‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 4)Chapitre 24 sur 29 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Bataille de Yanamarca entre les armées d*Huascar et d' Atahualpa . — - Les Guacas ordonnent à Guascar de se mettre en personne à la tête de son armée.

Guascar avait mis toute sa confiance dans l'armée qu'il avait envoyée à Bombon, et rien ne peut égaler la douleur que lui causa la nouvelle de sa défaite. Il se renferma dans son palais sans vouloir parler à personne. 11 ne savait sur qui feire tomber sa colère; s'il n'eût

craint reflervescence poputaire^ il eût fait périr sa mère et sa femme qu'il accablait sans cesse des traitements les plus injurieux.

Au bout de quelques jours il convoqua ses conseillers et les plus vieux capitaines, leur représenta le danger qui les menaçait , et les consulta sur les mesures à prendre pour le prévenir. L'on résolut de faire une nouvelle tentative pour arrêter la marche triomphante de Quizquiz, et d'envoyer à sa rencontre ce qui restait de troupes ; on en dpnna le commandement à Mayta-Yupangui que Guascar fit appeler au sein du conseil pour lui représenter l'importance de la mission qui lui était confiée, et que de lui dépendait le salut de l'état et de l'empereur. Il le chargea de réprimander sévèrement son frère Guanca-Auqui, et de prendre le commandement à sa place. On ordonna à tous les guerriers, n'importe à quelle nation ils appartinssent, de venir s'enrôler, et l'ont tint un registre au moyen de

Quipos déposés dans la maison de Mayta-Yupangui.

Quatre années s'étaient écoulées depuis que la guerre civile désolait ainsi le pays^ et que Guricuillor attendait vainement son bienaimé.

Quilaco - Yupangui avait promis de revenir dans trois ans ; sa tante, accablée de vieillesse, était sur le point de rendre le dernier soupir, et l'Inga voulait la marier à l'un des capitaines de Guzco. Pour éviter cette union détestée, Guricuillor- s'échappa de la demeure de sa tante au moment où elle expira.

La princesse coupa ses longs cheveux, et prenant les vêtements modestes du plus pauvre de ses serviteurs, elle se peignit le visage de diverses couleurs, selon l'usage des Indiens qui vont à la guerre : sous ce costume elle se mêla parmi les valets qui suivaient l'armée.

Guanca-Âuqui s'était retiré après sa défaite dans la vallée de Xauxa, où il trouva Mayta-

Yupangui qui y était ajTivé depuis quelques jours, traînant à sa suite toutes les tribus qui habitent depuis le Chile jusqu'à Çhipchfiysuyo. Il reprocha dureniept à Guanca-Auqui ses défaites et la trahison dont on le soupçon* nait. Guanca-Âuqui lui répondit, sans essayer de se justifier : «D'ici à quelques jours tu ver- » ras si c'était ma lâcheté ou jpfïa. |;r^|]ison qui )i ont causé la destruction de ipon ari^éc; tu » jugeras de mes succès par ceux que tu ob- » tiendras toi-même. » En disant ces mots il le quitta et retourna à Cuzco.

Le lendemain on apprit Tsirrivée de Qijizquiz, qui avait forcé tous les guerrier^ d?s provinces qu'il avait traversées de se joindre à lui. Quand son avant garde fut arrivée à Tamara, May ta- Yupangui, voulant l'empêcher d'entrer dans Xauxa, marchs^ contre liij et l'atteignit dans la vallée de Yanamarca.

Le combat dura toute la journée et la victoire fi}t Ipngteiqps disputée. Des mpnpeaux de mor|;s jonchaient le champ de bataille

et servaient de retranchements aux survivants; mais vers le soir les Péruviens affai*^ blis commencèrent à battre en retraite^ chaudement poursuivis par les Quitos qui en tuèrent une grande quantité.

Quilaco-Yupanguiy général de l'armée de réserve 9 qui était venu au secours d'une aile de l'armée de Quizquiz^ qui commençait à plier^ fut blessé d'un coup de flèche ; il tomba sur un monceau de morts y dans le moment où ses soldats étaient trop occupés à poursuivre les Péruviens pour s'apercevoir de la chute de leur général •

Quilaco-Yupanguiy abandonné au milieu des morts^ accablé sous le poids des cadavr^^, et épuisé par la perte de son sang y allait périr misérablement dans cet endroit y quand il aperçut un jeune homme qui parcourait le champ de bataille et avait l'air de chercher quelqu'un parmi tous ces corps défigurés.

Quilaco t'appela à son secours ; le jeune homme se hâta d'accourir , arracha la flèche qui était

288 BALBOÀ.

restée dans la blessure, et l'aida à se relever; il le porta sur le bord d'un ruisseau qui arrosait la vallée, et après avoir lavé la plaie, il la pansa avec un morceau de graissa humaine qu'il arracha d'un cadavre. Quilacô commença à le questionner sur les motifs qui l'avaient amené près de lui ; mais le jeune homme lui répondit : « Frère , je suis natif de » ce pays, mon nom est Titu ; ne m'en demande » pas davantage. »

Us allumèrent du feu avec quelques broussailles pour se préserver du froid et passèrent la nuit en cet endroit. Titu engagea le lendemain Quilaco-Yupangui à se rendre avec lui jusqu'à quelques cabanes qui se trouvaient près de là. Quilaco, craignant d'être mal reçu si on le reconnaissait pour un des chefs des envahisseurs, changea son riche costume contre celui d'un des soldats qui gisaient dans cet endroit, gagna avec son guide une de ces cabanes où ils vécurent misérablement de racines jusqu'à ce que sa blessure fut fermée.

Après la défaite de Yanamarca^ Mayta-Yupangui et Guanca-Âuqui s'enfuirent jusqu'à Xauxa avec quelques soldats échappés au carnage; le premier s'occupa à fortifier le passage de l'Angoyaco que les vainqueurs étaient absolumentobligés de traverser ; mais Guanca- Auqui était tellement découragé qu'il se retira à Villcas^ où il resta dans l'inaction.

Quizquiz s'arrêta dans la vallée de Xauxa et fit rechercher sur le champ de bataille les corps des principaux capitaines qui avaient péri dans l'action^ afin de leur rendre les honneurs funèbres. Mais on ne put retrouver Quilaco-Yupangui^ dont la perte causa à Quizquiz une profonde tristesse.

Guascar-Inga, apprenant ce nouveau désastre^ eut encore recours à ses idoles^ surtout à celles de Guana-Cauri y et ordonna en leur honneur un jeune général. Les prêtres, après avoir consulté les oracles, lui promirent qu'il remporterait une brillante victoire s'il se

mettait lui-même à la tête de son armée. Il 15. 19

quitta donc aussitôt Guzco pour la rejoindre.

Les Péruviens seraient parvenus à empêcher leurs ennemis de traverser l'Angoyaco s'ils avaient reçu quelques secours ^ mais le royaume était déjà épuisé de soldats. Ils parvinrent cependant à arrêter Quizquiz pendant plus d'un mois; mais celui-ci s'en inquiétait peu parce que chaque jour on lui amenait de nouveaux renforts. Les Quitos au bout de ce temps forcèrent le passage , et May ta-Yupangui fut contraint d'aller rejoindre à Villcas Guanca-Âuqui qui se voyait disculpé par le mauvais succès de son collègue.

Cette nouvelle jeta l'effroi dans le cœur des habitants de Guzco qui jusqu'alors avaient méprisé les Quitos. GuaynaCapac rejoignit son armée à Xaxaguana , mais il ne fut pas plus heureux que ses généraux^ comme nous le verrons au chapitre suivant.

Page 1