‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 4)Chapitre 19 sur 29 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Atahiialpa envoie de Quito des messagers à son frère Gaascar- Inga. — Réponse de celui-ci. — Célèbre histoire des amours de Qailaco-Yupanqui de Quito et de Curicuillor de Gmeco.

Guascar^ plein de joie et de bonheur, se trouvait à Cuzco lorsque des messagers de Quito arrivèrent, de la part de son frère Atahualpa , le féliciter de son avènement à l'empire. Âtahualpa lui demandait en même temps

la permission de rester dans le Bas -Pérou , et 15. 15

lui envoyait la nouvelle de l'heureuse fin de la guerre dont nous avons parlé plus haut.

Les messagers d'Atahualpa eurent à peine le temps de faire une visite de la part de leur maître à la reine veuve et à la princesse nouvellement mariée , mère et sœur des deux Ingas : ils apportaient de Quito quelques présents qu'elles reçurent avec beaucoup de joie ; mais au moment où les ambassadeurs allaient se retirer, Guayna-Capac entra précipitamment, et, s'adressant d'un air irrité à sa mère et à son épouse , il reprocha à Marna - Ragua -^ Oelto d'avoir fait rester Atahualpa à Quito , et d'en vouloir à ses jours et à son rovaume. La mère et la fille tachèrent , par de douces et afiectueuses paroles ^ de repousser cette odieuse accusation ; mais leurs protestations ne furent ni écoutées ni admises. Guascar renvoya durement les ambassadeurs de son frère , en leur disant : Allez dire à votre maître que, puisqu'il est dans ce pays il le garde bien, et en protège

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le» habitants; bientôt je lai ferai coilfïarltre mes ordres.

Les ambassadeurs partirent pour Quito peu satisfaits de la réccfption de Gtiasear-Itiga. Arrirés à Tumi-Bamba , ils rapportèrent à Atahualpa la réponse de son frère, ttiais ils tie lui parlèrent pas de sa colère ni 4^$ soupçons que leur visite à sa mère et à 4a scfittr lui avait inspirés. Atahualpa se réjouit d'apprendre qtie son frère lui recommandait la garde 6t le gôti^ vemement des provinces où il était venu s'établir, et encore plus de la promesse qu'il lui donnait de hiii envoyer des ambassadeurs.

Il commença à faire construire à Tuftiî- Bamba des palais somptueux pour son frère , ainsi cfue d'autres non moins magnifiques pour lui-^même. Mais comme l'envié s'attache et s'irrite d'ordinaire contre ceux que la fortune favorise, Atahualpa dut l'exciter. En eflFet, Ureo-Colla, cacique et siéigneur des Caffiarès;, devenu jaloux de 4a puissance, envoya des émis4airés secrets à Cuzcô pour faire savoir à

GuascaiMnga que son frère se faisait honorer coAinie un souverain et faisait construire des palais supérieurs en magnificence à ceux qui étaient destinés à l'empereur. Ce message jeta le trouble et la colère dans le cœur de Guascar; ne sachant sur qui faire tomber sa fureur, il accabla sa mère et sa sœur des reproches les plus offensants et les accusa de tremper dans les idées de rébellion qui retenaient Atahualpa dans la pix)vince de Quito.

. Cependant Atahualpa était inquiet et plein d'anxiété en voyant autant tarder les messagers qu'il attendait à chaque instant de son frère Guascar-Inga ; mais lorsqu'il apprit la cause de ce retard, il se décida à lui envoyer un jeune homme de leurs parents accompagné de quelques chefs et chargé des plus riches présents. Ce jeune homme était fils de Auqui- Topa-Yupangui , homme de beaucoup de valeur et de courage, qui avait été un de ceux que Guayna-Capac avait choisis pour ses exécuteurs testamentaires , et que Guascar avait fait tuer

entre Lima-Tambo et Guzco pendant qu'ils accompagnaient le corps de son père. Ce jeune homme s'appelait Quilaco-Yupangui^ du nom de son père Yupangui et de celui de la patrie de sa mère ^ car on donne le nom de Quilacos aux habitants de la province de Quito.

On raconte tant de choses de ce jeune homme et on parle tant de ce qui lui arriva danà ce voyage , que je ne puis m'empécher de le rapporter ici , vu qu'aucune histoire amoureuse ne s'est pas encore présentée à notre attention; et celle-ci justifiera le titre deMiscellanées que nous avons donné à cet ouvrage.

Quilaco-Yupangui partit de Tumi-Bamba avec sa suite et les présents pour la ville de Cuzco. Il arriva dans la vallée de Xaxaguana où il reçut un message secret de Mama-Ragua-Oello etde sa fille, par lequel elles le priaient de franchir la distance si courte qui le séparait de Guzco , et de venir assister aux fêtes et aux banquets qu'on lui préparait. Mama-Ragua- Oello aimait beaucoup Quilaco , qui avait été

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él^¥€ cMns ^Qxi palais à Cuzco , car il était le fm^ç dft Ifliit de ^a fille Chuqui-Uzpay .

Pour lui faire une plus somptueuse riéoi^>ttîfQH f la reine i^rdonna aux bdies vierges du pays d'allpr à m renw»trp. Aussitôt que cet ordre fut arrivé à Siquillibamba , les Jeunes filles se réunirent vêtues de leurs plus beaux atours. Mais une d'elles» qui habitait une chaumière dans les environs» brillait parmi ^les , comme l'étoile du matip brille au mili^çu de 80S ioompagfiea qui pâlissent à l'approche du soleil.

he leçjteur $e rappellera qu'au chap. XI nom» avpnf raconté que , Ipr^ du couronne-' ment de Quasçar, Ing^r-Topa» gouverneur des vallée^ de Yca, Pisco et de Vimay, ne pouvant venir en personne à Cu^co , ^i envoya di^ ambassadeurs pour le féliciter et lui offrir en présent une jeune fille ^ nommée Chumbillaya^ d'une beauté si merveilleuse qu'elle excitait l'admiration de tous ceux qui la voyaient Lue eiait fille d'un noble Indien

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de la vallée d'Yca, appelé Xullea-^^hangalla^ et dont la femme se nommait Yllayocotché.

Ceux-ci , ne voulant pas lui laisser faire seule un voyage aussi long et aussi dangereux ^ se décidèrent à l'accompagner à Cuzco. A peine y furent-ils arrivés que la jeune fille charma tous les regards , et qu'elle inspira à Guascar la passion la {dus violente. D'une voix una* nime on lui décerna le surnom de Curicuillor (^Etoile cFor), qu'elle conserva dans la suite. Quelques auteurs ont prétendu que l'Inga la donna à l'un de ses fràres qui en eut une fille; mais D. Matheo Yupangui-Inga ^ qui habite Quito , m'a souvent affirmé , en me racontant cette histoire, que ce fut Guascar lui-même qui en fut le père. Sa naissance augmenta tellement l'amour de Guascar pourCuricuillor, qu'il né*gligeait pour elle toutes ses autres femmes.

Elles en conçurent une si grand jalousie qu'elles résolurent de s'en défaire par le poison. Un jour on la trouva morte dans un des appartements du palais. Guascar, accablé de

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douleur^ fit embaumer le corps de Guricuillor ; mais ses parents ayant sollicité la permission de le remporter au lieu de sa naissance^ Guascar le leur accorda , et les renvoya chargés des plus riches présents.

GarvaticUa^ sœur naturelle de l'Inga et là seule véritable amie de Guricuillor, enleva secrètement la petite-fille , tant pour que ces deux vieillards ne l'emmenassent pas avec eux que pour la soustraire au sort de sa mère. Elle la fit élever , avec le plus grand soin , dans une habitation qu'elle possédait auprès de Guzco. Guascar-Inga , qui partageait les mêmes craintes, consentit à la laisser entre les mains de sa tante. Gelle-ci l'élevait avec le plus grand soin , et sa beauté devint telle ,qu'elle hérita du nom de Guricuillor qu'avait porté sa mèrCé

Guricuillor avait environ quinze ans quand on réunit toutes les jeunes filles de Siquillabamba pour la réception de l'ambassadeur de Quito. Quilaco fut frappé de la beauté de cette

Jeune fille qui lui versait à boire ^ et bientôt il put lire dans ses regards que son amour était partagé. Ayant reçu le lendemain un message de l'Inga ^ qui lui ordonnait de venir le rejoindre à Cuzco, le Jeune ambassadeur ne s'arracha qu'à regret de Siquillabamba.

Quand il arriva à Guzco , il apprit que Guascar l'avait quitté la veille pour aller à Calca ; il s'y rendit en toute hâte, et,] quand il fut en présence de l'Inga , il déposa à ses pieds les présents que lui envoyait Atahualpa^ et lui fit un discours pour l'assurer des sentiments de son frère. A peine avait-il fini que Guascar, Jetant un regard de dédain sur l'ambassadeur et ses présents , lui dit qu'il n'était qu'un espion qui venait explorer le pays pour l'attaquer plus tard ; puis , prenant les riches vêtements couverts d'ornements d'or et de pierreries qu'Atahualpa lui avait envoyés , il s'écria : « Mon frère pense-t-il qu'il n'y a point M de vêtements semblables dans ce pays , ou » veut-il s'en servir pour cacher sa trahison?

» Qui lui a permis d'employer mes ouvriers » à faire de pareils ouvrages? Pens&-t41 que H nous ne devinons pas ses intentions? »

Comme il adievait ce discours d'un air irrite, un de ses courtisans ^ nommé Inga--&uca, lui dit : « Tu fais bien , seigneur^ de répriman'^ » der une telle audace ; mais tu ferais encore i) mieux de la châtier. ») Il n'en âdlut pas davantage pour mettre le comble à la fureur de Guascar ; il fit sur4e-cfaamp mettre à mort quatre des compagnons que Quilaeo avait amenés avec lui , car les autres étaient restée à Cuzco ^ et il chassa de sa présence l'ambassadeur qui , par le conseil de ses serviteurs , regagna Cuzco en diligence.

Pendant son voyage àCalca^ Quilaeo avait envoyé à Siquillabamba un vieux serviteur i qui avait toute sa confianœ , et l'avait chargé de s'informer de la demeure de CuricuiUor* Celui-ci y parvint facilement, et quand sou maître fut de retour à Cuzco ^ il l'instruisit du rang élevé de celle qu'il aimait.

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Q^ilaco, l'empli de joie , alla d'abord pren-r dre congé de Mama-^Ragua-Oello et de sa fille Chuqui-Uzpay ; il leur raconta le mauvais ac«^ cueil qu'il avait reçu de l'Inga , et la manière cruelle dont celui-ci avait fait périr sescompa* gnons. Celles-ci^ de leur côté^ lui firent part des soupçons de Guascar^ et de la dureté avec laquelle il les traitait y parce qu'il les croyait complices du séjour d'Atahualpaà Guzco.

Pendant ce temps ^ Quilaco avait renvoyé son messager à Siquillibamba ^ et l'avait chargé de peindre à sa bien-aimée Curicuillor et à sa tante la passion qui le dévorait. Celleci , informée du rang et des exploits de Quilaco, consentit à recevoir sa visite, et promit de parler à sa nièce en sa faveur. Le messager lui raconta tout qui s'était passé à Guzco et à Calca , et donna à entendre que le retour de Quilaco serait peut-être plus prompt qu'on ne le croyait. Il revint ensuite auprès de son maître qu'il rencontra au moment où il allait quitter Cuzco. Après avoir pris congé des deux

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reines 9 il demanda son audience de congé à Guascar^ qui la lui accorda , et lui dit : « Allez, » et dites à mon frère qu'aussitôt votre arri- » vée il vienne me rendre compte de sa con- » duite. »

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