‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 4)Chapitre 25 sur 29 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Victoire des Péruyiens à Tavaray. — Bataille de Ghontacaza. — Guascar-Inga est fait prisonnier. — Reddition de Gazco. Gniautës exercées par Quizquiz sur les vaincns.

A la confusion de tous les hérétiques qui ont troublé le monde dans les derniers temps , Guascar-Inga^ sans autre lumière que celle de la raison y comprit l'importance des pénitences et des sacrifices pour apaiser la divinité offensée. Quand il apprit que Quizquiz

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venait l'attaquer jusque dans sa capitale ^ il renonça à tout secours humain et s'adressa à ses Guacas. Il ordonna un jeune général de trois jours , et se rendit en personne à Guana-Cauri pour y offrir des sacrifices , et distribua ensuite des présents aux prêtres pour qu'ils priassent le soleil et Pachacamac de favoriser ses armes.

Pendant qu'il faisait ses préparatifs pour entrer en campagne , il lui arriva du Chili , du Collao j de Chucuito^ de Gondesuyo et d'Andesuyo , un nombre considérable de guerriers de toutes les nations qui venaient à son secours. II alla camper à leur tète dans la vallée de Xaxaguana y où il fit dresser des tentes magnifiques. Il ordonna ensuite aux guerriers du Chili , d'Andesuyo et de Gondesuyo, de se porter en avant, d'aller camper sur les hauteurs de Cocha-Bamba du côté des Omascuyos, et de repousser l'ennemi du coté de la rivière de Cota-Bamba. Il ordonna à Guanca*Aiiqui, qui arrivait du côté de Villcas,

de s'arrêter au pont de l'Apurimac, et de s'y réunir à May ta Yupanqui. Il leur envoya , au même endroit , quelques renforts commandés par Âguapanti et Pacamayta. Ils devaient attaquer de concert l'armée d'Atahualpa , et tâcher de lui livrer dans cet endroit une bataille décisive.

Lies Chiliens et les nations qui les accom^ pagnaient rencontrèrent un fort détachement commandé par Chaleochima, et qui, par l'ordre de Quizquiz se dirigeait vers Cuzco par Chumbivillcas;. L'armée des Quitos perdit dans ce combat dix mille hommes, parmi lesquels se trouvait Tumarimay, un de sea principaux chefs. Rampa- Yupanqui fit couper les têtes des chefs et d'une partie des soldats qui avaient été tués dans le combat, et les envoya à Guascar - Inga , qui dit en les recevant à ceux qui l'environnaient : « Vous voyez, fils w du Soleil, la récompense que Pachacamac » accorde à mes jeunes et à mes larmes. Voici « les appuis sur lesquels comptait mon frère

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n rebelle. Si les armes des nations qui nous » sont soumises ont suffi pour vaincre Chalco- » chima , que ne puis-je espérer de votre va- » leur I N'oubliez pas l'exemple de vos pères » et surpassez par votre valeur les nations » qu'ils ont autrefois soumises. »

Bientôt après on apprit que Quizquiz s'approchait à la tête d'une armée innombrable.

Topa Atauchi ^ Topa Atau , Urco-<iuaranga et quelques autres chefs se hâtèrent de ranger en bataille l'armée de l'Inga. Des cris épouvantables annoncèrent le commencement du combat : mais la fortune ^ fatiguée de prodiguer ses faveurs à Quizquiz , se déclara cette fois en faveur des Péruviens. Les Quitos se retirèrent, sans avoir perdu beaucoup de monde, de l'autre côté de la rivière de Cota- Bamba. Quelques-uns se fortifièrent sur les collines; mais la plupart se réfugièrent dans les broussailles, qui sont très - abondantes dans cet endroit. Les capitaines de Guascar y ayant fait mettre le feu, il en périt un

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grand nombre, car ceux qui voulaient échap- . per aux flammes étaient massacrés par l'ennemi. Les Péruviens , voyant que le soleil était sur le point de se coucher, attendirent au lendemain pour attaquer ceux qui s'étaient retranchés sur les hauteurs et rentrèrent dans leur camp.

Aussitôt que Quizquiz, Ruminavi et Chaicochimase furent aperçus de leur retraite, ils descendirent dans la plaine , et appelant à haute voix leurs soldats qui s'étaient cachés de tous les côtés , ils les engagèrent à venir prendre part au festin que les Péruviens avaient préparé pour célébrer leur victoire.

Ils employèrent la nuit à se reformer, et offrirent le lendemain , aux yeux de l'ennemi , un spectacle auquel il était loin de s'attendre, celui d'une armée aussi nombreuse que celle de la veille qui se préparait à l'attaquer. Les Péruviens surpris coururent aux armes.

Guascar-lnga se fit revêtir d'une arnuire d'or bruni, et se mit à la tète de ses troupes.

Quand les premiers rayons du soleil levant eurent permis à Quizquiz de l'apercevoir ^ il s'écria : a Soldats ! c'est vers cette brillante >i lumière que vous devez diriger vos efforts ; >i que la journée ne se passe pas sans que » l'Inga ait succombé sous vos coups. » A peine avait-il achevé ces paroles^ que Guascar donna le signal du combat. • L'armée des Péruviens était beaucoup plus considérable que celle dies Quitos ; mais se fiant sur leur nombre ils n'attaquèrent pas en aussi bon ordre qu'ils l'auraient dû faire; le combat s'engagea avec la plus grande fureur dans uu endroit nommé Chontacaxas ; chaque guerrier méprisant le péril succombait avec joie pourvu qu'il eût fait tomber quelque ennemi sous ses coups. Les montagnes retentissaient du bruit des armes et des cris des soldats , les vallées étaient inondées de sang. Le carnage dura jusqu'à l'après-midi : mais alors Quizquiz, par un vigoureux effort, dispersa les gardes de Guascar, renversa sa litière et

le fit prisonnier. Les Orejones voyant la chute de leur prince, prirent la fuite de tous les côtés , laissant leurs principaux chefs au pouvoir des Quitos.

Qui pourrait peindre le désespoir de Mama- Ragua-Oello et de Mama-Chiqui-Yuspay , quand ces tristes nouvelles furent parvenues à Guzco. Quizquiz alla camper à Quisipay , si près de Cuzco , que Ton pouvait entendre les cris de désespoir qui remplissaient la ville; il envoya un messager à Quito pour instruire Atahualpa de Theui^ux succès de ses armes , et chargea un de ses principaux prisonniers d'aller consoler la mère et TépousedeGuascar, et de leur dire qu'il espérait que la querelle entre les frères se terminerait d'une manière satisfaisante pour tous les deux. Le lendemain il fit ordonner à tous les Orejones , et surtout à leurs chefs, et venir se prosterner devant la statue d' Atahualpa qu'il avait apportée avec lui, et qu'on nommait Ticci-Capac, c'est-àdire, maître des dernières régions de la terre.

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Les Orejoiies furent très - affligés de cet ordre de Quizquiz^ et lui demandèrent, pour y réfléchir, trois joui^ qu'il leur accorda ; car il sentait bien que tant qu'il serait maître de la personne de Guascar, il n'avait à craindre aucune attaque.

Les Orejones employèrent ces trois Jours à débattre s'ils prendraient de nouveau les armes ou s'ils obéiraient à la sommation de Quizquiz, mais enfin ils se décidèrent à obéir. Us sortirent de Cuzco rangés par ayllos et par familles, et se rendirent à Quisipay; mais pendant qu'ils se prosternaient devant la statue d'Atahualpa, Quizquiz les fit cerner par ses soldats et s'empara de la personne des principaux chefs : Guanca-Auqui , Guapanti, Pacarusno , Apoc Chalco Yupangui et Rupaca. Ces deux derniers étaient les grands-prètres du Soleil qui avaient revêtu Guascar-Inga des insignes impériaux. On arrêta avec eux un grand nombre de seigneurs également du sang des Ingas^ mais d'un rang moins élevé.

Quizquiz les accabla des reproches les plus sanglants et leur déclara qu'il voulait bien leur accorder la vie^ mais qu'il les condamnait à recevoir sur les épaules un certain nombre de coups de chumbis ou massue de pierre ; il en excepta cependant quelques-uns avec lesquels il avait eu autrefois des querelles, et qu'il fît massacrer devant ses yeux.

Il ordonna ensuite à tous ses prisonniers de tourner la face du côté de Quito et de proclamer à haute voix Atahualpa pour leur seigneur, et de s'écrier : « qu'Atahualpa, notre » maitre , vive de nombreuses années , que le » Soleil prolonge ses jours, et que la terre lui )) permette de la fouler longtemps et de l'ar- » roser du sang de ses ennemis. » Ils s'arrachèrent ensuite quelques poils des cils et des sourcils, et les jetèrent du côté de Quito en signe de sacrifice.

Quizquiz fit ensuite amener en sa présence Mama-Ragua-Oello, mère de Guascar, et Maraa-Chiqui-Yuzpay, sa femme, qui rougis-

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sait de liontc d'être obligée de paraître dans cette situation devant tout le peuple. Puis s'adressantàla pauvre mère il lui dit: a D'où vous » vient, présomptueuse vieille, l'orgueil qui » vous anime ? Pensez- vous avoir pour fils un » prince juste et bon, et qu'il soit parvenu par »des voies légitimes au titre d'Empereur ?Sa- » chez que, quand Guascar est né, vous n'étiez » que la concubine de l'Empereur et non sa » coya (épouse légitime), comme vous avez » voulu le faire croire; c'est à cause de cela que » Guayna-Gapac avait désigné en mourant son » fils légitime Nina-Cuy uchic pour 1 ui succéder. » A la mort de celui-ci , des vieillards et des >j prêtres ignorants, au mépris des droits d'A- » tahualpa, mon frère et mon maître, donnè- » rent l'aigrette et le Tarcogualca à l'indigne » Guascar. Mais aujourd'hui Atahualpa triom- >) phe et Guascar est forcé de s'humilier de- » vant lui. »

Quizquiz fit ensuite tirer de la prison, où ils gémissaient couchés sur la paille, Tito-Atau-

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ehi, Inga-Ruca, Topa-Atauchi et les autres principaux conseillers de Guascai*. Il fit placer ringa lui-même dans sa litière et lui fit traverser ainsi les rangs de son peuple désolé , pour lui rappeler les temps plus heureux ou il était révéré comme seigneur universel.

Il le fit ensuite amener en sa présence ainsi que les deux prêtres qu'il avait déjà fait maltraiter et lui dit : (( Déclarez-moi lequel des »deux traîtres a eu l'audace de vous procla- » mer Inga au mépris des droits de tant d'au- »tres qui, par leur vertu, le méritaient » mieux que vous. » Mama-Ragua-Oello dit alors à son fils : « Jamais le créateur de toute » chose , Ticci-Viracocha , ne laissa le crime im- »puni; la honte qui t'accable aujourd'hui, toi » et les tiens, est le juste châtiment des cruautés »que tu as commises sans craindre la ven- » geance des dieux. » «Ma mère, répondit Guas- »car, pleurezet gémissez, mais ne vous mêlez »pas d'affaires qui ne sont pas les vôtres, car » la faute dont vous m'accusez est maintenant

» irréparable.» Puis s'adressant àQuizquiz et à Ghalcochima ; « Qui êtes-vous pour prétendre » juger mes droits à la couronne? Rappelez- »vous que, quoique vous soyez mes vain- » queurs , vous n'êtes que les sujets et les es- » claves de mon frère à qui seul je répondrai ! » Usez comme vous voudrez de votre victoire, » mais ne vous mêlez pas d'une afiaire dont » vous n'avez pas le droit de connaître!»

La fierté de cette réponse irrita Quizquiz qui fit reconduire l'Inga en prison ainsi que tous ses amis. Il dit ensuite aux Orejones et aux guerriers des autres nations : « Relevez- » vous, vous qui avez été châtiés pour le crime »d'autrui; relevez-vous, je vous pardonne; » rentrez dans vos demeures et dites à ceux »qui les ont abandonnées qu'ils peuvent y » rentrer sans crainte, car ce ne sont pas eux » qui sont cause de la guerre. »

Le lendemain Quizquiz fit massacrer tous les chefs et tous les guerriers canarès que l'on put atteindre, parce que Urco-Col la, leurprin-

cipal cacique, avait été la cause de la guerre. Il fit tuer aussi un grand nombre de chefs chachapoyas et des autres provinces qui sont situées du côté de Chinchaysuyo pour les punir d'avoir pris le parti de Guascar.

Quizquiz entra ensuite à Quito à la tète de son armée, et ce fut là qu'il mit le comble à toutes ses barbaries ; il fit amener sur la place publique de Cuzco toutes les concubines favorites de Guascar, toutes celles qu'il avait rendues mères, celles qui étaient enceintes , ainsi que plus de quatre-vingts enfants de ce prince , qu'il fit sortir de sa prison pour le rendre témoin du triste spectacle qu'il lui préparait. Parmi ces malheureuses victimes, on remarquait Coya-Miro, sœur et concubine de Guascar, qui portait un de ses fils dans ses bras et tenait l'autre par la main.

Quand toute la famille de l'inga fut ainsi réunie sur la place, Quizquiz la fit massacrer tout entière en sa présence, sans épargner une seule personne. Guascar s'écria alors en

levant les yeux au ciel : « Apoc , Pachayacha- »chic, Viracocha, Ticci, divin créateur de «toute chose, que la douleur qui déchire au- » jourd'hui mon cœur pénètre dans l'âme de » ces cruels bourreaux ! »

Il n'y eut qu'un petit nombre de filles et de parentes de Guascar qui échappèrent à cette cruelle boucherie parce qu'elles étaient reflfermées dans les ayllos. Parmi ^elles se trouvait une de ses sœurs nommée Ma)na-Quispicusi, qui reçut plus tard au, baptême le nom de dona Inez, de qui descendit la famille célèbre des Ampueros de Lima et Mama-Ussica, plus tard dona Catalina , et mère de D. Carlos

Le lendemain, Quizquiz , non content d'avoir assouvi sa fureur sur les vivants, fit arracher du tombeau le corps du bon Toparinga, le fit traîner à Rocromoca , et livrer aux flammes pour affliger les Péruviens. Ils. aimaient tellem'înt ce prince qu'un grand nombre suivirent son corps jusqu'à Rocromoca où le gé-

néral d'Atahualpa les fit cerner par ses soldats et massacrer jusqu'au dernier. Le lendemain il fit proclamer dans les rues de Cuzco l'ordre à tous les membres de la race des Ingas de se réunir devant la forteresse de Gusi-Bamba pour qu'illeurejtpliquàtlesmotifsquirayaientporté à faire brûler le corps de Topa-Inga. Quand ils furent réunis y tous ceux qui descendaient directement de Topa-Inga, et dont le nombre s'élevait à plus de mille, ainsi que leurs serviteurs, furent mis à mort par ses ordres; il y en eut cependant quelques- uns qui réussirent à s'échapper.

Quizquiz envoya ensuite des messages dans les provinces de Cuntisuyo, d'Andesuyo et de Gollasuyo pour y faire proclamer Atahualpa, et se fit livrer les trésors de Guascar et de ses prédécesseurs ; événement qui tourna au profit des étrangers comme nous le verrons plus tard.

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