XXXII PRÉFACE
crêtes. Cependant II y eut entre les deux ar^ mées plusieurs escarmouches , dont les résultats furent variés. Dans une de ces actions, un général mexicain s'étant présenté avec la ferme résolution de s'emparer d'Ixtlilxôchitl et de le livrer vivant et enchaîné à Moctheuzoma, il tomba lui-même entre les mains de ce prince , et souffrit un sort plus cruel que celui qu'il préparait à son^ adversaire. Ixtlilxôchitl , ayant fait ramasser une grande quantité de roseaux secs, ordonna de
les jeter sur lui, et il y fit mettre le feu devant toute Farmée.
Les Mexicains et les Aculhua% se trouvaient dans cet état d'agitation et de discorde quand Cortès débarqua : il sut en tirer un
grand parti, S'étant d'abord allié avec les Totonaques et les Tlaxcalteques , il parvint chez Ixtlilzôchitl , qui offrit aux Espagnols de leur servir d'auxiliaire. Ceux-ci s'avaibcaient
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sur Mexico , lorsqu'ils reçurent une ambassade de Cacamatzin. Us étaient campés sur une hauteur nommée Guauhtechac. Tout à coup ils virent une armée nombreuse d'Indiens de Tezcoco. Néanmoins, Cortès ayant appris quel était le motif de leur arrivée , se tranquillisa, accepta leurs offres, reçut leurs saints, et tous, s'étant réunis, marchèrent jusqu'à Ayotzinco, où Cacaraatzin vint les féliciter , et les deux généi^aux se firent des politesses réciproques. Cette démarche des habitants de Tezcoco contribua puissamment à décider Moctheuzoma à admettre les Espagnols à sa cour ; car il craignait que , souter^us par les forces d'Ixtlilxôchitl , ils ne s'ouvrissent un passage l'épée à la main. Cette inflexion devrait être présente à l'esprit de ceux qui accusent Moctheuzoma de faiblesse et de légèreté pour avoir consenti à recevoir des
gens qui manifestaient déjà leurs mauvaises
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le dédain d'un maître qui reçoit le produit du travail de ses esclaves. Il dit froidement que c'était peu , qu'il lui en fallait davan^ tage : on lui en apporta une autre caisse toute pleine.
Une circonstance rend encore plus odieuse cette conduite détestable ; au moment où les gens de Gortès, chargés de recevoir le premier envoi d'or, allaient partir, un dômes-* tique mourant de fatigue se présenta aux palais royaux de Tezcoco , qui occupaient
remplacement du couvent de Saint-François; il désirait parler au prince Netsahualquetzin^
qui conduisait les Espagnols, et le supplier de se hâter , parce que Moctheuzoma serait d'autant plus vite mis en liberté , qu'ils ainMve* raient plus tôt à Mexico, Gortès devant être satisfait du présent qu'il allait recevoir. Un Elspagnol , qui n entendait pas ce que disait Tindien, crut que Von voulait tuer ses compatrior
DE L'ÉmTKtra mexicain. ' xxtk tes; îl accabla le prince de coups de bâton, le fit wréter, garrotter et conduire à Cortès, qui ordonna de le pendre publiquement. Moctheu^ zoma et beaucoup d'autres seigneurs supplièrent en faveur de ce prince innocent : ils obtinrent qu'on lui donnerait la vie ; mais Cortès envoya chercher une plus grande quantité d'or.
Cette série de procédés si opposés à la civilisation et si immoraux ouvrirent, sans doute, les yeux à Cacàmatzin , et le firent penser sérieusement y non*seulement à la liberté de son oncle , mais encore à celle de sa patrie y que ces aventuriers opprimaient tous les jours davantage, ne perdant aucune occasion de pillçr ses richesses et de réduire les Mexicaine au plus honteux esclavage. Les présents que Moctheuzoma avait faits à Cortés étaient ce qu'il possédait de plus précieux; bien plus, il avait l'intention de lui donner une de ses
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filles qui était trés-jolie, et il la lui offrit même au moment où on vint lui annoncer qu'il était prisonnier et s'emparer de sa personne dans son propre palais. Cependant cet excès de bonté ne put désarmer la rage de Cortès, qui était sans excuses et sans prétextes pour se conduire ainsi , car il avait des garanties positives qui empêchaient Moctheuzoma d'agir contre lui. Quels otages plus précieux pourrait-il désirer, en effet, qu'une fille d'un si grand prince , qui respectait religieusement les constitutions du pays et les lois de la guerre?
Cortès, ayant appris la résolution de Cacamatzin , se décida à faire arrêter ce prince au milieu de sa cour; Moctheuzoma le prévint , et se rendit coupable de la plus grande lâcheté que puisse commettre un souverain. 11 y avait dans la garde dii roi de Tezcoco plusieurs nobles mexicains. On em-
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ploya ce corps, on séduisit ses chefs, et une nuit le prince fut arrêté dans son palais ; ou l'embarqua sans bruit et on le conduisit à Mexico ( I ). Moctheuzoma Fenvoya aussitôt à Cortès, qui le retint enchaîné dans son appartement; il ordonna qu'on lui amenât plusieurs femmes des premières familles des Tezcoco et
les filles des plus grands seigneurs du pays; il en fit venir d'autres de Tacuba et de Mexico. Il obligea Cacamatzin de donner l'ordre d'amener quatre de ses sœurs qui lui furent livi^ées; ces jeunes filles servirent d'otage et en même temps de pâture à la passion brutale des Espagnols. Ces dames et ces illustres princes moururent toutes , peu de temps après Cacamatzin, dans la rîoche triste; mais les circonstances de la mort de ce dernier méritent bien
(i) Cette aventurei a quelque ressemblance avec celle du Tice-roi Iturrigaray ; ces deux trahisons ont fini par coûter bien cher aux Espagnols.
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d'être rapportées pour la honte et re^éeration de ses auteurs.
Don Fernando de Alvarado Tezozomoe dont l'ouvrage est la base principale de Y Histoire des Aztèques , ce qui lui a mérité d'être traduit du mexicain en espagnol par don Carlos Siguenza y Gongora, s'exprime ainsi : Aussitôt la mort de Moctheuzoma, les Mexicains prêtérent serment à Cacamatzin son neveu , avec l'intention de le remettre en liberté , et tous résolurent d'employer quelque moyen que ce fut pour prendre sa défense» celle de son honneur et de sa réputation. Cependant ils ne
purent exécuter ce prqj^t, car les Espagnols, avant d'abandonner Mexico et de prendre la fuite pendant la nuit , frappèrent ce prince de quarante ' sept coups de poignard. Cacamatzin était brave , il voulut se défendre quoique prisonnier , et il se conduisit avec tant de valeur, qu'il leur tint tète, et il fallut
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toutes Ces blessures pour lui ôter la vie. Auteiiôt après sa mort, Guitlahuatzin fut élu roi (i^ojr. Chimalpain, t. I^ p. 2g\). Tel fut le sort de ce malheureux prince, dont le trône avait été occupé par son frère Coanacotzin, depuis qu'il était dans les fers.
G>rtès revint à Mexico pour y mettre- le siège. Coanacotzin nyant appris qu'il s'avançait dans l'iatention de venger la mort de quelques Elspagnols tués par un détachement dlndiens de Tezcoco, lorsqu'ils escortaient Un convoi d'or pour la Vera-Cruz , en compagnie de trois cents Tlaxcaltèques , craignit davoir le même sort que son frère Cacamatzifi. En effet le chef espagnol n'avait manifesté aucune intention pacifique et il n'avait eu d'autre envie que de prendre une caisse d'or expédiée par ce prince avec toutes les formalités usitées pendant la guerre , et en lui faisant savoir qu'il était prêt à le re-
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ceyoir en ami. G^anacotzin quitta donc Tez« coco et se rendit à Mexico où il fit alliance avec Cuauhtimotzin pour défendre la cause commune.
L'absence de ce prince ayant rendu vacant le trône de Tezcoco, Cortès apprit qu'il revenait de droit à Tecocoltzin , frcre de Cacamatzin , et qui s'était soulevé à Tlaxcalan avec d'autres seigneurs. Il ordonna de l'amener à Tezcoco , sous la garde de Gonzalo de Sandoval : il le fit baptiser , et lui donna le nom de Fernando. Bientôt ce prince tomba malade et mourut cinq mois après. Il fut remplacé par Ixtlilxôchitl y qui accompagna Cortès pendant le reste de la campagne , et fournit tous les secours dont il eut besoin , non-
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seulement il lui fut fort utile pendant les quatre-vingts jours que dura le siège de Mexico; mais aussi dans plusieurs rencontres trèsdangereuses où il exposa sa vie pour lé gé-
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néral espagnol, il empêcha qu'il ne tombât entre les mains des Mexicains dans les batailles de Xochimilco , de Ixtapalapan et dé la chaussée de TIacopan ( ou Tacuba). Cest ce qui résulte de l'acte ^igné à Madrid en i55i, contresigné par Juan Rodriguez de Fonseca , président du conseil des Indes , acte basé sur un exposé de Cortès à la cour de Charles-Quint. Malgré les services d'Ixtlil^ôchitly Cortès n'en tint pas moins la même conduite qu'il suivait envers ses meilleurs serviteurs : nous verrons dans le mé^ moire que nous publions qiii'il fît pendre précisément avec Cuauhtimotzin son frère Coanacotzin , et que ce dernier serait mort si Ixtlilxôchitl n'était pas arrivé au moment où , attaché à un arbre , il s'agitait çncore , et s'il n'eût avec intrépidité coupé la corde qui le retenait, seul moyien qui lui restât de lui sauver la vie.
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Il résulte, de ce que nous menons d'exposer; qu'Ixtlilxôcbitl , un des généraux Aculhuas les plus vaillants , n'était qu'un ambitieux , ce qui' fut cause qu'il attaqua l'intégrité de la monarchie. Il entretint la guerre dans cet oput lent royaume : il en diminua les forces , qui , si
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elles avaient été unies , se seraient opposées à l'entrée des Espagnols dans Mexi<ro. Pour compléter la ruine de ce pays , il dépeupla et ruina le royaume d'Aculhuacaa , en y en^
voyant de nombreuses armées pour subju-> guer toute cette Contrée à la domination es* pagnole. Qui ne verra pas dans Ix;tlilxà^tl un des plus grands ennemis de* la patrie ? Aujourd'hui que tant de gens l'agitent et la rui** nent , qui n'évitera pas de suivre l'exemple de cet homme, dont l'existence fut fatale à son pays , en marchant sur ses traces et en causant des malheurs semblables ? Quant k vous, ô mes chers compatriotes, pour qui