‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 4)Chapitre 16 sur 29 · BAI30A · texte numérisé non relu

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ont le plus souvent recours. 11 arriva à Cuzco avec .une nombreuse armée composée de di^ verses nations. Lesgouvemeurs ^accueillirent partout avep aflTection , et le itraitèrent avec le plus grand donneur • Pourvu de tout ce dooÉ il av»t besoin y et augmentant ^n armée dâ plus bfsaux hcmimes du GdH9K>, il continua sa rcmte avec plus de rapidité à la poursuite des Ghir^anaés ;• il leur livra plusieurs coaur bats sans que la victoire se déclarât pour «me des deux armées. Xiependuiit Yascà fit^quelr r}ues prisonniers qu'il en vojra à ^uitdd U i^ para le dommage que les' ennemis avaient porté au pays, et laissa une nouvelle garni4* son dans les forteresses des frontièriBS ; puis fl retourna à Cuzco y où les gouverneurs nécom-^ pensèrent les soldats qui s'étaient distingués et leur permirent de retourner dans leurs foyers , emportant avec eux les Guacas ou idoles.

Fendant que Yasca s'occupait de la guerre que nous n'avons fait que signaler , Guayna-

Gapac voulut visiter le ipeiys des Pastos, des QtfillacihgÀs et d'àiitres nations environnai)^ tes : il se rendit d'abord à Quito ^ où il se

pourvut idemunitionis^ et se dirigea vet*sClartm^i*^ il visita cette forteresse qui avait coûté tàiit de sang aux Péruviens et aux habitants du p9ys, et pasisa à Pesillo-Pueaira ; il acheva de sdùnietlre œs peuples /et arriva à Rumichaca^, ^A il s'arrêta, ordonnant à ses capitaines d'aller éjq>l6rer le pays qui se trouvait encore à parcourir , afin de lui donner avis de la manière dont il faudrait procéder pour y pénétrer.

Ces officiers parvinrent sans obstacle à la vallée d'Afa^is , où ils remarquèrent coinbien les habitante étaient pauvres et misérables ; it ieùr fùt'rapporté que lé pays qui était au delà était daiis le même état; alors /ayant ^sé leurs bornes dans cet endroit; ils revinrent donner connaissance à leur seigneur du résultat de leurs découvertes : mais ils déprécièrent tellement le pays et les gens qu'ils venaient de voir, que l'Inga dédaigna d'y aller^

et, étant arrivé sur les bords d'une rivière qu'on appelait ^ngas-Majro (i), il tourna à gauche y traversa le pays de Yasqual et de Ancubia, et alla à Caviazara^ et enfin continua jusqu'à PaquinangOj en suivant le courant d'un fleuve rapide. Le pays , montagneux et escarpé, pluvieux et humide, ne lui plut pas ; alors il tourna sa face vers le sud , et il continua sa marche accablé de fatigues excessives, et tourmenté par la faim et des privations inouïes, entre une des branches de la Grande Cordillière du Pérou et les côtes de la mer du Sud , s'en tenant cependant éloigné.

Il fut plus embarrassé et inquiété par le nombre de son armée que par les nations barbares au milieu desquelles il passait, et qui n'osaient se montrer amies ni ennemies en présence de phalanges si effrayantes. Ce fut au milieu de privations de tous genres que

(i) L'Angas-Mayo est une rivière qui sépare la province de Popayan de celle de Quito ) elle coule de Tetl à l'ouest , et se jette dan« le Patia après avoir reçu le Juanambu et le Guaitara.

Guayna-Capac traversa ces montagnes arides et escai*pées que la nature avait placées tout le long de la mer ; et lorsque le terrain sembla s'améliorer, un matin, au point du jour y ringa se vit entouré de toutes parts d'une immense multitude de barbares qui étourdissaient plus les oreilles par leurs cris et leur rumeur afireuse qu'ils n'efirayaient par la vue de leurs armes. L'Inga, cependant, fut troublé un moment, et éprouva, ainsi que son armée , un grand découragement. Il était sur le point de prendre la fuite; car, outre la faim qui durait depuis plusieurs jours, et les fatigues ordinaires de chemins aussi difficiles, ils ne se sentaient plus de vie dans les horribles tourments de la soif qu'ils venaient d'endurer en passant sous la ligne équinoxiale , où l'on manque toujours d'eau.

Guayna-Capac, se voyant réduit à cette extrémité , aurait préféré changer toutes ses richesses et toutes celles de son camp pour un chemin plus sûr ; mais lorsque la faim ,

la soif y la douleur , la fatigue et la crainte le tourmentaient, un jeune homme vint jusqu'à lut; il paraissait Inga de nation^ et commefnçant par de douces paroles à l'amiiier ^ il lui dk : M Que la belle couleur de ton visage :né se » ftrouble point, q noble prince ! et gue, cette » ladultitudede gens bas et vils ne suffisent pas » àabatti^> pai* leurs cris et leurs hurlements* » ton courage accOtitumé* Cpnsidère^ seigûeur> D que , lorsque nous avons détourné notre vi- )} sage de la terre amie , nous sommes venus » chercher ces ennemis ; et la fortuûe de ceux >i qui trouvent quand ils cherchent doit être » regardée comme très-favorable^ Considère » qu'il n'y a pas plus loin de nous à la victoire » que de toi à ces barbares lâches et iius;'Aie » pour toi le courage, et tes gens te donneront » la force, et ton père le Soïeil la- victoire ! » • A ces paroles, l'Inga se sentit enflammé d'un courage invincible, et s'adressant aux siens, il leur dit : « O mes frères ! vous tous en qui » j'ai mis ma confiance pour commencer et

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» finir d'aussi gran4es choses que celles que » nom venons de faire, le temps est arrive , M après vous être distingués dans tant de » Qoin}>ats y de ne pas laisser répandre votre » sang pi^r des mains indignes d'une si noble » <âcbe, et de ne pas détruire en un seul jour » ipar votre lâcheté toutce que votre couragea su >i acquérir après tant d'années de combats. Ne » laisse^ pas vos corps et le mien dans un lieu » où ils manqueraient à jamais des honneurs » de la sépulture et du respect que nous devra M notre postérité. Abandonnons donc les- ba- » gages dont nous sommes chargés. » A peine avart^il dit cesmots, que chacun se débarrassa de.tout ce qu'il portait, et, résolus de vaincre ou de mourir, ils se saisirent de leurs armes et se jetèrent sur les ennemis sans attendre qu'ils vinssent les attaquer ; il ne fallut qu'un instant pour qu'une sanglante mêlée fut engagée, et le vacarme qu'ils produisaient par le bruit de leurs armes et leurs cris de guerre accoutumés était tel , qu'il semblait que les

montagnes allaient s'écrouler. Cependant les ennemis commencèrent au bout d'un moment à perdre courage, et les Péruviens, s'en étant aperçus, profitèrent de cette circonstance; ils commencèrent donc à les combattre de plus près et à les poursuivre jusqu'aux dernières limites de leur ville, où les dépouilles qu'ils gagnèrent furent très-grandes et très-abondantes, consistant en charicas, ainsi qu'en or, en aident et en riches et fines émeraudes.

Cette victoire leur valut l'obéissance de peuplades chez qui ils auraient trouvé la mort s'ils s'étaient découragés et laissé vaincre.

Nous dirons en son lieu ce qui arriva à Guayna-Capac après ces succès importants.

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