CHAPITRE XIV
Christophe Colomb vient porter la nouvelle en Espagne de sa dëconverte. — Mort de Guayna-Gapac. — Commencemenl dn règne de Guascar-Inga.
Nous avons dit dans le chapitre précédent que Christophe Colomb avait colonisé File Espagnole. Ce fut donc de cet endroit que l'intrépide Génois partit pour revenir en Espagne porter la nouvelle d'un succès que beaucoup de monde supposait impossible ou fabuleux.
190 BALfiOA.
Il arriva à Barcelone, où se trouvait alors la cour, le 3 avril 1493, huit mois juste après son départ d'Espagne, emmenant avec lui, pour preuve du fait qu'il allait annoncer, quelques Indiens et des produits du pays.
Ferdinand et Isabelle envoyèrent la nouvelle de cette découverte au pape Alexandre VI, qui, comme nous l'avons dit, occupait alors le Saint- Siège. Ce prélat se réjouit avec toute la république chrétienne d'un résultat aussi heureux. Tous les princes chrétiens se sentirent pleins du désir de découvrir de nouvelles mers et de faire la conquête de nouveaux pays. Le roi de Portugal surtout fit poursuivre avec plus d'ardeur ses expéditions dans les Indes Orientales, Ce fut dans cette même année que le roi don Juan de Portugal reçut la relation des décou* vertes que Covillana avait faites en Asie. ;.. Colomb, dans sa seconde expëdîtiony découî" vrit la terre ferme. Ces succès firent; naître l'envie à plusieurs d'acquérir aussi de la gloire à découvrir de nouveaux pays, et de jouir des
richesses en or , argent et pierres que Ton en rapporte. Alonzo de Ojeda et Diego de Niquesa furent les premiers qui établirent une colonie de dirétiens sur la terre ferme, en fondant la . ville de la Antigua , dans la province du Darien. Puis vint le vaillant capitaine Ijlernando Cortés, qui^ malgré sa pauvreté et 1^ envieux qui s'opposaient à ses desseins, fit ^ en 1519, la découverte et la conquête du pays qu'on a appelé justement la Nouvelle- Espagne. Vasco Nunez de Balboa partit de la ville de la Antigua du Darien , et découvrit la mer du Sud un dimanche , 25 du mois de septembre 1513. Il resta quatre mois entiers! à cette expédition, au bout desquels il revint à la Antigua , chargé de gloire et de richesses. Malgré ses nombreux combats avec les Indiens, il n'avait pas perdu un seul homme, ni reçu une seule blessure. Il expédia à Sa Majesté une relation détaillée de sa découverte de la mer du Sud, ainsi qu'une description de la topographie et des richesses du pays qu'il avait
parcouru. Sa Majesté lui envoya le titre d'^delantado de la Castille-d^Or (nom qu'avait donné Balboa au pays qu'il avait découvert ), et fît partir Tannée suivante, en 1 51 9, quarante navires montés par cinq cents hommes , afin d'en continuer laconquête, Fray Juan Quevedo, premier évêque de la terre ferme des Indes , fut envoyé à la Antigua , et un gentilhomme de Ségovie , nommé Pedro Arias de Avila , fut nommé gouverneur de la Castille-d'Or. Mais il n'eut ni autant de bonheur dans son entre^ prise, ni ne mit assez de prudence dans sa manière de conquérir, de sorte que Balboa profita de cette circonstance pour contrarier les ordres qu'il donnait et ridiculiser sa ma-^ nière d'agir. Ceci, ajouté aux rapports d'individus malintentionnés, fut cause que Balboa et le gouverneur Pedro Arias se querellèrent, et seraient venus jusqu'à rompre complète* ment, si l'évêque ne s'en était pas mêlé et n'avait pas voulu servir de médiateur. Il proposa le mariage de l'adelantado Balboa avec dona
Isabel de Pefialoza, fille du gouverneur. Le mariage se fit, et Balboa fut chargé par son beau-pére de continuer la conquête des côtes de la mer qu'il avait découverte. Les navires étaient prêts et l'attendaient pour partir, lorsqu'on parvint à mettre de nouveau de Tanimosité entre eux. Le beau-pcre fut tellement irrité qu'il rappela Tadelantado, fulmina un procès contre lui, et, sans pitié pour les larmes de sa femme , il le fit décapiter.
Il continua alors le voyage que son gendre avait commencé; en sortant du golfe de San Miguel (nommé ainsi par Balboa parce qu'il y arriva le jour de la fête de ce patron), il se dirigea vers la droite et suivit la côte qui s'étend de ce côté-là. 11 atteignit quelques îles, fonda Panama sur la terre ferme et Nombre de Bios de l'autre côté, sur la mer du Nord.
Là se termina sa carrière , car le roi le priva de son pouvoir, pour avoir si injustement donné la mort à l'adelantado Balboa.
De la ville de Panama sortirent plusieurs 15. 13
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chefs qui découvrirent des pays dont les premiers furent le Nicaragua, le Guatimala et autres de moins d'importance.
On parlait beaucoup dans la ville de Pa*-
nama d'une rivière située à la gau<^e de cet
endroit vers le sud > sur les bords de laquelle
habitaient des peuples très-riches en or et en
perles. Cette rivière se nommait Pérou ou Bi-
rou. Beaucoup de gens auraient désiré faire la
conquête de ce pays, et personne n'osait s'y
aventurer, lorsque deux anciens soldats de
ceux qui étaient venus du Darien avec le gou-^
verneur Don Pedro Arias , et dont les noms
étaient Francisco Pizarro et Dic^o de Almagro,
voulurent tenter l'entreprise. Le maese-escuela
del'église nouvellement fondée à Panama, étant
lié d'amitié avec eux, fut le troisième associé : il
se nommait Hernando de Luque; jlétaitriche,
et était déterminé à dépenser tout ce qui était
nécessaire pour l'exécution de l'entreprise. Il
fut convenu que Francisco Pizarro comman-^
derait la flotte , que Diego de Almagro four«
HISTOIRE DU PEROU. 4d5
nîraît Ite oâVires 6t les gens, et que Liique s'o^cuptirait de la partie financière et pourvoirait par les bénéfices aux frais de rexf^éditiot).
Ce fut au mois de juia^ 1525 que partit Franqisco Pizarro de Panama arec un navire et cenV-vingt hommea.
Nous le laisserons un instant pour revenir à Guaynar-Gapac.
Les Indiens ^ se voyant vaincus et soumis à celui qu'à leur tour ils avaient cru vaincre et soumettre^ commencèrent à apaiser la ôolére et l'indignation de leur vainqueur par toulèâ sortes de présents et die flatterie^ ; ils dôtl-^ nérent beaucoup de fêtes et exécutèrent des dhnseè qUi plaisaient beaucoup à Guàyna-Ga* pac.
Les principau:^ de cette province lui ra-^ contèrent comment, depuis plusieurs années^ son père Topa-Inga était venu dans leur pays et leur avait donné des présents et des fehimes dont on lui en montra une partie > et que dans ce port de mer il s'était embarqué lors-»
qu'il découvrit les iles de Agua-Chumbi et de Nina-Ghumbi , comme nous l'avons dit précédemment.
Guayna-Capac et ceux qui l'accompagnaient s'étaient reposés quelques jours dans ce pays aussi ami maintenant que rebelle autrefois ^ lorsqu'arrivèrent les ambassadeurs du cacique et seigneur de l'île de Puna , avec des paroles d'amitié et de dévouement, en même temps qu'avec des présents dignes d'un prince, et par leur entremise le sage roi le priait de vouloir bien venir se reposer dans son île.
Les dons et les présents furent reçus avec courtoisie par Guayna-Capac , et non moins dignement échangés pour d'autres. L'offre de l'hospitalité dans l'île fut acceptée avec beaucoup d'empressement et de bonne amitié. Les messagers repartirent, et, quelques jours après, l'Ingaet son armée se mirent en marche. Le pays où arriva Guayna-Capac était celui des Paches où, quelques années plus tard, Francisco Pizarro fonda la ville de Puerto
yîejo , car dans œ temps l'Inga put composer une armée nombreuse de ses habitants et de ceux des vallées environnantes pour venger son offense.
Guayna-Capac arriva à Tile de Puna ou il fut reçu avec beaucoup d'éclat et de grandes marques de dévouement. Dix mille hommes seulement le suivaient et partageaient sa bonne et mauvaise fortune. Le reste de l'armée avait eu ordre de marcher droit à Guanorvillca.
Ayant été très^satisfait de File de Puna et ayant joui avec abondance de ses vices et de ses attraits , il lui arriva des nouvelles très-tristes qui lui disaient comment dans Cuzco régnait une peste générale et cruelle , dont était mort Anqui-Topa-Inga son frère , et Apoc-Ulaquita son oncle ^ qu'il y avait laissés en partant comme gouverneurs ; Mama-Toca sa sœur, et d'autres principaux seigneurs de sa famille , étaient morts de la même manière. Il montra autant de tristesse que le permettaient sa gravité et son caractère habituels. Il pensa à la
f9S BAUCU.
eréfttiQ» du noMyeau gquveraemeDt et se àé^
* cid^ à p^ir pour Tiia»b»mlm« Ayant passé
la rivièpç de Giiio^A<|iiil ^ U traversa la moEH
tagne par des chemins difficiles et îneteiHia,
f^ arriva k Tmoibagpba par la toute de Nullujtttrt}* Sq ^i^vant iodÀ^^po^i ilretournA à QiMtâ avec )a prîwûpaite et k plus graad^ parttî?) de^ son armée, B^s qu'il y fut arni/ié , sa maladie alla toujours è» aiigfàeatantf «île fièvre BBboartdle lie consumait^-ef^ se sentant prés de niourir^ it fit soa testament sc^ob l'usage. Ou prit UQ long béton ont espacé d?
erosse, et CMiy dessina des raies de diversçaooa* leurs d'où Ton devait avoir connaissance dp ses dernières volontés ; on le confia ensuite au Quipocamajfac o\\ notaire. Il nonuiya poupaes exécuteurs testamentaires CollarTopa, GataiMit guî^ Taurimaelii j Aùqui^Tc^pii^Yupangui ; et trois ou quatre autres de ses principaux capi*^ taines et parents.
]^u de temps après avoir fieiit ce testame&ti 6uayna*Gapac^ aussi vaillant chelPquë bonroi.
mourut après avoir agrandi et gouverné son empire pendant 33 ans. Ceci arriva dans l'année 1525 cte notre ère.
Ce fut alors que Piaarro^ Luque et Alraagro s^apprêtaient à explorer ce royaume dont la possession n'avait pas été jusque-là disputée. La mort du roi fut cachée pendant quelques jours ^ les habitants de Cuzoo (craignant les troubles qui arrivent toujours dans de semhlablesi occasions. Le corps du défunt ayant été embaumé^ comme il était d^u sage,. les exécuteurs testamentaires et le Quipocamayoc ou notaire s'assemblèrent et considérèrent avec attention ce que les quipos et les nœuds signifiaient. Après avoir cherché avec le soin et la fidélité nécessaires la véritable interpré* tatÎQB, ils déclarèrent que le successeur et héritier unique et universel de l'empire était un fila bien aimé du roi défunt , appelé Ninan-Cayuchic , mais celui-ci ayant été pris par les fièvres après la mort de son père, il mourut au bout de peu de jours après. Alors
Guascar-Inga rentra dans son droit primitif.
Les quipos leur dirent aussi de quelle manière ils devaient transporter le eorps du roi à Cuzco et faire l'entrée triomphale dans cette ville. Us le portèrent donc de Quito à Tumibamba où ils s'arrêtèrent pour mettre en ordre les affaires du pays^ et faire les préparatifs nécessaires à un si long voyage. Les exécuteurs testamentaires de Guayna-Capac nommèrent gouverneur^de cette province Quigal- Topa^ natif de Cuzco. Et lui laissant autant de troupes qu'ils le crurent nécessaire, ils se mirent de nouveau en route, emportant avec eux les statues, figures et Guacas qu'ils avaient amenés de Cuzco ; ils accompagnaient la veuve Mama-Ragua-Oello. Le corps était porté sur les épaules des fils, frères et cousins du feu roi , ainsi que par les principaux seigneurs de l'empire. Atahualpa, au moment de se séparer du corps de son père, fit un dis^ cours plein d'art, dans lequel il peignait si bien ses regrats qu'il augmenta la douleur de
filSTOIRE DU PÉROU. 201
tou8 les assistants. Et il finit par déclarer que sa volonté était de ne point abandonner le pays où son père avait commencé et fini sa carrière.
Aussitôt qu'on eut reçu à Cuzco la nouvelle de la mort de Guay na-Gapac , tout le pays se livra à la douleur ; les habitants proclamèrent à sa place , avec beaucoup de pompe , Topa- Gusi-Gualpa ou Guascar^Inga. On lui donna pour ministres et conseillers (d'après l'avis des grands) Tito-Atauchi et Topa-Atauchi , ses frères du côté de son père. Le grand-prêtre des idoles était à cette époque Chalco-Yupangui de la famille et descendante de Viracocha-Inga ; ce fut lui qui plaça sur la tête du nouveau roi l'aigrette impériale. Guascar élu et couronné Inga envoya avec beaucoup de diligence un messager à sa mère et à ceux qui accompagnaient le corps de son père, en leur ordonnant de venir lentement à Cuzco , vu qu'il était à faire les préparatifs qui étaient nécessaires pour so-
knniser leur entrée. Ensuite Guascaivlngai outre les ministres déjà nammés, désigna trois autres coiisdller&, appelés IngahJloea ,
Ureo-Guarangua et Tito-Conde-May ta ; de phis il accorda beaucoup de grâces, fit de nombreux présents, et répartit beaueoap d'emplois. I) dépensa en eda beaucoiip â*or, d'argent, de bijoux etd'babits. I) dôniia ants^ beaucoup de femmes prises parmi tesPallas etottrées ; car l'absence de son père (kiayna- Gapac en avait augmenté le nombre dans les Ayllos. Tout cela joint à l'extrême affabilité qu'il montrait ayec tout le immde lui attirèrent une bonne réputation et l'afieetio» de ses vassaux.
A cette époque, il alla, à l'occasion de la mort de son père , ifeire des jeûnes ppès du lac de Mohina où il était né ; comme il attendait beaucoup d'étrangers , il ordonna là construction de maisons à Abiarucancha.
Quelques jours après , il envoya dire à sa mère de devancer le ce^^tége , et de venir fiiire
des sacrifices et des actions de grâces au créa* teur , pour les bienfaits dont il l'avait comblé. Inga-Yupangui , Chuquis-Guaman ^ son frère paternel, et d'autres parents, lui ayant demandé la permission d'aller au-devant de leur mère et maîtresse, l'Inga la leur accorda, quoiqu'il eût été plus prudent de la refuser, comme nous le verrons par ce qui arriva dans ce voyage.