‹ VoyagesChapitre 7 sur 21 · M Y0TA6B · texte numérisé non relu

M Y0TA6B

de figure», et dont lV)n voit^pendte plusietiro «meaux de cuivre et quelques morceatoc d'os de renne. Ils peignent ordinairement le» figurés suivantes : ils font premièrement^ Ters le milieu du tambour, une ligne qui v»

transversalement, au-dessus de laquelle Uk mettent led dieux qu'ils ont en plus grande vénération, comme Tbor av«c ses valets, et Seyta; et ils en tirent une autre un peu plus bas comme l'autre, nmis qui ne' s'étend que jusqu'à la moitié du tambour î là l'on roft limage de Jésus-Chrisf avec deux ou troi»

apôtres. Au-dessus de ces lignes sontrepïiô^ sentes la lune, les étoiles et les oiseaux > jsais la place du soleil est au«-desB0U8 de* ce» mêmes lignes, sous lequel ils mettent les ours, les serpents. Ils» y représentent aussi les animaux, quelquefois des lacs et des fleuves. Voilà, monsieur, quelle est la figure dHm tambour; mais ils ne mettent pas sur tous la môme chose, car il y en a où sont peints des troupeaux de rennes, poursavnir où ils les doivent trouver, quand il y en a quelqu'un de perdu, n y a des figures qulfont eonnattre le lieu où ils doivent aller pour* la pêche, d'autres pour la chasse, quelques^ unes pour savoir si les maladies dont ils sont atteints doivent être mortelles on non; ainsi de plu^urs autres choses doBtlls soute»

doute, a âkut deux choses pqxirse sertirai tam»

.dfeyGoOgi

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toour : rindice, qui doit marquer la cliûse qu'ils désirent; et le marteau pour frapper dessus le tambour, et pour mouvoir cet indice jusqu'à ce qu'il se soit arrêté fixe sur quelque figure. Cet indice est Tait ordinairexuent d'un morceau de cuivre fait en forme jde bossettes qu'on met au mors des die- T^aux, d'où pendent plusieurs petits anneaux de même métal. Le marteau est fait d'un seul 03 de renne, et représente la figure d'un grand T. Il y en a qui sont faits d'une autre forme; mais ce sont là les manières les, plus ordinaires* Bs ont cet instrument en telle vénération, qulls le tiennent to\\jours enveloppé dans une peau de renne, ou quelque autre chose: et ils .ne le font jamais entrer clans la maison par la porte ordinaire par Gix les Jemmes passent; mais ils le preimen^b ou, par-dessus le dny? qui entoure leur cabane, ou par le trou qui^onne passage à la Tumâe, Us se servent ordinairement du tambour pour trois choses .principales : pour la ohaâse et la poche, pour les sacrifices, et pour savoir les choses qui se font dans 3esi)ayB .les plus élo^nés; et lorsqu'ils veulent connattre quelque^ chose de cetartiele, ils ont sûinj[)remièremûnt de bander la peau du tambour, en l'approchant du feu; puis* un L^ipon se mettant à genoux avec tous œux qui Bont .présents, il oommence à frapper enxoodsur^son tambom;; et, redou-

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blant les coaps avec les paroles qu'il pro* nonce comme xin possédé, son visage de- Tient bleu, son crin se hérisse, et il tombe enûn sur la face sans mouvement II reste en cet état autant de temps qu'il est possédé du diable, et qu'il en faut à son génie pour rapporter un signe qui fasse connaître qu'il a été au lieu où on Ta envoyé; puis, revenant à lui-môme, il dit ce que le diable lui a révélé, et montre la inarque qui lui a été apportée.

Le second usage, qui est moins considérable, et qui n'est pas aussi violent, est pour connaître le succès des maladies, qu'ils apprennent par la fixation de l'indice sur les figures heureuses ou malheureuses.

Le troisième, qui est le moindre de tous, leur montre de quel côté ils doivent tourner pour avoir une bonne chasse ; et lorsque l'indice, agité plusieurs fois, s'arrête à l'orient ou à l'occident, au midi ou au septentrion, ils infèrent de là qu'en suivant le côté qui leur est marqué, ils ne seront pas malheureux.

Ils ont encore un quatrième sujet pour lequel ils se servent du tambour, et connaissent si leurs dieux veulent des sacrifices, et de quelle nature ils les veulent. Si l'indice s'arrête sur la figure qui représente Thor ou Seyta, ils offrent à celui-là, et connaissent de même quelle victime lui plaît davantage.

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Voilà, monsieur, de quel usage est ce tambour lapon si merveilleux, et dont nous ne connaissons pas Tusage en France. Pour moi, qui crois difficilement aux sorciers, et qui n'ai rien vu de ce que je vous écris, je démentirais volontiers l'opinion générale de tout le monde, et de tant d'habiles gens qui m'ont assuré que rien n'était plus vrai que les Lapons pouvaient connaître les choses éloignées. Jean Tornœus, dont je vous ai parlé, prêtre de la province de Torno, homme extrêmement savant, et à la foi duquel je m'en rapporterais aisément, assure que cela lui est arrivé tant de fois, et que certains Lapons lui ont dit si souvent tout ce qui B'était passé dans son voyage, jusqu'aux moindres particulantés, qu'il no fait aucune difficulté de croire tout ce qu'oii en dit. Les archives de Berge font fol d'une chose arrivée à un valet marchand, qui, voulant savoir ce que son maître faisait en Allemagne, alla trouver un certain Lapon fort renommé; et ayant écrit la déposition du sorcier dans les livres de la ville, la chose se trouva véritable, et le marchand avoua que le maître un tel jour avait couché avec une fille. Comme • le Lapon avait dit mille autres histoires de cette nature, qui m'ont été contées dans le pays par tant de gens dignes de foi, je vous avoue, monsieur, que je ne sais qu'en croire. Que ce que je vous mande soit vrai ou faux^

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gle oroyauce sax effet» da. ttmboui; dass laquelle ilft'S^ffermissaiit tooi les jé«m*pat les swecèB étrange» qalls'ea soient sirly^c; S'ils -n'aTaient queoet ias(ruinei]t*poure:aah car lèor «rt dAÉboUque.calanMr ferait d*auA qn^enx-Hitoies, mais y^ ont enoore un^aa^ tr& moyen pour porterriti nal». U:àoiitetu% le» maladies^ et la^mart mêoie» à ceux, qu^ veulent «ffKscr. na «o senrent potur eeia ôixm^ petite boadeode iacgroasewr dhm œuf de pdgeom^ qu^ envoient .par tousiika^eBdeoito do mond» âSËOs une certatee distanee>i8Qll> vaoBtque leur pjMavoiP' est éte&diiv et»»'il a0> rive que cett& bovle enflammée; reiMoatra quelqu'un par te i^emin^.aoit un liomme xw im animal^ elleineîVfrpBs>pUiail^n|.etr£É&tie même effet sur celui qu'elle a.frappéqu(efliir la perBOBoe qu'elle dBvait.fcappet. L^ftai^ çais qui neuff servit dHntarprète pendantnotre voyage ea Laponie,. et qui «veât demeuié trente an» ài SMwpavarav noas. assura en avoir vu -pluaieura fois passer autour de. lui. Il nous dit qu'il, éitalt' impossible do coimattre la forme que cela/ pouvait avoir. Il nous assura seulement que cette boide volait d'une extrême vitesse^ et laissait i^srès soi une pfstite trace bleue qu'il était facile de distinguer, n nous dit môme qu'un jour> passant sur une montagne, son chien, qui le suivait d'assez près fut atteint d'un de ces gam (car c'est

ainsî qtu-'U3 appellent ces boules), dont il mounzt aur-le-cli8«np, quoiqu'il fût plein de Yie un moment devant. Il chercha Tendroit par où son chien nouvait avoir été blessé, et vit un trou âous sa ^orge> sans pouvoir trouvai dans aon corps ce qui l'avait ftappé. Us canserrent ces gans dans des sacs de cuir; et ceux qui sont les plus méchants ne laissent guère passer de jours qu'ils ne jettent quelqu'un de ces gans, qu'ils laissent ravagiM dans Tair lorsqu'ils n'ont personne à qui les jeter; at quand il arrive qu'un Lapon qui se mêle du métier est en colère contre quelque autre de la même profession, et lui veut faire Idu^mai^ son gans n'aauctm pouvoir, si l'autre ^t plus expert dans son art, et s'il est plus gCÊnd diable que lui. Tous les habitants du pays appréhendent extrêmement ces émissaires; et ceux qui sont connus pour avoir le pouvoir de les jeter sont extrêmement respectés^ et personne n'ose leur faire du mal.

Voilà, monsieur, tout ce que j'ai pu apprendre âeleur art magique par mon expérience, et par le récit qui m'en a été fait par tous les geas du pays, que je croyais extrêmement clignes de foi, et particulièrement par les prêtres,, que J'ai consultés sur toutiee ces choses.

^t^t que jLOtXQ Lapon eut la tête pleine tf eau-de-vie, il voulut contrefaire le sorcier;

fl prit son tambour, et commençant h fcapper

1 t MÊÊÊ^ÊÊmmmtaf^^SS^I^

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dessus avec des agitations et des contorsions de possédé, nous lui demandantes si nous avions encore père et mère. Il était assez difficile de parler juste sur cette matière : nous étions trois ; l'un avait son père, l'autre sa mère, et le troisième n'avait ni l'un.ni l'autre. Notre sorcier nous dit tout cela, et se tira assez bien d'affaire. Quoique ceux avec qui nous étions^ qui étaient des Finlandais et des Suédois, n'en eussent aucune connaissance qui nous pût faire soupçonner qu'ils auraient Instruit le Lapon de tout ce qu'il devait dire; comme il avait affaire à des gens qui ne se contentaient pas de peu, et qui voulaient quelque chose de plus sensible et de plus particulier que ce qui pouvait arriver par un simple effet du hasard, nous lui dîmes que nous le croirions parfaitement sorcier, s'il pouvait envoyer son démon au logis de quelqu'un de nous^ et rapporter un signe qui nous fît connaître qu'il y avait été. Je d^ mandai les clefs du cabinet de ma mère, que je savais bien qu'il ne pouvait trouver que sur elle, ou sous son chevet ; et je lui promis cinquante ducats s'il pouvait me les apporter. Comme le voyage était fort long, il fallut prendre trois ou quatre bons coups d'eau-devie pour faire le voyage plus gaiement, et employer les charmes les plus forts et les plus puissants pour appeler son esprit familier, et le persuader d'entreprendre le voyage

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et de revenir promptement. Notre sorcier se mit en quatre, ses yeux se tournèrent, son visage changea de couleur, et s» barbe se hérissa de violence. 11 pensa rompre son tambour, tant il frappait avec force ; et il tomba enfin sur sa face, roide comme un bâton. Tous les Lapons qui étaient présents empêchaient avec soin qu'on ne l'approchât en cet état, éloignaient jusqu'aux mouches, et ne souffraient pas qu'elles se reposassent sur lui. Je vous assure que quand je vis toute cette cérémonie, je crus que j'allais voir tomber par le trou du dessus de la cabane ce que je lui iLvais demandé, et j'attendais que le charme fût fini pour lui en faire faire un autre, et le prier de me ménager un quart d'heure de conversation avec le diable, dans laquelle j'espérais savoir bien des choses. J'aurais appris si mademoiselle....» est encore pucelle, et ce qui se passe entre monsieur.... et madame...

Je lui aurais demandé si monsieur... a dépu« celé sa femme depuis trois ans qu'il est avec elle ; si le dernier enfant qu'a eu madame.. •• est de son mari, ou non ; enfin, monsieur, l'aurais su bien des choses qu'il n'y a que le diable qui sache.

Notre Lapon resta comme mort pendant un bon quart d'heure, et, revenant un peu à lui, il commença à nous regarder l'un après l'autre avec des yeux hagards ; et, après nous avoir tous examinés l'un après l'autre, il m'adressa

la parole, et médit que aon e^[krlt ne pouTait agir suivant son intention, parce que j'étais plus grand sorcier que lui, et que mon génie étoit plus puissant; et que si je Toulaiô com- Bumder à. mon dîal^e de ne rien entreprendre flttr le sieA il me donneiaib satisfactixni.

Je ¥Ous avaae, monsieur, que je fus f^ étonné d'avoir été sorcier ai longtemps, et de nfeai avoir rien.au. Je ûs ce que je pus pour mettre notre Lapon «ur les voies. Je eom- BAAnâai à m<m démon JTamilier de ne poini inquiéter le sien ; et .avec tout cela nous ne pûmes savoir autre chose de notre sorcier, qui ae tira fort mal d'un pas si difficile^ et qui sortit de d^it de la cabane, pour alltf ceanme je crois, noyer tous ces dieux et tes diaUes qui l'avaient abandonné au besoin, ettnous ne le revîmes plus.

lie jeudi matin noue continuâmes toujouB notre chemin vers le lac de Tomotresch ; età l'endroit où il commence à former le fleuve^ on voit à main .gauclie une petite lie, qui est de tons côtés entourée de cataractes épouvantables, qui descendent avec une précipitation furieuse sur des rochers, où elles cao^ sent un bruit horrible. Là, il y a eu de toirt temps un autel fameux, dédié à Seyta, où tous les Lapons de la province.de Tomo vont &ire leurs sacrifices dans les nécessités les plus pressantes. Jean Tornœus, dont je vous ai parlé plusieurs fois, faisant mention de cel

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DE Lkwms 9^

enâftylt, «Bl peiilorcii.~ee6ît6r»»»:: JCo hoo tn^ Tmtûtresch^^sereffUdHflkvium ininmla quaàaim M* medi9tai9raHce^Baipa tUd^y teperitmtm Sey^mt lapides, iptciâ Immana, coléocatiordhte, Prùnu» oHitUdine^ùi p^oeen^pmt; qwatuof* aliipaui&àre^ viores, juxta colhoaii ; cmnett qymsi pUeis <fmbm^ êam in-CifpiHbm mb ofmti:;etqwmmm rt€ ett difftcilUma pericmiiqut pltrtisséma, propier «m» eaiamcim itvdiotmnif nmngium app^iêre, ideo La* pont pridem chsiermKt inoisere locumistum^ ut imnc explùrmi negtieaft^ W^rttwt, quomodêifetUli ftterint in ùiam ii/auUmi « AiU ]Jda> dUril, q^ lé lac de TOmotnis^ Beit^pfand'ea âeuve duas une certaine' fie, au xmMea de la oalsaraete «{h pelée Dara, ^tr(m.ye â«»Se;Kta de p<ierrer,d» fig^ire humaine, misparordi:». Le premier est de la hautear d'iuii grand hemoiev ^ %a«tee autres plue petiltaonisàrses-côtéiBvtouiakayant sur la tôle un» espèee de petit chapeau :.et parce qu'il est très-difficile et mèote dang^ leuit d'apppoelLer en bateau de cette île, à catLse delà violence de l'eau, les Lapons esit <^8sé la coutume, depuis longtemps, d'aUerà cet autel; et ils ne penv^it s'imaginer comment on a pu «dorer ces dieux, et de qiMlle manière ces pierressont venues en cet endrcât- » Nous approdi&mesde cet autel, et aperçûmes plutôt un grand mfonceau de cornes de renne», que les dieux qui étaient derrière. Le premier était le plus gros et le plus graïud de tous^ Il n'avait aueime figure luxmaine, et Je ne puis

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dire à quoi il ressemblait ; mais ce que Je puis assurer, c'est qu'il était très-gras et teèsvilain, à cause du sang et de la graisse dont il était frotté : celui4k s'appelait Seyta; sa femme, ses enfants et ses valets étaient rangés par ordre à son côté droit ; mais toutes ces pierres n'avaient aucune figure, que celle que la nature donne à celles qui sont exposées à la chute des eaux. Elles n'étaient pas moins grasses que la première^ mais beaucoup plus petites. Toutes ces pierres, et particulièrement celle qui représentait Seyta, étaient sur des branches de bouleau toutes récentes ; et Ton voyait à côté un amas de bâtons carrés»

sur lesquels il y avait quelques caractères.

On en remarquait un au milieu, beaucoup plus gros et plus haut que les autres, et c'était, comme nous dirent nos Lapons, le bou^ don dont Seyta se servait pour faire voyage.

Un peu derrière tous ces dieux, il y en avait deux autres, gros et gras, et pleins de sang sous lesquels il y avait, comme sous les autres, quantité de branches : ceux-ci étaient plus proches du fleuve; et nos Lapons nous dirent que ces dieux avaient été plusieurs fois jetés dans l'eau, et qu'on les avait toujours retrouvés en leurs places. Quelque temps après, je vis quelque chose de contraire à ce que Tornœus avance : il dit, premièrement, que ce lieu n'est plus fréquenté des Lapons, à cause de la difficulté qu'on a d'en appro-

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dier ; et c'est ce qui fait qu'il est en plus grande vénération parmi eux. parce que, disent-ils, les Seyta se plaisent dans des lieux difâciles et môme inaccessibles, comme on Toit par les sacrifices qu'ils font au pied des montagnes^ où ils trempent la pierre dans le sang de la victime, qu'ils jettent sur le sommet lorsqu'ils ne peuvent y monter. Ce lieu est aussi fréquenté qu'auparavant, comme nous assurèrent nos Lapons, et comme nous vtmes nous-mêmes par les branches sur lesquelles ces pierres reposaient, où l'on voyait encore quelques feuilles vertes quiy restaient, et par le sang frais dont ces pierres étaient encore trempées. Pour ce qui est des chapeaux que Tomœus dit qu'ils ont dessus leurs têtes, ce n'est aut^e chose qu'une figure plate qui est au-dessus de la pierre, et qui excède en cet endroit. Iln'y a pourtant que les deux' premiers, qui représentent Seyta et sa femme, qui aient cette marque ; et les autres sont d'une pierre de figure longue, pleines de bosses et de trous, qui viennent finir en pointe, et représentent les enfants de Seyta et toute sa basse famille. Au reste, l'autel n'est fait que d'une seule roche, qui est couverte d'herbe et de mousse, comme le reste de l'tle, avec cette différence, que le sang répandu, et que la quantité des bois et des os de rennes, ont rendu la place plus foulée.

Quoi que nos Lapons pussent nous dire pour

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nous empêcber d'emporter de cesdîeBx, nous se laissâmes pas de dîmiii>i2ier la famille .de Sejta, et de prendre chacim un de ses eitfuits, malgré lies mieuaces qu'ils . noos fù- BAtentde ieur part, et les impréeatkms ômA Os BOUS chargeaient, en nous assurant que «ot3?e ^royage serait malheuffeux, si nous «xeitîoiis la eolèie de leur dieu. Si Seytamit é^ iDOins gras et moins pesant, ije Taurais gbût porté avec ssb enfuits. Mais, iB^ant vouk mettre la main dessus, je ne pas qu'À grand'peine le lever de'^enre. Les Lspons, voyant cela, me eomptèrent aJors pour un homme iperdu, et qui ne poUrVàit pas aller loin, sans 4tre du moins foudroyé; ear la marqua k plus certaine parmi eux d'un dieu eourrouicé, c'est la pesanteur qu'oa trouve dans l'idole: AU lieu que la facilité qu'on a en le levant fait connaître qu'il > est pcopice, et pt^t i aller où l'on vent : c'est de cette manière aussi qu'ils -connaissent s'il -veut des £acri- Aees, ou non.

Aussitôt que nacra eûmes quitté eetfae lie, mous aFitrftmes dans le lac de Tomotresch. De ce lac eort le fleuve de Tomo : sa longuenr «'étend environ quEDanbe heues de l'est i l'ouest, mais sa largeur ntet .pas considérable. Il est jgelé depuis le mois de septembre jusqu'après la ^^nt-Jean, et fournit aux Lapons une abondance de pokson presque ineoncevable. Le sommet xie& nuotagiies^jdoiit

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ilf est piTtont ezDriranné, se dérobe àla tua tantilestéleTé; et les neiges dont eUeasoni continueilement couvertes font qu'on ne aau»

rsit prescpie les distinguer d*avec les nues.. Ces^montagnes sont toutes découvertes, etner portait point, ds bois : il ne laisse pas d> airoir beaucoup de bétes et d'oiseaux, et par^ tiealièrement des fimiripor^ qui se plaisent là plus qu'en tout autre endroit. C'est autour der ce lac que les Lapcms viennent se répandra^ quand ils reviennent de Norwége, où la elui^ leur et les mouches les ont relégués pour quelque temps; et c'est là aux enviroBS:

auBsi ottsoQties richesses de la plupsyrt. lia n'ont peint d'autre ooffre^fort pour mettra leur argent et leurs ricbessea

ns prennent un chaudron de cuivre qu'as i emplissent de ce quila ont de plus pré^ cieux, et le portent dans l'endroit le plus.

secret et le {dus reculé qu'ils peuvents'ir maginer. Là ils l'enterrent dans un tvo« assez profond qu'ils font pour cela, et ki.

couvrent d'herbe et de mousse, afin qu'il sk puisse être aperçu de personne. Tout cela sa fait sans que le Lapon en donne aucune connaissance à sa femme ou à ses enfants, et il arrive souvent que les enfants perdent ua trésor, pour être trop bien caché, lorsque le père meurt d'une mort inopinée, qui ne M donne pas le temps de découvrir à quel ett- #roit sont ses richesses. Tous les Lapons gé»

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néralement caûlient ainsi leurs biens, et on trouve souvent quantité de rixdales et de vaisselle d'argent, comme sont des bagues, des cuillers et des demi-seins ^ qui n'ont point d'autre maître que celui qui les trouve, et qui ne se met pas en peine de le chercher quand il y en aurait. Nous avançâmes bien sept ou huit lieues dans le lac, proche une montagne qui surpassait toutes les autres en hauteur.

Ce fut là où nous terminû-mes notre course, et où nous plantâmes nos colonnes. Nous fûmes bien quatre heures à monter au sommet, (ar des chemins qui n'avaient encore été connus d'aucun mortel; et quand nous y fûmes arrivés, nous aperçûmes toute l'étendue de la Laponie, et la mer Septentrionale, jusqu'au cap du Nord, du côté qui tourne à l'ouest. Cela s'appelle, monsieur, se frotter h l'essieu du pôle, et être au bout du monde.

Ce fut lèi que nous plantâmes l'inscnption ^ hjû précédente, qui était sa véritable place, mais qui ne sera, comme je crois, jamais lue que des ours.

Oallia nos genibit; vidit nos Africa; Gaagem Hausimus, Europamque ocuiis lustravifsus omoeint Gasibus et variis acti terraque manque, Hic tandem stetimus, nobis ubi defuit orbis.

DE Fercourt, de Gorberon, Eequabd.

Anne t«&l, die 32 AugusU.

Cette roche sera présentement connue dans le monde par le nom de Metavara, que nous #

DB LAPOMIB iOi

lui donnâmes. Ce mot est composé du mot latin meia, et d'un autre mot finlandais vara^ qui veut dire rocAe; comme qui dirait la roche des limites. En effet, monsieur, ce fut là où nous nous arrêtâmes; et je ne crois pas que nous allions jamais plus loin.

Pendant le temps que nous fûmes à monter «t à descendre cette montagne, nos Lapons étaient allés chercher les habitations de leurs camarades. Ils ne revinrent qu'à une heure après minuit; et nous rapportèrent qu'ils avaient fait hien du chemin, et qu'ils n'avaient trouvé personne. Cette nouvelle nous affligea, mais elle ne nous abattit pas : car nous n'étions venus en cet endroit que pour voiries plus éloignés, et nous en avions laissé quantité derrière nous, que nous avions différé de voir à notre retour. Nous voulûmes employer notre première ardeur aux recherches les plus pénibles, de crainte que ce feu de curiosité venant à se ralentir, nous ne nous fussions contentés de voir les plus proches.

Nous résolûmes donc de retourner sur nos pas. En effet, dès le grand matin, le vent s'étant fait ouest, nous mtmes à la voile, et revînmes en un jour trouver ce petit vieillard lapon dont je vous ai parlé, qui nous avait promis de nous mener chez lui à notre retour. Nous le rencontrâmes sur le fleuve qui pochait; et nous fîmes tant par notre tabac et notre eau-de-vie, que nous lui persua-

Bï-«É^.'

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d&mes de noua mener ôhez. lui, qnioiqu'il tfiK châ<t pour lor& de a'en, défendre, et 4'oubU^. 1& promesse .^u'il noua ayadt. faîte; Il dit h un ) de nos conducteurs lapons, q»ui. était, sckki/ gendre, le lieu de sa. demeure; et aoraat^pciasonchemindan» les bois avec un de. nos îeh terprètes,^ à.-qui nous, défendîmes «de la quitter, nausr prîmes lè< nôtre -en. cantinuaoït notr&; route sur le fleuve. Noua arrivâmes ttu bout ^ de deux heutea àr. la . hauteur de sa. cabane^ ^ qui était encore fort ôloigiiée; et a;$^ntxiLi8/ pied à terre,, et pria avee nous du. tabafiet. une bouteille de brandevini nous suivlmea notre Lapon, qui nous mena pendant. toute/ la nuit dana des bois< Cet homme qui na savait paa précisément la demeure dei sqBi beau-père, q^'ll. avait changée dei^s pouj^, était aussi embarrassé: que nous. Tamtôt' il. approchait roreille de. terre pour enten-* dre quelque bruit; tantôt il. examinait, les ^ tracea des bétes q^e nous, rencoo trions,, pour connaître si les rennes qui avaient poussé par là étaient aauvages ou (irivés^ Il montait quelquefois < commet un chat sur le» sommet*, des pins pour découvrir la: fumée, e^ criait^ toujours de toute sa. force d'une voix ^frayante, qui retentissait p^ar tout le boiflw Enfin, après avoir b^en tourné^ nou» entendîmes un chien aboyer : jamais voix ne nous a paru si charmante que celle de ce chien^ qui vint nous consoler dans les déserts. Noua

hwCooolp

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toumâjnes xlu côté où xious ayions entendu le bruit, et, après awir marcké encore quelj(|ue ten^)iâ, nous rencontrâmes un , grand .troupefoi de rennes, et peu à peu nous arrivâmes À la tabane de notre Lapon, qui ne faisait que d'arriver -comme nous.

iCette.caJbane était au milieu des bois, faite jcomme toutes les autres, et couverte de son valdmar.EJle était entourée de mousse, pour nourrir envirxm quatre-vingts bêtes qull Avait. Ces .rennes font toute la richesse «de ees genâ« Il y en a qui en ont jusqu'à mille.et douze oents. L'occupation des femmes est d'en avoir * soin, ^ elles les lient et les tiayent dans de «certaines lieures. SUes les comptent tousles;jx)urs deux fois; et lorsqu'il y «a a quelqu'un d'égaré, île Lapon cherche dans. les. bois jusqu'à ce çu'il l'ait trouvé. On »voit courir fort longtemps ces bêtes égarées, et suivant même pendant trois semaines leurs tnaees marquées ulans ia neige. Les femmeç, comane j'aixlit, ont uu soin particulier des . lyannes et ,âe leu£s faons ; elles les veUpkait (jcontinuell^oaent, et les gardent le jour .etflanuiit contre les loups et tes bêtes samriiages. Le plus sûr mgyende les garder contre les loups, c'est de les lier àquelque arbr^; et eet animal qui est extrômeaaaeat déâant, «t tquli^prédiende d'étnepris, craint que ce ae •aoit une adresse, et qu'il n'y ait auprès do ranimai .quelque piège duis lequel il, poucraÂt

tomber. Les loups de ce pays sont extrêmement forts, et tous gris; ils àont presque tout blancs pendant l'hiver, et sont les plus mortels ennemis des rennes, qui se défendent contre eux des pieds de devant, lorsqu'ils ne le peuvent faire par la fuite. Il y a encore un animal gris brun, de la hauteur d'un chien, que les Suédois appellent j(?r^, et les Latins çulo, qui fait aussi une guerre sanglante aux rennes. Cette bête monte sur les arbres les plus hauts, pour voir et n'être pas vue, et pour surprendre son ennemi. Lorsqu'il découvre un renne, soit sauvage soit domestique, passant sous l'arbre sur lequel il est, il se jette sur son dos, et mettant ses pattes de derrière sur le cou, et celles de devant vers la queue, il s'étend et se roidit d'une telle violence^ qu'il fend le renne sur le dos, et enfonce son museau, qui est extrêmement aigu, dans la bête dont il boit tout le sang. La peau du jœrt est très-âne et très-belle ; on la compare même aux zibelines. Il y a aussi des oiseaux qui font des guerres cruelles aux rennes : entre tous les autres l'aigle est extrêmement friand de la chair de cet animal. Il y a quantité de ces aigles en ce pays, et d'une grosseur si surprenante, qu'ils enlèvent de leurs serres les faons des rennes de trois à quatre mois et les portent dans leur nid au sommet des plus hauts arbres. Cette particularité me parut d'abord ce

UB LÂPONIE id^

que je crois qu'elle vous semblera, c'est-àdire difficile à croire ; mais cela est si vrai, que la garde qui se fait aux jeunes rennes n'est que pour cela. Tous les' Lapons m'ont assuré la môme chose; et le Frauçais qui était notre interprète en Laponie m'a assuré qu'il avait vu plusieurs exemples pareils; et qu'un jour, ayant suivi un aigle qui emportait le faon d'une de ses rennes jusqu'à sop nid, il coupa l'arbre par le pied, et trouva que la moitié de la bête avait déjà servi de nourriture aux petits. Il prit les aiglons et fit d'eux ce qu'ils avaient fait de son faon^ c'est-à-dire, monsieur, qu'il les mangea. La chair en est assez bonne, mais noire et un peu fade. Les rennes portent neuf mois :

quand les Lapons veulent sevrer leurs faons, ils leur mettent un caveçon de pin, dont les feuilles sont faites en pointe, et piquent extrêmement; et quand le faon s'approche de sa mère pour prendre sa nourriture, ordinairement, se sentant piquée, elle éloigne son faon avec son bois, et l'oblige à aller chercher à vivre ailleurs qu'auprès d'elle. Cette occupation n'est pas la seule qu'aient les femmes ; elles font les habits, les souliers et les bottes des Lapons.

ïîllestirentrétainpouren revêtir le fil. Elles font cela avec les dents; et tenant un os de renne dans lequel il y a plusieurs trous de différentes grosseurs, elles passent leur étain

dans le pins grand, puis dans un plus petit, jusqu'à ce qu'il soit en l'état qu'elles le souhaitent, et propre pour couvrir le fil de renne, dont elles ornent leurs habits-et tout ce qu'elles travaillent. Ce fil se fait, comme je vous ai déjà dit, avec des nerfs de rennes pUés, qu'elles tirent par filets, et le filent ensuite sur leur joue, en le mouillant de. tempar. en temps, et le tournant continuellement.

Elles n'ont point d'autre manière pour faire le fil. Tous les harnais des rennes sont faits^ aussf par les femmes. Ces harnais sont fàits^ de peaux de rennes. Le poitrail est orné de quantité de figures, faites avec du fîld'étain» • d'où pendent plusieurs petites pièces deserge de toutes sortes de couleurs, qui font une espèce de frange. La sonnette est au milieu, et: il n'y a rien qui donne la vigueur à cet animal et qui le réjouisse davantage que le bruit qu'il fait avec cette sonnette en courant.

Puisque j'ai commencé à vous parler de»

occupations des femmes dans ce pays, cela me donnera occasion de vous parler de l'emploi des hommes. Je vous dirai d'abord, parlant en général, que tous les habitants de ce pays sont naturellemenl lâches et paresseux, et qu'il n'y a que la faim et la nécessité qui les chassent de leur cabane et les obligent à travailler. Je dirais que ce vice commun peut provenir du climat qui est si rude qu'il ne permet pas facilement de s'ex«

DB LÂPONIB ifft

poser à l'air ; si je ne les avais trouvés aussi fainéants pendant l'été qil'ils le sont pendant l'hiver. Mais enûn, comme Os sont obligés de tdierôlier toujours de quoi vivre, la chasse et la pêchefbnt leur occupation presque continuelle. Ils chassentThiver et pochent pendant l'été, etf ont eux-mêmes tous les instruments nécessaires^ pour ^un et Fautre de ces emplois. Ils se servent pour leurs barques du bois de sapin, qu'as cousent avec du Ûl de renne, et les rendent si légères qu'un homme seul -mx peut facilement porter une sur son épaule. ns ont besoin d'avoir quantité de ces barques à cause des torrents qui se rencontrent souyent ; et comme ils ne peuvent pas les mon- *;ter, ils en ont d'un côté et d'uu autre en plusieurs endroits. Ils les laissent sur le bord après leaavoir tirées sur terre, et mettent de* dans trois ou quatre grossespierres, de crainte que le vent ne les enlève. Ce sont eux qui font leurs filets, et les cordes pour les tenir. Ces filets sont de .fil de chanvre, qu'ils achètent des marchands. Ils les frottent souvent d'une certaine colle rouge, qu'ils font avec de l'écaiHe de poisson séchée à l'air, afin de les rendre plus forts et moins sujets à la pourriture. Pour les cordes, ils les fabriquent d'écorce de bouleau ou déracine de sapin. Biles sont extrêmement fortes lorsqu'elles sont dans l'eau. Xes hommes s'occupent encore à f^ore les traîneaux de toutes sortes* les uns

108 VOYAGB

pour porter leurs personnes (qu'ils appellent pomes), et les autres pour le bagage. Ces derniers sont nommés raddakères, et sont fermés comme des coffres. Ils font aussi les arcs et les flèches. Les arcs sont composés de deux morceaux de bois mis l'un dessus l'autre.

Celui de dessous est de sapin brûlé, et l'autre de bouleau. Ces bois sont collés ensemble, et revêtus tout du long d'une écorce de bouleau très-mince, en sorte qu'on ne saurait voir ce qu'elle renferme. Leurs flèches sont différentes: les unes sont seulement de bois, fort grosses par le bout, et elles servent à tuer (ou, pour mieux dire, assommer) les petitsgTis, les hermines , les martres , et d'autres animaux dont on veut conserver la peau. Il y en a d'autres, armés d'os de renues, faites en forme de harpon et hautes sur le bout: cette flèche est grosse et pesante.

Celles-1^ servent contre les oiseaux et ne peuvent sortir de la plaie quand elles y sont une fois entrées: elles empêchent aussi, par leur pesanteur, que l'oiseau ne puisse s'envoler, et emporte avec lui la flèche et l'espérance du chasseur. Les troisièmes sont ferrées en forme de lancette, et on les emploie contrôles grosses botes, comme sont les ours, les rennes sauvages; et toutes ces flèches se mettent dans un petit carquois fait d'écorce de bouleau, que le chasseur porte à sa ceinture. Au reste^ les Lapons sont extrêmement adroits à

»V LAPONIE i 09

8e servir le Tare, et ils font pratiquer à leurs enfants ce qu'autrefois plusieurs peuples belliqueux voulaient qu'ils sussent faire ; car ils ne leur donnent point à manger, qu'auparayéqit ils n'aient touché un but préparé^ ou abattu quelque marque qui sera sur le sommet des pins fes plus élevés.

Tous les ustensiles qui servent au ménage sont faits de la main des hommes ; les cuillers, d'os de renne, qu'ils ornent de figures, dans lesquelles ils mettent une certaine composition noire. Ils font des fermetures de sac avec des os de rennes, de petits paniers d'écorce et de jonc, et de ces planches dont ils se servent pour courir sur la neige, et avec lesquelles ils poursuivent et attrapent les bêtes les plus vîtes. La description de cea planches est ci-devant.

Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que les hommes font toujours la cuisine, et qu'ils accommodent tout ce qu'ils prennent, soit à la chasse, soit à la pêche: les femmes ne s'en mêlent jamais qu'en l'absence du mari.

Nous remarquâmes cela sitôt que nous fCUnes arrivés : le Lapon fit cuire quelques sichs fra is, qu'il avait pris ce jour- là. Ce poisson est un peu plus gros qu'un hareng, mais incomparablement meilleur; et je n'ai jamais mangé de poisson plus délicieux. D'abord qu'il fut cuit, on dressa la table faite de quelques écorcea de bouleau cousues ensemblOt

. iftroH^:C%iaqTc*^

^10 YOTIGC

qu'ils étendent à terre. Xouto la iamilleso mit auteur les jambes oroifiées k la mode des Turcs, et chacun prit sa. partdBUs.le chaudron fl^u'il mettait ou dans son bonnet ou dans un fioin de son habit Us manant fortayid^nent»

ietne gardentrien pour le lendemainXeiir boi9« son est dansune^rande iécuelle de bois kcùté •d'eux,. si c'est enété;etenhiverdanBun dianrdxon sur le feu. Chacun puise à son gré dans une grande ouiller de bois, on boit à même, jmivant sa soif. Le repas uni, ils se firs^pent dans la main en signe d^amitié. Les mets les plus ordinaires des pauvres sont des poissons» et ils jettent quelque éoorce de pin broyé dans l'eau qui a servi à les faire cuire en Jonne de bouillie, Les riches mac gent lachair des. rennes qu'ils ont tués, àla Saint-Michel, lorsqu'ils sont gras. Ils ne laissent rien perdre de cet animal; ils gardent même le sang dans sa vessie, et lorsqu'il « pris un corps et iB*e&t endurci, ils en coupent, et en mettont dans l'eau qui reste après qu'Us ont fait cuire le poisson. La. moelle des os de renne passe éhez eux pour un manger très-exquis; la langue ne l'est pas moins; et le memlve d'un renne m&le est ce qu'il trouve de pUis délicieux. Mais, quoique la viande de renne fioit fort estimée parmi eux, la chair d'ours Test incomparablement davantage: ils en font des présents à. leurs maîtresses^ qu'jlsaccomparent de celle de castar. Ils ont un la-

DE LAPONIE lit

goût pendant Tété dont j'ai tâté, et qui m* pensa foire crerer. Ils prennent de certaind petits fruits noirs qui croissent dans les ijoia, de la grosseur d\ine groseille, qu'ils appellent cro&ôer^r, qui veut dire groseille de Qorbeau: ils mettent cela avec des œufs de poisson crus, et écrasent le tout ensemble, au grand inal au cœur de tous ceux qui les voient, et qoi ne sont pas accoutumés à ces sortes de ragoûts, qui passent pourtant chez eux pour des confitures très-délicates. Le repas fini, les plus riches prennent pour dessert un petit morceau de tabac, qu'ils tirent de derrière leur oreille; c'est lèi le Heu où ils le font sédier, et ils n'ont point d'autre boîte pour le conserver. Ils le mâchent d'abord; et lors qu'ils en ont tiré tout le suc, ils le remettent derrière l'oreille, où il prend un nouveau goût ; ils le remâchent encore une fois, et le replacent de même encore; et lorsqu'il a perdu toute sa force, ils le fument. Il est étonnant de voir que ces gens se passent aisément de pain, et qu'ils aient tant de passion pour une petite herbe qui croit si loin d'eux.

ï^ous interrogeâmes notre Lapon sur quantité de choses. Nous lui demandâmes ce qu'A avait donné à sa femmeen se mariant; et il nous dit qu'il lui en avait bien coûté, pendant ses amours, deux livres de tabac, et quatre ou. cinq pintes de brandevin ; qum

Ii2 TOTAGB

avait fait présent à son l)eau-père d'tme peau de renne, et que sa femme lui avait apporté cinq ou six rennes, qui avaient assez bien multiplié pendant plus de quarante ans qu'il y avait qu'il était marié. Notre conversation était arrosée de brandevin, que nous répandions de temps en temps dans le ventre du bonhomme et de sa femme; et la récidive fut si fréquente, que l'un et l'autre s'en ressentirent. Ils commencèrent à se faire des caresses èi la laponne, aussi pressantes que rous pouvez vous les imaginer ; et leur tendresse alla si loin, qu'ils se mirent h pleurer tous deux, comme s'ils avaient perdu tous leurs rennes. La nuit se passa parmi ces mutuelles douceurs ; et nous remarquâmes pour lors (ce que je crois vous avoir déjà écrit) que toute la famille couche ensemble sur la môme peau. Cette confusion règne toujours parmi les Lapons; et un marié ne couche pas seulement avec sa femme le premier jour de ses noces, mais avec toute la famille généralement.

Nous fîmes le lendemain matin tuer cha* cun UQ renne qui nous coûta deux écus, pour en rapporter la peau en France. Si je m'en étais retourné tout droit, j'aurais espayé d'en conduire quelques-uns en vie : il y a bien des gens qui l'ont tenté inutilement; et on en conduisit encore l'année passée trois ou quatre à Dantzick, où ils moururent,

- ■^-iiiiii iiiii"-^'f""t

DB LAPONIB it3

ne pouvant s'accoutumer à ces climats, qui sont trop c jauds pour ces sortes d'animaux.

Nous différâmes à les tuer lorsque nous serions chez le prêtre, où nous le pouvions faire plus commodément ; et après avoir pris, deux ou trois de ces petits colliers qui servent à charger ces animaux, et d'autres pour les lier, nous nous remîmes en chemin, et fîmes passer le fleuve à nos renn9«, et arrivâmes le môme jour samedi chez le prêtre des Lapons, où nous avions demeuré en passant.

Au moment même où nous y fûmes arri* vés, notre premier soin fut de tuer nos animaux. Les Lapons se servent de* leur aro pour cela, et dCune, flèche pareille k celle dont Us tuent les grosses bêtes. Nous eûmes le plaisir de voir l'adresse avec laquelle ils dressèrent leur coup, et nous nous étonnâmes qu'une grosse bête comme un renne mourait si vite d'une blessure qui ne paraissait pas considérable. Il est vrai que la flèche alla jusqu'à la moitié de la hampe; mais J'aurais cru qu'il aurait fallu une plaie plus dangereuse pour le faire mourir sitôt

..... flaret lateri lethalis arando.

Nous fîmes écorcher nos bêtes le mieux que nous pûmes. Les Lapons s'emparèrent du sang, et nous leur en donn&mes la moitié d'un. Il est difficile de s'imaginer que deux

414 VOTACE

hommes seuls aient pu mangeF la moitié

d*im gros cerf, sans- paân, sans sel^ et san»

'i boire : c'est pourtant ce qui est très-vérit»-

' ble; et nous avons vu cela avec un grand

^ionisement dans nos 'Lapons*

Nous remarquâmes que les rennes n'ont point de ûtà, mais seulement une pe<âte taehe noire dans le sang. La viande de cet animid est très-bonne, et assez du goût de ceHe dii cerf, mais plus relevée. La langue est un manger très-délicat, et les Lapons estiment fort la moelle. Il devient gras à la Saint-Mi cheî, comme un porc; et c'est pour lors que les Irilua riches Lapons les tueot; pour en fjâre des provisions pendant l& reste de Tannée, lia font sécher la chair au froid^ qui fait le même effet que le féu, et qui la dessèche, ea sorte qu'on peut facilement la conserver.

Leur saloir est un tronc d'arbre creusé des mains de la nature, qu'ils ferment lèmieiii qu'ils peuvent, pour empocher les ours de k ravager.

Nous demeurâmes quelques joursi (^z le prêtre, pour attendre un Lapon qui passait; pour grand sorcier, et que nous avions en* voyé chercher â quelques lieues de là par nos Lapons. Us revinrent au bout de quelques jours^ et firent tant pour gagner l'argent que nous leur avions promis s'ils l'amenaient, qu'au bout de trois jours nous les vtmes revenir avec notre sorcier, qu'ils avaient déterré

DS LAPONIB il5

dans le fond A*\m bois. Nous voilà dans le môme temps contents comme si nous tenions le diable par la gueue, si Je puis me servir de.ce.terme; et ce qui.aclLeyadeAQus satisfaire, ce furent les promesses que notre encl]Anteur nous ût de. nous dire bien des choses qui nous surprendraieat. ^ous nous mimes aussitôt im chemin par les bois, par les rochers et par. les marais. Où n'irait-on pas pour voir le diable ici-has? Nous finies plus de cinq lieues, par xles chenoins épeuvantables sur lesquels iious reneontrioiis quantité de. bâtes et d'oiseaux qui ne nous étaient point connus, et partieulièremeat des petitSTgris. Ces petitstgcis «ont fie que.iMms appelons écuretu/^ en.Framee, qui changent leur couleur rousse lorsque Uiiver et les neiges leur en font .prendre une grise.

Plus ils sont avant vers le.i^rd^ et plus il&sont gris. Les Lapons leur, imt beaucoup .la .guerre pendant Thi^r^ et leurs chiens £oat:si bien faits à cette chasse, qu'ils n'en laissèrent passer aucun, sans l'apercevoir sur les arbreales plus ^v^, et avtertir par leurs Aboiements les lii^oQs qui étaient avec nons. NouB en tu&mes quelques-uBs à coups de fusil, car les Lapons .nlavaiuit pas pour lors leurs flèches rondes^ avec iesqueltes ils les assomment; et nous eûobes le plaisir de les voir écorcher avec une vitesse et une propreté isurfu^enantes. Us xemmeneent è, Caire

6 VOTAGB

chasse au petit-gris vers la Saint-Mchel, ' tous les Lapons généralement s'occupent J cet emploi ; ce qui fait qu'ils sont à grand < irché, et qu*oi\ en donne un timbre pour un a : ce timbre est composé de quarante aux. Mais il n'y a point de marchandise où n puisse Ctre plus trompé qu'à ces petits*^ is et aux hermines, parce que vous acfaes la marchadise sans la voir, et que la peau b retournée, en sorte que la fourrure est en dans. Il n'y a point aussi de distinction à re ; toutes sont d'un môme prix, et il faut sndre les méchantes comme les belles^ qui ^ coûtent pas plus les unes que les autres.

lUS apprîmes avec nos Lapons une particuité surprenante touchant les petits-gris»

qui nous a été confirmée par notre expénce. On ne rencontre pas toujours de ces imaux dans une môme quantité : ils channt bien souvent de pays, et l'on n'en troura pas un en tout un hiver, où l'année ^cédente on en aura trouvé des milliers.

3 animaux changent de contrée : lorsqu'ils nient aller en un autre endroit, et qu'il it passer quelque lac ou quelque rivière, i se rencontrent à chaque pas dans la Lmuie, ces petits animaux prennent une >rce de pin ou de bouleau, qu'ils tirent sur bord de l'eau, sur laquelle ils se mettent^ s'abandonnent ainsi au gré du vent, éleit leurs queues en fbrmede voiles, Jusqu'à

DE LAPONIK 117

) que le vent se faisant un peu fort, et la vaue élevée, elle renverse en môme temps et le lisseau et le pilote; Ce naufrage, qui est bn souvent de plus de trois ou quatre mille ïiles, enrichit ordinairement quelques La- ^s qui trouvent ces débris sur le rivagfe, et kfont servir à leur usage ordinaire, pourvu te ces petits animaux n*aient pas été trop tigtemps sur le sable. Il y en a quantité ii font une navigation heureuse et qui arrent à bon port, pourvu que le vent leur i été favorable, et qu'il n*ait point causé

tempête sur l'eau, qui ne doit pas être m violente pour engloutir tous ces petits timents. Cette particularité pourral'c passer ^iir un conte, si je ne la tenais par ma proie expérience.

Après avoir marché assez longtemps, nous rrivâmes à la cabane de notre Lapon, qui tait environnée de quantité d'autres, qui ?partenaient à ses camarades. Ce fut là que }iiâ eûmes le plaisir d'apprendre ce que Wtque la Laponie et les Lapons. Nous Kueuràmes trois ou quatre Jours chez eux,

observer toutes les manières, et à nous iformer de quantité de choses qu'on ne peut pprendre que d'eux-mêmes. Premièrement^ otre sorcier voulut nous tenir sa promesse.

to conçûmes quelque espérance d'appren- K une partie de ce que nous voulions saoiTi quand nous vîmes qu'il avait apporté

-118 VOTAGfi

avee lui scm tambour, son ixiarteau, et

indice, qu'il tira de son sein, qui leur serti

} pochette. Il ae mit. en état^.par sea conj

.tiouâ, d'apipeler. le. diable; Jamais poi

s'est xnls eu tant de.^ureS'idil^érentes

lAOtre.iaagicieu. U âe frappait la poil

jcudement et .si impitojrablement , que

.meurtrissures. noires dont .elle était couyq

:.faisaient bien voir qu'il y allait de bôi

foi.. Il ajouta À ces .ooups. d'autres qai*l

, Paient pas moins rudes, qu'il se dounaU

^son.majTteaudansle Yisage; en sorte qq

^sangxuisseiait. de toutes parts. 3uq crii]

.liérissa, ^s yeux se .tournèrent, tout^

tisSLge devint bteu, il se laissa tomber!

i^ieursifeîsidans ie<leu, et il ne put jia

nous dire les choses que nous luiideoi

'dûms« Il.est/Yiai^u'àiiiaoias dTôtre paiû

«ment sorcier. Ht eû:t étéaaaes&difficile de ai

(donner les marqiues que nous MprfypœAoi

.Je YDolais A¥Oir quelque preuve <i^rtala»4

,fVaaoe «en liiTer, de la légiotien de segi^

mon^etic^étaitià yécaeil detous les serai

queoeus^aYons eonauUés. Oelui-rci, qui M

leoona pour 2iat>ile liogftmevnous assurai

.«vait:eu)autrefoiaaase&tlei pouvoir pourj

tee que. nous voulieiis; 4iue son .géoie pa

tant tt'avait , Jamais été plus loin.QiiisSI

.kolm, et qu'il y «& nmÀt peu qui >piai

cAUer plus loin; nuis quelle diable icomfl

içait.présentemeEit.à le quitter», depuis i|

OE LAPOSriB 119

nçait SUT Vâge, et qu'il perdait ses dentâ.

te particulatité m^étoima; je m'en infori plus particulièrement, et j'appris qu'elle et très-véritable, et que le pouvoir dea ) sabrants sorciers diminuait À mesure que B dents tombaicait; et je conclus que, r être bon sorcier, il fallait; tenir le diable: les dents, et que Ton ne le prenait bien tpar lèu Notre homm®, voyant que nous bussions è. bout par nos demandes, nousf idt qu'avec «de Teau-dervie il nous dirait^ \qvLe chose de surprenaixt. Il la prit, et ircLa plusieurs fois attentivement, aprèa r fait quantité de ûgurea ei d'évocations»

t il ne nous dit que des choses fort ordl*' fGQy et qu'on pouvait aisément assurer ft être grand sorcier. Tout cela me fit ir une conséquence, qui est très-vérlta^ fi que tous ces gens 1èr sont plus supersti- Ix que sorciers, et qu'Us- croient facile»

kft aux fables que Ton leur fait de leur», liéoesseurs, qu'on dlsait.avoirr grand com- \ee avec le diable. Il s'est pu Mre, mon*- Dr; qu'il y ait eu véritablement quelqueBh ïleors autrefoi» parmi eux , lorsque left jsns étaienttous ensevelis dans les erreursi pag^aidsme; nz^i» présentement je croisi I serait difficile d'eux trouver im qui ^t aon métier* Quand nous vîmes que* ne pouvions rien > tirer de notre Lapon^.

IB prlstieB plaisir' à l'enivrer; et oette ab-

I2<> VOTAG£

sence de raison, qu'il souffrit pendant tro ou quatre jours, nous donna facilité de 1 enlever tous ses instruments de magie : noi prîmes son tambour, son marteau, et 6( indice, qui était composé de quantité i bagues et de plusieurs morceaux de cuiTS qui représentaient quelques ûgures inîi nales, ou quelques caractères liés enseiû!

avec une chaîne de même métal. Et lorsqi deux ou trois jours après, nous fûmes sur point de partir, il nous vint demander toal ses dépouilles, et s'informait à chacun particulier 8*il ne les avait point vues, M) lui dîmes, pour réponse, qu*il pouvait U\ voir, et qu'il ne lui était pas difficile de 01 naître le receleur, s'il était sorcier.

Nous quittâmes celui-ci pour aller cl) d'autres apprendre et voir quelque chose leurs manières. Nous entrâmes premièremei dans une cabane, où nous trouvâmes trois quatre femmes, dont il y en avait une toi nue, qui donnait à téter à un petit enît qui était aussi tout nu. Son berceau él au bout de la cabane, suspendu en l'air:

berceau était fait d'un arbre creusé, et pi d'une mousse une, qui lui servait de lio^ de matelas et de couverture; deux peti cercles d'osier couvraient le dessus du ba ceau, sur lesquels était un méchant morce^ de drap. Cette femme nue, après avoir Iftj son enfant dans un chaudron plein d'e^

DE LAPONIB {1*1

laade, le remit dans son bereeau ; et le lien, qui était dressé à bercer l'enfant, vint ^ttre ses deux pattes de devant sur le berlau, et donnait le môme mouvement que nine une femme. L'habit des femmes n'est psque point différent de celui des hommes; fit de même waldmar, et la ceinture est is large : elle est garnie de lames d'étain l tiennent toute sa largeur, et diffère de le des hommes, en ce que celle-ci n'est rquée que de petites plaques de môme tal mises l'une après l'autre. A cette cein- ^ pend une gaîne garnie d'un couteau; :atne est ornée de ûls d'étain : on y voit Bi une bourse garnie de môme, dans aelle ils mettent un fusil pour faire du L et tout ce qu'ils ont de plus précieux ; )k aussi là l'endroit où pendent leurs j^les, attachées à un morceau de cuir, et livertes d'un morceau de cuivre qu'elles nssent par-dessus. Tous ces ajustements dt ornés, par en bas, de quantité d'anneaux

S3i de cuivre, de plusieurs grosseurs, doiit ruit et le son les divertit extrêmement; elles croient que ces ornements servent coup à relever leur beauté naturelle. Mais ^tre, monsieur, qu'en parlant de beauté, aurez la curiosité de savoir s'il se fave de jolies Laponnes. A cela je vous fondrai que la nature, qui se plaît et faire itre des mines d'argent et d'autre métal

niniti.oHhwCoOOlp

122 YOYAGB

dans les pajs septentrionaux les plus i Ignés du soleil, se divertit «ussi quelqueAi former des beautés qui s(xit suppcn^t») dians ces mêmes pays. H est pourtant % : jours yrai que cesi sortes de peratumes^i .surpassent lee antres par leur beauté, i ioujours des beautés laponnes, et qui ne| vent passer pour telles que dans la LapQ Mais parlant en général, il' est constant i tous les Lapons et les Laponnes sont eÉ mement laids, et qu'ils ressemblent ttox i ges : on ne saurait leur donner une con :paisonplu6> juste. Leur visage est earré^ joues extrêmement élevées; le reste du vit inrès- étroit, et la bouche se coupe depuis oreilie jusque l'autre. Voilà, en peu de ai la description de tous les Lapons. Lems bits, conmie j*ai dit, sont de waldmar.

bonnet des hommes est fait d'ordinaire d'i peau de hom, comme je l'ai décrit aiUea ou bien de qudque autre oiseau écoiebé.1 coiffure des femmes est d'un moreeaU] Mbrap; et les plus; riches oeuvrent ksir % xfone peau de renard, de martre ou de qi jqpie autre bête. Siles ne se servent poôi^ bas ; mais elles ont, seidement puidant l*iii| une paire de bottes de cuir de renne, f^m tent païKiessus des souliers qui sont iu blables à ceux des hommes, c'eat-it-dim â jBimple'cuir qui entoure le pied, et qui n*ék en pointe sur le âevctnt :> on y. tedaae ua II

DE LAPOKIB 123

r les pouvoîr mettre dans »& pied, et nar nouent, au-dessus de la cheville, d'une arae cordé faite de laine, qui fait cinq on tours ; et afin que leurs chaussures ne mt point lâches, et qu'ils aient plus dé Éûodité pour marcher; ils emplissent leurs lers de fbin, qu'ils font bouillir tout ex- \ pour cela, et q^l croît en abondance k toute la Laponie. Leurs pfantssont fWts^ peaux de rennes, qu'ils distinguent en ^artîments d'un autre cuir plus blanc, la et appliqué sur le gantl Ils sont f&lts [ne des mitaines, sans distinction âe* ts ; et les plus beaux sont garnis par en

Kme peau de loom . Les femmes ont un' eDt particulier, qu'ils appellent hraca^ I d'un morceau de drap rouge, ou d'une^ b couleur, qui leur entoure le cou, comme boilet de jésuite, et vient' descendre sur bmac et finit en pointe. Ce drap est oméce qu'ils ont de plus précieux : le cou est In de plusieurs plaques d'étain, mais le fant de Téstomac est garni de choses rare»

mi eux. Les riches y mettent' des boutons' les plaques d'argent, les plus belles qui!»

hrent trouver; etles pauvres se contentent mettre de l'étain et du cuivre, suivantleurs kiltés. Nous nous informâmes encore chez |gens-là de tontes les choses que nous avions prtees des autres, qu'ils nous contlrmèrent (tes ; et ce qu'ils nous dirent de plus par>

ébk

124 VOYAd»

ticulier, je l'ai portjft à Tendroit oh j'eni parlé, que j'ai augmenté de ce qu'ils m'a dit : mais nous voulûmes être instruits ( tous les animaux à quatre pieds qui vivaie dans ce pays, et ils nous en apprirent ] particularités suivantes :

Us nous assurèrent premièrement qu'il gnait quelquefois dans leur pays des si impétueux, qu'ils enlevaient tout ce rencontraient. Les maisons les plus foi ne leur peuvent résister ; et ils entrai même si loin les troupeaux des bêtes, h qu'ils sont sur le sommet des moni qu'on ne sait bien souvent ce qu'ils devii nenti Les ouragans font élever en été \ telle quantité de sable qu'ils apportent côté de la Norwége, qu'ils ôtent si fort l'u»| de la vue qu'on ne saurait voir k deuz| de soi ; et l'hiver, ils font voler une telle abc dance de neige, qu'elle ensevelit les cabani et les troupeaux entiers. Les Lapons qui sq Burpris en chemin de ces tempêtes n'ont p<^ d'autre moyen, pour s'en garantir, que i renverser leur traîneau par-dessus eux, eti demeurer en cette posture tout le temps \ dure Torage : les autres se retirent dao^ trous des montagnes, avec tout ce qti peuvent emporter avec eux, et demeom dans ces cavernes jusqu'à ce que la temp^ qui durera quelquefois huit ou quinze joui soit tou^ à fait passée.

DE LAPONIB 125

De tous les animaux de la Laponie, il n*y en a point de si commun que le renne, dont J'ai fait aussi la description assez au long. La nature, comme une bonne mère, a pourvu à des pays aussi froids que sont ceux du septentrion, en leur donnant quantité d'animaux propres pour faire des fourrures, pour s'çn servir contre les rigueurs excessives de l'hiver, qui dure presque toujours. Entre tous ceux dont les peaux sont estimées pour la I chaleur, les ours et les loups tiennent le premier i-ang. Les premiers sont fort commims dans le septentrion ; les Lapons les appellent ; les rois des forêts. Quoiqu'ils soient presque tous d'une couleur rousse, il s'en rencontre néanmoins très-souvent de blancs ; et il n'y a point d'animal à qui le Lapon fasse une guerre plus cruelle pour avoir sa peau et sa chair, qu'il estime par-dessus tout, à cause de sa délicatesse. J'en ai mangé quelquefois, mais je la trouve extrêmement fade. La chasse des ours est l'action la plus solennelle que fassent les Lapons. Rien n'est plus glorieux parmi eux que de tuer un ours, et ils en portent les marques dessus eux ; en sorte qu'il est aisé de voir combien un Lapon aura tué d'ours en sa vie, par le poil qu'il en porte en différents endroits de son bonnet. Celui qui a fait la découverte de quelque ours va avertir tous ses compagnons ; et celui d'entre eux qu'ils croient le plus grand sorcier joue du

fW VOYAGE

tambour, pottr apprendre si la chasse doit ëtn heurense; et par quel côté Ton doit atta? qoer la bête. Quand cette cérémonie est faitô^ on marche contre l'animal; celui qui sait rendroit va le premier, et mène les autres, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à la tanière de l'ours. Là, ils lé surprennent le plus vite quils peuvent; et avec des arcs, des flèches, des lances, des bâtonset des fusils, ils le tuent. Pendant qu'ils attaquent la bête, ils chantent tous xme chanson en ces termes : KiheUs pourra, Kihelis iiscada sonbi jœllajeitiù Ils rendent grâce à Tours qu'il ne leur fasse aucun mal, et qu'il ne rompe pas les lances et les armes dont ils se servent contre lui. Quand ils l'ont tué, ils le mettent, dans un traîneaa pour le porter à la cabane, et le renne qui a servi à le traîner est exempt pendant toute l*tonée du travail de ce traîneau ; et l'on doit aussi faire en sorte qu'il s'abstienne d'approcher aucune femelle. Uon fait une cabane tout exprès pour faire cuire Tours, qui ne sert qu'à cela, où tous les chasseurs se trouvent avec leurs femmes, et recommencent des chansons de joie et de remercîment à la bête, de ce qu'ils sont revenus sans accident. Lorsque la viande est cuite, on la divise entre lea hommes et les femmes, qui ne peuvent manger des parties postérieures, mais on leur donne toujours des antérieures. Toute 1»

journée se passe en divertissements] mais il

DE LAPONIB 127

fanit remarquer que tous ceux qui ont aidé à pri^clre roursne peuvent approcher de, leurs ftonmes de trois jours, au bout desquels il â»it qu'jds se baignent pour être puriûés.

J<'aYais«ublié de marquer que, lorsque Touib est arrivé près de la cabane, on ne le fait pas entrer parla porte; mais on le coupe enmoroeaux,^t omle jette par le trou qui fait passa^. à la fumée, aân que cela paraisse en- To^é »t descendu du ciel . Us en font de même lorsqu'ils reviennent des autres chasses, n n'y a rienqu'un Lapon estime plus que d'avoir assisté À la mort d'un ours, et il en fait gloire pendant toute sa vie. • Une peau d'ours se vend ordinairement....

Les loups sont presque tous gris-blanc; il s'en trouve de blancs et les rennes n'ont point de plus mortels ennemis. Us les évitent en fuyant ; mais lorsqu'ils sont surpris par leurs adversaires, ils se défendent contre eux des pieds de devant, dont ils sont jextrèmement puissants, et de leurs bois lorsqu'ils sont assez forts pour soutenir le choc ; car les rennes changent tous les ans de boiç; et «lorsqu'il est nouveau, ils ne peuvent s'en servir. Pour empêcher que les loups^ n'attaquent les rennes, les Lapons les tiennent À quelque arbre, et il est fort rare qu'ils soient pour lors attaqués; carie loup qui est un animal fort soupçonneuXt ^appr^ende qu'il n'y ait quelque piège tendu.

128 VOTAGE

et qu'on ne se serve de ce moyen pour Ty attirer. Une peau de loup peut valoir...., et il y a peu de personnes, môme des grands seigneurs en Suède, qui n'en aient des habits fourrés; et ils ne trouvent rien de meilleur contre le froid.

Les renards abondent dans toute la Laponie'; ils sont presque tous blancs, quoiqu'il s'en rencontre de la couleur ordinaire. Les blancs sont les moins estimés; mais il s'en trouve quelquefois de noirs, et ceux4& sont les plus rares et les plus chers. Leurs peaux sont quelquefois vendues quarante ou cinquante écus; et le poil en est si an et si long, qu'il pend de quel côté l'on veut; en Borte qu'en prenant la peau par la queue, le ppil tombe du côté des oreilles, et se coucha vers la tôte. Tous les princes moscovites et les grands de ce pays recherchent avec soin des fourrures de ces peaux, et après les zibelines, elles sont les plus estimées. Mais puisque j'ai parlé de zibelines, il faut que je vous dise ce que j'en sais. Ce que nous appelons zibeline, on rappelle ailleurs zabeL Cet animal est de la grosseur de la fouine, et diffère de la martre en ce qu'il est beaucoup plus petit, et qu'il a les poils plus longs et plus uns. Les véritables zibelines sont damassées de noir, et se prennent en Moscovie et en Tartarie : il s'en trouve peu en Laponie. Plus la couleur du poil est noire, et plus elle esl

.dbyGoOoIp .,

«B LàPONTB 129

recherchée; et vaudra quelquefois soixante écus, quoique sapeaun'aît que quatre doigts de largeur. On en a vu de blanches ou grises, et le gi*and-duc de MoseoYie en a fait présent, par ses ambassadeurs, au roi de Suède eomiûe de peaux extrêmement précieuses. Les martres approchent plus des zibelines que toutes les autres bêtes : elles imitent assez la finesse et la longueur du poil; mais elles sont beaucoup plus grandes. J'en ai rencontré de la grosseur d'un chat, et il y a peu de pays où elles sont plus fréquentes qu'en Laponle. S^ peau coûte une rixdale> et celles qui ont le dessus de la gorge cendré sont plus estimées que celles qui Tout blanc. Cet animal fait un grand carnage de petits-gris, dont il est extrêmement friand, et les attrape à la course sans grande difficulté; il ne se nourrit pas seulement d'écureuils, il donne aussi la chasse aux oiseaux; et, montant sur le sommet des arbres, il attend qu*ils soient endormis pour se jeter dessus et les dévorer. S'ils sont assez forts pour s'envoler, ils s'abandonnent dans l'air avec la martre, qui a ses griffes aussi fortes et iaussi pointues qu'aucun autre animal et se tient dessus le dos de l'oiseau, et le mord en volant jusqu'à ce qu'enfin il tombe mort. Cette chute est bien souvent aussi funeste k la martre qu'à l'oiseau; et lorsqu'il s'est élevé bien haut ûans rair, la martsre tombe bien souvent sur

130 ¥OYAGI

les rooh^rs, ^ elle est brisée» et ià*a} i^sa.«i meUlerimBort que ralîitre«

J'ai parlé «iUetuBS des jcerUren. suédois, et pOoim eniatin, au sujet desxeniies %a'il£ tendeBt entdeux* Cet animal est de la gxosseurd'un dtiea; «a eouleur ^est JioiF-biaii, et on compare sa peau à celle ëes. zlbeMnes : elle estdamassée^ et fort précieuse.

La quantité des p(^soB8 de laLaponie Mt qu'on y rencontre aussi beaucoup de castors, que les Suédois appellent hover^ et qui se plaisent fort dans ces li^ix, où le bnùt de ceux qui voyagent ne trouble point leur i««< pos. Mais le TéritaMe ^ndapdt pour les trou^ ver, c^est dans la provi^ice de JCimi, et ed Russelande. Les rognons de^mstor senren contre quantité de maladies. Tout le naon^ assure qu'il n'ya rien de plus souYerainemi- . tre la pesteque d^n lœnâie. tonales maMss; cela chasse le mauvais air» et entre dfuaslea plus souveraines compositions* 01aû8^.ipr«nd prêtre de la province de Eitha, m'enr a âût présent, k Tomo, de la laoitié d'un, e^joi'a assuré qu'il ne se servait pomt d'autse okose pour ses meillenrs raoaèdes. 11 était fort lia- Me en pharmacie. Il m'assura. 4e , plus qu'il tirait une liu^ de la queus du mémsfcnimal, et (^'H n'y avait rien au. monda de pkis souverain.

n ssvoitaussiun nombre très-considécsbie â'hermines en Laponie, que les Suédois eip-

DX LAfOniB 131

pene&t lehat Cet animal est de la grosseur d^tm gros rat, mais une fois aussi long. Il ne garde pas toujours sa couleur; car Tété il est un peu roux, et rhiver il change de poil, et devient aussi blanc que nous le voyons.

Ils ont la queue aussi longue que le corps, qui finit en une petite pointe noire comme de Tencre; en sorte qu'il est difficile de voir un animal qui soit et plus blanc et plus noir. Une peau dliermine coûte quatre ou cinq sous* La chair de cet animal sent très-mauvais, et il se nourrit de petits-gris et de rats de montagne. Oe petit animal, tout à fait inconnu affîeurs^ et fort singulier, comme vous allez voir, se trouve quelquefois en si grande abondance, que la terre en est toute couverte. Les Lapons l'appellent lemmucaU n est de la grosseur d'un rat; mais la couleur est plus rouge, marquée de noir; et il semble qu'il tombe du ciel, parce qu'Une paraît point que lorsqu'il a beaucoup idu. Ces bêtes ne fuient point à l'approche des voyageurs; au contraire^ elles courent è, eux. avec grand bruit; et quand quelqu'un les attaque avec un bâton, ou avec quelque autre arme, elles se tournent contre lui, et mordent le b&ton^ auquel elles demeurent attachées avec lés dents, comme de petits chiens eiuragés. EUea se battent contre les chiens, qu'elles ne craignent pasi et sautent sur leur dos, et les mordent si vivement, qu'ils sont obligés do

I3â VOYAGB

se rouler sur terre pour se déffeiire de ce petit ennemi. On dit même que ces animaux sont si belliqueux, qu'ils se font quelquefois la guerre entre eux, et que, lorsque les deux armées se trouvent dans des prés, qu'ils ont choisis pour champ de bataille; ils s'y battent vigoureusement. Les Lapons, qui voient ces différends entre ces petites bêtes, tirent des conséquences de guerres plus sanglantes ailleurs, et augurent de là que la Suède doit bientôt porter les armes contre le Danois ou le Moscovite, qui sont ses plus grands ennemis. Comme ces animaux ont l'humeur martiale, ils ont aussi beaucoup d'ennemis, qui en font des défaites considérables. Les rcBnes mangent tous ceux qu'ils peuvent attraper. Les chiens en font leur plus délicate nourriture, mais ils ne touchent point aux parties postérieures. Les renards en emplissent leurs tanières, et en font des magasins pour la nécessité; ce qui cause du dommage aux Lapons, qui s'aperçoivent bien lorsqu'ils ont de cette nourriture, qui fait qu'ils n'en cherchent point ailleurs, et ne tombent pas dan? les pièges qu'on leur tend. Il n'y a pas môme jusqu'aux hermines qui ne -s'en engraissent. Mais ce qui est admirable dans cet animal, c'est la connaissance qu'il a de sa destruction prochaine, prévoyant qu'il nesaurait vivre pendant l'hiver. On en prend une grande partie pendue au sommet des arbres

..Ce

DE LÀPONIB 133

ei^tre deux petites branches qui forment une fourche. Une autre, à qui ce genre de mort ne plaît pas, se précipite dans les lacs; ce qui fait qu'on en ti^ouve souvent dans le corps ! des brochets, qu'ils ont nouvellement engloutis : et ceux qui ne veulent pas être homicides d'eux-mêmes, et qui attendent tranquillement leur destin, périssent dans la terre lorsque les pluies, qui les ont fait naître^ les font aussi mourir. On chasse grande quantité de lièvres, qui sont pour l'ordinaire tout blancs, et ne prennent leur couleur rousse que les deux mois les plus chauds de Tannée.

U n'y a guère moins d'oiseaux que de botes à quatre pieds en Laponie. Les aigles, les rois des oiseaux, s'y rencontrent en abondance. Il s'en trouve d'une grosseur si prodigieuse, qu'ils peuvent, comme j'ai déjà dit ailleurs, emporter les faons des rennes, lorsqu'ils sont jeunes, dans leurs nids qu'ils font au sommet des plus hauts arbres; ce qui fait qu'il y a toujours quelqu'un pour les garder.

Je ne crois pas qu'il y ait de pays au monde plus abondant en canards, en cercelles, plongeons, cygnes, oies sauvages, et autres oiseaux aquatiques, que celui-ci. La rivière en est partout si couverte^ qu'on peut facilement les tuer à coups de b&ton. Je ne sais pas de quoi nous eussions vécu pendant tout notre voyage, sans ces animaux qui

134 TOTAGX

faisaient notœ noiuntafe ordîxttdf e; ^t ncmAf en tuions ^pei^uefois trentei. ou quarafife»

pour un j(rar, sana nouaanfèter un momeofc; et nous ne fiôaioiiB cetle-cbasse qu*^i che* min faisant Tous ce&ttuknaax soat passas gers, et quittent ces pays) pendant l'hiver pour en aller cherclier de nuMoa froids^ où ila puissent trouver quelques ruisaisaux qui ne soient pc^t glaeés ; mais itei revicsmeiKti au mois de mai faire: leurs. œufs en telle aboadance^ que les désects eai isont tout couverts. Ils leur tendent des filets, et la peau des cy* gaoB écorchés leur sert à f aîEe des bonnets^ les autres leur servent de nourriture. Il y a un oiseau fort commun en ce pays qu'ils appellent loom, et qui l^ir. foiimit leui» plô» beeitx ornements de tète. Cet animal est d'uA plumage violet et blanc, pedé d'une manière fort particulière, n est de la grosseur d'usé oie, et se prend quelquefois dans les filets que les pécheurs mettent pour prendre do poisson , lorsque rajrdeux de la . proie rem-r porte trop, et qu'il poursuit qaelqtie< poisson sous l'eau. On garnit aussi de sa pewn les extrémités des: plus beaux gaaiks. Les ao«^ de bruyère, les gelinottes, s'y trouvent eo abondance.

Mais il y a dans ce pays une c^aiui^esr pèce d'oiseau que je n'ai point vue ailleuiSii qu'ils aj^ellent snyeuripor^ et que les Oieca appelaient lagopt»^ de la grosseur d'usa

BE LàPONlB i85

;poi;âe.Cotoi8eftUia^peai<iaiitr Tété 6081 plnnmge jgjns de la oouleur du faisais ^ riiiver il mt eatièrement bianc, comme tous les animaux qui Tirent en ce paj«;>et la nature ingé* niense les iflQd de la mèmd oonleur que^ia neige, afin qu'ils ae soient pas Teooomus 4es chasseurs, qui las pourraient facilement apercevoir s'ils étaient d'une autre couleur que la B^ge, dont la t^ze est toute couverte. J'ai ait ailleuiala description de «et oiseau. Il est d'un gotlt plus /excellent que la perctriz, et donnaipur «eajeris tme marqucassurée qu'il doit . bientôt tomib^ de la n^ge, comme il est aisé de Toâr par.8on nom, qui fiigniûe oiseau demtig^

liCS Lapons leur. tandezKt des filets sur cette neige, et fcameUtumeif^eilAe haie, au milieu de laqueUeâkslaissent unjespaco viâe,^ies lacets sont tendus, et par où 'ces oiseaux doivent passer.

Ilest tmpossilde.ido.<oosctiroir la quantité du poisson dela..LqMmie. ime est paitout coupée de fleuves, de lacs et de ruisseaux; et ces Avives, ces laes iCt ces ruisseaux sont si pleins de poissons, qu'un homme peut, en une demi-^eure de ten^, en pren* dre autant qu'il en peut porter avec une seule ligne. C'est aussi la seule nourriture des Lapons : ils n'ont .point d^autre pain ; et ils n'en i^remieaat pas seulement pour eux^ ils en font tout leur commerce, et achètent ce

136 VOTAGB

qu*ils ont de besoin avec des poissons, ou avec des peaux de bétes; ce qui fait que la pêche est toute leur occupation : car, soit qulls yeuillent manger ou entretenir le luxe, qui ne laisse pas de régner dans ce pays, ils n*ont point d'autre moyen de le faire. Il est vrai que les riches ne pèchent jamais* Les pauvres pochent pour eux; et ils leur donnent en échange, ou du tabac, ou de l'eau-de-vie, ou du fer, ou quelque autre chose de cette nature.

Sans m*arrôter à parler de tous les poissons qui sont en ce pays, je dirai qu'il n'y en a ' point de plus abondants en saunions. Us !

commencent à monter au mois de mai, et 1 pour lors il est extrêmement gras, et beau* i coup meilleur que lorsqu'il s'en retourne au mois de septembre. Il y a des années où dans le seul fleuve de Tomo on en peut pêcher jus* qu'à trois mille tonnes, qu'on porte à Stoc- i kholm, et à tous les habitants de la mer Baltique et du golfe Bothnique. Les brochets ne se trouvent pas en moindre abondance que les saumons : ils les font sécher, et en portent des quantités inconcevables.

J'ai décrit ailleurs la manière dont ils se servent pour le pêcher la nuit, à la lueur d'un grand feu qu'ils allument sur la proue

DE LAPoms 137

de la gi^ossetir d*un hareng» et d'une grande délicatesse.

Après avoir demeuré quelques jours ayee ces Lapons, et nous être instruits de tout ce que nous voulions savoir d'eux, nous re- , prtmes le chemin qui nous conduisait chez le prêtre; et le môme jour, mercredi tJ d'août, -S ^ ^^*-^ nons partîmes de chez lui et vînmes coucher à Ookluanda, où commence la Bothnie, et où ânit la Laponie.

Mais, monsieur, je ne sais si vous n*aurez pas trouvé étrange que je vous aie tant parlé des Lapons, et que je ne vous aie rien dit de /a Laponie : je ne sais comment cela s'est lîftit, et je finis par où je devrais avoir commencé. Mais il vaut encore mieux en parler tard que de n'en rien dire du tout; et avant que d'«n sortir, je vous en dirai ce que j'en sais.

On ne peut dire quel nom cette province a eu parmi les anciens géographes, puisqu'elle n'était pas connue, et que Tacite et Ptolémée ne connaissaient pas de province plus éloignée que la ISérisinie, que nous appelons présentement Bothnie, ou Biarmie, et qui s'étend à l'extrémité du golfe Bothnique.

Ce que l'on sait aujourd'hui de la Laponie, e'est qu'elle peut se diviser en orientale Qt occidentale. Elle regarde l'ocddent du côté de l'Islande, et obéit au roi de Danemark.

Elle est orient du côté qu'elle confine à la

138 iraçfAQB

mer Blanehei^ otk est la pprt â* Aceliaiigél ; et celle-là recoimatt le grand-duc de Mesea^.

pour son. souvemin. Il faotfljftuta; une^troir «i^me, quiesiaamilieadea^iix, et^uieafe l)ea«LCOi^ plua. gsraaite^ quer, toutes lea âeux autres ensemble; et ceUe4à ^t sous la domiBOticm du roi deSaèd0,et«se' ctivise en diiq pvoidnoes diffiàren)bes,.q^ontiK)ute8Tl%.Dom de Laponie, et qufon^appi^e Uma iMpmBxéh, Pitha Lapmarch, Lula Lapmar(âi, Tomo Lapmarcb et Kimi. L^^^iaicfa. EUes pmeniiMit leurs noms des. fleuves qui le»: airosent^ et ces. mêmes flemres le donneoit eneose aux yUles oïl il» passent, si on peut donneT ce nom à un amas» de> qu^uesTmaisons ftûtes d'airbiefi.

La province, d» Tomo liapmarch, qui est justement située att boul du golfe Bothnlque, est la dernière du monde du côté du pôle arotîque«. et.s^étenâ jusqulaM- cap du Nord. GliadesXS;^ roi. de. SaèdLs,; jaloux. d«r connaître I&.Téiité.«t rétendue de sea^tecrBai envoya» eadifféBent8>ftem9a:d6.ranBé& i6«o, deux illustnes. mathématlelmis^ l'un a^^ Aaron FoisiuSi^.SuéâoiSèt et<l^utFe^J<M0»

Birch(dtov AUsBia&d.det natiott».

ces gens firent le. vcgriS^^e «vea touÉes les piovisioas^ et les» iiwtnnafafitst nécessaJees» et avec un Iieureia.sueDèS'9 et m^p(atèTeaà,k leuc retour^ qvCî^ nîavaient tsouvé* aacoB continent au saptontrionr au. delà, da soixante

0B LAPONIB 189

et treizième'degséd'âéTatioli; suas vne mer glaciale immense ; et que le ôeaner promontoire qui ayaxtçait dans TOcéan était Nucluis, oa Norkap, assez près ûa château Wardlms, qui appartient aux Danœs. C'est dans cette Laponie que nons «vons Yey%gé; et que nons atons Temtonté le Heuve qui llarrose Jusqu'à sasource.

Nous arrivtaies ie lendemain à Jacomus -^^-^^^^ MastuBg, qui n'était distant du lien où nous •allons couché que de deux lieues : nous en fîmes trois ou quatre à pied porar y arriver, et BOUS ne perdîmes pas nos pas. Il y a dans ce lieu une mine do fer très-bonne, mais qui est abandonnée presque, it cause du grand éloignement. Nous* y allions pour y voir travailler aux forges, <où ne voyant rien de ce que nous souhaitions, nous fûmes plus heu»

reux que nous n'espéri(Xis rêtre.

Nous allâmes dans la mine, d'où nous fîmes tirer des pierres d^aànumt tout à fait bonnes* Nous admirâmes avec bien du plaisir les effets surprenants :de '«ette pierre, lors- ^u^eUe est Picore dans le iieu natal. Il fallut faire beaucoup de violenee pour en tirer des pierres aussi considérables que celles quo noQS voulions avoir; et le marteau dont on se servait, qui était de la grosseur de la cmsse, demeurait si fixe en tombant but le

Je voulus éprouver cela moi-même; et ayant pris une grosse pince de fer, pareille à celles dont on se sert à remuer les corps les plus pesants, et que j'avais de la peiae à soutenir^ je rapprochai du ciseau, qui Tattira avec ime violence extrême, et la soutenait avec une fœ^ce inconcevable. Je mis une boussole que j'avais, au milieu du trou où était la mine, et l'aiguille tournait, continuellement d'une vitesse incroyable. Nous prîmes les meilleures, et nous ne demeurâmes pas davantage en ce lieu.

Nous allâmes retrouver nos barques, et vînmes coucher à Tuna Hianda, chez un de nos bateliers, qui nous Ût voir ses lettres d'exemption de taille qu'il avait du roi, pour avoir trouvé cette mine de fer. Ce paysan 8'appelaitLasLarszon, LaurentiusàLaurentio* Sfc.^' ' Le lendemain dimanche nous fîmes une -assez bonne journée, et arrivâmes le soir à Konges, où nous avions demeuré un Jour en passant.

Nous achet&mes lit des traîneaux, et tout le harnais qui sert it atteler le renne. Ils noua 4 coûtèrent im ducat la pièce.

Nous ne partîmes le' lundi que sur lô midi, à cause que nous fûmes obligés d'attendre les barques qu'il faut aller quérir assez loin, et passer un long espace de chemin pour éviter les cataractes, qui sont extrêmement violentes an cet endroit

Nous couchâmes cette nuit-là h Pello, où >^ nous eûmes le plaisir de voir, en arrivant, cette pêche du brochet dont Je vous ai déjà parlé, et qui me parut merveilleuse. Il ne faut pas s'étonner si les habitants de ce pays cherchent tous les moyens possibles de prendre du poisson : ils n'ont que cela pour subsister; et la nature, qui donne bien souvent

« le remède aussitôt que le mal, refusant ses moissons à ces gens, leur donne des pêches plus abondantes qu'en aucun autre endroit.

Nous vînmes le lendemain, !•» de septembre, , >'

I coucher che2 le préfet des Lapons^ Allemand de nation, dont j'ai déjà parlé ; et le lende-

' main nous arrivâmes à Tomo, après avoir passé plus de quarante cataractes. Ces cataractes sont des chutes d'eau très -impétueuse^, et qui fqnt en tombant un bruit épouvantable. Il y en a quelques-unes qui durent l'espace de deux et trois lieues, et c'est un plaisir le plus grand du monde de voir descendre ces torrents avec une vitesse qui ne se "peut concevoir,, et faire trois ou quatre milles de Suède, qui valent douze lieues de France, en moins d'une heure i Plus la cataracte est forte, et plus il faut ramer avec vigueur pour soutenir sa barque contre les vagues : ce qui fat qu'étant poussé du torrent et porté de la rame, vous faites un grand chemin en peu de temps.

Nous arrivâmes à Tomo le mardi, et nous Z

142 yoTÂGK

y vînmes k la bonne heure pour voir les cérémonies des obsèques de Joannes Tomœus»

dont je vous ai parlé ai;q;>aravant> qui était mort depuis ù&m, m(^. C'est la mode de Suède de gard^ les oorps des délUnts fort longtemps. Ce temps se mesure suiTant la qualité des .persomies; et plus la condition du défunt est relevée, et plus aussi les funérailles sont reculées. On donne ee temps pour disposer toutes cdioses pour ces actions, (]^ sont les plus solennelles qui se fiassent en ce ^^js : et si Ton dit que les Turcs dépensent leurs biens en ootoces, les Juifs en circoncisions, les chrétiens en procès, on pourrait ajouter, les Suédois en funérailles. En effet, j'adn^ai la grande dépense qui se fit pour un homme qui n'était pas autrement considérable, et dans un pays si barbare, et si éloigné du reste du monde.

On n'eut pas plus tôt appris notre arriTée, que le gendre du défunt travailla aussitôt à une harangue latine qu'ildevait le lendemain prononcer devantnous, pour nous inviteraux obsèques de son beau-père. U fut tcmte la nuit à y rôver, et oublia tout son discours lorsqu'il fut le matin devant nous. Si les révérences disent quelque chose, et sont les marques de l'éloquence, je puis assurer que notre orateur surpassait le prince des orateurs; mais je crois que ses Inclinations ser' vaient plus à cacher la confosicm qui parais-

sait sur son visage» qu'à rendre son discours

fleuri. Comme nous savions le st^et de sa

Y«me, noua devinftmes qu'il venait pour

nous prier d'assister 4^1a cérémcmie; car nous

n'en* pûmes rien apprendi^ par son dificours,

et quelque t6mp9 i^èsy le bourgmestre de la

Tille avec un officier q«d était là en garnison,

I vinrent nou» prendre dans lamèttie cba*

'loupe pour nous passer: de rawtre côté de

; l*eau, et nous^numer à^ la» maiseu étu défunt.

! Nou»^ trouvâmes -à 'Xiotre> arrivée toute la

Inudson plekaie^ d» pfétres vêtus ù6 longs

Imaixteaiix noirs, et de chiapeaux' qui sem-

Fl^laiént^ par'la^ hauteur de leur forme, servir

de colonnes à^ qu^ue poutre de la maison.

Le CQitpii du défUnt, mis dans^ un' cercueil

couvert de- ôéw^^ était au mHieu d'eux. Us

l'arrosaient de» larmes ^ui dégouttaient de^

leurs bafb^' Immidesi donties poils séparés

formaient 'mfférents canaux, et distHlaient

cette triste humeuri qui servait d'eau l)énite.

Touscesprêtresavaientquittéleurs paroisses,

et étaient venus* de* fort loin. Il y en avait

qn^ques^uns éloignés 4e plus de cent lieues;

et on nous assura' que si eette cérémonie se

fût fi&ite l'hiver, pendant lequel temps les

chemins en ces pays sont pl^ ' faciles, il n'y

aurait eu a«eun prêtre, à deux ou trois cents

lieues à- la roiràe> qui nens^ fût trouvé^, tan^ï

ces sortes <to> cérémoniefrse fént avec éclat.

Le plus macien de la compagnie ût une onô-

Bm ''-m^ -Biç^ite^G^ÔÔ^fSl

114 VÛTAGB

8on fonèbie à tous les assistants» et U fallait qu'il dtt quelque chose de bien triste, puisqu'il s*en fallut peu que son air pitoyable ne nousexcitftt à pleurer nous-mêmes, quin*entendion» rien à ce qu'il disait. Les femmes étaient dans une petite chambre séparéesdes hommes, qui gémissaient d'une manière épouvantable, et entre autres la femme da défunt, qui interrompait par ses sanglots, le discours du prédicateur. Pendant que l'on prêchait dans cette salle, on en faisait autant dans l'église en finlandais; et quand les deux discours furent finis^ on se mit en chemin pour conduire le corps à l'église. Septou huit bourgeois le chargèrent sur leurs ^ulesi et il n'y eut personne des plus ap- . parents qui ne voulût y mettre la main ; et Je me souviens pour lors de ce que dit Virgile à l'entrée du cheval dans Troie, quand il dit qu'il n'y avait ni jeunes ni vieux qtd ne voulût aider à tirer cette machine dans leur ville: Funemque manu contingere gaudent

Nous suivions le corps comme les plus ap* parents, et ceux qui menaient le deuil; et la veuve était ensuite, conduite par-dessousles bras de deux de ses filles : l'une e'attristait beaucoup, et l'autre ne paraissait pas émue. On mit le corps au milieu dé l'église en chantant quelques psaumes: et les femmes, en passant près du défunt, se Jetèrent sur le cercueil,etrembrassèrentpourlademièrefoi8.

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