorsan a découvert leurs passages* par les traces qui sont imprimées dans la neige, il en domm avis au grand veneur, qui y conduit le roi.
L'ours est un aaseimal intrépide; il ne fuit point àl'aspeet de l'homme, mais il passe son chemin sans se détourner. Quand on llaperçoit assez proehe, il faut descendre de ohe* val, et l'attendre jusqu'à ce qu'il soit fort près de vous; et vous le faites lever sur ses pattes de derrière, par im coup de mSlet que vous donnez : c^est le temps qu'il faut prendre pourle tirer, et il est fort dangereux de» de ne le pas blesser mortellement, car iP vient de furie se jeter sur le diasseur» et l'embrassant des pattes de devant^ il Tétouffi»' ordinairement: c'est pourquoi il faut avoir encore un pistolet pour- lui lAchmr à bout portant, et un épieu pour la dernière extrémité. Nous en vîmes un à Stockholm, que le^ roi avait tué lui-mém», en secourant son favori Yakmester, qui en était presque étouffé.
Cet animal est couché trois ou quatre mois de l'année et ne prend pour lors aucune nourriture qu'en suçant sa patte. Le roi a toiijours autour de lui trois ou quatre petist