‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 3)Chapitre 64 sur 75 · COMMENCEMENT DE LA LOI ÉVANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DE LA LOI ÉVANGÉLIQUE

On eut connaissance de l'arrivée des chrétiens par des marchands qui avaient été aux foires de Xilanco , Ulùa et Champoton , qui se tenaient sur ces côtes (i) , et principalement

(i) Les marchands de Mexico apportaient à la foire de Xilanco des ouvrages d*orfëvrerie , de bijouterie et des esclaves. On leur donnait en échange des émeraudes^ des coquillages et des plumes. Les commerçants étaient très-considérés au Mexique, et ils y jouissaient du rang de cacique. Le pèreSahaguna recueilli soigneusement toutes les cérémonies qui se pratiquaient en faisant le commerce. (Voyl Bernadino de Sahagun, hutoria de las Cosas de la NuevaEtpaha Mexico, 1829, 3'to1. in-qoarto, lib. iz, cap. I y sig. )

\u^u%i lis commercèrent avec Grijalva (i). On % oyaii ilonc se certifier les prophéties des an> ciOu;> qui avaient prédit que ce pays devait ctic possédé par les fils du soleil. Des signes que Tou remarquait dans le ciel répandaient aussi la terreur chez tous les habitants , parce qu ils i*econnaissaient que le temps des malheui^ et des persécutions approchait. Ils se rappelaient les guerres cruelles et les contagions qu'avaient souflertes les Toltèques, leurs ancêti^es, lorsqu'ils furent détruits, et ils s attendaient aux mêmes malheurs.

Cependant Mocthecuzoma s'en inquiétait tort peu : il possédait la plus grande puissance que Ton eût jamais vue , et tout l'empire était sous sa domination.il gouvernait Tezcoco, et les royaumes qui en ressortissaient > car le roi i'acama , son neveu, était sous sa dépendance, et le souverain Tacuba , son beau-père, prince

(i) Francisco Uemandez de Gordoae fut le premier qui découvrit 1* Amérique mexicaine en 1 5 1 7 ; l'année suivante Grijalf a y aborda , mais il retourna à la HaTane : l'expédition » coin-

d'ixtuliôghitl.

fort avancé en âge , n'avait plus les forces suffisantes pour régner. Mocthecuzoma , attendu son pouvoir , ne craignait donc pas qu'aucun ix)i , ménie le plus puissant du monde , pût lui imposer des lois.

L'an de Ce Acatl, cana {Roseau)^ n^ i (i), correspondant à l'année iSig de notre ère, et qui est précisément celui que Netzahualcoyotzin (2) avait indiqué comme l'époque de la destruction de l'empire chichimèque , Teopili ou Teuhtlile, gouverneur de Cotaztlatl ou Cuetlachtlan , pour Mocthecuzoma , expédia des messagers à son maître, en leur recommandant la plus grande promptitude. Vingtquatre heures après, ils apportèrent une

mandée par Fernand Gortès, eut Heu en iSig. {Note de Védiieur mexicain, )

( I ) A la suite de Thistoire de Tezcoco, qui formera les Tolumet 9 et 10 de cette collection, nous donnerons un calendrier mexicain, pensant qu'il sera mieux placé à la fin de cet ouvrage méthodique qu après cette relation d'Ixtlilxôchitl.

(2) La terminaison tzin répond à la qualifîcatioil de seigneur. Netzahualcoyotzin , c'est-à-dire le seigneur NçtzahûaU ooyotl.

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peinture, par laquelle on donnait avis de Farrivée des Espagnols (i). Ces étrangers désiraient voir Mocthecuzoïna , et s'annonçaient comme des envoyés de l'empereur don Carlos, notre souverain. La peinture représentait les habillements, les trajts des hommes, leur nombre, leurs armes, leurs chevaux, leurs vaisseaux, et tout ce qu'ils apportaient. Mocthecuzoma ayant pris connaissance du message de Teopili, envoya un présent à Cortès (2), lui fit faire beaucoup de com-

(i) La première fois que les yaisseaux espagnols parurent sur les côtes du Mexique , deux capitaines ou calpixques de Mocthecuzoma, qui se trouvaient près de là, se hâtèrent d*aller Toir ce que c'était : ils se nommaient Pinoil et Yaotzin. Ils montèrent dans un canot pour se rendre à bord , et dès qu ils furent près des vaisseaux ils en baisèrent la proue , croyant que c'était leur dieu Quetzalcoatl qui revenait. Ils offrirent des présents aux Espagnols ; ils en furent bien reçus , et aussitôt débarqués ils partirent pour la capitale, afin de rendre compte à leur souverain de ce qu ils avaient vu. Gelui-ci , après avoir écouté leurs rapports, leur défendit de parl^ à personne de ce qu ils avaient vu. Il envoya Tordre de placer des sentinelles le long de la mer pour être averti dès que les vaisseaux reparaîtraient ; il fut donc informé sur-le-champ de l'arrivée de Cortès. Sahagun, lib. xii , cap. II y. III.

(2) Dans les présents que Mocthecuzoma envoyait à Cortès, se trouvait un costume complet de grand pontife , parce qu'il le prenait toujours pour le dieu Quetzalcoatl ( Sahagun , lib. xii ,

d'ixtlilxôchitu

pliinents et d'ofires de service ; cependant il était loin d'être content que les fils du soleil voulussent venir le voir à Mexico. En coqMquence , il leur envoya dire que le chemin rëtait difficile, et qu'il y avait mille inconvénients; mais cela n'eut d'autre résultat que d'exciter encore le désir que les Espagnols avaient de le voir, surtout loi^qu'ils eurent appris, par le souverain de Zempoala , que le pays était divisé par des querelles intestines (i). Ce prince leur offrit même ses secours et des troupes.

De Zempoala les Espagnols gagnèrent Quiahuiztlan et d'autres endroits , jusqu'à ce qu'ils

cap. IV).. Quand ses ambassadeurs furent en présence du général espagnol, ils le revêtirent de ce costumet et se prosternant devant lui ils Fadorèrent ( i5. , cap. V). A l'arrivée des Espagnols à Mexico , Mocthecuzomafit sacrifier des captifs devant eux et tes fit teindre du sang des victimes, lis rendirent ces honneurs aux Espagnols , parce que , disaient-ils , ils avaient vu les dieux et leur avaient parlé (<&. » cap. VI ].

(i) C'est en profitant de semblables circonstances qu'une expédition , commandée par Barradas , eut lieu à Cabo Rojo de Tampico, qui se rendit le ii septembre* 182g, aux généraux don Antonio Lopez de Santa -Anna et don Manuel de Micr y Teran ( Noie de l'édil, mex.).

fussent parvenus à Tlaxcalan. Partout où ils passèrent, les naturels les reçurent avec la plus grande joie^ et firent des réjouissances sans qu'il y eût aucun combat, aucune querelle , excepté celles que les Elspagnôls provoquèrent, s'il y en eut. Enfin» plusieurs événements s'étant passés , les nôtres se rendirent à Ayutzinco , ou le roi Cacama vint les recevoir. Il leur ofi'rit sa ville de Tezcoco , et leur proposa de s'y rendre. Les Espagnols , et surtout Cortès , leur chef , en montra beaucoup de satisfaction ; il répondit que , pour le moment, il n'y avait pas lieu d'accepter cette office , parce qu'il avait hâte d'aller voir Mocthecuzoma, que plus tard il lui en marquerait sa reconnaissance. Cacama retourna donc à Tezcoco , où il s'embarqua pour Mexico. Aussitôt son arrivée , il rendit compte de tout ce qu'il avait vu , et il annonça que les Espagnols étaient très-près ; en effet" ils se trouvaient déjà à Iztapalapan.

Mocthecuzoma tint plusieurs fois conseil

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pour savoir s'il serait convenable de recevoir les chrétiens. Cuitlahua, son frère et d'autres seigneurs, furent d'avis qu'il ne le fallait en aucune manière ; mais Cacama émit une opinion tout à fait opposée. II dit qu'il était indigne d'un prince de ne pas recevoir les ambassadeurs d'un autre souverain , et surtout du roi des chrétiens, qui j suivant ce qu'ilsdisaient, était lepluspuisâflntdu monde; comme effectivement c'était vrai de l'emperçiir, notre maître. On avait arrangé tout cela à l'avance.

Le lendemain, 8 novembre i5i9,Moçthecuzoma partit avec son neveu Cacama, son frère Cuitlahua, et toute sa cour , pour aller au-devant de Cortès qui était déjà à l'endroit où se trouve aujourd'hui Saint -Antoine. Mocthecuzoma le reçut, le conduisit dans son palais, et alla l'attendre dans la résidence de son père, le roi Axâyaca. Il lui fît un excellent accueil, offrit d'être l'allié de l'empereur , et il reconnut la loi évangélique.

Un grand nombre d'habitants de Tezcoco , de Mexico et de Tlacop^n , furent désignés pour servir ses soldats.

Il y avait quatre jours que les Espagnols étaient à Mexico , très-contents , et bien traités, lorsque, je ne sais sous quel prétexte, Cortés fit arrêter Mocthecuzoma. On vit alors se réaliser ce qu'on disait de lui : que tout homme cruel manque de courage ; mais déjà la volonté de Dieu s'était accomplie, autrement il aurait été impossible à quelques Espagnols de conquérir un nouveau monde , si grand, et habité par tant de milliers d âmes, comme il rétait alors. La noblesse et tous les chefs militaires de Mexico , stupéfaits de cette audace , se retirèrent chez eux. Le roi Gacama donna l'ordre à son frère , l'infant Nezahualquentzin , et aux autres seigneurs, d'avoir le plus grand soin des chrétiens , de leur fournir tout ce qui était nécessaire à leur subsistance, et s'ils demandaient de l'or ou quoi que ce fût de le leur procurer ; car les Mexi-

d'ixtlilxôchitl.

cains et les Tecpanèques , voyant leur roi prisonnier, ne voulaient plus servir les Espagnols.

Quarante - six jours après son arrivée à Mexico, Cortès dit à Cacama qu'il désirait envoyer des Espagnols pour visiter la ville de Tezcoco , et il le pria de lui donner quelques nobles qu'il avait à son service pour protéger les siens contre les habitants de cette ville. Cacama se montra très-content de ce projet : il ordonna à deux de ses frères , nommés Nezahualquentzin et Tetlahuezhuezquatitzin, d'accompagner les Espagnols. Il leur prescrivit de traiter ces étrangers le mieux possible, de leur éviter tous désagréments , et de leur donner un coffre ou grande caisse de deux brasses de long et d'une de large, sur une toise de hauteur, rempli de morceaux et de bijoux d'or , destinés aux chrétiens et à leur chef. Ces derniers étant arrivés près d'un mur d'enceinte et sur le point de s'embarquer , non loin des palais de INezahualcoyotv

lO RELATION

zin , un serviteur de Moethccuzoma envoyé par ce prince , vint dire aux nobles indiens d'expédier les Espagnols avec toute la promptitude possible , et de leur donner tout For qu'ils demanderaient, espérant ainsi satisfaire leur cHef , et que ces étrangers retourneraient chez eux. Un des Espagnols, voyant que Nezahualquentzin parlait à Fenvoyé de Mocthecuzoma , s'imagina qu'on voulait tuer ses compatriotes : il frappa ce prince à coups de bâton, le fit arrêter, et l'envoya à Cortès. Celui-ci, donna l'ordre de le pendre en public , bien qu'il ne fut coupable d'aucune faute. Le roi Cacama en fut on ne peut plus affligé, et sans Moethccuzoma, qui les larmes aux yeux supplia Cortès de n'en rien faire , il serait arrivé quelque malheur. Cacama dissimula son chagrin le plus qu'il put : il envoya, avec ces Espagnols qui étaient en tout vingt hommes , un de ses frères, nommé Tocpacxuçhitzin , pour leur faire donner le présent /ju ils demandaient. Ilsreçurent la caisse toute

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pleine, et revinrent à Mexico (i). Certes dit que c'étatit peu de chose, qu'il en fallait davantage. Il renvoya donc Cacamatzin, et Ton rapporta une seconde caisse pleine d'or. Certes , ayant ensuite considéré ce trésor qui lui faisait connaître Topulence et le pouvoir du roi de Tezcoco,'fit prendre eh trahison le roi C^camatzin , par ordre de son oncle Mocthecuzoma. Quand on se fut emparé de lui , il le mit sous bonne garde , et lui dit qu'on lui rendrait la liberté s'il voulait donner en otage ses fi^ères et d'autres personnes de sa famille : Càcamatzin y consentit. 11 livra quatre infantes ises sœurs, quelques-uns de ses frères, et plusieurs nobles , ses parents. Les habitants de Mexico et de Tlacopan firent

(i) 11 n'y a pas en espagnol d'expressions qui paissent rendre conyenablement la bassesse et la lâcheté de cette action. Pou- ▼ait-on rëpondrer d'une manière aussi vile à des {Procédés si généreux? Quelle audace! quelle orgueil! voilà comme ils reconnaissaient l'hospitalité et les largesses de nos ancêtres ! Si les Espagnols se conduisaient ainsi avant de s'être emparés de Me:f^ico , que ne devaieat-ils pas faire par la suite ! ( Note de redit, mes.)

de même , espérant acheter la paix à ce prix. Après quelques mois de séjour à Mexico, Cortès apprit que des vaisseaux étaient arrivés au port ; il fit part de cette nouvelle aux rois Alocthecuzoma et Gacamatzin , leur dit qu'il désirait aller les voir en personne. 11 leur demanda les gens de guerre et les objets nécessaires pour ce voyage. Ces princes répondirent que, comme il s'agissait de marcher contre des chrétiens, ils ne pouvaient en aucune façon lui fournir ce qu'il demandait; que contre d'autres étrangers ils lui procureraient tout ce dont il aurait besoin; qu'ils craignaient que les nouveaux arrivés ne tournassent leurs armes contre eux ; que, du reste , ils lui seraient utiles autant que possible. Ils promirent de donner avis à leurs gouverneurs de province de fournir tous les secours nécessaires; mais ils dirent^ qu'on ne pourrait lui procurer que des gens de service et des porteurs. Cortès , ayant vu cette détermination , accepta les porteurs et les do-

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mestiques qu'on lui donna, et il fit emporter une partie des trésors qu'il avait reçus (i).

Cortès partit , et laissa à sa place le capitaine Alvarado. Avant son départ, Mocthecuzpma lui avait dit que Ton était à Tapproche de la fameuse fête de Toxcatl (2), et il lui avait demandé la permission de la célébrer. Çortès avait répondu que , puisqu'il était chez

lui, il n'avait qu'à faire ce qu'il voulait; que

(i)vAu moyen de ce trésor, Certes attira adroitement à son parti les officiers de Nanraez. {Noie de Védit» mex.)

(s) Cette fête se célébrait en l'honneur du dieu Tezcatlipoca ; l'on y sacrifiait un jeune homme aussi accompli que possible , et que l'on avait fait vivre un an dans les délices. Aussitôt aprèa sa mort on en choisissait un autre pour le remplacer. On lui apprenait à jouer de la flûte , et pendant les vingt jours qui précédaient la fête , on l'obligeait à exécuter des airs sur cet instrument , en le promenant par la ville , couronné de fleurs et revêtu des plus riches vêtements. Le dernier jour il était conduit en procession à un temple situé à une lieue environ de Mexico. Il brisait une de ses flûtes à chaque degré qu il montait, quand il était arrivé en haut, quatre sacrificateurs le saisissaient et rétendaient sur une large pierre. Le grand -prêtre lui ouvrait la poitrine avec un couteau de bazalte , et en tirait le cœur qu'il offrait tout sanglant au soleil. Sahagun,lib. ii , cap. XXIV parle aussi de cette fête, mais il la nomme Quinaoain Vitzilopochtli , c'est-à-dire embrasser F'iizilopochilif parce que l'on dansait autour de la statue de ce dieu.

Chimalpain donne à cette danse le nom de Mazebalitzli , ce

les naturels pouvaient se divertir , que luimême il en serait charmé. Mocthecuzoma avait parle de cette fête à Cortès, parce que quelques jours avant ce chef avait fait renverser les idoles des Mexicains , et il avait défendu de faire de nouveaux sacrifices. Cortès promit de dire aux Espagnols de ne pas se scandaliser, qu'il permettait de célébrer la fête pour pix>curer du plaisir aux naturels; car tous étaient affligés de voir leurs rois retenus prisonniers par quelques étrangers.

La fête tomba le 1 9 mai , au commencement du quatrième mois indien , nommé proprement Toxcatl. La veille au soir, les Indiens firent de grandes illuminations. Ils jouèrent de leurs instruments suivant leur usage, et le jour de la fête ils se livrèrent

qui , selon lui , veut dire mériter par son travail, Cest à tort que quelques Espagnols l'ont appelée Âreyto, ce mot appartient à la langue des Indiens de Cuba ( Voy. Sistoria de las coquislas de Hernan Cortès , de Gomara traduite en mexicain parJ.-B. de S. Anton Munon Chimalpain, Quauhtlehuanitzio, Mexico, i8î6, in-8^ cap. CXXVII).

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à leurs danses, nommées Mazehualiztli. Plus de mille nobles indiens se réunirent dans la cour du temple principal. Chacun deux portait ses plus beaux ornements et ses plus riches bijoux ; ils étaient sans armes et sans défense. Les Tlaxcaltèques qui habitaient dans la ville y se rappelant que dans les anciennes fêtes on avait Fhabitude de sacrifier des milliers de leurs concitoyens, se rendirent auprès du capitaine Alvarado, et accusèrent faussement les Mexicains, en disant que ceux-ci s'étaient réunis pour les massacrer. Alvarado le crut, et se rendit au temple pour s'en assurer et voir s'ils avaient des armes; il remarqua qu'ils n'en avaient pas, et qu'ils étaient bien éloignés d'avoir l'intention qu'on leur supposait. Cependant le désir de s'emparer de l'or que ces gens portaient sur eux , fit que ce chef plaça à chaque porte dix Espagnols armés. Lui-même et plusieurs autres pénétrèrent dans la cour du temple. Il massacra presque tous ceux qui y étaient, et il leur

l6 RELATION

enleva tout ee qu'ils avaient. Les habitants voyant tuer leurs chefs sans qu'ils fussent coupables, se réunirent, se jetèrent sur les Espagnols , et les forcèrent de se retirer dans le palais, où ils se fortifièrent. Il n'est pas douteux que cette fois ils auraient tous été tues sans qu'un seul échappât, si Mocthecuzoma n'eût apaisé la colère des siens. Cortès repartit pour Mexico ; il traversa Tezcoco , où plusieurs nobles vinrent le recevoir, car les fils légitimes du roi Nezahualpiltzintli étaient cachés par leurs sujets, et les autres étaiené eu otage à Mexico. Cortès entra dans cette ville avec toute l'armée espagnole, ses alliés de Tlaxcala et des autres pays, le jour de Saint- Jean- Baptiste, sans que personne s'y opposât. Les Mexicains et tous les naturels donnaient aux Espagnols ce dont ils avaient besoin; mais, voyant que ceux-ci ne voulaient ni quitter la ville ni rendre lia liberté à leurs rois, ils rassemblèrent leurs troupes et attaquèrent Cortès , le lendemain de

D'lXTLIL3tÔCHITL. 1 7

son entrée à Mexico. Les hostilités durèrent sept jours; le troisième, Moethecuzoma, voyant quelle était la détermination de ses sujetS) monta sur un endroit élevé, et leur fit des reproches. Ceux-ci le maltraitèrent de paroles, rappelèrent lâche, ennemi de la patrie, et même le menacèrent de leurs armes. On dit qu'un d'eux lui lança une pierre qui le tua ; mais ses sujets prétendent que les Espagnols eux-mêmes lui donnèrent la mort en le frappant d'un coup d'épée dans le bas- ventre. Les sept jours s'étant écoulés, et plusieurs événe* ments importants ayant eu lieu,les Espagnols^ les Tlaxcaltèques , les Huexotzincas, et plusieurs autres nations, leurs alliées, quittèrent la ville , et s'enfuirent par la route qui conduit à Tlacopan. Avant d'évacuer Mexico ils tuèrent le roi Cacamatzin , trois de ses sœiirs et deux de ses frères. Suivant don Alonzo Axayacatl (i), et plusieurs relations des naju-

(i) Ce noble indien, un des plus savants de son siècle, était «rcbiyiste de Tezcoco ; il descendait des rois d'Âcolhuacan.

1 8 RELATlOlf

rels qui se trouvèrent présents à ces deux: affaires , beaucoup d'Espagnols périrent dans la retraite , près d'une hauteur qui est en avant de Tlacopan ; delà ils tournèrent vers Tlaxcala.

Les Espagnols étant partis poiir Tlaxcala (i), les Mexicains élurent pour leur roi Ciutlahuatzin, frère de Mocthecuzoma , qui était mort depuis vingt jours. Ce prince ordonna aux grands du royaume de Tezcoco de reconnaître comme souverain légitime Théritier naturel. Ceux-ci répondirent que les circonstances n'étaient pas favorables, et que Yoyontzin était trop jeune; c'était le moins âgé des fils légitimes de leur roi Nezahualpiltzintli. Il chargea du gouvernement Gohuanacochitzin , un des fils légitimes, et l'on rassembla des troupes dans le cas où les £s-

(i) Gortés rencontra à Tlaxcala un nommé Francisco Hernandez , qui lui amenait trois cents Espagnols , beaucoup de cheraux, d'armes et de munitions. 11 avait perdutant de monde , que sans ce secours il n'aurait jamais pu marcher de noureau contre Mexico {Sahagun, lib. xii, cap. XXVH).

DI TULXOCHITL. I9

pagnols voudraient revenir. Le roi Cuitlahuatzin ne régna que quarante jours ; il mourut en peu de temps de la petite-vérole , qui avait été apportée par un nègre (i). Les Mexicains élurent aussitôt Cuauhtemoctzin , fils du roi Ahuitzotzin , de la branche de Tlatelulco.

Cortès fit uii long séjour dans le pays de Tlaxcala, pendant lequel il répara les pertes qu'il avait souffertes , grâce aux secours qu'il reçut des souverains de Tlaxcala , de Huexotzinco, de Cholula. 11 entreprit quelques expéditions contre les habitants de Tepeaca, dltzotcan , de Quauhquecholan , et contre d'autre*» nations soumises aux villes de Tezcoco et de Mexico; il leà vainquit facilement et les attira à son parti.

Voyant qu'il avait rassemblé un nombre considérable d'alliés , et que presque tout le

(i) La petite-yërole ravagea Mexico pendant soixante jours , et fit périr une quantité innombrable dlndiens. La désolation fut telle, qu'un grand nombre de malades moururent de faim, parce qu'il n'y avait personne pour leur apporter à manger Sahagun , lib. xii , cap. XXIX).

20 RBIATION

pays était pour lui , il résolut 4(^ marcher sur Mexico. Il partit de Tlaxcala le jour (tes Innocents; il emmenait avec lui quarante ca*valiers, cinq cent quarante fantassins t vingtcinq mille Tlaxcaltéques ^ H uexQtzincas , Gha^ loltéques, Tepeacanenses , Quauthquecholot tèqueSyÇhalcas, et autres naturels; il n'avait pas voulu en rassembler davantage. Teeocoltzin, fils du roi NezahqalpiltzintH » et un des otages qu'il avait reçus du roi Cacama, lui avait dit qu'à Tezcoco on lui fournir^iittoiit ce dont il aurait besoin. Outre cela» plusieurs personnes, spécialement Quiquitzcatzin , envoyé de Tezcoco , de la part des infantes Ixtlilxôchitzin , Tetlahuehuezquitzin, Yoyotzin , et de leurs autres frères, lui avaient offert les secours de ces princes, bien queCohuanacoxtzin, l'un d'eux , fût souverain de Tezcoco , et ajni des Mexicains. Quîquizca étant de retour de son ambassade , Cohuanacoxtzin le fit mettre à mort.

Quand Gortès fut arrivé à Cohuatepec, à

trois lieiaes de Tetcùto, quatre dés ipHncipdii]^ personnages du parti de Côhùànaèoxtzin yiiirent le recevoir, et liii doiinèrent en gage d'àlîritié uiî petit étendard en ôr , et beaucoup d'antres objets précieux. Ils lui dirent que leur maître les en voirait pour le complimenter sûr àa bienvenue , et pour le prier de veftir lui et toute son armée prendre ses quartiers dans la ville, qtf il y serait bien reçu et bien servi. Suivant don Alonzo Axàyacatzih et Ghîchicuâtsin, guerrier célèbre, Tun des ambassadeur qui se trouvaient présents, eC à (|m Certes témoignait de la déférence, ce éhef espaignol répondit avec beaucoup de mauvaise humeur qu'il ne voulait pas de leur alliance, s'ils necoQimencaientpar lui rendre ce

qu'ils avaient pris à quaMnte-cinq Espagtiôls, et à trois cents Tlaxcaltéques quMls avaienrt fttési Les en voyés répondii^ent que leur maître Gohuanacoxtzin , leur ville et leur royaume étaient innocents , que les meurtriers étaient des gens au service du roi Càcama; qu'ils

avaient agi ainsi pour venger leur maître qui était dans les fers ; et ils offrirent à Cortès de les lui amener prisonniers. Celui-ci répliqua qu'il savait très-bien que Cohuanacoxtzin était du parti du roi Quauhtemoc, et qu'il avait fait mettre à mort son frère Quiquizca, parce qu'il s'était rendu à Tlaxcalan de la. part de ses frères pour lui offrir son amitié. Les ambassadeurs ayant entendu ces raisons , et d'autres encore , retournèrent à Tezcoco , et rendirent compte de tout à leur maître. Ce dernier, voyant l'intention de Cortès, s'embarqua avec le plus de monde qu'il put rassembler, et se rendit à Mexico pour soutenir Quauhtemoç.

Dès que] Cortès fut arrivé aux environs de Tezcoco , plusieurs nobles vinrent le recevoir, entre autres l'infant Ixtlilxôchitl et ses frères , qui se trouvaient dans cette ville. Le chef espagnol leur témoigna la joie qu'il avait de les voir. Ceux-ci lui donnèrent avis de tout ce qui s'était passé, et lui dirent que leur frère

d'ixtlilxôchitl.

Cohuanacoxtzin était à Mexico. Quand on fut entré dans la ville, ils firent loger les troupes dans les palais du roi Nezahualcoyotzin, ou toutes prirent leur quartier fort à Taise, Ce jour-là, et pendant tout le temps qu'elles occupèrent la place, elles reçurent tout ce dont elles eurent besoin.

Cependant, le jour métne de son arrivée à Tezcoco , Cor tés apprit que tous les habitants abandonnaient la ville, et qu'ils gagnaient Mexico sur un grand nombre d'embarcations. II donna Tordre à des nobles indiens de les faire retourner, et d'abandonner le parti de Cohuanacoxtzin , puisque les autres infants s'étaient joints à lui. 11 promit de faire reconnaître pour roi et maître légitime celui qui aurait le plus de droits ou qui serait généralement préféré. Cette proposition fut bien reçue de tous, et presque aussitôt ils retournèrent chez eux. Tecocoltzin fut élu souverain d'un commun accord, quoiqu'il ne fût que fils naturel du roi Nezahualpiltzintli; car l'on n'o-

^4 RBLATION

sait &ire connaître les enfantd légitimes jusqu'à ce que Ton eût vu la tournure que pfeudraient les affaires. Tecôcolfzin commença à gouverner avec beaucoup de prudence; il expédia des envoyés dans tous les royaumes et les provinces soumises k' la couronne de Tezcoco y et surtout dans celles qu'il savait être du parti mejsicain. Huit jours après les événements qui venaient de se passer , il fortifia la ville pour la mettre à l'abri des attaques de l'ennemi. Cortès essaya ensuite de s'emparer de Ixtapalapan , ville très^forte, et d'une grande importance pour l'exécutioti die ses projets. Il partit à la tête de quinze cavaliers, de deux cents Espagnols, de six milie Aculhiias, Tlaxcaltèques , et autres notions alliées. '

A peine €ortés était-il devant Ixtapalapan , que les Mexicains,^ qui avaient été avertis, marchèrent contre lui , et l'action fut des pliis vives. Cependant, comme les habitations de Ixtapalapan étaient isolées au milieu de l'eau ,

b'iitulxôghitl. sS

on ne put ni â'ésnparer de k ville hi faire beaucoup de tnftL Les Espagnols voulurent garder leur portion pendant la nuit, mais les Mexicains les en limpêchèrent : ils rompirent fat chaussée qui servait de digue à une masse d'eaù^ et si les nôtres n'avaient pas pris la ftiite à la bâte ^ tous auraient été noyés. Oti lés poursuivit pendant leur retraite, et tin grand ftombre d'alliés qui couvraient .leurs &incs furent tués. Un seul Espagnol qui s'était pi us avancé que les autres perdit la vie.

ixtlilxôchitl ^ qui était général dès Acuihuas, se dirtingua dans cette affaire, il tua plusieurs chefs de sa propre main. Le roi Quauhtemoc, qm rapprit^ fut très-peiné de savoir qu'un des mftints légitimes du royaume de Tezcoco se signalât de cette manière. Il prévit qu'il serait d'un puissant secours pour les Elspagnols, et qu'il causerait beaucoup' de mal aux Mexicains. Ceux-ci avaient essayé de se rendre maîtres des villes d'Otumba , Atencb , Gohuatlychan , et de les détruire , ainsi que

plusieurs autres places, pour les punir d'avoir favorisé les chrétiens ; mais Jxtlilxôchitl les avait vigoureusement défendues.

Quauhtemoc et Cohuanacoxtzin ordonnèrent donc à leurs chefs les plus courageux de s'emparer de sa personne ou de le tuer, et ils promirent de riches récompenses. Un noble très-brave , de la maison de Ixtapalapan, se détermina à exécuter cette entreprise , et il donna sa parole aux rois de leur amener Ixtlilxôchitl prisonnier à Mexico.

Tecocoltzin fit faire un grand nombre de plastrons (i)^ de boucliers, de flèches, de macafias (casse-té te ), de javelots , et autres armes , aussi bien pour les siens que pour les Espagnols. Il réunit une grande quantité de provisions , du mais , des poules , et tout ce qui était nécessaire pour la nourriture des

(i) Ces plastrons étaient faits en étoffe, et rembourrés de coton. Les Espagnols, s*étant aperçus que les flèches des Indiens lancées sur les cuirasses de métal rejaillissaient souvent sur des parties découTertes et faisaient de fréquentes blessures , avaient adopté les plastrons des indigènes.

D IXTLILXOCHITL. 2^

troupes. Il fit prévenir en même temps tous ses . sujets de se tenir prêts à marcher le jour même où ils en recevraient l'ordre.

Pendant que toutes ces choses se prépaparaient, Ixtlilxôchitl apprit que le brave chef d'Ixtapalapan . avait donné sa parole à ses maîtres de le mener prisonnier à Mexico. Il en fut très-irrité , et lui envova un défi. Tous deux se trouvèrent dans les plaines de Ixtapalapan. Ils étaient seuls, et aucun des soldats des deux armées ne prit part au combat Ixtlilxôchitl fut assez adroit pour vaincre son adversaire. Il lui attacha les pieds et les mains, et ayant fait apporter une grande quantité de glayeuls {carrizo) secs, il les fit mettre sur lui et le brûla vif; puis il dit aux Mexicains de faire savoir à leur maître Quauthemoc , et à son frère Cohuanacoxtzin , qu'avant d'être prisonnier il ferait de leur personne ce qu'il avait fait de ce chef.

Sur ces entrefaites Tetocoltzin mourut ,

a 8 KELATIOl»

il avait été baptisé sous lé nom de Fernëhdo. Cest le premier qui reçut Je sacrement à Tozcoco ; éa mort fit beaucoup de peine aux Espagnols , car il était très-riôble , d: Iti aimait beaucoup. Don Fernando Tecocôlfzîn était un homme de manières très-agréables, grand , très-blanc , sa carnation était aus^i belle que celle d'un Espagnol , quelque blanè qu'il fïit. On voyait à sa personne et à éon langage qu'il descendait d'une noble racé; H parlait Fespagnol , et y presque tous lés soif^ après souper , il traitait avec Cortès des affaires qui avaient rapport à là guerre. La plupart des projets arrêtés entre eux l'étaient par son avis et son habileté* Aussitôt après sa mort , les Aculhuas élurent peut roi Ahuaxpitzactzin , qui prit plus tard le nom de don Carlos ; il était infant et fils Naturel du roi Nezahiialpilzintli : il ne régûâ que quelques jours , car bientôt Cortès et plusieurs autres personnages demandèrent que la eouronne fàt donnée à Ixtltlxôchitl ,

J}lXTJ*VL3iàCBTth. 39

à cau99 4^ $A valeur , et parce que c'était un fils légitime. Il fstait trés-respecté des naturels ppur ses qualités personnelles ; j'ai déjà dit que rpn n'avait pas encore osé Félire parce qu'il était légitime,

IxtlilxQchitl acheva de faire ce que son frérè Tecpcoltzin avait entrepris; il creusa avec ses sujets le canal pour les brigantins , et il termina ceux qu'on avait amenés de Tlaxcalaq avec vingt mille hommes de guerre. Quatre jours après l'arrivée de l'armée des vingt mille TIaxcaltèques , Huecotzincas et Chololtèques, et du bois de construction trans* porté à Tezcoco pour faire les brigantins, Cortés , Ixtlilxôchitl et les principaux sei-* gneurs indiens, résolurent, pendant qu'on serait occupé à creuser le canal , de faire une reconnaissance autour de Mexico, et de voir si Quauhtemoç, Cohuanacoxtzin et les autres chefs consentiraient à faire la paix.

Ixtlilxôchitl partit à la tête de soixante mille hommes de ses sujets^ Cortés avait

32 BELATION

était d'une grande importance pour Tapprovisionnement et pour d'autres objets nécessaires à Tezcoco et aux Elspagnols. Ils priaient ce prince de leur envoyer plusieurs chefs indiens et des troupes pour les secourir, puisque leur ville faisait partie de ses états ; ils demandèrent aussi k Gortès quelques Espagnols. Celui-ci, en ayant été instruit par Ixtlilxôchitl , expédia sans retard Gonzalo de Sandoval à la tête de trois cents fantassins e^ pagnols, et de quinze cavaliers accompagnés de huit mille Aculhuas, sujets d'Ixtlilxôchitl , sous les ordres de Chichinquatzin. Quand cette armée fut arrivée à Ghalco , la province était déjà sous les armes; les habitants de Huezotzinco et de Quauhquecholan , qui avaient marché à son secours , se joignirent aux Espagnols et aux Aculhuas, et s'avancèrent sur Huaxtepec , où était les Mexicains. Cependant, avant d'être arrivés à cette ville, ceux-ci fondirent sur les alliés, les attaquèrent bravement ; mais les nôtres les vainquirent près-

d'ixtlilxôchitl. 33

que aussitôt, pénétrèrent dans la place, firent un grand carnage, et s'en rendirent maîtres. Pendant qu'ils étaient sans méfiance, les Mexicains revinrent sur leurs, pas pour la reprendre ; les habitants de Huaxtepec surtout pénétrèrent jusqu^à la grande place pour chasser les Espagnols et les Aculhuas. Ceux-

ci marchèrent à leur rencontre et finirent par les vaincre ; il» les poursuivirent pendant plus d'une lieue et en tuèrent un grand nombre. Les alliés restèrent deux jours à Huaxtepec , ils se rendirent ensuite à Acapachitlan , ville très-forte , où était une armée nombreuse , ils sommèrent l'ennemi de se rendre, après quoi on commença une bataille trè^meurtrière pour les Espagnols et pour les alliés ; cependant ces derniers s'emparèrent de la ville et firent un grand carnage^ Un nombre considérable d'ennemis se précipitèrent dans la rivière qui traverse Acapachitlan(i). Après

(i) Aujourd'hui Ayacapixtla (Note de ledit, Mcx.),

34 RELATIOIV

la prise de cette ville , tous retournèrent chez eux. Sandoval , les Espagnols et quelques

Aculhuas revinrent à.Tezcoco, d'autres restèrent à Chalco.

Quauhtemoc , voyant qu'il ne pouvait soumettre les habitants de Chalco, résolut de rassembler une forte armée, d'attaquer et de détruire les Chalcas avant qu'ils eussent été secourus. Ceux-ci , comme les Aculhuas et leurs voisins, ne furent avertis que fort tard de l'arrivée des Mexicains; cependant ils se réunirent , allèrent à leur rencontre et combattirent jusqu'à ce qu'ils les eussent taillés en pièces. Ils firent prisonniers quarante chefs : les Chalcas prirent un général.

Toutes les villes, les bourgs et les villages de Xochimilco, Cuitlahuac, Mizquie, Coyohuacan, Culhuacan , Ixtapalapan , Mexicatzinco et les autres du parti de Mexico , rassemblèrent plus de soixante mille hommes de guerre, et se portèrent de nouveau sur Chulco pour essayer de la détruire. Dès que les habitants

d'ixtulxôchitl. 35

en eurent avis , ils se pourvurent de tous les objets nécessaires, et prévinrent Ixtlilxôchitl et les Espagnols afin d'en recevoir des secours. Cortès fut donc obligé de s'y rendre en personne , avec trois cents fantassins et trente chevaux ; Ixtlilxôchitl partit à la tête de vingt millede ses sujets, etdequelquesTlaxcaltéques. Ils allèrent ensemble passer la nuit à Tlalmanalco, sur la frontière, où était l'armée des Chalcas. Le lendemain il arriva environ cinquante miîle hommes que Ixtlilxôchitl avait fait rassembler dans les provinces les plus rapprochées, et soumises au royaume de Tezcoco. Le jour suivant on partit après avoir entendu la messe, et l'on marcha contre Tennemï, qui occupait une hauteur très-élevée et très-âpre : les femmes et les enfants étaient au sommet , les soldats et les gens de guerre sur les flancs. L'attaque fut donnée sur trois poi-nts différents ; l'avant-garde était extrêmement exposée à cause de grosses roches que l'ennemi qui occupait les hauteurs faisait

rouler sur ceux qui voulaient monter. Ce fut cause que nous perdîmes beaucoup des nôtres; deux Espagnols moururent; il y en eut plus de vingt de blessés. En voulant s'avancer davantage , ils se virent cernés par une grande multitude de gens de guerre qui couvraient la campagne pour prêter secours à ceux qu'on avait entourés. Nos troupes furent donc forcées de tourner leurs armes contre ceux qui étaient dans la plaine; on commença avec eux une cruelle bataille, et les alliés furent bientôt vainqueurs. Ils allèrent prendre position sur une autre hauteur voisine , où étaient quelques villages; ils y trouvèrent de la résistance, mais ils ne tardèrent pas à mettre en fuite ceux qui loccupaient. L'armée de Cor tes y passa la nuit et le jour suivant ; elle se porta de nouveau à la première montagne où était la force principale de l'ennemi. On reconnut en peu d'heures par où on pouvait l'emporter. Les nôtres gravirent jusqu'au sommet, alors les ennemis

D^IXTLILXÔCHITL. 37

se rendirent et demandèrent quartier. On reçut leur soumission sans leur faire ancuq mal. Ils envoyèrent dire à leurs amis de se rendre aux chrétiens et aux Aculhuas; ce qu'ils firent. Cortès et les alliés restèrent deux jours dans cet endroit ; ils dirigèrent les blessés sur Tezcoco , et ils partirent pour Huastepec» où était une armée nombreuse.

Le soir ils arrivèrent à une grande maison de campagne , près de laquelle était un jardin, et ils y passèrent la nuit. Les habitants étaient sans défiance^ ils prirent la fuite le lendemain matin; les nôtres les poursuivirent ju$qu'à Xilotepec, et ils tuèrent un grand nombre d'ennemis qui ne se tenaient pas sur leurs gardes. Les habitants de Yautepec se rendirent sans coup férir. De Xilotepec , les alliés allèrent à Quauhnahuac , place trèsforte et très-importante. Comme les naturels étaient soumis à leur souverain, ils étaient en guerre contre Ixtlilxôchitl , et soutenaient le parti 'de son frère Cohuanacoxtzin et des

Mexicains. IxtIilxôchitI les fit sommer de déposer les armes, mais ils s'y refusèrent : on fut donc forcé de les combattre. On les attaqua dans une position montueuse et difficile , n'ayant pas pu le faire dans un endroit plus favorable. En peu de temps ils furent taillés en pièces ; ceux qui purent prendre la fuite se réfugièrent dans les montagnes voisines. On brûla leurs meilleurs villages. Le gouverneur de cette province et la plupart des habitants, voyant qu'ils étaient vaincus, vinrent demander grâce à IxtIilxôchitI , et le prier d'intercéder pour eux auprès des chrétiens, promettant, pour témoigner leur reconnaissance, de s'unir à eux contre les Mexicains. IxtIilxôchitI fut très-satisfait de recevoir ce message ; il leur pardonna , et les conduisit devant Cor tes pour les faire recevoir en amis; car ils se repentaient déjà de ce qu'ils avaient fait.

L'on partit ensuite pour Xôchimilco, etdeux jours après l'on arriva prés de cette ville , qui

d'ixtljlxôchitl. 39

était très-grande, bien fortifiée et entourée d'eau. Les habitants et les Mexicains qui la défendaient levèrent les ponts , ouvrirent les digues y et se préparèrent à recevoir Tennemi, comptant sur leur grand nombre et sur^ l'avantage de leur position pour repousser les agresseurs. Les nôtres commencèrent Vattaque : ils se battirent si bien qu'ils se rendirent maîtres de la première muraille^ jusqu'au pont principal qui était le plus fort de la ville. Les Xôchimilcas montèrent dans les canots et combattirent toute la journée. La nuit étant venue , ils mirent en sûreté les femmes, les vieillards et ce qu'ils possédaient, et le lendemain ils rompirent le pont : mais bientôt on se mit à leur poursuite et on les chassa de la ville. Ils se rallièrent dans une plaine , se battirent avec valeur comme de braves gens, et firent courir de grands dangers à nos troupes. Peu s'en fallut qu'ils ne s'emparassent de Cortès qui était tombé de son cheval qui était harassé de fatigue. Les

Espagnols, les Aculhuas et les autres alliés arrivèrent à Tinstant, et firent prendre la fuite aux ennemis. Cependant on ne les poursuivit pas; on revint à la ville pour rétablir les ponts, que Ton barricada avec des démolitions et des pierres. Quand on y fut arrivé on trouva les cadavres de deux Espagnols qui avaient quitté le corps de l'armée pour piller.

Quauhtemoc, ayant appris ce qui se passait^ envoya aussitôt par terre et par eau plus de quinze mille hommes. Les nôtres les reçurent vigoureusement, les vainquirent, brûlèrent les maisons et les temples de la ville. Ces faits et plusieurs autres, que Ton passe sous silence , eurent lieu quatre jours après que l'on y était entré. Cortès et les alliés quittèrent cette place pour se rendre à Culhuacan, à deux lieues en deçà de Mexico. Les Xochimilcas les attaquèrent pendant la route, mais ils furent battus en peu de temps.

Quand on arriva à Culhuacan , on trouva

d'ixtulxôgmitl. 4^

cette ville alimndonnée ; on s'y^ reposa deux jours. Après avoir bien exploré la place pour pouvoir faire le siège de Mexico^ on brûla les temples , les principaux édifices » et Ton partit pour la capitale.

Les alliés attaquèrent la première enceinte, et s*en rendirent maîtres avec beaucoup de peine : un grand nombre d'Indiens y périrent , et beaucoup d'Espagnols furent blessés. On revint à Tezcoco, après avoir bien reconnu rendroit par où l'on pourrait prendre la ville 9 et les parties du lac où les brigantins pourraient naviguer. Beaucoup d'autres événements se passèrent dan^ cette journée; l'on perdit encore des Aculhuaset nombre d^alliés qui étaient à l'avant^arde.

Lorsqu'on arriva à Tezcoco , le canal était presque achevé, il avait plus d'une demilieue de long , douze ou treize pieds de large sur deux, toises et plus de profondeur. Les bords étaient palissades, et garnis de fortes murailles. On mit cinquante jours à faire

4 3 BELATION

ce travail, et quarante mille hommes y furent employés (i). C'étaient des habitants du royaume de Tezcoco qulxtlilxôchitl avait lait venir exprès : huit à dix mille travaillaient chaque jours. On trouva dans cette ville plusieurs seigneurs de différentes provinces soumises à ce souverain, et qui étaient venus pour le reconnaître , pour s'allier aux chrétiens et leur prêter secours dans leurs guerres contre les Mexicains. Ils avaient d'abord été du parti d'Ixtlilxôchitl , mais plus tard ils s'étaient insurgés contre lui. Ce prince fut très-satisfait de les voir, il leur ordonna de se pourvoir de tous les objets nécessaires, de rassembler des troupes , de faire des provisions , et lui - même s'occupa de semblables préparatifs dans les royaumes des Aculhuas, ses sujets, et dans les autres provinces qui étaient sous sa dépendance. Il fallait que dans dix jours tous fussent à Tezcoco.

(i) 11 y a quatre cent mille hommes dans le texte , mais c'est sans doute une inadvertance du copiste ( Noie de Védit, 3fex. \

d'ixtlilxôchitl . 4^

Cortès envolya des ordres semblables aux souverains deTlaxcalan , de Huexotzinco et de Cholula.

Le lendemain de la Pentecôte, toute l'armée étant réunie à Tezcoco , Cortès passa en revue les Espcignols et Ixtlilxôchitl inspecta ses troupes. Il y avait en tout deux cent mille hommes de guerre, et cinquante mille ouvriers pour construire les ponts et pour les autres travaux. On comptait cinquante mille hommes de Ghalco , d'Itzocan , de Guauhnahuac, de Tepeyac et d'autres provinces dépendantes de Tezcoco , et situées vers le midi. Cette ville et son territoire avaient fourni cinquaiitemille hommes, sans compter huit mille chefs , bourgeois ou habitants de Tezcoco. Les provinces de Otumba , Tolantzînco , Xilotepec, et quelques autres qui sont Aculhuas, et qui dépepdent de Tezcoco, en avaient fourni cinquante mille; il y en avait autant qui était le contingent des Tziuhcobuacas, des Tlalahuhquitepèques, et d'autres naturels

44 relahobt

qui habitent le nord » et qui sont sous la domination de Tezcoco ; enfin , ainsi que je Tai dit, ils étaient en tout deux cent mille hommes. Ixtlilxôchitl fit rassembler tous les canots ; une partie marcha avec lés brigantins , le reste porta les vivres et toms les objets né* cessaires à Farmée. Le ifième jour chaque chef des Tlaxcaltèques, des Huexotzincaset des Chololtèques passa ses sujets en revue ; on trouva qu il n'y avait pas moins de trois cent mille hommes de guerre.

Cortés , voyant la multitude de partisans qu'il avait, les divisa de cette manière : d'un commun accord avec Ixtlilxôchitl et la plu-* part des auti^es chefs , il commanda à Pedro Alvazado de se rendre à Tlacopan avec trente cavaliers, cent soixante fantassins et cinquante mille naturels de Qtumba , de Tolantzinco et d'autres nations ;^ Ixtlilxôchitl donna , à son frère Quauhtliztactzin , l'ordre de les accompagner. Les chefs Ghiautla et Chichinquatzin marchèrent en qualité de

DlXTLILXÔCHITt. 4^

généraux, et lui-même partit avec eux à la tête de toute Tarmée^des TIaxcaltèques.

Christophe de Olid, qui était aussi Capitaine, reçut le commandemept de trente-trois cavaliers y de cent quatre-vingts fantassins espagnols, et de deux pièces d'artillerie, comme les autres, dont on a parlé (i); il avait aussi cinquante mille hommes de Tziuhcohuac et des provinces septentrionales sous les ordres de Tetlahuezhuezquititzin, frère d'Ixtlilxôchitl, et d'autres chefs ses amis : il devait se rendre à Coyoacan. Le capitaine Gonzalo de Sandoval partit avec vingt-trois cavaliers, cent sortante fantassins, et deux pièces d artillerie : il était soutenu par les habitants de Chalco , de Quauhdahuac , et de la plupart des provinces du midi^ qui étaient aussi nombreuses que les premières. Ces naturels avaient pour généraux leurs propres chefs et quelques frères d'Ixtlilxôchitl. Les Toltèques et les Huexotzincas faisaient partie du même corps

(i) L*antenr n'en a rien dit.

46 AELATION

d'armée , ils avaient ordre de se rendre à Ixtapalapan, de détruire cette ville, et de prendre position où ils croiraient convenable. Les cinquante mille travailleurs furent répartis entre tous ces corps, afin de construire les ponts et de faire les autres ouvrages utiles pour faciliter les opérations.' Certes prit le commandement de la flotte et des biMgantins. Ixtlilxôchitl . raccompagna avec seize mille embarcations qui portaient cinquante Dbille Tezcocanos ses sujets , et huit mille chefs trèsbraves : ils devaient combattre les naturels des lacs et ceux de la montagne.

Les habitants de Mexico ne prenaient aucun repos : les rois Quauhtemoc , Gohuanacoxtzin et Tetlepanquezatzin se préparaient à la défense ; ils faisaient tous les travaux nécessaires, fortifiaient leurs villes, -et rassemblaient plus de trois cent mille hommes. Ils envoyèrent faire des reproches à Ixtlilxôchitl sur sa conduite et sur ce qu'il protégeait les fils du soleil , trahissant sa patrie et ses pa-

d'ixtlilxôchitl, 47

rents (i). Celui-ci ne cessait de répondre qu'il voulait être l'ami des chrétiens qui lui apportaient les lumières de la foi ; que sa conduite lui mériterait le salut de son âme ; qu'il préfé- ' rait agir ainsi plutôt que de servir sa patrie et les siens, puisqu'ils ne voulaient pas lui obéir ; qu'en conséquence non-seulement il serait favorable aux chrétiens et les aiderait en tout , mais encore qu'il mourrait pour eux. Il ajou^ ta beaucoup d'autres raisons qui excitèrent l'indignation des Mexicains contre lui. Quauhtemoc et les deux autres souverains furent sommés de déposer les armes ; on leur fit part de la détermination d'Ixtlilxôchitl , on leur fit voir la force imposante des chrétiens , et on leur prouva qu'ils devaient être vaincus par plusieurs raisons; mais ils répondirent cour stamment qu'ils préféraient mourir en défendant leur patrie, que d'être esclaves des

(i) Ixtlilxôchitl fut la cause principale de la ruine des Mexicains ; que maudite soit son odieuse mémoire ( Note de tédil. Mex,),

fils du soleil , race cruelle et avare. Tels furent les motifs qui obligèrent Quauhtemoc et ses alliés à poursuivre leurs desseins; mais ce fut en vain, car Tezcoco , les royaumes , les provinces qui en dépendaient, et qui étaient de la plus grande importance soutenaient les chrétiens avec Tlaxcalan, Huexotzinoo etCholula. Si Tezcoco n'avait pas été de leur parti, ces provinces seules n'auraient pu fournir que peu de monde en comparaison des trois ^ principaux chefs-lieux , Tezcoco ^ Mexico et Tlacopan , et leur réunion n'eût été d'aucun effet. Les histoires prouvent clairement que les secours procurés aux Espagnols par Tezcoco , par Ixtlilxôchitl , par ses frères et par ses parents, qui lui étaient soumis , furent après Dieu la cause de l'introduction de la loi évangélique. Cette ligue fit que l'on s'empara de Mexico et des autres villes avec beaucoup moins de peine et de pertes que si Tezcoco et ses provinces ne se fussent déclarées en faveur des chrétiens.

d'ixtlilxôchitl. 49

Toutes ces choses s'étant passées, Ixtlilxôchitl donna Tordre à son frère Ahuaxpictzoct*^ zin de fournir régulièrement des troupes pendant la guerre , et d'apporter les vivres , les armes , et tous les objets nécessaires aux Espagnols et à leur armée. Il lui recommanda de prévenir les Aculhuas et tous ses sujets de se tenir prêts en cas que l'on eût besoin d'eux. Ahuaxpictzoctzin se conforma ponctuellement aux volontés de son frère, et l'on ne manqua de rien durant toute la campagne.

Aussitôt que tout fut en ordre, l'armée entière partit de Tezcoco pour se rendre à Mexico, le onzième jour du troisième mois in dien, nommé Hueytezoztli , ce qui vçut dire gi^ande veille ; c'était la dixième de la semaine Matlactiiomomecalli , casa ( maison )n° 12, qui 9 suivant notre calendrier, se rapporte ordinairement au 10 mai. Cortès et les Espagnols étaient restés cinq mois à Tezcoco pour &ire les préparatifs dont nous avons parlé.

L'aspect que présentait cette armée si belle et 8. 4

.rr

5o RELATION

si puissante , lorsqu'elle sortit de la ville , et l'ordre avec lequel chaque général conduisit son coiT)S à l'endroit qui lui avait été indiqué, offrirent le spectacle le plus majestueux que l'on eût jamais vu dans le pays.

Alvarado et Christophe de Olid se rendirent à Aculma, où ils passèrent la nuit ; ils se portèrent ensuite a Tlacopan, et n'y éprouvèrent qu'une faible résistance ; il y avait trois jours qu'ils étaient partis de Tezcoco. Le lendemain, Christophe de Olid, Tetlahuehuezquititzin , et les autres seigneurs et chefs indiens se rendirent à Chapultepec , où ils détruisirent les canaux de l'aqueduc. Ils privèrent les Mexicains d'eau , malgré la vigoureuse défense que ceux-ci firent par terre et sur le lac; efforts qui furent inutiles, car ils ne purent résister à la furie des nôtres, qui se replièrent ensuite sur Alvarado pour le soutenir. Cet officier ouvrait des passages pour la cavalerie, faisait faire des ponts et creusait des canaux, opération qui employa trois jours, et

d'ixtlilxôchitl. 5i

qui fit beaucoup souffrir les naturels. Un grand nombre moururent en combattant, ou en réparant les travaux que l'ennemi ' avait détruits. Quelques Espagnols furent aussi blessés; ils s'emparèrent de plusieurs ponts et de certains ouvrages de défense. Alvarado, Ixtocquatzin et plusieurs chefs se rendirent ensuite à Tlacopan. Olid partit avec d'autres pour Coyôacan ; il se rendit maitre de plusieurs villages qui sont de ce côté , se fortifia dans l'habitation des seigneurs, et pendant huit jours il ne cessa de se battre contre les Mexicains.

Gonzalo de Sandoval marcha sur Ixtapala* pana la tête des habitants de Chalco et d'autres naturels. Aussitôt qu'il fut arrivé, il attaqua la ville :les habitants se défendirent le mieux qu'ils purent; mais, se trouvant très-vivement pressés , ils abandonnèrent la place et se jetèrent dans Mexico avec leurs femmes et leurs enfants. Sandoval et les autres chefs s'étant aperçus qu'Ixtapalapan avait été évacué.

5 a RELATION

y entrèrent, brûlèrent un grand nombre de

maisons et de temples pour que les ennemis

ne trouvassent pas à se loger.

Côrtès et Ixtlilxôchitl s'approchèrent de

Mexico avec les brigantins et seize mille canots montés par leur armée. Ils commencèrent Fattaque sur la grande roche , où se trouvaient une réunion considérable de troupes , des femmes et des enfants ( i ). On s'en empara , on monta jusqu'au sommet avec beaucoup de peine, car elle était très - escarpée , très«^élevée, et la plus grande force de l'ennemi y était réunie. Tous furent tués, excepté les femmes et les enfants ; mais les nôtres firent des pertes considérables : il y eut vingt -cinq Espagnols de blessés.

Les Mexicains ayant appris , par ceux qui

(i) Cette roche est mainlenaiitune carrière de tzoutle , elle appartient aux parents de Girtès , on la nomme elpehol del marquez j la roche du marquis ( JVoie de redit, mex, ). Molina dictionnaire mexicain, ne donne pas la signification du mot tzouile, on ne le trouve ni dans Hernandez , histoire naturelle du Mexique, ni dans le grand dictionnaire de l'académie dé Madrid.

DIXTLILXÔCHITL. 53

étaient sur le rocher , que les chrétiens s'approchaient de Mexico dans des brigantins et des canots , s'avancèrent à leur rencontre. Avant qu'ils ne fussent descendus du rocher , cinq cents canots mexicains , les meilleurs pour la guerre, vinrent reconnaître l'ennemi. Dès qu'ils furent près des alliés ils se mirent en ligne pour attendre le reste des leurs , se croyant trop peu nombreux pour pouvoir livrer le.combat et se trouvant fatigués. En peu d'instants il se réunit un si grand nombre de canots , que le lac entier en était couvert. Au moment où nous allions commencer l'attaque , il s'éleva un vent trèsfavorable, et qui influa beaucoup sur le résultat de cette affaire. Aussitôt Cortès et Ixtlilxôchitl donnèrent l'ordre de commencer l'action sur tous les points en même temps, et de refouler l'ennemi dans Mexico; chaquecanot fut attaqué corps à corps. Les Mexicains combattirent bravement; jusqu'à ce que voyant le vent contraire, ils finirent par prendre la fuite

avec tant de précipilation, que leurs embarcations se choquaient les unes contre les autres, se brisaient et coulaient à fond. Tous ceux que Ton atteignit furent tués , malgré leur résistance. Les Mexicains qui purent s'échapper se réfugièrent dans la ville; mais on prit une multitude de nobles, de chefs et de principaux personnages. Le nombre des morts fut si considérable, que tout le lac était teint de sang, et en vérité Ton n'aurait pas cru que c'était de l'eau ; nous restâmes maîtres du lac.

Dans ces entrefaites Al varado, Olid et leurs troupes entrèrent par les chaussées , s'emparèrent de quelques ponts et de plusieurs fortifications, malgré l'opposition des Mexicains. Cortès, Ixtlilxôchitl et les siens leur prêtèrent main-forte, pénétrèrent plus avant; et ne trouvant plus d'ennemis sur l'eau , car leur premier malheur les avait déjà épouvantés, ils se dirigèrent sur la route de Ixtapalapan , attaquèrent deux tours et deux temples envi-

d'ixtlilxôchitl. 55

ronnés de murs construits en chaux et en pierres , et s'en rendirent maîtres avec bien des difficultés 9 car un grand nombre d'ennemis les défendait. Pour chasser de la chaussée ceux qui nous barraient le chemin, on tira trois coups de canon qui firent beaucoup de mal; mais c'était le reste de la poudre, et on cessa le combat parce qu'il était trop tard. On passa la nuit dans cet endroit. Ixtlilxôchitl expédia à Coyôacan un message^ pour faire venir la moitié de l'armée des'Ghalcas, et Cortès envoya chercher cinquante Espagnols et de la poudre.

Le lendemain on recommença les hostilités, oi> s'empara d'un pont, et l'ennemi fut poursuivi jusqu'aux premières maisons dç Mexico ; il se passa d'autres événements fort importants : beaucoup d'Indiens furent tués départ et d'autre. Les travailleurs qu'Txtlitxôchitl avait conduits à cet effet , ouvrirent une tranchée dans la chaussée , près de notre c^mp , pour faire passer quatt^e brigantins et cinq

mille canots y dans l'intention de pçnétrer dans la laguna dulce ( le lac d'ejau douce ). Quand on y fut entré, on détruisit en peu d'heures tous les canots qui s'y ti^ouvaient, et l'on fît un grand carnage. Le jour suivant au lever du soleil , on se battit sur plusieurs points avec plus d'acharnement que jamais. Le capitaine Sandoval se présenta avec quelques Espagnols, après avoir laissé les alliés avec Christophe de Olid, d'après les ordres de Cortés et d'ixtlilxôchitl. Au moment où cet officier aiTivait pour secourir Cortès , il eut le pied traversé d'une flèche; beaucoup d'autres furent blessés , et quelques naturels furent tués , car ils étaient à l'avant - garde. Néanmoins ils se battirent ai bien , qu'ils taillèrent en pièces yn grand nombre d'ennemis. Ixtlilxôchitl lui-même en tua beaucoup : d'un seul coup il coupa les jambes à un chef mexicain très- brave, avec une épée que Gortès lui avait donnée.

Tous les villages des environs de Mexico

étant pris et dévastés , Cortès et Ixtlilxôchitl ordonnèrent à leurs troupes de camper dans lès endroits qu'elles jugeraient les plus convenables, et de se pourvoir de vivres et des autres objets nécessaires. Elles y employèrent six jours. On découvrit plusieurs endroits par où les brigantins pourraient entrer dans la ville.

Les hostilités continuaient toujours avec force. Les habitants de Tezcoco et leurs alliés pénétrèrent dans Tintérieur de la ville, et s'emparèrent des maisons les plus avancées ; ils eii brûlèrent d'autres et environnèrent la place de quatre côtés. Cortès et son cher Ixtlilxôchitl se placèrent du côté de la route qui coupe le lac près des deux temples de Tlacopan, qu'avaient pris quelques jours auparavant Pedro de Alvarado et ses alliés. Christophe de Olid occupa la chaussée de Coyôhuacan, et Gonzalo de Sandoval prit position du côté du nordi II était sans cesse attentif à empêcher

Fennemi de ravitailler la place et d'y introduire des arnitîs et des troupes.

Quand tout fut prêt, on convint d'attaquer la ville d'un commun accord et de s'efforcer

de s'en rendre maître; Gortès et Ixtlilxôchitl,

par la chaussée que l'on appelle aujourd'hui de Saint- Antoine; Pedro de Alvarado et Gonzalo de Sandoval , chacun de leur côté. Christophe de Olid , la moitié des Espagnols et quelques chefs indiens qui lui étaient restés avec quinze mille alliés, eurent ordre d'occuper la route de Culhuacan pour empêcher qu'il n'entrât des secours du côté de Xochimilco et des autres pays amis des Mexicains. Les brigantins et les canots se rangèrent des deux côtés de la chaussée afin de protéger les flancs des alliés.

De très - bon matin , Gortès s'avança avec deux cents Espagnols, et Txtlilxôchitl à la tête de huit mille guerriers; mais déjà les assiégés étaient sur leurs gardes, bien armés, et préparés à faire une vigoureuse défense. Ils avaient

d'ixtlilxôchitl. 69

coupé la chaussée en travers, et ils Favâient creusée assez profondément pour qu'il fût impossible de passer.

Ixtlilxôchitl , qui avait avec lui vingt mille hommes pour ouvrir les routes et combler les mauvais pas, ordonna de remplir cette excavation avec des pierres et des fascines, ce qui fut fait en un moment, quoiqu'avec beaucoup de peines; car les ennemis lançaient de l'autre côté une grêle de flèches et de pierres. Ce travail étant achevé, nos troupes passèrent du côté opposé; le combat commença, et en quelques heures les Mexicains furent vaincus : on les poursuivit jusqu'à l'entrée de la ville. Ils se fortifièrent si bien dans une grande tour qui était auprès d'un pont fort élevé , que les nôtres ne pouvaient pas les en chasser. Les brigantins et les canots attaquèrent la tour par eau , et peu d'heures après , grâce à ce secours qui fut très-utile, on l'emporta. Alors toute l'armée passa de l'autre côté sur les brigantins et les canots. La plu-

6o RËLATIOM

part des naturels traversèi'eiit à la nage. IxtIilxôchitI ordonna à ses travailleurs de barricader ce pont avec des pierres et des démolitions ; lui , Cortcs et les siens s'avancèrent jusqu'à une muraille où commençait une des principales rues qui était très-large ; ils s'en emparèrent et poursuivirent les Mexicains jusqu'à un autre pont qui était enlevé comme les autres. Des ennemis traversèrent sur une seule poutre ; un grand nombre passèrent à la nage. Dès qu'ils furent sur l'autre bord ils retirèrent la poutre. Les nôtres étant arrivés, IxtIilxôchitI envoya chercher la moitié de ses gens qui venaient de terminer l'autre pont. Ils commencèrent aussitôt la même opéi^ation à celui-ci ; un grand nombre de soldats les aidèrent, malgré le danger qui était extrême* L'ennemi en tuait considérablement à coups de flèches et de pierres qu'il lançait du haut des terrasses, des maisons. Les Espagnols protégeaiéntà coups de mousquets et d'arquebuses les ti^avàilleurs qui étaient très- nombreux.

D ] XTLILXÔGHITL. 6 1

On tira deux coups de canon qui £rent un mal considérable aux assiégés. Une partie de Farmée passa de l'autre côté et attaquâtes Mexicains : ceux-ci furent bientôt mis en fuite. Au même moment, le pont étant achevé, tout le reste de l'armée tra versa ^ poursuivit l'ennemi jusqu'à un pont qui est près d'une des grandes places de la ville. Les nôtres pénétrèrent dans les maisons sans éprouver beaucoup de perte, quoiqu'il y eût un grand nombre d'ennemis. Cependant on ne cessa de combattre Jusqu'à ce qu'on les eût misen fuite un à un. Les assiégeants les poursuivirent jusqu'au grand temple de Huitzilopoxtli , pénétrèrent dans la cour, la firent évacuer, tuèrent tous ceux qui résistèrent, montèrent à la tour, et renversèrent un grand nombre d'idoles, surtout dans le grand sanctuaire où était Huitzilopoxtli. Cortés et bctlilxôchitl arrivèrent tous deux en même temps et s'emparèrent de l'idole. Cortès prit le masque d'or qu'elle avait sur la figure; et les pierres précieuses qui y étaient enchàs-

6 a RELATION

sées. Ixtlilxôchitl coupa la tête de cette statue* que peu d années avant il adorait comme un dieu. Tout, cela ne se fit pas sans danger ; les ennemis leur lançaient continuellement

une nuée de pierres et de flèches , et une multitude de chefs mexicains défendirent courageusement leurs divinités, jusqu'à ce qu'ils eussent été chassés des sanctuaires des temples; car Quauhtemoc avait fait de vifs reproches à ses sujets d'avoir pris la fuite devant les fils du soleil, et d'avoir abandonné leurs dieux. Les assiégés, s'étant réunis en aussi grand nombre qu'ils purent , attaquèrent les nôtres et se battirent si vaillamment qu'ils les mirent en fuite. Gortès et Ixtlilxôchitl les retinrent quelque temps en combattant à leur tête; Ixtlilxôchitl tua même le général des Mexicains, qui était armé d'une lance espagnole que quelques jours avant il avait prise à un chrétien qu'il avait tué. Ixtlilxôchitl le renversa de trois coups d'épée , lui fendit la tête en deux d'un coup de massue , et lui coupa une oreille.

D IXTLILXÔCHITL. 6 3

Les ennemis, ayant vu tomber leur général , entrèrent dans une telle fureur et chargèrent nos guerriers avec tant de violence , qu'ils les refoulèrent jusque dans la place. Ceux-ci rentrèrent dans le temple; cependant, voyant qu'il était tard, ils retournèrent à leur camp. Ixtlilxôchitl fit brûler les maisons qui se trouvaient dans la rue où il passait. En se retirant l'on chargea les Mexicains si vigoureusement^ qu'à peine en échappa-t-il quelques-uns. Comme les ponts étaient gardés, les nôtres effectuèrent facilement leur retraite. Alvarado , Sandoval et les chefs amis combattirent ce jour-là avec beaucoup de valeur, ils se rendirent maîtres de plusieurs ponts et de plusieurs murailles.

Le lendemain • Ixtlilxôchitl reçut un "- ( cours de cinquante mille hommes , tous Aculhuas, ses sujets, que lui avait envoyés son frère Ahuexpitzactzin. Il en garda trente mille pour lui, en ej^pédia dix mille à Alvarado et à ses alliés, qui était sous le commandement

64 RELATIOH

de Quûhutliztactzin. Gonzalo de Sandoval en reçut dix mille, car tous se trouvaient dans une position difficile. Ixtlilxôchitl ordonna aux blessés et à ceux qui étaient hors de combat de se rendre à Tezcoco pour se faire guérir; ils étaient en tout cinq mille.

Quelques historiens , surtout les Espagnols , ont écrit qu'Ixtlilxôchitl s'était présenté d'après Tordre de son frère Tecocoltzin à la tète de cette armée de cinquante mille hommes; ceci est tout à fait inexact. Don Alonzo Axayaca, les peintures, les relations des naturels^ et particulièrement une que je possède en langue toltèque, ou bien en mexicain, comme on dit aujourd'hui , prouvent le contraire. Cette relation est signée par tous les pl^ncipaux vieillards de Tezcoco, confirmée et certifiée par la plupart des chefs et des plus anciens habitants de ce pays. Tecocoltzin n'existait déjà plus. Je suis ces autorités dans la rédaction de cette histoire, parce que ce sont les plus véridiques; et parce que les au-

leurs de ces écrits et de ces peintures se

trouvèrent présents dans ces circonstances.

Plusieurs d'entre eux que j'ai connus dans uù

âge fort avancé, et qui sont morts il y a peu

de temps , m'ont conté de vive voix comment

l'affaire s'était passée , et c'est tel que je l'ai

rapporté. Lorsque Cortès et ses alliés partirent

de Tezcoco, Ixtlilxôchitl vint avec lui, il se

trouva pendant les quatre-vingts jours que

dura la guerre de Mexico sans s'absenter un

seul jour. Il était constamment en tête comme

un chef valeureux, et il exposait souvent sa

vie pour protéger les Espagnols contre leurs

ennemis les Mexicains. Sans lui , sans ses

frères, ses parents et ses sujets, dans plu-

sieui's circonstances on aurait tué tous les

chrétiens sans qu'un seul échappât ; et je. suis

fort étonné que Cortès , dont ce prince était

le plus grand ami, l'allié le plus loyal qu'il

eût jamais, que Cortès, dis-je, qui n'a cou

quis que par l'aide et le secours de ce prince .

n'ait point parlé de lui, de sa bravoure et 8. 5

66 llÈtAtlOlC

de ses actions héroïques aux auteurs et aux historiens, afin d'empêcher que sa mémoire ne fût ensevelie dans Toubli , lui qui ne reçut pas la moindre récompense du chef espagnol (i). Non-seulement il lui a ravi tout ce qu'il avait hérité de ses ancêtres , mais encore on a dépouillé ses descendants de quelques maisons et d'un peu de terre où ils vivaient. Je surs certain que si Fempereur notre maître en eût été instruit, il aurait confirmé Ixtlilxôchiil dans la possession de ce qui lui venait de ses pères , et même il lui aurait accordé les récompenses les plus signalées. C'est ainsi que personne n'a gardé le souvenir des Aculhuas de Tezcoco, et des principaux chefs, qui étaient tous d'une même famille. On ne se souvient que des Tlaxcaltéques , qui , d'après le rapport de tous les historiens , venaient

(i) Voilà conune le diabl« récompense tes bons serviteurs. Quoique cette digression soit ennuyeuse , on doit la pardonner à Tauteur, puisqu'elle contient des rérités importantes que nous ne devons pas laisser ignorer aux amis des Espagnols. {Noie de redit, mex, )

D IXTLILXÔCHITL. 67

plutôt pour voler que pour rendre des services, comme cest évident. A Tezcoco même, et dans d'autres pays alliés des chrétiens» ils ont pillé les maisons, et spécialement les palais de Ne^hualpilzintli ; il^ ont brûlé les plus beaux appartements qui s'y trouvaient, une partie des. archives royales , et ce sont eux qui furent les premiers destructeurs des histoires de ce pays. Bien des personnes sont d'avis qu'on ne se souvient de. ces gens-là que parce que partout où ils passaient Us ne chercliaiept qu'à voler ce qu'ils trouvaient On prétend que tout l'or qu'ils prenaient ils le donnaient aux Espagnols ; qu'il en soit ainsi, néanmoins est-il vrai qu'ils s'emparaient de tout ce qui leur, tombait sous la main. S'ils protégeaient les chrétiens , les Aculhuas, la plupart des provinces et des villes qui dépendaient d'eux les protégeaient aussi; et ilfi n'agissaient pas de même : ils avaient pitié des femmes, des enfants, des vieillards qui défendaient leurs propriétés,

6d RELATIOIC

priaient qu'on leur en laissât la possession ; et que Ton se contentât d'avoir arraché la vie i leurs maris , à leurs pères ou à leurs enfants. Un grand nombred'entreeuxavaientà Mexico beaucoup de parents et d'alliés ; quelques-uns combattaient même contre leurs pères , leurs oncles, leurs frères, particulièrementlxtlilxôchitl, ses frères, et les autres chefs qui se battaient contre ses propres frères, oncles et parents. II est même arrivé souvent que pendant que ce prince se battait contre quelqu'un des siens , ses oncles , du haut des maisons , l'accablaient d'injures , rappelaient traître à sa patrie et à sa famille , et lui adressaient d'autres reproches durs. Véritablement ils avaient raison; mais Ixtlilxôchitl combattait sans répondre , parce qu'il préférait l'amitié et le sàlut des chrétiens à tout le reste. Le roi Quahutemoc en était désespéré, il ne pensait plus pouvoir vaincre les Espagnols; Cohuanacoxtzin, roi de Tezcoco, et qui n'en avait que le titré , était de la même

d'ixtlilxôchitl. 69

opinion, ainsi que Tetlepanquetzatzin, sou-^ verain de Tlacopan ; car Tezcoco , ses provinces et ses villes étaient du parti des chrétiens , comme on Ta vu dans cette histoire , et comme on le verra encore par la suite. On doit considérer aussi que Chalco , Quaunahuac , Itzocan , Tepeaca , Tolantzinco , d'autres royauines et d'autres provinces s'allièrent aux nôtres lorsque Tlaxcalan^et Huexotzinco(i;, qui dépen-. daient du royaume de Tezcoco , comme le prouvent les historiens , eurent consulté Tez-? coco, leur çhef-lieu, avant de prendre parti pour les chrétiens. Tecocoltzio et Ixtlilxô-^ chitl furent aidés par ces naturels , qui leur obéiren^en tout , comn^ aux fils de leur roi Nezahualpiltzintli;. c'est une chose certaine^ et les écrivains s'accordent à dire, que, si ces pays n'avaient pas été soumis à Tezcoco , il aurait été impossible de les attirer à notre parti; et si quelques-uns seulement s'étaient monti^és,

(i) L'historien peut se tromper ici , Tlaxcalan était aussi indépendant de Mexico que de Tezcoco ( Note dç ledit, Mejç.)^

e: 1 ;i v^ :>-;'•■ iiiLMs ! i....':-!c:Ljxn6lrT,nM q T T.i-.'a!iui îc -.ac:.;c::i'iiL.(i;,quiùvi)t. liâ-ti: :.L riy-iLOit; :/• T^zcoco, cuiuui' pi-;--t^:.ea Jia.-un,".«ij. eurent cousult'. icuc:. Jiîur <uiitf-ùsi>,4vaDt depi-euaM; m poar jfis cijetjeii»- Tecocoltzin ei nu, chiti fûTCAt ûks par qcs utiir^ . c.

^^Mmlm^pilInDtU; c'esl et lacern;

rat été iapos&ibli

^iix en firent

1 on fut au prc-

t sur des brigan-

Is commencèrent

lu pont et d'une mu-

pour nous , il en serait né des dissensions qui auraient causé de grands malheurs.

Deux jours après que les cinquante mille hommes furent ari^ivés de Tezcoco, les habitants de Xochimilco, et d'autres yilles delà nation Otomi, vinrent ofifrir à Cortès leurs secours , elles objets nécessaires pour la guerre. Ils prièrent Ixtlilxôchitl d*intercéder près du chef espagnol pour qu'il oubliât le ])assé. Ce prince lui parla dans ce sens , lui fit entendre que ces gens deviendraient ses alliés , et qu'ils pouvaient rendre de grands services parce qu'ils habitaient les lacs et qu'ils avaient beaucoup de barques. Cortès accepta cette pcpposition avec beaucoup déplaisir; il leur dit de l'ctourner chez eux, de revenir dans trois jours à son camp avec le plus de monde qu'ils pourraient rassembler, et d'amener tous leurs canots, parce que l'on combattrait sur les brigantins et sur les embarcations de Tezcoco et de Ixtapalapan , dans les canaux et dans les lacs. Les Indiens se conformèrent aux ordres

D'iXTLILxâcHlTL. ^ I

de Cortcs; .et, le jour convenu, tous furent réunis au camp. Depuis lors, chaque soir ils sortaient dans le lac et rôdaient autour de la ville , pour voir si Ton introduisait des vivres. Dans ces expéditions ils tuaient ou faisaient prisonniers les gens qui conduisaient des provisions 9 et ils s'en emparaient

L'on ne se battait pas dcpuiscinq jours , Tennemi avait profité de ce repos pour ouvrir les passages que les nôtres avaient encombrés; il avait construit des enceintes et des remparts meilleurs que les premiers; la place était fournie de troupes , de munitions , et les Mexicains nous attendaient de pied ferme. Cortès et Ixtlilxôchitl , après avoir entendu la messe, sortirent de leur camp avec toute Farmée ; ils s'avancèrent par terre et par eau contre la ville ; les autres généi^aux en firent de même de leur côté. Quand on fut au premier pont, les alliés passèrent sur des brigantins et dans des canots; ils commencèrent l'attaque , s'emparèrent du pont et d'une mu-

raille, et repoussèrent lesMexicainsjusqu'à un autre pont, où ceux-ci se fortifièrent. Nos troupes l'emportèrent encore, mais avec beaucoup de peine, et elles poursuivirent les assiégés de pont en pont jusqu'à la place. Ixtlilxôchitl ordonna à ses deux mille travailleurs de combler l'intervalle des ponts et d'ouvrir le chemin. Presque toute la journée fut employée à cette opération par Cortès, Ixtlilxôchitl et ses soldats. Un grand nombre d'Indiens furent tués de notre côté , et plusieurs Espagnols [périrent dans des embuscades; cependant on combattit si vigoureusementpendant quelques heures, qu'on força les assiégés de se retirer dans les maisons et dans les temples , où ils se fortifièrent.

Au nombrcdeceux qu^Ixtlilxôchitl vainquit ccî jour-là, était un chef son parent, homme ti'ès-brave, qui mourut à la porte du temple principal. Ixtlilxôchitl enleva au vaincu une épée espagnole, que ce dernier avait prise à un chrétien qu'il avait fait prisonnier et tué.

D'iXTLtLXÔGHlTL. 78

Quelques jours avant , ce chef s'était battu à la tête des Mexicains , avec beaucoup de vaillance; mais ayant reçu quelques blessures non mwtelles , il avait pris la fuite et s'était retranché dans le palais de son frère Cacamatzin avec beaucoup d'autres chefs. Ixtlilxdchitl avait voulu inutilement pénétrer pour le prendre et le tuer. Il avait trouvé une forte résistance à la porte ; plusieurs personnes qui voulaient l'empêcher d'entrer tombèrent sous ses coups ; enfin voyant qu'il ne réussirait pas , et que les siens le pressaient d'aller secourir les Espagnols qui se battaient chaudement, il avait abandonné son entreprise et était retourné au secours des chrétiens. Ceuxci incendièrent les palais de Axâyaca et là maison des Oiseaux ( la casa de tas Aves^{i) , ce que les Mexicains virent avec une vive douleur, puis ils revinrent au camp. Les assiégés les poursuivirent dans leur retraite, et

(i) /^«cirez à l'ippendicela piècen*^ VK

74 KELITIOV

tuèrent ud grand nombre de TIaxcaltéques, qui étaient restés en annère chargés de butin. Le lendemain , avant la pointe du jour , les nôtres entendirent la messe et marché* rent contre la ville. Quoiqu'il fût de bien bonne heure, les ponts étaient déjà débarrassés des fascines qui les encombraient; la chaussée avait été coupée dans beaucoup d'endroits, comme tes Mexicains en avaieot rhabitude» Ils ne s'étaient pas reposés cette nuit-là, et le roi Quauhtemoc avait assisté en personne au travail. Aussi nos troupes ne purent-elles emporter que deux ponts , avec bien du mal ; et presque toutes les munitions furent consommées. Les Mexicains poursuivirent les alliés aussitôt qu'ils apprirent que ceux-ci battaient en retraite, et ils leur firent éprouver quelques pertes. Dans la journée Alvarado et Quauhtliztactzin forcèrent deux ponts ; ib brûlèrent quantité de ^^isons,'et taillèrent en pièces une multitude d'ennemis.

d'ixtlilxôghitl. 75

Les habitants de Cuitlahuac , de Mitqtiic, de Gulhuacan , de Mexic^lzinco et de Huitzilopoxco vinrent le même jour offrir leur alliance à Cortés , et prier Ixtlilxôchitl de défendre à ses troupes , et surtout aux habitants de Chalco , de les maltraiter, car chaque jour ceux-d les pillaient. Ixtlilxôchitl envoya dire aux chefs de Chalco de recommander à leurs gens de guerre d'épargner ces naturels , puisqu'ils étaient alliés et amis des enfants du soleil. H ordonna aux nouveaux arrivés de construire des maisons sur toute la chaussée pour le logement de l'armée, etprincipalementpour les Espagnols, car le temps de^)grandes eaux approchait; d'apporter des vivres et des présents pour Cortès, et d'amener tous les canots qu'ils pourrt&étlt réunir.

Cortès donna l'oixire aux brîgantins^ aux canots de Tezcoco et à tous ceux du lac d'eau douce de bloquer Mexico , de porter l'incendie partout, de faire prisonniers et de tucii. tous ceux qu'ils rencontreraient; puis il entra

76 RELATIOH

dans la ville avec Ixtlilxôchitl et son armée. Il essaya de s'emparer de la rue de Tlacopan, afin de pouvoir faire sa jonction avec Alvai^do , ce qui devait être extrêmement avantageux; il ordonna à cet officier et à Sandoval dagir de concert avec lui pour gagner le plus de terrain possible. Gortes ne put emporter que trois ponts dans toute la journée; il revint aussitôt reprendre sa position. Le lendemain il se dirigea sur Mexico et vers la même rue, il 8*empara d'une grande partie de la place y mais avec beaucoup de peine.

Ixtlilxôchitl tua un autre chef ennemi, et il lui enleva une épée que ce Mexicain avait prise à un Espagnol qu'il avait vaincu quelques jours avant

Alvarado résolut de pénétrer ce jour-là par la place de TIalteluIco. Il exécuta son projet à la tête de cinquante Espagnols. Les assises Fattaqucrent à son arrivée, et si Quauhtlizcatzin n'était pas survenu avec les siens, aucun d'eux n'aurait échappé. Malgré ses efforts»

D IXTLILXOGHILT. ^'J

quatre Espagnols furent pris par l'ennemi ; on les sacrifia sous les yeux de leurs compatriotes; les autres se retirèrent comme ils purent : cette afiTaire coûta la vie à un grand nombre de nos alliés. Le lendemain Cortès fit marcher son armée contre la place sans obtenir de résultat signalé, il donna Tordre à tous les chefs, aux brigantins et aux canots.d'atlaquer chacun de son côté.

Le jour étant venu , il divisa son armée en trois corps pour qu'elle pût marcher par trois rues difiërentes qui conduisaient à la place. Le trésorier, à la tête de soixante Espagnols , de huit cavaliers, de vingt mille sujets d'Ixtlilxôchitl et d'un grand nombre de ti^availleurs chargés de combler les canaux , les ponts et d'abattre les jhaisons , pénétra par une rue. Jeorge de Alvarado entra par une autre avec André dé Tapia, quatre-vingts Espagnols , et plus de douze mille alliés qu'Ixtlilxôchitl avait fournis. On laissa à l'entrée de cette rue deux pièces d'artillerie, huit

78 BELATION

cavaliers et quelques-uns de nos alliés. Corbès, IxUilxôchitl, cent Espagnols et huit milleauxiliaires tous bien armés, s'avancèrent par une ti'oisième rue : l'on attaqua Tennemi en même temps et Ton obtint de grands succès. Dans cette occasion Ixtlilxochitl asséna un coup d'ëpéeà un capitaine mexicaïUt et il lui coupa les deux cuisses en même temps. On tua un grand nombre d'ennemis, on s'empara des maisons et des ponts, jusqu'à la grande place, sans épargner personne , si bien que ce jourlà on croyait que Mexico serait pris. Le corps qui était sous les ordres du trésorier poussa jusqu'à Tlaltelulco; mais il abandonna un pont avant de le bien combler : il était situé où est aujourd'hui Saint-Martin , dans le quartier de Tlaltelulco. Cortès qui venait après lui s'avança avec les siens , tandis qu'Ixtlilxôchitl restait à l'arrière-garde pour tenir tète aux Mexicains. Pendant que le chef des Espagnols passait le mauvais pas, il trouva le trésorier qui battait en retraite

D'iXTLILXécHITL. «JQ

de son côte. Une gi^ande partie de ses troupes avait été massacrée, et les alliés avaient souffert des pertes considérables. Le porte-drapeau avait eu les bras coupés , et Télendard royal était tombé iau pouvoir de Fennemi, Quarante Espagnols environ avaient été tués ou faits prisonniers.

Cortès, voyant Facharnement des ennemis, trouva convenable de prendre aussi la fuite; mais lorsqu'on arriva au passage difficile y on n'osa le franchir qu'en se mettant à la nage y ou eu se tenant Fun l'autre parla main. Ixtliljràchitl qui survint oixlonna aux siens de tenir tête à Fennemi, il courut donner la main à GortèSi le retira de Feau, et coupa le bras à un Mexicain qui allait trancher la tête au général espagnol. C'est à tort que quelques Espagnols ont compté ce fait tout différemment, et qu'ils Font fait représenter suivant leur version sur la porte principale de Féglise de SaintJacques Tlaltelulco. Ce fut un religieux, qui devait êti^ un parent d'Oiea, qui fit

8o REWATION

peindre ce fait tout autrement qu'il ne sest passée On y voit Olea couper les bras au Mexicain qui veut prendre ou tuer Cortès , et retirer ce chef de Teau. On dira ce que l'on voudra , la vérité est qu^Ixtlilxôchitl sauva la vie à Cortès et qu'il lui fit de vifs reproches de ce qu'il s'était tant exposé. Il lui dit qu'à l'avenir il ne devait jamais marcher sans être accompagné d'un grand nombre d'alliés, parce que du moins ceux-ci pourraient soutenir les Espagnols, qui étaient en petit nombre, et que la perte d'un seul des leurs était phis considérable que celle de cinq cents de ses sujets.

Au mtbment où Ixtlilxôchitl retirait Cortès de Teau, il reçut une pierre à l'oreille gauche qui manqua de lui fendre la tête et de lui faire jaillir la cervelle. Se voyant blessé , il prit un peu de terre, l'introduisit dans sa blessure et se débarrassa des armes blanches qu'il portait toujours , il se mit tout nu, ne conserva qu'un petit morceau de draperie qui lui couvrait les

d'ixt(.ilxôçhitl. 8i

parties inférieures , un bouclier rond et une massue ; puis , avec ce courage qui lui était propre , il se précipita sur Tennemi , se battit avec fureur, fit un carnage- effroyable, et par-

vint jusqu'au généfgidiinçxicain, qui était trèsbrave. Ces deux chefs combattirent l'un contre l'autre pendailt: pi us d'un quart d'heure, les ennemis lancèrent à Ixtlilxôchitl une flèche qui lui traversa le bras droit , il reçut au genou gauche un coup de pierre qui ne le blessa pas ^jÊçii|^^ mais qui ^^ita sa fureur. Sa

BttdMre redoubla son ip&rage, il chargea le général avec plus d'impétuosité, lui enleva so^i épée, et le bles3a dans plusieurs endroits. Se voyant dans cet état, le vaincu prit la fuite le mieux qu'il put; Ixtljilxochitl le poursuivit jusqu'au temple de la déesse Maquilxuchitl , où ce chef se retrancha avec les siens, et il fut impossible de s'emparer de sa perâonne. . » Ixtlilxôchitl , en retournant où était Gortés , aperçut un chef mexicain qui venait à lui :

comme celui-ci le voyait avancer avec beau- 8. 6

82 HELATION «

coup de peine à cause de. ses blessures, il pensa qu'Ixtlilxôchitl ne l'attaquerait pas , fl laccabla d'injures. Ce dernier ne répondit pas , il ordonna aux siens de le laisser coinbatti^e seul tant qu'il poivrirait se défendre; et, quoique blessé au bras , il asséùÀ à ce chef, avec l'épéé qu'il avait prise au général, un coup si violent à la ceinture, qu'il le coupa en deux. Ne pouvant plus supporter la douleur de la flèche qu'il avait toujours dans le bras, il l'arracha, pressa^.avec soin sa blessure^ et

ses soldats lui appAiî^uèrent certains médicaments qui le guérirent en peu-de jours.

Il rejoignit, dans la rue dç Tlacopan, Cortès qui battait en retraite avec bien de la peine, car les ennemis^ le poursuivaient vigoureusement; tous deux se retirèrent comme ils purent dans leur camp , après avoir peixiu deux mille alliés. Quarante Espagnols , qui avaient été faits pinsonniers, furent sacrifiés le même jour dans le temple deTlaltélulco; trois auti'es furent brûlés , et plus de ti^ente

mis hors de combat On perdit un grand nombre de canots, et peu s'en fallut que les brigantins fussent détruits. Le capitaine et le pilote . d'un de ces bâtiments fuient blessés : le premier mourut de ses blessures. Alvai^ado perdit quatre Espagnols et plusieurs alliés ; cette journée fut désastreuse.

Gortés y Ixtlilxochitl et les siens passèrent une nuit des plus tristes et sou£Prant de leurs blessures ; car Cortés lui-même avait été blessé à la cuisse. lies M exicain$ étaient si joyeux de . U victoire signalée qu'ils avaient remportée, qu'ils ne dormirent pas de la nuit. Ils se livrérentà leurs danses et à leurs divertissements , illuminèrent les terrasses de leurs maisons et de leurs temples , jouèrent de la trompette , battirent le tambour, et donnaient d'autres signes de leur joie. Ils ouvrirent de nouveau les canaux et les ponts. Quauhtemoc envoya des ambassadeurs dans tous Tes environs, pour donner avis du succès qu'il avait obtenu ; il fit demander des troupes et des secours pour

84 K£LATfO]f

mettre fin à cette guerre et exterminer lés Espagnols.

Le jour suivant Cortès et Ixtlilxôchitl ne voulant pas témoigner de faiblesse , marchèren t con tre la ville à la tête de leur armée, combattirent un peu , et lorsqu'ils furent arrivés au premier pont ils revinrent sur leurs pas.

Le surlendemain de cette défaite, des ambassadeurs de Quauhnahuac vinrent dire à Ixtlilxôchitl que les habitants deMalinalco etde Cuixco leur faisaient la guerre, et ilsleprièrent d'envoyei* des secours dans leurs villes les plus voisines , et d'obtenir de Cortès quelques Espagnols pour les défendre. Celui-ci donna Tordre à André de Tapia de partir avec quatre-vingts fantassins , dix cavaliers , de s'emparer de ces provinces dans dix jours , terme qu'il avait fixé , et de revenir à Mexico. Le capitaine Tapia se mit en route avec ces ambassadeurs. Ixtlilxôchitl fit prier les villages voisins de leur prêter secours. Les envoyés de Quauhnahuac rassemblèrent quarante mille

DIXTLîLXÔCniTL. 85

bommes et marchèrent sur Malinalco avec Afi^ré de Tapia ; mais , avant d'y arriver, ils furent atteintsparrarnaée ennemie, qui fut taillée en pièces et poursuivie jusqu'à la ville qui était très-importante : les nôtres revinrent à Mexico.

Deux jours après , d'autres messagers arrivèrent de Toluca, ils se plaignirent vivement dès Matlaltzincas, leurs voisins, qui leur faisaient beaucoup de* mal, et qui les atvaient empêchés de faire parvenir un secours qu'ils envoyaient aux nôtres. Cortès le crut facilement, car les Mexicains lui avaient envoyé dire que les Matlaltzincas , qui étaient des hommes très-braves, allaient arriver et qu'ils tailleraient en pièces les Espagnols. Cortès donna donc Tordre à Sandoval de marcher contre eux , avec dix-huit cavaliers , cent fantassins et un grand nombre d'alliés fournis par Ixtlilxôchitl, et qui formaient soixante

mille hommes avec les guerriers de Tolaca. Après trois jours de marche, Sandoval attei-^

86 BELATIOEf

gnit lennemi sur la rive oppos^ée du fleure Chicuhnauhtla. Ils étaient chargés de maïs et d autres provisions qu'ils avaient prises dans un village qu'ils venaient de brûler. On les attaqua, l'affaire dura quelque temps , ils furent rais en fuite et regagnèrent leur ville, qni était à deux lieues de là. On leur tua deux mille hommes dans la retraite. Quand on fut arrivé à Malinalco, on mit le siège devant la ville; les habitants se défendirent jusqu'à ce que les femmes eussent gagné une hauteur élevée, alors ne pouvant plus tenir tête à l'ennemi , et leurs femmes et leurs biens étant en lieu de sûreté, ils prirent la fuite. Les nôtres entrèrent dans la place, la pillèrent complètement, brûlèrent les temples, les maisons^ et y passèrent la nuit. Le lendemain ils gagnèi*ent la hau* tcur, mais ils n'y tix)uvèrent personne ; ils s'avancèrent vers un village ennemi, le chef leur ouvrit les portes, les reçut, les pria de ne point ravager le pays, promettant de faire en sorte que les habitants de Matlattzinco, àe

d'ixtlu^Ôchitl. 87

Malinalcd, de Cochizco et des autres villes gui dépendaient de Mexico, feraient leur soumission. Sandoval se montra satisfait, ne commit aucun dégât et revint sous Mexico. Le chef indien amen^ à Cortés les caciques^ de Matlaitzinco et de Malinalco pour leur faire obtenir leur pardon : ils ofifrirentleur secours pour le siège de Mexico. Cortès se montra fort satisfait et les engagea à tenir leurs promesses, ce qu*ils firent en fournissant des troupes , des vivres et d'autres objets.

Pendant que Ton faisait la conquête de Matlaitzinco, de Malinalco et des autres provinces , les nétres avaient suspendu les hostilités; aucun éyénemenjt important n'avait eu lieu, cependant les naturels avaient de temps en tdmps quelques escarmouches avec les. Mexicains. Cortès, d'un compiun accord avec Ixtlilxôchitl et les principaux xhefs, ordonna que toutes les maisons dont on s'emparerait seraient abattues de fond en comble. Ixtlilxôchitl envoya donc l'ordre à Tez-

8S RBLATIOur

coco , aux autres royaumes et provinces qui en dépendaient, et surtout aux plus voisines, d'envoyer tous les travailleurs avec leurs outils pour que ce projet fût mis à exécution le plus proraptement possible. Quatre jours après le retour de Sandoval à Mexico , ils arrivèrent an nombre de plus de cent mille'; quand tous furent réunis on somma leâ Mexicains de se rendre; mais ceux-ci le refusèrent absolument. Ils avaient fait tous les préparatifs nécessaires, dçs tas de pierres avaient été amassés sur les places et dans les rues pour empêcher là marche des chevaux, d'autres moyens de défense avaient été employés. Contés, Ixtlilxôchitl et leur corps d'armée commencèrent à battre la rue principaîe qui conduit à kt grande place , en démolissant .les maisons et en comblant les ponts. Les assiégés demandèrent à capituler, mais c'était une ruse; on suspendit les hostilités, Ton s'informa où était le roi. Ils répondirent qu'ils avaient été le chercher. Les nôtres l'attendaient depuis

D'ixfelLXÔCHlTL. 89

quel(jue temps, lorsque tout d'un coup les ennemis ieur lancèrent une grêle de flèches , de pierres et de javelots; alors nos troupes les chargèrent, emportèrent une taurailleimportante, pénétrèrent dans la place, et s'emparèrent d'une pierre aveà laquelle on arrêta l'eau des canaux et des aqueducs qui furent interceptés dans cette rue; si bien que les ennemisne purent plus les ouvrir. On détruisit autant de maisons que Ton pût. L'instant de la retraite étant arrivé, on retourna au catnp; les jours suivants furent employés à des opérations semblables, pendant qu'IxtlrlxQëhitl combattait contre l'ennemi. Il s'empara de son frère Cohuanacoxtzin , qui était alors général des Mexicains, et il le livra à Cortès(i). Celui-ci le .fit enchaîner et environner d'une garde nombreuse. Quauhtemoc et les Mexicains en ressentirent la plus grande dou-

(i) Action abominable mais bien digne d'Ixtlilxôchitl , doni la conduite est un tissu de crimes contre sa patrie... {Note de téd . mex, )

go R^LATlOl*'^

leur, car avec ce chef ils perdirent tout espoir de salut. Les Aculbuas,. ses vasssaux , qui avaient pris les armes en sa faveur, et qui étaient à Mexico, passèrent dans les rangs de Ixtlilxôchitl.

Cortès fit epsuite préparer une embuscade dans laquelle on tua six cents Mexicains, et Ton en fit deux mille prisonniers. Les assiégés conçurent alors la plus grande terreur des nôtres qui s'emparèrent d'un grand nombre de maisons et de temples. Pendant que les travailleurs étaient occupés à abattre un de ces édifices, les Espagnols trouvèrent dans un tombeau une quantité d'or considérable, b^tlilxôçhitl , les chiefs et les braves de son armée firent , dans la journée , des exploits aussi remarquables que ceux dont nous avons d^à parlé ; je ne les détaillerai pas aQn d'éviter les longueurs.

La nuit suivante deux Mexicains, mourant de faim, vinrent trouver Ixtlilxôchitl, qui les reçut avec joie. Il apprit d'eOx tout ce qui se

d'ixtlilxôghitl. 9 1

passait dans la ville; les malheurs, la famine, la peste, qui tourmentaient les habitants. La nuit, et à des heures inaccoutumées, ils allaient pêcher, ramasser des herbes et dfis écorces d'arbres pour * se nounnr. Ixtliltxôcbitl, en ayant connaissance et sachant quels étaient les endroits par où les Mexicains sortaient , en donna avis à Clortès. Les brigantins et les canots reçurent l'ordre de bloquer la place, des espions furent apostés pour prévenir lorsque les assiégés sortiraient. Cortès prit cent Espagnols, quinze chevaux, et Ixtlilxochitl quarante mille hommes, et ^ ayant été avisés par les espions^ ils tombèrent un matin sur les malheureux Mexicains; les brigantins et les canots firent de méme,et,comme les ennemis étaient désarmés, on en tua prés de raille et on en prit un nombre considérable. Ceux qui gaixlaient la ville jetèrent descris et firent mine de vouloir marcher, contre les nôtres , mais ils n'osèrent pas l'entreprendre. Le lendemain, qui était le deuxième jour de

9^ BELATlOEf

la semaine nomraëe omexinalinalli, esparto (genêt), n** 2, le dix du mois de hueytecuylhuitl, qui correspond au vingt- un juillet, veille de Saint-Jacques, patron d'Espagne, Cortès et Ixtlilxôchitl attaquèrent la ville à la tête de leur armée ; ils s'emparèrent complètement de la rue de Tlacopan; détruisirent et brûlèrent les palais du roi Quauhtemoc et beaucoup d'autres habitations , de telle sorte que, des quatre parties deMexico, il y en avait trois dé prises , et les nôtres pouvaient faire leur jonction sans danger. Le corps d'armée de G>rtès et de Ixtlilxôchitl communiquaient avec Alvarado etTetlahuehuezquitzin. Quatre jours après, ayant brûlé un grand nombre de maisons et abattu leurs murailles, les alliés s'emparèrent des deux principaux temples de Tlaltelirico. C'étaient les deux points les plus importants, et néanmoins ils furent enlevés sans difficultés.

Ixtlilxôchitl, voyant qu'après cet échec les assiégés ne pouvaient plus se défendre, leur

d'ixtlilxôchitl. 93

dit de se rendre aux chrétiens à certaines conditions avantageuses; ils répondirent qu'ils ne voulaient avoir aucun rapport d'amitié

avec eux, que les Espagnols ne pouvaient compter sur aucun butin , parce qu'ils brûleraient tout ce qu'ils possédaient ou le jetteraient à l'eau (ils Font fait réellement) , et que, quand il de resterait d'eux qu'un seul homme, il mourrait pour la défense de sa patrie. Ils ajoutèrent beaucoup d'autres raisons. Ixtlilxôchitl , ayant connaissance de leurs intentions , en fît part à Cor tés, et lui dit qu'il n'y avait aucun accommodement à espérer, et qu'il fallait poursuivre son dessein.

On resta quatre jours sans combattre, quoique l'on eût appris que les habitants s'occupaient à construire une catapulte : au bout de ce terme on pénétra dans la ville, on trouva les^rues remplies de femmes, d'enfants, de vieillards et de malades mourant de faim. Cortèset Ixtlilxôchitl défendirent qu'on leur fit aucun niai. La noblesse et les guerriers étaient

/tf .-

94 RBLATION

sur les terrasses des maisons : ils navaient point d'armes ; car c'4était au cominencement du mois nommé micailhuitzintli , à l'époque d'une fête religieusement observée, et qui tombe ordinairement le 7 du moisd'aoùt.On les soipma de se rendre; ils répondirent qu'on ne pouvait traiter d'affaires ce jour-là, qu'on en parlerait le lendemain , parce qu'ils célébraient la fête des enfants qu'ils avaient perdu s. Cortès et Ixtl ilxôchitl l!ayant appris , donnèrent l'ordre à Alvarado et à Tetlahuehuezquitzin d'attaquer un quartier très-fort , composé de plus de mille maisons, et dont on était sur le point de se rendre maître; ils promirent de les soutenir, et on commença l'attaque. Les habitants se défendirent longtemps avec beaucoup de valeur; mais, ne pouvant soutenir la fureur des assiégeants, ils abandonnèrent leurs maisons , et battirent en retraite après avoir tué plus de douze ou treize mille hommes. Ce jour-là les Espagnols ne donnèrent qu'au commencement de l'action , ils se retirèrent et

d'ixtlilxôchitl. 95

laissèrent combattre leurs alliée* Ixtlilxôchitl lui-même fit de sa main plus de cent hommes prisonniers, il en tua un grand nombre, entre autres vingt chefs que l'on réconnut à leurs carmes. Quand le quartier où était Quauhtemocfut empoi4é(i), c'était le seul qui restât de la ville, il y avait tant de maisons détruites^ qu'à peine trouvait-on une place pour poser Je pied. Les rues étaient encombrées de morts et de malades , enfin l'on ne marchait que sur des cadavres. Le jour suivant la partie de la place qui tenait encore fut attaquée : elle équivalait au huitième de la ville. Quand on y fut arrivé^ les habitants appelèrent Cor tes etlxtTilxéchitl, et leur firent les reproches les plus vifs, leur disant de mettre un terme à la destruction. Ils adressèrent à Cortès ces paroles rapportées par les chroniqueurs espagnols : «Ah, capitaine Cortès! puisque tu es fils du » soleil , pourquoi n'obtiens-tu pa3 de ton père

(i) Ce s6uyeraiii se trouvait dans Tendroit nommé el puntp de Yacalulco , ou est aujourd'hui la paroisse de Sainte-Arme.

96 RELATi,Oir

M qu'il mette un terme à nos ipalheurs » . Ce jour-là on ne. tua que quelques personnes qui yOAilurent se défendre.

Le lendemain Cortes et Ixtlilxochit] envoyèrent appeler un infant , qui était un oncle maternel de ce dernier, et ir»r.le prièrent de traiter avec Quauhtemoc. Cet homme , qui avait été pris quelques Jours ayant par I»tlilxôchitl>-^tait blessé, il refusa d'abord cette mission y et il exposa à son neveu la volonté du ix>i ; cependant il finit par se décider à partir. Les gardes le laissèreqt entrer comme un de leurs chefs, mais aussitôt qu'il se fut acquitté 4^ son ambassade il fut sacrifié. Les assiégés reçurent à coups de pierres et dé lances les Espagnols qui l'accompagnaient, et ils protestèrent qu^ls préféraient mourir plutôt que d'accepter la pàix^ Ce jour-là Ton combattit très -chaudement et Ton perdit beaucoup de monde des deux côtés.

Le lendemain les nôtres retournèrent où les ennemis s'étaient retranchés; mais onat-

D^IXTLILXÔCHiTL. 9^

tendit qu'ils se rendissent a,vant:4^^Ie3 atta* quer. Ixtlilxôchitl se présenta avec Certes devant une enceinte où était un grand ûom* bredeses parents, et il entra en pourpar- 1er avec eux. Us répondirent qu ils eonnmssaient très-bien les pertes qu'ils avaient faites, mais qu'ils voulaient obéir à leur souverain. L'entretien continua jusqu a ce que les Mexicains, fondant en larmes, lui eusseotdit qu'ils iraient demander au roi s'il voulait se rendre. Cette proposition ayant été faite plusieurs fois à ce prince, il répondit constamment qu'on aurait pu prendre ce parti plus tôt, qu'à présent tout était perdu.

Les envoyés retournèrent vers Ixtlilxôchitl et lui dirent que comme il était tard, le roi ne pouvait pas venir traiter avec Cortès; que le jour suivant, à l'heure du repas, il se présenterait certainement à la place pour conférer avec lui. Les alliés revinrent à leur camp, fort satisfaits de savoir que cette fois

on pourrait prendre un arrangement. Le 8. ^ 7

lendemâiA de très-bonne heure on fit construire upê estrade sur la place, pour pou* voir traiter des conditions de la paix ; on y éleva un trone et Ion prépara un grand repas. Cependant le roi ne vint pas à l'heure con« venue ; cinq seigneurs : parmi lesquels était le gouverneur ou capitainegénéral du royaume» se présentèrent à sa palace; ils venaient traiter de la paix. Ils dirent que leur maître étant malade, n'avait pu se présenter. Cortés les reçut, leur fit un excellent accueil, leur donna des présents ; mais il refusa de traiter avec eux^ disant que sans le roi on n^ pou« vait arrêter aucune convention. Ils retournèrent vers leur souverain qui leur dit que ce serait la plus lâche infamie à un roi de se présentât* ainsi devant l'ennemi, qu'il ne de* vait y aller que les armes à la main et pour mourir. Il les i^nvoya dire à IxtMlxôchitl dW surer Cortès qu il donnait sa parole de maintenir tous lesengagementsque ses ambassadeurs contracteraient, car c'étaient les plus grands

D IXTLILXÔCHITL. 99

seigneurs du pays; qu'il ne voulait en au^ cune façon aller voir Gortès ; que s'ils n^acée{>talent pas ces propositions, ils n'avaient qu'à faire ce qu'ils voudraient, car il né restait que fortpeu de choseàdétruire.Ixtlilxôchitl informa Cortès de tout ce qui se passait, et ()u message qu'il avait reçu du roi Quauhtemoc. Cortès envoya dire de nouveau que le jour suivant il se rendrait à la place, que là il attendrait le roi pour la dernière fois, et que s'il ne se présentait pas, il mettrait tout àfeu et à sang sans épargner la vie de qui que ce fût. Les messagers rapportèrent à leur maître cette réponse de Cortès.

Le jour suivant , qui était le sixième du huitième mois, nommé M icaylhuitzintli , et que l'on appelle aussi macuili toxtli conejo (lapin ), n" 5 , et qui correspond au douze du mois d'août, jour de Sainte -Claire, vierge, Cortès se rendit à la place avec Ixtlilxôchitl et les autres seigneurs pour attendre le roi Quauhtemoc ainsi qu'il l'en avait fait préve-

IPO RELilTION

nir. On y resta depuis le matin jusqu'auprès de midi. Voyant que ce souverain ne se présentait pas et qu'on ne pouvait pas espérer qu'il vint, Sandoval et tous les chefs qui raccompagnaient reçurent l'ordre d'aller attaquer Tennemi dans les canaux et dans le lac. Gortès et Ixtlilxôckitl combattirent dans les rues et sur les murailles. L'action avait commencé depuis peu de temps, lorsque les nôtres entrèrent presque sans résistance dans lendroit le plus fort où les Mexicains s'étaient retranchés. Cinquante mille hommes furent tués ou pris. On exerça contre les Mexicains les plus horribles cruautés qu'on eût jamais vues dans ce pays: Les ccaïu^s étaient brisés des crisdes femmesetdes enfants. LesTlaxlactéques et les autres nations ennemies des Mexicains, vengeaient leurs haines passées de la manière la plus barbare, et pillaient tout ce qu'ils pouvaient prendre. Enfin , mais enfin seulement Ixtlilxéchitl et les siens eurent pitié de leur patrie et de leurs parents , ils em-

D I3LTI.IL3LÔCH1TL. 1 0 f

péchèrent qu'on exerçât de telles barbaries contre les femmes et les enfants. Cor tes et les Espagnols firent de même. A rapproche de la nuit, les alliés se retirèrent dans leur camp. Cortés , Ixtlilxôchitl et les autres chefs principaux tinrent conseil et décidèrent que le lendemain on emporterait le reste de la place. Ce jour-là, qui était celui de la fête de saint Hyppolite, on assiégea la dernière retraite de Tennemi.Cortès et Ixtlilxôchitl marchèrent par les rues; Sandoval qui commandait les brigantins y attaqua du côté d'une petite lagune où on avait dit a Ixtlilxôchitl que le roi s'était réfugié sur des barques avec un grand nombre de troupes. Les guerriers , tristes et abattus, étaient sur les terrasses des maisons attendant leur dernier moment; les enfants, les vieillards et les Ifemmes versaient des torrents de larmes. Les principaux personnages et la noblesse étaient dans des canots autour du roi et tous dans la plus grande confusion. Le signal étant donné, les nôtres attaquèrent^

I03 «ELATlOfiC

en même temps les derniei's retranchements des Mexicains, ils combattirent avec tant de courage, qu'en peu d'heures ils furent emportés sans que Fennemi conservât un pouce de terrain; nos brigantins et les canots assaillirent les embarcations , qui » ne pouvant soutenir le choc de nos soldats, s'enfuirent comme elles purent, et l'on se mit k leur poursuite. Garcia de Olguin, capitaine d'un brigantin, ayant appris d'un Mexicain qu'il avait fait prisonnier, que le roi était cians un canot auquel il donnait la chasse, le poursuivit jusqu'à ce qu'il l'eût atteint. Quauhtemoc , voyant qu'il était serré de près, donna l'ordre à ses rameurs de virer de bord et de se diriger contre Garcia, afin de combattre. Fuis il prit son bouclier, sa macana , et se prépara à défendre sa vie; mais ayant aperçu que la force desen* nemis augmentait, et voyant les arquebuses et les mousquets dirigés sur lui , il se rendit Garcia de Olguin le conduisit à Cortès qui le

d'ixtulxÔguitl. 1 o3

reçut avec beaucoup de courtoisie , enfin tel qu'un roi. Quauhtemoc prenant le poignard de Cor tés, lui dit: « Capitaine « j'ai fait tous » mes efforts pour défendre mon royaume , » pour empêcher qu'il ne tombe entre vos « mains ; mais puisque Ja fortune m'a été conn traire, ôtez-moi cette vie, et vous ferez bien : » vous mettrez ainsi un tenue à Fexistence » de la dynastie mexicaine, après avoir ruiné n ma capitale et massacré mes sujets.» llter** mina ce discours par quelques phrases fort tristes. Toutes les personnes présentes étaient consternées de voir ce prince dans cette position, Cortès lui adressa des paroles de consolation et le pria d'ordonner aux siens de se rendre. Ce prince monta sur une tour élevée et leur dit de déposer les armes puisqu'il se trouvait au pouvoir de l'ennemi. Les guerriers qui étaient envit'on soixante mille, reste des trois cent mille qui avaient défendu Mçxico, voyant le roi dans cette position , mirent bas

I04 RELATiaN

les armes et les plus illustres vinrent consoler leur souverain (i).

Ixtlilxôchitl , qui avai>t fait tout ses effarts pour prendre lui-même Quauhtemoc et qui n'avait pu y parvenir, parce qu'il était dans un canot qui n allait pas si vite qu'un brigantin f réussit cependant à s'emparer de deux embarcations , montées par quelques princes

(i) Plusieurs discussions se sont éleyées sur Fèndroit ou Qâanhtemoc fat fait prieoimier. Le baron de Hnmboldt dit que d'après les recherches qu'il a faites avec le savant père Pichardo de la Pi*ofesa> il résulte que c'est dans ob grand étang qui se trouvait entre la vigie de PeralTillo , la place de Tlaltilolco et le pont d'Amaxâc ; cette opinion ^est confirmée par Ixtlilxôchitl 4 Fauteur de cette relation , qui fait wention d'uqi lac peu étendu qui se trouvait en cet endroit. Cétaît une petite anse où l'on s embarquait pour Atzcapotzako , on bien un mouillage où s'embarquèrent aussi les rois Netzahnalcoyotl et Izcoatl, soBverain de Mexico, lorsqu'à la tète de trois cent mille guerriers de Tezcoco et de Mexico ils marchèrent à la conquête de l^empnre des Tecpanèques pour exterminer le tyran Maxtla. Il existe un grand nombre de fragments., de tonces , de flèches obsidrennes, dans la plaine de Notre-Damedes- Anges ^ et j'ai dans ma possession un talon de massue trouvé récemment dans cet emplacement : il est en forme de pointe cannelée dans l'intention de rendre les blessures incurables. En vérité cet endroit est horrible à voir».... et campoi uhi Troja

faii .

Je me figure les génies de Las Casas , de Keynal , de Voloey, assis SOT ces amas de mines , se livrant à dé nombreuses vé-

d'ixtlilxôchitl. 1 o5

et quelques seigneurs ; c'était Tetlapanquetzatzin , héritier du royaume de Tlacopan , Tlacahuepantzin , fils et héritier de Mocthecuzolua , et beaucoup d autres. La reiue Papantzin Oxômoc , veuve du roi Cûitlahua et beaucoup dautres dames étaient dans le même ^ànot. Ixtlilxôchitl s'en empara et les conduisit à Cortés avec lés nobles mexicains. 11 fit transpor-

flexîoDS et tenant ce discours : G douleur! voilà où finit la liberlé m^^xicaine, malgré les plus grands efforts de râleur que son jeune et dernier souverain fit pour la défendre ; c'est donc ainsi que les Espagnols ont répondu à la généreuse hospitalité qu'ils ont reçue de ces rois \ et de ce peuple magnanime et hospitalier. Rien n*a pu étancher leur ardente soif de l'or, et leui^ avariée insatiable , plus grande encore que l'Océan qu'ils traversèrent pour opprimer de^ hommes naïfs qui leur étaient inconnus, et qui ne leur avaient jamais donné le moindre motif de plainte. Ni l'or versé à profusion , ni les caresses obligeantes et cordiales n'ont pu désarmer la rage de ces monstres vomis sur les côtes de Zempoalan. Chacun de ces Espagnols était-il possédé d'une légion de furies infernal^ , semblables à celles de Vespasien ? Qu'est devenue l'ancienne grandeur de ce riche pays ? qu'est devenue son abondance ? où sont ses populations innombrables ? Tout a disparu, il ne reste plus aujourd'hui que les traces de la cruauté espagnole. A partir du 12 août i5si, les ^sléques et leur roi ont été plongés dans l'esclavage; celuici fut attaché à un instrument de torture , on le soumit à la question pour lui faire avouer où .était Yor qu'on lui demandait comme une propriété espagnole. Le courage de ce prince à SQufiârir les ardeurs du feu , se joua de l'avarice de Girtès.

I>q6 RELATIOff

ter la reine et les autres dames à Tezcoco par une.garde nombreuse qui les retint dans cette ville.

Suivant les histoires, les peintures et les relations, et particulièrement celle d'Alonso Axàyaca, le siège de Mexicodura quatre-vingts jours pleins. Sur les deux cent mille hommes du parti d'Ixtlilxôchitl et du royaume de Tez*

Ce conquérant , il est vrai , lui accorda la yie ^nuds c'était pour la lui enlever plus tard , en le pendant à un arinre. La présence de ce prince lui était insupportable, c'était un aceosatear constant et inexorable. Les Mexicains marqués au front du •cean incandescent de Tesclavage espagnol , furent transportés au deU des mers , ou condamnés à travailler aux mines, à construire des édifices pour les Eq>agnols , ou à réparer bette même cité qui se présente aujourd'hui à nos regards , détruite par dn* qnante mille travailleurs. Depuis ce jour maudit , quel dâuge de malheurs n a pas tombé sur cette contrée I que de larmes n'ont pas été versées dans l'espace de trois siècles! Ces monstres, de barbarie et d'ignorance , que d'entraves n'ont-ils pas mises aux sciences , aux arts , au commîerce , à la navigation ! Que d'efforts n'ont-ils pas faits pour perpétuer ici l'ignorance et la superstition , armes puissantes avec lesquelles on enchaîne les génies , avee lesquelles on fonde pour jamais le règne d» la terreur. Mais rien n'est étemel dans ce malheureux moi^de , le ciel s'émut de pitié, et le beau jour du i6 septembre 1810 a fini par luire. La voix de la liberté se fit entendre dans l'heureuse ville de Dolores ; l'écho se propagea avec la rapidité de l'aurore , et les descendants de Quauhtemoc furept libres. Maues de Mocthecuzoma, vous êtes vengées , les descendants

d'ixtlilxôchitl. 1 07

Coco , qui (tyaient soutenu les Espagnols ainsi que nous 1 avons dit, il en périt plus de trente mille. Les Mexicains en perdirent plus de dçux cent quarante mille, parmi lesquels était toute la noblesse mexicaine , car c'est à peine s'il survécut quelques seigneurs et quelques nobles, encore la plupart étaient* ils en bas âge.

de iFes oppresseurs implorent aujoi;rd*hui notre clémence et Thospitalité qu ils reçurent jadis de nos pères généreux ! Beaucoup 8*exilent dans des contrées étrangères et lointaines , où ils vident le calice de la tribnlation et du mépris. Mexicains, méditez sur ce sol , réfléchissez-y à vos intérêts , estimez le bien incfihble de Tindépendance et de la liberté ; ah ! tremblez en considérant qn*il existe parmi vous aujourd'hui un Ixtlilxôchitl qui prépare Totre ruine, en altérant la paix qui doit régner dans une société naissante. Vous l'avez déjà vu, un de vos frères, un chef de parti ambitieux , se prévalant du pouvoir dont il était honoré , et qu'il n'avait reçu que pour vous rendre heureux, a excité vos désordres dans les jours mémorables de décembre i8s8. La mémoire en est récente, la blessure qu'il nous a faite est encore fraîche; je ne veux pas l'irriter, car le gang coule encore avec les larmes brûlantes de plusieurs centaines de Mexicains que cet ambitieux pervers a rendus malheureux, lui qui jouit d'une abondance qu'il n'a point méritée. Ah! souvent les. remords de sa conscience l'ont abandonné , signe certain de sa damnation éternelle!

L*excellentîssime municipalité de Mexico, pour exciter le zèle patriotique de ses concitoyens , devrait indiquer le site où cet événement s'est passé , en plaçant une colonne d'une arçhi-»

Ce jour-là , la ville fut Uvrcfe au pillage. Les Espagnols prirent pour eux l'or et l'argent, les nobles indiens les pierreries et les plumes, les soldats les manteaux et les autres objets. On passa quatre jours à entériner les morts; on célébra toute sortes de fêtes ; un grand nombre de femmes et d'enfants furent réduits, en esclavage, et l'armée entière partit aussitôt poui' Coyoacan , où tous les chefs prirent congé de IxtliLxôchitl. Ils retournèrent chez eux, et promirent à Certes de l'aider dans toutes ses entreprises, ce qui lui fut fort agréable. Les Tlaxealtèques, les Huexotzîncas , les Choloîtcques prirent coiïgé de lui : ils retournèrent

lecture simple portant cette îascription :

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