‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 3)Chapitre 65 sur 75 · BANDITS · texte numérisé non relu

BANDITS

D IXTLItlOCHlTL. I O9

aussi dans leurs provinces , chargés de dë- ]>ouilles et fort satisfaits. Pendant la roule, les TIaxcaltèques saccagèrent Tezcoco , et les autres villes, pillant les habitants de nuit sans bruit et choisissant le moment où ils ne pouvaient défendre leurs biens. Les Espagnols se retirèrent à Coyoacan; ils y furent bien traités et bien servis par les Aculhuas à qui Ixtlilxôchitl avait recommandé de fournir tout ce dont les chrétiens pouvaient avoir besoin. I! retourna ensuite à sa ville de Tezcoco ; il y fut très-bien reçu, mais il la trouva saccpgée ,et ruinée. Il donna l'ordre de réparer tout le mal que Ion avait fait, et surtout dans les palais de ses ancêtres et des principaux seigneurs. Il envoya à Tlaxcalan pour faire des reproches aux habitants de la conduite qu'ils avaient tenue à Tezcoco, qui était lancienne patrie de leurs pères. Les Tlaxçallèques se disculpèrent le mieux qu'ils purent, disant qu'il ne l'avaient pas fait de leur propre mouvement, que les Espagnols les y avaient engagés, et

ils donnèrent d'autres raisons semblables (i). Ixtlilxôchitl fit de nombreux présents à tous les nobles , aux chefs et aux soldats qui avaient fait partie de son armée pour soutenir les chrétiens et surtout à ceux qui s^étaient distingués à la guerre. Il ordonna de faire bâtir des habitations et des palais très -^vastes par les prisonniers qu'il avait amenés de Mexico , et qu'il avait pris lui-même. Deux mille hommes furent employés à ces constructions que Ion éleva à l'endroit nommé Tecpilpac. Son pèrie lui avait donné cet emplacement quand il était enfant, et il y avait été élevé. 11 prescrivit à tous ses sujets de se tenir constamment pourvus de vivres et de munitions de guerre dans le cas où l'on en eût besoin^

Cortès , qui était toujours à Goyoacan , voyant qu'on rie trouvait pas le trésor des trois capitales qu'il avait vu à Mexico , donna Tordre de brûler vif un gentilhomme de la

(i) Les voleurs rejettent toujours les uns sur les autres le crime qu*on leur reproche ( Note de Védit. mex, ).

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maison du roi Quauhtemoc. II commença par lui faire exposer les pieds au feu, bien que les Mexicains eussent dit que quand même on les tuerait tous, il ne fallait pas espérer trouver ce trésor parce qu'on l'avait jeté dans un canal par où s'écoulaient les eaux du lac. Ixtlilxô* chitl , ne pouvant souffrir la cruauté de CSortès, le pria de faire cesser le supplice du seryiteur du roi Quauhtemoc; puisqu'il savait clairement qu'il était inutile , que c'était un acte d'inhumanité trop révoltant , et qu'il pourrait bien arriver qu'on se soulevât. Cortès, recon-^ naissant sa cruauté et le danger trés-sérieuxE qu'il courait^ ordonna de mettre ce seigneur en liberté.

Gohuanacoxtzin avait les jambes meurtries par lejs fers qu'on lui avait mis depuis le jour où son frère l'avait pris; il pria qu'on lui rendit la liberté. Ixtlilxôchit engagea Cortès à le faire, disant que son frère avait les pieds estropiés et qu'il était assez puni comme cela. . Cortès répondit qu'il ne pouvait le permettre

lia IIBLATION

avant d'avoir reçu d'Espagne des nouvelles de Tempereur, car en expédiant la flotte qui portait le quint du roi et la part des dépouilles qui revenait à sa majesté, il Iqi avait fait savoir tout ce qui s'était passé, et il attendait une réponse. Il ajouta que d ailleurs s'il était si pressé il n'avait qu'à envoyer chercher une certaine quantité d'or à Tezcoco pour sa rançon et l'expédier à l'enipereur, qu*il.y consentait. Ixtlilxèchitl lui répondit que si Ton ne retenait Cohuanacoxtzin prisonnier que pour avoir de l'or, il préférait le salut de son frère à tous les trésors du monde. Eflectivement il fit prendre à Tezcoco For qu'il avait laissé dans le palais de ses ancêtres et de son aïeul; il fit recueillir tout ce qu'il avait dans ses maisons, et il lé donna à Cortcs qui répondit que c'était bien peu pour racheter un aussi grand prince, et qu'il en fallait davantage. Ixtlilxôchitl envoya une seconde fois à Tezcoco chez ses frères, ses cousins et ses alliés, qui avaient des habitations

d'ixtlilxôchitl . I 1 3

dans la ville. Tous rassemblèrent For, l'argent et les bijoux qu'ils purent recueillir dans quatre cents maisons de nobles qui y demeuraient, et ils les expédièrent à Ixtiilxôchitf. Celui-ci les donna à Cortès , racheta son frère et l'envoya àTezcoco, où ses sujets le recuisent avec d'abondantes larmes, en le voyant si malade , si affaibli et si maltraité. Cohuanacoxtzin guérit par leurs soins.

Dans ces entrefaites, le roi d^ Michuacan, nommé Gatzontzi ( i ), ayant appris la destrucV tiqn de Mcptico , et craignant que les chrétiens et leurs alliés ne marchassent contre, son royaume, envoya des ambassadeurs pour foire acte de soumission à Cortès. Il offrit ses secours et son alliance à l'empereur, il en fit de

(i) La province de Michuacan tire son nom d'une espèce de poisson iion^mëe michi, que l'on y trouve en abondance ( Torquemada^lib. m, cap. 42 y lil^. xix, cap. 12 ). Elle était habitée par les Indiens Tarasques , et formait un royaume entièrement indépendant de Mexico ; c'est pourquoi le souverain prenait le titre de cazonzi , ce qui veut dire chaussé. Les rois , vassaux de Mochteuzoma » étaient obligés de se déchausser en paraissant devant lui. Celui qui régnait à lepoque de l'arrivée des Espagnols se nommait Sinchira , il était fils

I 1 4 BELATION

même à Ixtlilxôchitl en considération* des services qu'il avait rendus à Cortès. Ce souverain exposa sa conduite en faveur des chrétiens, fit des compliments de condoléance aux chefs

mexicains , et leur témoigna combien il était sensible à leur malheur et aux persécutions qu'ils enduraient. Un frère du roi , qui faisait partie de l'ambassade , était accompagné de plus de mille hommes : ses propositions et la paix ofierte par Michuacan furent un sujet de joie pour tous. Cette alliance était trcs-importante : elle évita aux Aculhuas la peine de faire la conquête de ce royaume qui était très-grand et habité par une nation fort belliqueuse.

Cortès expédia Christophe de 01 id avec cent Espagnols et quarante cavaliers, et Ixtlilxô-

de SihuaDga ( Voyez la Rea chronica de la provincia de Mi" chuacan, Mexico, 1648 , 4^ lîb. 1 , cap. 18 ). Selon Boturini ( Caialogo y p. 25 ), le prince qui gouvernait alors se nommait Tangajuan , et son frère Tzihuanga. On trouve des détails assei étendus sur l'état du Michuacan dans Herrera , décad. m» lib. III , cap. 3 ysig.

Nuno de Guzman à qui Tangajuan avait refusé de livrer ses trésors , ordonna que ce prince fût brûlé vif. Cet ordre fut exécuté.

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^hitl plus de cinq mille hommes qui devaient les servir et les protéger. Arrivés dans le Michuacan et à Chiuzizilan , résidence de la cour et capitale du royaume, Catzontzi les reçut fort bien, ressentit un vif plaisir de l'arrivée des chrétiens, et fut charmé de les voir s'établir dans sa ville. Il donna sa parole d'être à l'avenir l'allié des Espagnolset des Aculhuas, et que tous les siens les traiteraient en amis.

Les provinces et les royaumes dépendants de Tezcoco qui sont situés sur les rivages de la mer du Sud et de celle du Nord , ayant appris la mort du roi Cacama, se révoltèrent contre les Espagnols, et tuèrent ceux qui parcouraient le pays pour chercher de l'or ou xîommercer avec les naturels. Tecocoltzîn et Ixtlilxôchitl les avaient fait sommer de se rendre aux chrétiens, et de leur prêter secours dans les guerres qui avaient eu lieu contre Mexico , mais ils n'avaient pas pu obtenir ce résultat Cor tes et Ixtlilxôchitl envoyèrent

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donc des troupes pour les subjuguer. II y avait près de deux mois que ce corps d'armée était à Coyoacan , lorsque Cortès expédia Gonzalo de Sandoval sur Guatzacoalco, Toxtepec, Huatoxco et d'autres endroits. Il était accompagné de deux cents fantassins espagnols et de trente-cinq cavaliers (i). Ixtlilxôchitl fournit pour cette expédition trente mille hommes de guerre sous les ordres de plusieurs de ses frères, et de quelques nobles et vieux soldats, ses sujets. Étant arrivé dans le Huaxtoco, autrement dit Huatoxco , le général des Aculhuas fit sommer les habitants de cette province de se rendre, ce qu'ils firent. Les Espagnols y formèrent des'établissements auxquels ils donnèrent le nom de Medellin (2):

Delà ils se rendirent à Cohuxtza.coalco , où ils trouvèrent quelque résistance, car les habitants refusèrent de se soumettre.

(i) On trouve dans la quatrième relation de F.^ Cortès Thistoire de cette expédition.

(2) Cortès était natif de la ville du mcme nom située dans *£str'amadure.

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Une nuit Ton s'empara d'une ville de cette province , et les naturels déposèrent les armes. Les villages étaient très -nombreux, et bâtis à quatre lieues environ de la^mer , sur les bords du fleuve de Cohuxtzacoalco. Sandoval y fonda la ville d'Espiritu-Santo , et quelques Aculhuas restèrent avec les colons espagnols , comme ils avaient fait dans d'autres endroits. Les capitaines et les Aculhuas, soumis àlxtlilxôchitl , furent ensuite envoyés dans les provinces de Quecholari, Zihuatlan, Quetzaltepee , Tabaxo et beaucoup d'autres, qui dépendaient de Tezcoco, de Mexico et de TIacopan, pour sommer les habitants de se soumettre , et de faire alliance avec les Espagnols. Ils obéirent et vinrent à la ville d'Espiritu-Santo, où furent stipulées les conditions de la paix avec le général de Tezcoco et Sandoval. Ils leur payèrent les tributs, car il y avait près de deux ans qu'ils ne s'étaient présentés à Tezcoco pour les acquitter (i). I^tlilxôchitl envoya en même

(i) Quel moyen ils employaient pour piller ! Ces gens étaient essentiellement voleurs ( Note de ledit, mex, ).

1 1 8 REIATION

temps quelques troupes pour secourir les n^' turels de Tepeaca , de Itzoean et de plusieurs autres villes dépendantes de Tezeeco , contre ceux des royaumes de la Mixteca^ de Tzapoteca, de Huaxacac (i), leurs voisins, qui leur âdsaient beaucoup de mal. Comme ils étaient fort braves , il y eut trois batailles. Un grand nombre de combattants périrent des deux côtés, mais le Huaxacac et une grande partie de la province de Mixteca furent bientôt con-

quis.

Lttlilxôchitl expédia des messages à Tehuantepec , Tzacatecan et d'autres provinces qui étaient aussi en rébellion contre Tezcoco et les Espagnols ; il leur fit enjoindre de se rendre. Quatre Elspagnols partirent avec ces envoyés et prirent deux routes difierentes : ils étaient chargés par Cortès de reconnaître la mer du Sud dans deux directions.

Les princijpaux chefs et la plupart des habitants envoyèrent demander pardon à Ix'

(i) Aujourd'hui Oaxaca {Noie de tédit, mex. ).

d'ixtlilxôchitl. 1 19

tlilxôchitl d'avoir refusé d'obéir à ses ordres, et de ne pas avoir fourni des secours aux Espagnols : ils appOi^èrent les tributs et les redevances de deEKçiédnées qu'ils n'avaient pas payés. Le Tototepec seul refusa de se soumettre et fit même la guerre aux autres naturels qui s'étaieiit alliés à Ixtlilxôchitl et au^ Espagnols; ces Indiens firent donc 'prier Ixtlilxôchitl d'expédier des troupes pour les protéger et pour soumettre cette province. Ils supplièrent Cortès d'envoyer aussi quelques chrétiens. Celui-ci reçut des informations détaillées sur la mer du Sud par les quatre Espagnols qui étaient partis avec les messagers de Ixtlilxôchitl. 11 expédia au secours des habitants de Tequantepec et de nos autres alliés , Pedro de Alvarado à la tête de deux cents Espagnols et de quarante chevaux. Ixtlilxôchitl fournit deux mille hommes. Cette expédition eut lieu en i522. Il fallut un mois pour se rendre à Iluaxacac, on

120 KELàTIOir

trouva de la résistance dans quelques endroits* Quand on fut arrivé à Tototepec (i), le général des Aculhuas sdibjiâ(..l^ souverain d'accepter k paix et de jUklPlIft' v|bute sa province, ce qu'il fit, àMÏwl^j^^ chise. Les habitants reçurent nos troupes , et les conduisirent dans de très-grandes habitations pour les faire reposer. Les Aculhuas prévinrent Alvarado de ne pas y aller, parce qu'ils avaient appris que la nuit même on devait les brûler tous dans ces maisons , qui étaient couvertes en paille. Alvarado suivit cet avis, il fit loger ses troupes dans le bas de la ville , et il s'empara de la personne du chef et d'un de ses fils. Ceux-ci voyant, qu'ils étaient prisonniei^s , et qu'on avait découvert leur trahison , payèrent une rançon de vingtcinq mille castillans d'or, et reçurent leur liberté. On colonisa cette ville et la province, et l'on envoya sommer de se rendre les ha-

( I ) D'autres historiens écrivent Tututepec. Mochteuzoma reti* rait beaucoup d*or de cette contrée {Noie Je tédit, mcx.).

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bitants des^provinces de Coaztlahuac, de Tlaxquiauhco (i), et d'autres pays qui s'étaient soulevés : ils déposèrent les armes aussitôt.* Les Aculhuas retournèrent ensuite à Tezcoeo , Alvarado à Coyoacan , et ils rendirent compte de ce qu'ils avaient fait dans cette expédition.

Cortès, voyant que les habitants de la côte de la mer du Sud étaient ses alliés, résolut d'envoyer à Zacatulan des charpentiers et des marinspour construire des brigantins, afin de reconnaître toute la côte , et deux caravelles pour découvrir des îles qu'on lui avait dites être fort riches. 11 demanda dans cette intention, à Ixtlilxôchitl , de lui fournir des ouvriers et des gens pour les accompagner et pour porter le fer, les armes, les voiles, les ^cordages et les autres agrès qui étaient en dépôt à la Vera-Cruz , ce qu'IxtlilxôchiU fit ponc • tuellement. Il ordonna à ses sujets d'obéir

(i) Aujourd'hui Tlaxiaco dans l'état de Oaxaca ( Noie de Véd, mex, •

aux Espagnols dans tout ce qu'ils commanderaient, et de pourvoir à tous leurs besoins.

Gortès et Ixtlilxôchitl apprirent que Christophe de Olid avait été vaincu par les habitants de Coliman, quon lui avait tué dix Espagnols et un grand nombre de Mixhuacaniens y ses auxiliaires qui se rendaient^ par ordre de Cortès , de Michuacan à Zacatulan , pour visiter les brigantins. Olid avait avec lui plus de cent Espagnols 9 quarante cavaliers et un grand nombre d'habitants de Michuacan; il avait voulu sans doute soumettre Coliman, mais cela lui avait fort mal réussi , comme on l'a déjà dit. Cortès expédia donc aussitôt Gonzalve de Sandoval avec soixante fantassins et vingt-cinq cavaliers. Ixtlilxôchitl fournit seize mille guerriers pour châtier les habitants de Coliman et ceux de Impiltzinco , qui faisaient la guerre à leurs voisins , parce qu'ils étaient alliés des Espagnols. Sandoval et les Aculhuas se portèrent droit sur Impiltzinco. Ils attaquèrent les habitants; mais comme

d'ixtulxôchitl. r!?3-

ceux-ci étaient aguerris , et le pays très-mon^ tueux , ils ne purent les soumettre. Les nôtres se portèrent à Zacatulan , y rencontrèrent un plus grand nombre de troupes , et se dirigèrent ensuite sur Coliman , qui est à soixante lieues de Zacatulan. Une bataille sanglante eut lieu à leur arrivée. Les Aculhuas perdirent beaucoup des leurs , mais un plus grand nombre d'ennemis restèrent sur le champ de bataille; enfin, se voyant vivement pressés, ils se rendirent. Ceux de Impiltzinco, de Zihuatlan, de Zelimatlec et dautres villages firent de même. Nos troupes revinrent après avoir soumis ces provinces et colonisé Coliman.

Tandis que cela se passait, Ixtlilxôchitl s'occupait de la reconstruction de Mexico : quatre cent mille hommes y étaient employés, en comptant les surveillants, les charpentiers, les maçons étales travailleurs. Ce prince habitait Tlaltelolco, d'où il dirigeait ses chefs pour les expéditions partielles ; il gouvernait

tout le pays , et surtout la partie qui appartenait aux Aculhuas. Mexico fut reconstruit , parce que , suivant l'avis d'Ixtlilxèchitl et de8 autres chefs , cette ville étant celle qui avait présenté la plus vigoureuse résistance aux chrétiens et aux Aculhuas, et qui avait coûté des pertes considérables à lui-même et aux alliés, on voulait que la victoire mémorable , remportée sur cette capitale , passât à la postérité^ On bâtit plus de cent mille maisons, meilleures que celles qui avaient existé. 11 y en eut quarante mille dé plus qu'auparavant. Ixtlilxôchitl lui-même travailla à plusieurs édifices ; Tlaltelolco et les autres chefs furent chargés chacun de la reconstruction d'un quartier ; Tlacahuepantzin , fils de Mocthecuzoma, et qui se nommait Don Pedro, eut le quartier d'Alzaqualco (i).

Aussitôt que Cortês se fut emparé de Mexico, il donna avis , à l'empereur notre maître, de ce qui s'était passé , et il le fit prier

(i) Aujourd'hui Saint-Sébastien ( Note de Fèdit, mex, ).

d'ixtlilxôchitl. 1 25

d'envoyer des religieux pour convertir les naturels. Sa majesté répondit qu'elle ferait part au saint-pére de sa demande , et qu'après en avoir reçu l'autorisation elle les ferait partir. Cette fois on n'en envoya que cinq ou six de l'ordre de saint François, parmi .lesquels était le père Fr. Pedro de Gafide, cousin de l'empereur (i) : les quatre aiiffès étaient prêtres. Sa majesté approuva tout ce qui avait été fait, Les religieux arrivèrent en i522 , comme Ixtlilxôchitl achevait la reconstruction de Mexico.

Cortés dit à Ixtlilxôchitl , au nom dé l'empereur, qu'il lui donnait , pour lui et ses descendants, trois provinces : c'étaient Otumba , ayec trente- trois villages; Itziuhcohuac , composé d'un nombre égal , et qui se trouvait du côté de Panuco; enfin Cholula et ses villages.

(i) C'était un fils naturel de Tempereur, personnage trèspîeux et protecteur des Indiens. On voit son portrait dans Tescalier de Saint-François de Mexico. Le père de Gand était frère lai Franciscain : jamais il ne voulut prendre les ordres : il refusa Tévéché de Mexico ( Note de Védit, mex, ).

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Ixtlilxôchitl répondit que ce qu'on lui donnait lui appartenait; que c'était l'héritage de ses pères; qu'il ne l'avait pris à personne pour qu'on lui en fît un présent: mais qu'il en laissait la jouissance à Cort^s et aux siens^ qui avaient supporté tant de fatigues , et parcouru de si longues distances par terre et par mer , en exposant souvent leur vie. Il ajouta que les habitants de ces provinces, et des autres dépendantes de Tezcoco , étant ses sujets, n'obéiraient qu'à lui et à ses frères comme à leurs souverains naturels. Il tint encore quelques discours dans ce sens. Cortès, l'ayant entendu et voyant qu'il disait vrai , dissimula et ne proféra pas un seul mot.

Ixtlilxôchitl partit pour Tezcoco , et convint avec son frère Cohuanacotzin départager ainsi le royaume : Cohuanacotzin , en qualité de souverain , occuperait Tezcoco , et prendrait toutes les provinces qui sont vers le sud , savoir : Chalco , Qauhnahuac , Itzocan, Tlahuic, et les autres jusqu'à la mer du Sud;

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la moitié vers le nord , dont les frontières seraient à Tepetlaoztoc, Papal uca, Tenayucan, Chimanautia et Xaltocan , et qui dépendaient d'Oturapan et de Teotihuacan, appartiendraient à Ixtlilxôchitl ; ainsi que Tolantzinco , Tziuhcobuac, Tlatlauhquitepec , Thauatla, et les autres jusqu'à la mer du Nord et Panuco. Les conventions ayant été arrêtées, Ixtlilxôchitl se rendit à Otumba , où il fit construire des palais pour sa résidence , ainsi qu'à TeotihuacaUb II y entra le dernier jour de l'année de Nahui-Toxtli , qui correspond au 19 mars 15:^3.

Les seigneurs de Mexico qui avaient échappé à la prise de cette ville , voyant que l'on tourmentait le roi Quauthemoc pour s'emparer de ses trésors, se soulevèrent et prirent de nouveau les armes contre Cortès, ainsi que Ixtlilxôchitl en avait prévenu. On finit par calmer cette insurrection : les plus coupables ayant été arrêtés, plusieurs furent mis à mort; les uns pendus, d'autres livrés aux

chiens qui les déchirèrent en morceaux. Ccv-

huanacoxtzin fut du nombre de ces derniers.

Ixtlilx6chitl en fut très-irrité contre Cortès; et , malgré les Espagnols, il le fit enlever aux chiens qui déjà le dévoraient (i).

Pendant que l'on construisait Mexico , Certes et Ixtlilxôchi tl se rendirent dans le royaume de Panuco , dont plusieurs villes s'étaient soulevées contre Tezcoco. Les habitants avaient tué des Espagnols, commis des insolences et exercé de mauvais traitements contre les nôtres. Cortès prit trois cents fantassins, cent cinquante cavaliers , et Ixtlilxôchitl partit à la tète de quarante mille Aculhuas et de quelques Mexicains. Ils arrivèrent à Ayntoxtitan où les ennemis vinrent à leur rencontre. On livra une bataille importante en rase campagne , Ixtlilxôchitl , dont les troupes étaientà l'avantgarde , perdit cinq mille hommes , et les ennemis trois fois autant. Les Espagnols eurent

(i) Quel ingrat était ce Cortès 1 11 nly a pas de couleurs pour peindre un pareil monstre ( Note de fédit. mex. ). '

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cinquante hommes de blessés ; ils restèrent quatre jours dans cet endroit pour se reposer. Des villes qui s'étaient soulevées contre Tezr coco vinrent faire acte de soumission^et appor* tèrent les tributs des années qu'elles n'avaient pas payées Jxtlilxôchitl leur pardonna, et Ton partit aussitôt pour, Chila , où François de Garay ^vait été battu. Cette ville est près de la mer : quaqd on y fut arrivé , Ixtlilxôchitl envoya .des ^messages dans tous les environs , pour sommer les habitants de reconnaître la domination espagnol^ ; mais ceux-ci , fiers de leur valeur et comptant pour se défendre sur leurs places fortifiées, s'y refusèrent. On attendit trois jour qu'ils déposassent les armes; alors Cortès et Ixtlilxôchitl, voyant qu'ils ne voulaient pas accepter la paix , et que même ils avaient tué des parlementaires , commencèrent les hostilités. Comme ils s'é^ taient retranchés dans leurs villages, on ne pouvait pas les vaincre. Une nuit, après s'être

procuré un certain nombre de canots , on 8, 9

1 3o RSLATIOK

traversa le fleuve sans être entendu; Gortés, à la tête de cent fantassins et de quarante cavaliers , Txtlilxôchitl avec avec plus de vingt mille hommes. Mais à la pointe du jour lennemi les ayant découverts, chargea les nôtres avec tant de vigueur, que peu sen fallut qu*ils ne fussent taillés en pièces. Cependant ils se défendirent si bravement, que les naturels furent défaits , on les poursuivit pendant plus d'une lieue; un nombre considérable périrent dans la retraite , quoique dix mille gens de guerre dlxtlilxôchitl eussent été blessés. Les nôtres passèrent la nuit dans un village abandonné. On trouva dans des temples les peaux des Espagnols de Garay, que les naturels avaient écorchés et appliquées aux murailles avec leurs habits et leurs armes; ce qui fait voir clairement que les premiers Espagnols qui se présentèrent dans ee pays sans alliés, ne firent rien d'important, et eurent toujours le dessous. Tout le contraire arriva à Cortès ; chaque fois qu'il voulait sou-

D IKTULXÔCHITL. 1 3 1

mettre une province ou faire la guerre , il restait vainqueur, car il se procurait des alliés. Cétaieht toujours eux qui cominencaient l'attaque, et qui couraient les premiers dangers (i).

De Tendroit où Ton avait passé la nuit on se rendit dans un autre village très-joli et trésombragé , occupé par ud grand nombre d ennemis sous les armes qui s'étaient cachés dans leurs maisons pour surprendre nos troupes. 11 y eut ce jour-là uiie action très-importante, dans laquelle une multitude d'ennemis périrent ainsi que plusieurs des nôtres; beaucoup d'Espagnols furent blessés. Trois fois les ennemis furent mis en déroute, et trois fois ils se rallièrent, mais enfin se trouvant fatigués, ils se jetèrent dans une rivière qui coulait dans cet endroit, traversèrent à la nage et se rangèrent en bataille sur le rivage opposé où ils firent bonne contenance jusqu'au soir. Les nôtres retournèrent au village où Ixtlilxô-

(0 Q^^ gitiahan la danza , qui menaient la danse.

1 33 REkiTIOV

chitl et les siens soupérent avec des herbes et des fruits sauvages ; G)rtès et ses soldats mangèrent un cheval , et l'on se reposa après avoir mis de bondes gardes. Le lendemain Cor tés et ses alliés se dirigèrent sur quatre villages abandonnés , ils passèrent la nuit dans quelques champs de mais , où ils apaisèrent leur faim. Ils marchèrent encore pendant deux jours et ne trouvant personne » ils retournèrent à Chila » où était leur camp. La nuit suivante ils se rendirent à un grand village qui est sur le bord d'un lac ; ils ravagèrent tout sur la terre et sur Teau, et pillèrent les maisons. Les habitants se soumirent aussitôt» et, après vingt-cinq jours d'occupation, les autres villages des bordsdu fleuve se rendirent. G)rtès colonisa uneville^qui est prés de Chila» et lui donna le nom de Saint-Etiennedu-Port {Sani^Estievan del Puerto) (i). Il y mit une garnison d'Espagnols. Ixtlilxôchitl y

(i) Cette TÎUe n existe plus; on a bâti prés de là celle de Tampico. Voyez LorenzaDa. Carta de Gortes. Mexico, 1 770» p. ^9.

d'ixtlilxôgiiitl. i33

fit rester plusieurs de ses sujets , ils détruisirent Panuco, Ghila et d'autres villes fort grandes, en punition des cruautés qu'elles avaient exercées contre les soldats de Garay : on revint ensuite à Mexico.

Bientôt Tototepec du Nord et vingt et quelques autres villages dépendant de la ville de Tezcoco se soulevèrent. Cortès et Ixtlihôchitl furent forcés de marcher contre les insurgés à la tête de trente mille hommes et de. leur livrer bataille. Ixtlilxochitl prit de sa propre main le chef de Tototepec, et il le livraàCor^ tes qui le fit pendre. Il y eut des pertes considérables des deux côtés; les prisonniers furent vendus comme esclaves ; Ixtlilxochitl nomma souverain de Tototepec un de ses frères, qui Favait déjà été.

Les Elspagnols qui étaient à Panuco (i)» et surtout un certain nombre qui faisait par-< tie de l'expédition de Garay, traitèrent les ha-

(i) Il s*agit probablement ici da Panuco qui eit a trois lieues de Zacatecas.

I J4 relation

bitants avec tant d'insolence qu'ils furent forcés de recourir aux armes, ne pouvant supporter leur tyrannie, et ils tuèrent plus de quatre cents chrétiens. Cortès,en ayantreçu avis, demanda du secours à Ixtlilxochitl et au roi Quauhtemoc, qui, ainsi que ses sujets, s'était remis des fatigues de la guerre. Chacun d'eux fournit plus de quinze mille soldats qui furent envoyés à Panuco avec cinquante cavaliers et cent fantassins, commandés par Gonzalve de Sandoval. Un jeune frère de Ixtlilxôchitl, nommé Yoyontzin, marchait à la tête des Aculhuas : les Mexicains étaient sous les ordres d un neveu de Quauhtemoc. Quand on fut arrivé à Panuco , on combattit l'ennemi dans deux rencontres difiPérentes et il fut vaincu. Les alliés entrèrent dans Sant-Ëstievan, où ils ne trouvèrent plus que cent Espagnols, et si l'on eut tardé un seul jour on n'en aurait pas revu un seul.

Aussitôt après l'armée se divisa en trois corps et pénétra dans l'intérieur du pays,

d'ixtlilxôchitl. I S5

toutes les maisons furent pillées, brûlées, et Ton tua une infinité dlndiens. Les nôtres prirent plus de soixante chefs de villages et quatre cents nobles et officiers , sans compter les gens du commun. Les premiers furent condamnés à mort et brûlés ; les autres furent mis en liberté. Les enfants, et surtout les héritiers^ assistèrent à ce châtiment pour qu'il leur servit d'exemple, après quoi ils furent investis de leurs souverainetés. Panuco fut détruit de fond en comble, et les nàtres revinrent a Mexico.

L'an i523, Lttlilxôchitl et Quauhtemoctzin ayant appris que depuis peu de jours les habitants du Quauhtemalan (i), du Otlatlan , du Chiapai) , du Xôconuxco, et d'autres provinces voisines de la mer du Sud, soumises aux trois capitales, s'étaient révoltés, et qu'ils faisaient la guerre aux alliés des chrétien^ » parce qi^e ceux-ci avaient commis des violences contre eux, en donnèrent avis à Cortés,qut

(0 Voyez à l'appendice , la^ note sous le n*^ VII.

î 36 RELATION

avait déjà eu rintention d'expédier des Espagnols pour reconnaître le pays. Voyant qu'il était nécessaire de commencer la conquête de ces .pays , il dit aux chefs indiens de commander à leurs sujets de fournir des secours , et de partir pour cette expédition avec Alvarado. Quauhtemoc et Ixtlilxôchitl, qui avaient déjà prévenu leurs vassaux, rassemblèrent vingt mille hommes très-^aguerris et quicon*^ naissaient bien le pays : chacun de ces princes fournit dix mille hommes et un général.

Alvarado, qui emmenait trois cents Espagnols, partit avec eux de Mexico le 6 décembre (i); ils passèrent par Tehuantepee et se rendirent à Xoconuxco. Peadant leur route ils châtièrent plusieurs, places qui s'étaient soulevées, entre autres Tzapotlan, grande ville très-forte, où l'on se battit vigoureusement pendant plusieurs jours , et qui coûta la vie à un grand nombre de guerriers des deux côtés, mais la ville fut emportée; beaucoup d'Espa-

(l) Voyez dans Ramutio la relation de cette expédition^

d'ixtlilxôchitl. 1 3^^

gnols furent blessés, lis se rendirent ensuite à Quetzaltenanco en trois jourôi. Le premier ils passèrent une rivière avec bien des difficultés , et le second ils franchirent une montagne trèsélevée et très-escarpée, de plus de cinq lieues. Ils- trouvèrent dans un fond plus de quatre mille ennemis qu'ils attaquèrent et qu'ils défirent; et au delà, dans une plaine, trente miUfii et plus qui eurent le même sort. Ils rejoignirent les mêmes indiens près d'une fontaine, et le combat i^ecommenca. Les vaincus se réfugièrent sur le penchant d'une montagne, se rallièrent, et marchèrent contre nos troupes avec plus d'intrépidité que la première fois. Après un combat acharné, les nôtres restèrent vainqueui^, poursuivirent l'ennemi, en tuèrent un nombre considérable, et s'emparèrent de leur chef, qui était un des quatre qui régnaient alors dans Otlatlan. Nous perdîmes beaucoup de naturels et quelques Espagnols. Le jour suivant on entra dans Quetzaltenanco, que l'on trouva abandonné; oh s'y

1 38 KBLATION

pourvut de vivres et d'autres objets nécessaires. Six jours après on partit de Tzapotlan. Les habitants de Quetzaltenaneo , après avoir parcouru le pays, se réunirent et attaquèrent nos troupesavec vaillance; mais ayant éprouvé leur fureur, ils se retirèrent et perdirent beaucoup de monde i surtout au passage d'une ri* viére. Les nobles et les chefs se rallièrent en combattant sur une hauteur; mais ils furent tous pris et mis à mort. Les souverains de Otlatlan et de Quetzaltenaneo, se voyant vaincus, rassemblèrent leurs sujets et feignirent de faire la paix; ils donnèrent aux alliés un nombre considérable de manteaux, beaucoup d'or et d'autres objets; ils leur firent dire de se rendre à Otlatlan, où ils seraient bien reçus. Les nôtres s'y rendirent , et découvrirent par quelques indices une trahison que les habitants de Otlatlan avait ourdie : ils sortirent de la ville, firent quelques pertes, mais se défendirent si bien, qu'ils prirent même le chef ennemi, ce qui excita la fureur des habitants qui

d'ixtlilxôghitl. 1 39

redoublèrent de courage, si bien que les nô^ très se virent sur le point d'être enveloppés Chaque jour l'ennemi tuait un grand nombre d'Aculhuas, de Mexicains, et quelques Espagnols. Al varado, voyant ce qui se passait, or-, donna, avec la pi us horrible cruauté) de brûler les chefs qu'on avait faits prisonniers.

Les généraux de Tezcoco et de Mexico firent demander du secours au souverain duQuauhtemalan, qui leur envoya plus de quatre mille hommes de guerre , avec lesquels nos troupes attaquèrent si bien l'ennemi, qu'elles restèrent vainqueurs. Les assiégés mirent bas les armes, demandèrent quartier, ce qu'on leur accorda. Les deux chefs de Otlatlan ^t de Quetzaltenanco furent livrés aux flammes; leurs fils obtinrent leur liberté et promirent de ne jamais s'insurger.

Après la conquête de Otlatlan et de Quetzaltenanco , toutç l'armée se rendit dans le Quauhtemalan, où elle fut fort bien reçue, et l'on fit des réjouissances pour son arrivée.

l4o RELATlOlf

Les chefs s'excusèrent près des généraux de n'avoir pas été à Mexico comme c'était leur devoir; ils rejetèrent la faute sur les Espagnols qui ravageaient leur pays et commettaient envers eux toute sorte de violence. 11 y avait près de Quauhtemalan une province considérable sans cesse en guerre contre cette ville, contre Otlatlan et d'autres qui dépendaient des trois capitales (i). Le chef-liêu était sur le bord d'un grand lac; il était très-fort et défendu par une population nombreuse. Les nôtres envoyèrent sommer les habitants de

(i) Ce pays est celui des Zutogiles dont il sera parlé .dftoi la note contenue à l'appendice sous le n® Vil. Le rocher sur lequel les naturels s'étaient retranchés est connu sous le nom de Pehol de la lapina , redoute de la lagune ( Inarros. Tratado yi^ cap. Ti ) ; il est remarquable que cet auteur qui fait sourent mention des Indiens de Hascala qui accompagnaient AlTarado» ne dit pas un mot de ceux de Tezcoco.

Pendant son absence , Alvarado avait laissé son frèro pour gouverner à sa place. La tyrannie de celui-ci , qui exigeait des Indiens plus d*or qu*ils ne pouraient en fournir , fut la cause du souleTement dont il sera question plus bas. AlTarada Faîne s*était dirigé vers la prorince de Honduras j'oii il croyait trourer G>rtés; mais ayant appris.de Bernai Diaz del Gastillo et de quelques autres Espagnols que ce chef était retourné à Mexico , il se décida k revenir sur ses pas.

D'iXTULXÔCflCTL. 1 4 1

cesser les hostilités, mais ils s'y refusèrent; alor&on les attaqua. Un grand nombre de naturels du Quauhtemalan s'étaient réunis aux alliés, une forteresse fut emportée et les maisons livrées aux flammes : quelques ennemis seulement , qui purent passer dans une petite île au moyen de canots, s'échappèrent ; d'autres jse sauvèrent à la nage. Nos troupes quittèrent la forteresse et établirent leur camp dans des champs cultivés, où ils passèrent la nuit. Le lendemain ils entrèrent dans la ville que les habitants avaient abandonnée, après qu'on se fût emparé de leur forteresse. Lea nôtres parcoururent le pays et s'emparèrent de quelques habitants. On en envoya trois ou quatre prévenir leurs chefs que, s'ils voulaient se rendre, ils seraient bien reçus, et qu'on respecterait leurs terres et leurs maisons; ils y consentirent et vinrent faire acte de soumission. Jamais cette province n'avait été subjuguée. Âlvarado et ses alliés retournèrent dans le Quauhtemalan. Un grand

l4a RELATION

nombre d'habitants des villages qui s'étaient insurgés vinrent se .soumettre; il en arriva aussi de la côte de la mer du Sud.

Tous les naturels de la province de Icquiûtepec étaient en rébellion ouverte, ils maltraitaient ceux qui commerçaient avec les chrétiens. Notre armée marcha contre eux; on voyagea pendant quatre jours en couchant chaque nuit dans des déserts; le quatrième on parvint à l'entrée de la ville, et Ton y pénétra sans être aperçu. Les habitants étaient sans défiance et renfermés chez eux parce qu'il pleuvait très-fort. On les surprit daus leurs maisons ; on en tua ^ et on eu ' fit prisonniers un nombre considérable , et comme il leur fut impossible de se réunir , la plupart prirent la fuite. Ceux qui purent se retrancher dans quelques grandes maisons se défendirent et tuèrent beaucoup de naturels de Tezcoco. Le chef, voyant qu'il était perdu, vint demander la vie ; il pria qu'on lui laissât la souveraineté de tous les villages dépendants

d'ixtlilxôguitl. f 43

de cette province ; il offrit son amitié , qui fut acceptée. On se rendit ensuite dans d'autres conb'ées, qui jamais n'avaient été soumises aux trois capitales; on y parlait différentes langues. Le premier endroit que Ton atteignit se nommait Cala ; on y soutint plusieurs combats contre les naturels ; nous perdîmes une certaine quantité des nôtres, et les vainqueurs leur eolevèrapt le butin qu'ils avaient fait : jamais on ne put faire accepter la paix à ces Indiens.

Nos troupes se rendirent ensuite à Panuco , qui oflQrait son amitié; mais c'était une trahi* SOB. Les habitants voulaient surprendre nos soldats et les massacrer ; ceux-ci ayant eu des indices de cette perfidie , attaquèrent la ville. Les ennemis essayèrent de se défendre , cependant ils furent mis en fuite et chassés de la place après avoir perdu beaucoup de monde. Lesalliés'Se rendirent ensuite à Mopilcalanco^ 9e battirent et se conduisirent comme dans les autres endroits , puis ils marchèrent contre

une ville forte , baignée par la mer du Sud, nommée AcayncatL Ils trouvèrent (kuis une plaine , à Feutrée de la ville , une armée trèsnombreuse. Les nôtres virent tout l'avantage de Tennemi , il n'y avait plus que sept mille guerriers de Mexico et de Tezcoco , les autres avaient été tués ou bien étaient restés dans le Quauhtemalan , malades . des fatigues de la guerre; Alvarado n'avait plus que deux cent cinquante fantassins espagnols et cent cavaliers, et tout au plus un millier d'hommes du Quauhtemalan. Ils voulurent donc tourner l'armée des ennemis , . mais comme ceux-ci s'en aperçurent ils les attaquèrent. Nos troupes se conduisirent avec tant de valeur qu'il échappa à peine un de leurs combattants. Ils ne purent prendre la fuite comme avaient fait les autres , car leurs armes, qui étaient très-pesantes, leur enveloppaient tout le corps comipe des sacs; ils portaient des lances énormes, de plus de trente palmes de long. Ces Indiens, et tous ceux dont nous avon^

d'ixtlilxochztl. 1 45

parle depuis la province de Caltipan , appartiennent à la nation toltèque. Nous perdîmes ce jour-là beaucoup de monde, et nous eûmes un grand nombre de blessés , même des £s pagnols : Alyarado fut atteint d'une flèche à la jambe.

A peine cette bataille fut-elle terminécf, qu'une autre plus sanglante jeut lieu. U se présenta Une immense multitude d^ennemis bien armés y avec des lances pavoisées , d'une longueur extrême* Nos troupes eurent beaucoup à soufifrïr dans cette afiaire , et couraient de

avec ardeur, elles les mirent en déroute. De là on marcha sur la province de Mahuatlan , qui fut subjugée , puis à AthleleahyiBican , où les habitants de Cùitlachan vinrent faire acte de soumission, et Ton se rendit che? eux^Nos soldats pénétrèrent dans la ville avec beaucoup de prudence, car ils avaient reçu avis qu'on voulait les tuer en trahison ; cependant

nos sénérauni firent un traité d'alliance avec 8. 10

l46 BBtATION

ks habitants qui abandonnérant la ville à nos troupes. Pendant vingt jours que nous occupâmes cette place, ils ne cessèrent les hostilités. Enfin, voyant qu*on ne pouvait pas. les 'soumettre par aucun moyen, une grande partie de notre armée retourna dans le Qimufatemalan, aprcaavoir fait tout ee q ue nous avons dit, et bien daubres expéditions que Von passe sous silence, et dans lesquelles les n6tres et les Espagnols soufi&îrent des maux aifreux , la faim et toute soii;e de calaœkés. Ou tabjugua plusieurs provinces dana eétte cam* pagne, mais on en rapporta^ peujdWet peu de richesses ; on prétend que Tarmée fi^t plus de quatre cents lieues. Après avoir quitté le Quaubtemalaui ellerejoignitodledesjkcailhttas et des Mexicains , avec lesquels restèrent Al* varado et les autres Espagnols qui revinrent à Mexico^ Les alliés nendil^nt compte de leur voyage à Ixtlilxôchitl et au roi Quauhtemoc; ils remirent quelques lettres à Goiiès, à qui de si bonnes nouvelks firent le plus gi^ud

D^IXTt ÎLXÔCHITL . 1 4^

plaisir. Ce chef espagnol envoya aussitôt Alvarado et deux cents chrétiens pour coîoni^r le Qnauhtemalan

Deux jours après le dépat't d'Alvarado, le 8 de décembre i523, Cortès^ Ixtlilxôchitl ^ Quauhtemoc et les autres chefs expédièrent à Chamoiàn Diego de Godoy, à la tête de cent fantassins espagnols et de trente cavaliers. Ixtlilxôchitl et Quauhtemoc Iriî donnèrent pour l'accompagner deux généraux qui avaient sous leurs ordres chacun dix mille guerriers des nations Aculhùas, Mexicaine et Tecpa* nèque. Tous se rendirent en droite ligne à la ville d*Espiritu-Santo , où ils trouvèrent un renfort d'Espagnols. Ils firent plusieurs expéditions dans l'intérieur, entre autres celle de Chamoiàn (ou Chamolla) (i)j province fort considérable. La capitale, ville bien fortifiée , occupait le sommet d'une hauteur très-diffi-' cile à gravir; elle était environnée d^une mu^

(i) Probablement aujourd'hui Saint- Jaan Chamula dané Vëtat de Chiapa ( Note de Véd. mex, )

raille de plus de trois toises de hauteur, construite moitié en pierres, moitié en grosses poutres. Les naturels de Farmée des Aculhuas et des Mexicains combattirent vigoureusement pendant deux jours; enfin Fennemi, manquant de vivre , car il était bloqlié , enleva tout ce qu'il possédait et prit la fuite le mieux qu'il put. Les assiégeants entrèrent dans la ville , tuèrent tous ceux qu'ils renconti'èrentf la pillèrent, firent un butin considérable , mais ils n'y trouvèrent que peu de vivres. Ils se rendirent ensuite à Ghiapa et à Huehuey tlan , où ils furent reçus en amis.

Le 5 février 1 5^4 on expédia une autre armée contre les habitants de Mixtecapan et contre ceux de Tzapotecapan qui s'étaient insurgés de nouveau , et qui maltraitaient leurs voisins parce qu'ils étaient amis des Espagnols. G>rtès renvoya donc Rodrigue Rangel, le même qui avait marché contre eux la première fois avec cent cinquante Elspagnols. Ixtlilxôchitl lui donna vingt mille guerriers

d'ixtlilxôchitl. 1 4g

et un de ses itères pour chef. Ils rencpatrèrent en route les habitants de Tlaxcalan, qui leur fournirent cinq à six mille hcMUmes de troupes aujciliaires. Quand on fut arrivé dans ees provinces, on somma piusieui's fois les Indiens de déposer les armes, mais sans succès; alors on leur fit la guerre, on en tua et on en prit un grand nombre , qui furent vendus comme esclaves.

Après les avoir châtiés , nos troupes revinrent à Mexico chargées de dépouilles , et les Espagnols richement pourvus d'or ; car c'était un pays fort riche. Cette expédition acheva de soumettre tout le royaume aux capitales de Tezcoco, de Mexico et de Tlacopan. La puissance de ces trois villes s'étendait à quatre cents lieues à la ronde, depuis le grand lac de Tezcoco, jusqu'aux cotes des mers du Sud et du Nord, ainsi qu'on l'a vu. Outre les expéditions que nous avons racontées, on en fit encore beaucoup d'autres; mais, comme il ne s'est passé aucun événement important , Je

]5o REpATJOK

nen parlerai pas ici pour évitof les longueurs. Ixtlilxôehît] , ses fi^ères, ses parents et ses su-. Jets prirent part à toutes ces conqui^tes, qui leur coûtèrent bien des sacrifice^, et ils firent des dépenses considérables pour entretenir et payer les Espagnols. On peut dire cela saps cmndre de pécher contre Jâ vérité; car il est notoire que , nrpQ^seulement ce prince aidait les chrétiens à servir la cause de Dieu et de Tempei^eur notre seigneur, tant en, payant de sa personne qu'en fournissant des troupes» mais encore il nourrit lès Espagnols, et il leur donna tout Tor, l'argent et les bijoux qu'il possédait dans les palais de ses pères, et même tous ceux qui étaient là propriété de ses frères ou de ses parents. Le roi Cacamatzin et Cohuanacoxtzin, ses deux frèras^ lurent rachetés à 8e^ frais, lui-niéme il employa une partie considérable de, ses biens à approvisionner de vivres, à pourvoir^aux récompenses et à la paye de ses soldats , à lever des troupes pour ces diverses expéditiems, et

D'iXTlIlilècfilTt. 1 5 1

pour le siège de Mexico» qui coûtèrent la vie à une multitude immense dlndiens, et à un nombre infini de chefs, de seigneurs et de Hioblès, ses parents.

Vers le milieu de Tan iS^4i qn^les naturels nomment Cbieuaéen Tecpatl , Pédemài ( ro- -cher, numéro 6 )>'fir#e Martin de Valence, vicaire du pafpe ; et douze religieux de Tordre de Saipt-Françoifi, vinrent dans ce pays, "et -furent lés premiers qui«baptisèrent les naturels , et i}ui les convertirent à la loi évangëliqûe. Aussitôt que Ixtlilxôchitl, Quauhtemoc, et les autres principaux chefs eurent appris leur anivée, ils expédièrent des messagers pour leur prcîeiirier tout ce dont ils pourraient Avoir besoin pendant le voyage. Dès que ces ^ëns eurent rejoint les religieux, ils leur firent, de la part?dë Ixtlilxôchitl, des compliments de bienvenue, et ils les servirent pendant toute la route. Partout où ils passaient , les naturels les recevaient, en faisant toutes sortes de réjouissances et de fêtes. Cortés , Ixtlilxô-

l!>2 RELATION

chiti, tes plus grands seigneurs du pays, les Espagnols, entre autres, le père Pedro de Gante, allèrent les recevoir à. trois lieues de Tezcoco : on se livra à des danses et à des divertissements. Quand ils furent enù^és dans la ville» les naturels leur donnèrent toute sorte de signes de respect , et leui' firent divers présents, avec beaucoup de joie. Le père Pedro de Gante demanda à Ixtlilxochitl, des ornements et 4jes ts^pisseries pour, décorer les logements que devaient occuper les religieux; ils étaient situés dans les palais du roi Netzahualcoyotzin. Ce prince donna donc Tordre aux majordomes, gardiens des tributs ou trésors de Netzahualcoyotzin ^ de donner tout ce qui serait nécessaire. Le père PediH> éleva un autel , y fit placer une image de Notre-Dame et un petit crucifix; c'était le soir de Saint-Antoine de Padoue (i). On chanta les vêpres pour la première fois dans ce pays. Le jour suivant il y eut une messe ea musique,

C I ) L« 1 2 janvier i SiS ( Note de redit ^ mex.}».

d'ixtlilxôghitl. i53

exécutée avec beaucoup de pompe; c'est la première que ces religieux célébrèrent à la Nouvelle-Espagne.

* Gortès et tous les Espagnols y assistèrent avec Ixtlilxdchitl , les seigneurs , ses frères et ses parents , et ils y prêtèrent la plus grande attention. Ils se laissèrent aller à un attendrissement extrême y et pleurèrent de joie en voyant ce qu'ils avaient tant désiré , car ils étaient bien instruits des mystères de la messe. Le père Pedro de Gante leur avait expliqué la doctrine chrétienne le mieux qu'il avait pu , et^par la grâce de Dieu, moyen le plus certain. Dès son arrivée il leur avait enseigné le mystère de la passion , la vie de N. S. Jésus-Christ et la loi évangélique; aussi, quand ils assistèrent à la première messe, étaient-ils bien instruits du sacrifice qui se célébrait. Ixtlilxôchitl versait un torrent de larmes, ce qui surprenait et édifiait les Espagnols présents. Le père Martin de Valence, ayant appris par le pèi^e Gante que ce prince,

l54 RIUTIOM

les aub^es seigneurs » ses parents et ses sujets , étaient instruits dans la foi et désiraient le baptême , commença à baptiser les habitauts de Tezcoco (i). C'est la premièi^ ville où s'iiitroduisit FEvangile. Ixtlilxôchitl fut le pi^emier qui reçut le baptême des mains du père de Valence,, sous le nom de don Fernand, en rbonneur du roi catholique. Certes fut srà parrain ; son frère Coxhuanacotzin , qui vint ensuite, prit le nom de don Pedro. Plusieurs personnes prétendent qu'Alvàrado , qui était alorsàTezeoco» lui servit dep)Birrain. On administra ensuite le baptémeà ses autre&frères légitimes, donPedroTellahuehuezquititzin ,doD

(i) La manière dont les religieux ÎBipoièreii| d«6 noms» cette multitude de i]À>phites est asges curiense : ctt les dÎTisait par bandes , et tous les individus faisant partie â*une de çesdi* \ision receTaientle même nom. Ce n'était pas la preaiière fois qu'on employait un semblable moyen: en iSS; » L^dislM Jsr gellon , duc de Lithuanic , étant devenu chrétien et roi de Pologne persuada à ses sujets d*abjurer à son exemple leur croyance nationale. Le peuple fut partagé par bandes : dans la première tous les hommes furent appelés Pierre et toutes les femmes Catherine; dans la seconde, Paul et Marguerite, ainsi de suite. Voyez E. Salverte , Essai sur les noms dhont' mes, etc. , 1. 1*', p. SS2 et stS.

D'iXTLiLXOGHITi:^ l55

JuaaQuauchUojtaotiny don Geoi'ges Yoyontzîn; '«nân à ses autres fràres, fils naturels de son 'pcré'; don Carlos Ahuaxpitzatzin , don Âotonio Tlahuilolzin ^ don Francisco Mor ofaiuhquécholtzomatzin^ don Laurenzo . de Luna, et à ses oncles, ses cousins et ses alliés.

La reine Tlacoxhuatzin y sa mère , qui était Mexicaine et très-endurcie dans son idolâtrie, refusa le baptême; elle s'était réfugiée dans un temple de la vil le avec quelques seigneurs* Ixtlilxôchitl y alla pour la prier de se faire baptiser. 'Ei\e lui fit des reproches, Faccabla d'injures, et dit qu'elle ne le voulait pas; qu'il fallait qu'il, eût perdu l'espl'it pour renier si promptçment ses dieux et la toi de ses pères. Ixtlilxôchitl voyant sa détermination , entra èû fu^ur et la menaça de la faire brûler vive si die ne consentait à recevoir le baptéme( I ).

(i) Gede conduite ne doit pas paraître étrange de la part d*un homme , le plus cruel bourreau de sa patrie^ Tinstru*

l56 RSLATIOH

Il finit par lui donner nominMB de bonnes raisons; il la convainquit et Itf conduisit à réglise avec les autres seigneurs pour qii^ les baptisât. Il brûla le temple où elle s'était retirée, et le détruisit de fond en comble. Cette reine fut la première femme qui reçut le baptême , et on lui imposa le nom de Marie ; Co^ tés fut son parrain. Après elle on baptisa, sous le nom de Dona Beatrix, Papantzin, veuve de l'ancien gouverneur de TIaltelolco, et épouse légitime dlxtlilxôchitl ; elle reçut ce sacrement pour complaire à Gortcs, qui fut son parrain, parce qu'elle était Vépôuse de son intime et fidèle ami don Fernando Ixtlilxàchitl. Tous les principaux de la ville reçurent le baptême, ainsi que le peuple. Les religieux furent occupés quelques jours à cette cérémonie^ Ixtlilxochitl instruisit ses frères » ses parents et ses alliés dans la doctrine chrétienne, et cela avec beaucoup

ment de la tyrannie espagnole , rëlère de leur barbare école. Mahomet aarait-îl fait pi» ! ( Noit de Vidii. mex. )

D'iXTULXÔCHitL* \5j

d'habileté ; il leur enseigna les cérémonies et

les termes en espagnol , choses bien différentes de celles usitées dans ce pays-ci. Il faisait de longs discours et de longs sermons , dans lesquels il leur apprenait des choses étonnantes, il les attendrissait par des entretiens si touchants et si saints , qu'on aurait dit d'un apo^ tre , si Ton peut s'exprimer ainsi.

La plupart des Indiens, habitués à leurs anciens usages, ne pouvaient pas se conformer à la mode espagnole de saluer, de témoigner leurs respects et à d'autres parties du cérémonial ; comme on peut le voir par cette dame de qualité, sœur d'Ixtlilxôchitl , qui, ayant été visiter le père Martin de Valence , et voulant lui faire la révérence suivant l'usage espagnol, ainsi que son frèi^e le lui avait recommandé, salua comme un homme, en fléchissant un genou, ce qui fit bien rire les religieux. Mais elle leur dit avec beaucoup de bonne grâce, enfin telle qu'une dame de cour et une princesse : qu'elle leur faisait ses ex-

l58 HELATIOR

cuses si elle avait manqué en quelque chose, ^qu'elle avait tnal compris ce que lui ava^it dit son frère; que comme elle avait vu plusieurs cavaliers saluer de cette manière , entre autres Cortès et les siens , elle avait pensé que c'était un usage commun aux hommes comme ^ux femmes /car d^ns le pays l'on ne saluait jamais qu'en baissant la tête. ïl y eut au coromencemeht plusieurs inadvertances de ce genre , tant de la part des naturels que des Ë^agnols 9 et tous en riaient beaucoup; mais à là fin , quoique ces usages fussept tout à fait nouveaux et étrangers , en^eu de temps on s^y accoutuma très^facilement.

Déjà toutes tes maisons de Mexico étaient terminées , il n'y en avait qu6 quelqiies^uties appartenant aux Espagnols qui n'avaient pas encore été achevées. IxtUixôchitl^ prévint ses soldats de se tenir prêts pour une expédi** tion projetée contre Ibueras (i), et de se

( I ) Gortèf en a laine une relation manuscrite dont je ponède une copie; elle sera publiée dans la suite de cette collection* Ibueras est Tancien nom de la province de Honduras.

DIXTULXaCHITL. iSq

pourvoir de tout ce qui était nécessaire pour la route. A la mêniè époque Cortès expédia à l'enipereur, eni Espagne, une quantité d'or, de plumes^ de manteaux « d'objets précieux , et un canon d'argent (i). Ixttilxôchitl et les autres seigneurs le prièrent d'écrire çn leur nom à sa majesté , et d'offrir leurs services , leurs royaumes et leurs vassaux. Cortès répondit qu'il se conformerait à leurs désirs; que sa majesté était très - reconnaissante de tout le bien qu'ils avaient fait en son nom , et surtout de ce qu'ils avaient reçu le baptême , et. s'étaient convertis à la foi» ce quelle dési<* rait paixiessus tout. On ne sait si Cortès écri-^ vit au nom de ces nobles Indiens , et en parti* culier d'Ixtlilxochitl , par qui , après Dieu » ainsi qu'on la vu d^une manière évidente , la

(i) D'aporès Oviédo , lib. 111. , cap. 1 3 iniif&i. XL entra 34 quiataux et s aiTobesd*or ou d'argent dans cette pièce : ils coûtèrent s 4,000 marcs d or à S pesos le marc. La fonte , la ciselure et le transport en Espagne s'élevèrent à 3, 000 pesos. Le peso, calculé suivant sa valeur à Tépoque de Charles-Quii^t , représente environ 11 francs de notre monnaie.

1 6o ABLATION

religion chrétienne s'est introduite dans ce pays. Il prétendit 1 avoir fait ; néanmoins il est certain que jamais Ixtlilxôchitl ne reçut de lettre à ce sujet, et si le roi lui répondit, ce ne fut pas par l'entremise de Gortés , mais par les religieux franciscains. La réponse n arriva qu'après sa mort, lorsque ses héritiers étaient très-jeunes, et surtout dona Anna et doSa Luisa y ses filles légitimes , qui étaient toutes petites et sans parents. Il fut oublié , ses descendants tombèrent dans l'obscurité ; à peine ont-ils des habitations pour vivre ; et ces habitations, chaque jour on les leur enlève (i). La même année, avant l'expédition de Ibueras, on tint dans la ville de Tezcoco un synode ou assemblée ecclésiastique, qui fut le premier dans la Nouvelle-Espagne. ' On y traita du mariage et d'autres affaires; trente personnes instruites, cinq ecclésiastiques, dixneuf religieux , six jurisconsultes au nombre

(i) Voilà les récompenses qu'obtiennent les senriteors éet tyrans {J^oie de tédii. mex, ).

d'ixtlilxôchitl. 1 6 1

desquels était Cortèsf y furent féunis. Frère Martin de Valence le présida en qualité de vicaire du pape; mais comme on ne connais* sait pas bien les cérémonres et les réglée suivies dans l'union des infidèles , on décida qu'ils se marieraient à celle de leurs femmes qu'ils choisiraient (i). La séance ayant été levée, les religieux et les prêtres se répandirent dans tout

le pays ;-ils se fixèrent principalement dans

les grandes villes, telles que Mexico, Tlacopan, Xochimilco, Tlaxcalan et les autres. On commença à bâtir à Tezcoco la première église qu'il y eut dans la Nouvelle-Espagne, et comme on y célébra la messe le* jour de Saint- Antoine de Padoue , elle fut mise sous l'invocation de ce bienheui*eux , qui fut reconnu comme le protecteur de la vilTe. Cet édifice fut construit sur l'emplacement des palais du roi Nezahualcoyotzin , qui est aujourd'hui partagé en

(i) Comme on ne pouvait savoir quelle était la femme légitime de ceux qiii en avaient plusieurs , on déclara qu'ils choisiraient celle qu'ils voudraient conserver.

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