‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en françaisChapitre 9 sur 42 · eut pour successeur Antachi Duchi · texte numérisé non relu

eut pour successeur Antachi Duchi

cela, treizième scyri, qui monta sur le trône vers Tan 4370. Son règne dura environ soixante ans. On n'en connaît rien de mémorable. Guallca, son fils aîné, devait lui succéder; mais comme il était généralement abhorré pour ses inclinations perverses et ses cruautés , et qu'il n'avait montré aucune aptitude à gouverner , l'assemblée générale élut à sa place son jeune frère Hualcopo. L'on rapporte que Guallca, irrité de se voir ainsi rejeté, se donna la mort après avoir vainement tenté d'assassiner son frère.

5. L'avénement de Hualcopo Duchicela, quatorzième scyri, eut lieu en 1430. On rapporte qu'il régna trente-trois ans, gouvernant pacifiquement au contentement de tous ses sujets. Il ne voulut jamais déclarer la guerre à aucun de ses voisins. On attribue à ce prince la construction du plus somptueux édifice de cette période; il était situé dans la province de Latacunga, au milieu de la plaine de Callo; les auteurs en parlent de di-

verses manières. Les uns disent que celui qu'éleva Hualcopo fut entièrement démoli par Tlnca Huaynacapac, et qu'il en construisit un autre au même endroit , qui subsiste encore aujourd'hui sous le nom de Pachuzala.

S'il faut en croire d'autres écrivains, l'Inca ne fit que l'augmenter et l'embellir. Il est certain que le style de cette architecture et la manière dont les pierres sont taillées rappellent absolument le travail des Incas .

6. Ce fut sous ce règne que commença le démembrement du royaume de Quito, par les conquêtes que fit d'une^partie de son territoire Topa Yupangui, douzième Inca du Pérou, vers l'an 1450. Cet événement obligea Hualcopo à prendre les armes , que ses vassaux n'étaient plus accoutumés à manier, depuis le temps que la paix régnait parmi eux. Epiclachima , second frère du roi , fut nommé général de l'armée. C'était un homme de talent et de courage, qui réveilla bientôt ses compatriotes de leur léthargie, et leur inspira

l'amour des combats et le désir de la gloire. Il n'était plus temps de songer à défendre les frontières du royaume , car on avait déjà reçu la nouvelle que les provinces de Huancabamba , de Caxas et de Cascar-Yuncas , s'étaient soumises volontairement à la première invitation que l'Inca leur en avait faite.

7. La soumission de ces provinces fut amenée par la crainte qu'elles avaient des armes puissantes des Péruviens , et par l'admiration que leur avait inspirée la conduite sage et bienveillante de l'Inca. Hualcopo en fut tellement frappé , qu'il perdit tout le courage dont il aurait eu besoin pour sa défense. Les provinces limitrophes allaient être dans le même cas. Il lui paraissait difficile d'envoyer à une si grande distance les secours nécessaires , car il n'y avait à cette époque ni Tambos ou logement pour les troupes, ni ponts de lianes sur les fleuves. Il était surtout affligé de la facilité avec laquelle ses provinces se soumettaient

aux Incas sans la moindre tentative de ré- 18. 3

sistance. Il avait même appris que les nations qui habitent la côte avaient envoyé des ambassadeurs à Guancabamba avec des présents et des propositions d alliance. Aucune de ces provinces , depuis celles de Puruhua jusqu'au sud , en y comprenant toutes les possessions maritimes, n'avait été conquise par les armes des scyris , et par conséquent il n'y avait aucun gouverneur intéressé à les défendre, car elles étaient simplement alliées et non dépendantes du royaume de Quito.

8. Hualcopo résolut donc d'abandonner ces provinces,et ne pensa plus qu'à se fortifier dans celle de Puruhua, sur laquelle il devait le plus compter. C'était de là que ses ancêtres tiraient leur origine ; à ce seul titre il la préférait à tous ses autres états. Les habitants en étaient courageux , aguerris et si nombreux qu'ils pouvaient mettre une armée sur pied en très-peu de temps. Il partit donc pour Liribamba, qui en était la capitale, et il y demeura plusieurs

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années , jusqu'aux guerres qui lui firent perdre ses états.

9. Le général Epiclachima se hâta de faire élever quelques forteresses , dont cette province était entièrement dépourvue. Hualcopo en fit construire une qui fut célèbre dès cette époque, et qui le devint encore davantage par les événements tragiques dont elle fut le théâtre dans des temps plus récents.

Les anciens chefs de Puruhua avaient un lieu de plaisance peu éloigné de Liribamba , du côté de l'orient. Il était entouré de petits lacs qu'environnaient des collines peu élevées dont les flancs étaient couverts de bois agréables remplisd'animauxdetoute espèce. Les lacs communiquaient entre eux au moyen de canaux réguliers, creusés de main d'homme, et les îles qu'ils formaient étaient couvertes d'une multitude de maisons et d'une nombreuse population. Hualcopo construisit une forteresse à l'entrée de ce lieu de plaisance , et au milieu du lac un palais où sa femme

élevait faire ses couches, et où elle mit au monde Cacha , son premier-né , qui donna son nom à cet endroit.

1 0. Tout le temps que le roi Hualcopo avait consacré à ses préparatifs , l'Inca Capac-Yupangui l'avait employé à poursuivre ses conquêtes; il avait soumis les provinces dePayta et de Tumbez, et de là il avait envoyé ses capitaines pour organiser les provinces maritimes; se dirigeant ensuite vers les Cordillières, il avait soumis Zarza , Paltas, et les provinces voisines : il était resté deux ans dans celle de Canar, qui s'était rendue la dernière. Pendant ce temps il y fit construire des palais et des forteresses , tant à Tumibamba , dans la partie méridionale, que vers. le nord sur les frontières du grand Canar ; de sorte qu'il ne lui restait plus à conquérir que les petites provinces d'Alausi et Tiquizambi , qui le séparaient de Pur uhua.

11. Lorsque l'Inca eut franchi ces faibles barrières , Hualcopo s'avança à la tête de son

arméejusque dans la province deTiquizambi, qu'il considérait, en raison de leur vieille alliance, comme une des frontières naturelles de la province de Puruhua. Ce fut là qu'il comm en ca à disputer le passage à l'Inca, et qu'il s'efforça d'arrêter le progrès de ses conquêtes jusqu'alors si rapides. L'Inca voulut employer avec Hualcopo le moyen qui lui avait réussi jusqu'alorsen lui proposant son alliance; mais celui-ci était résolu à défendre jusqu'à la mort son royaume et son indépendance. A mesure que l'Inca gagnait du terrain , il construisait une nouvelle forteresse; et il repoussa ainsi le scyri jusqu'à Teocaxas, où se trouvaient ses premières fortifications défenduespar une multitude de guerriers. L'Inca ne put s'en rendre maître qu'après un siège de trois mois, qui lui coûta une partie de ses meilleures troupes.

12. Epiclachima , voyant qu'il ne pouvait les défendre plus longtemps, résolut de livrer une bataille générale. Son armée était la plus nombreuse; mais ses soldats étaient nouveaux

et sans expérience. L'armée de l'Inca, au contraire , quoique inférieure en nombre , était composée de vétérans pliés à une discipline rigoureuse et habitués aux conquêtes. Quoique le général des Quitos sût apprécier cette différence, il espéra, mais en vain , que le nombre remporterait. La bataille fut très-sanglante : la victoire , longtemps incertaine, se déclara enfin en faveur de l'Inca , par la mortd'Epiclachima et de plus de 16,000 de ses soldats.

13. Hualcopo se retira avec les débris de son armée àLiribamba, où il espérait trouver des renforts qu'il attendait de Quito ; mais trompé dans ses espérances, il continua sa retraite jusqu'aux frontières de la province de Mocha, où il les rencontra. Avec ces secours il résolut de se fortifier dans cet endroit et d'y attendre l'Inca, devant lequel il n'espérait plus être obligé de fuir. Il nomma , pour son général , le fils aîné de son frère Epiclachima qui venait d'être tué. Ce fils se nommait Cal icuchima, et était , à ce qu'il parait , d'un talent

supérieur à celui de son père. Cependant Capac-Yupangui , qui était dans les environs, renouvela ses propositions de paix, en exhortant son adversaire à se soumettre; mais le roi de Quito rejeta avec mépris toutes ses offres. L'Inca lui livra plusieurs combats dont il ne sortit pas toujours vainqueur.

14. L'Inca, voyant que la position de l'ennemi était inexpugnable , n'essaya pas de pénétrer plus avant, et crut plus prudent d'assurer les conquêtes qu'il avait déjà faites en construisant diverses forteresses qui seraient comme les dernières limites de son empire. Il y plaça une partie de ses meilleures troupes, nomma de nouveaux gouverneurs dans chacune de ses nouvelles provinces , et rentra triomphant et couvert de gloire dans Cuzco, sa capitale. Ceci eut lieu vers l'an 4460.

1 5. Le roi Hualcopo survécut peu de temps à ces pertes considérables, et trois ans de douleur et de regrets suffirent pour le faire descendre au tombeau. Cacha, son fils aîné,

lui succéda, et fut le quinzième et dernier scyri de la deuxième époque. Son règne, qui fut des plus malheureux, dura seulement vingt-quatre ans. Sa santé était très-mauvaise ; mais son courage extraordinaire et son talent pour gouverner le firent vivre en héros et mourir les armes à la main. Dès qu'il s'était vu en possession du trône, il avait entrepris de réparer les pertes que son père avait faites , et il attaqua avec tant d'audace et de courage les troupes de l'Inca, qu'il les passa toutes au fil de l'épée, et détruisit entièrement leur forteresse de Mocha.

16. Cette glorieuse action fut suivie de la conquête de toute la province de Purufrua , qui ne s'était soumise que par la force au joug de l'étranger. Il continua sa marche jusque chez les Tiquizambis , ses anciens alliés; mais il ne put aller au delà à cause de l'obstination que montrèrent les Caiiarès , qui préféraient la domination péruvienne à celle de Quito. H leur fit, pendant plusieurs années, une guerre

acharnée sans obtenir de grands avantages , et acheva de détruire sa santé, qui s'affaiblissait de jour en jour par une certaine contraction de nerfs causée par une blessure à la cuisse.

17. Cacha n'avait qu'une unique fille nommée Paccha, qu'il regardait comme son héritière, et dans laquelle il avait mis toute son espérance. Elle s'était retirée à Quito après avoir abandonné le lieu enchanteur où elle était née près de Liribamba, et qui se nommait du nom de son père Cacha; mais elle y retourna avec lui dès qu'il eut recouvré la province de Puruhua. Ils nepurent jouir longtemps du bonheur de cette solitude, car Huayna-Capac, treizième Inca du Pérou, fils et successeur de Tupa-Yupangui , irrité de ce que le scyri de Quito eût reconquis une partie de ce qu'avait possédé son père, résolut de le détrôner entièrement.

Fin de la deuxième époque par la conquête de Plnca

Huayna-Capac.

1. Huayna-Capac (1475), qui fut certainement un des plus grands Incas du Pérou , et qui par cette raison fut surnommé le Grand et le Conquérant , commença par diriger ses troupes vers les anciennes limites du royaume de Quito, car il y avait encore, de ce côté, des tribus qui lui étaient restées fidèles. Il ne s'arrêta que pour y construire des palais somptueux, et des temples plus magnifiques que ceux de ses ancêtres; il éleva un palais, une forteresse , et un temple au Soleil , avec

un monastère de deux cents vierges consacrées à son service, dans la province de Huancabamba. Dans celle de Tumbez, il reconstruisit une antique forteresse qu'on supposait remonter à plus de mille ans, avec un palais, un temple au Soleil et un autre monastère de plus de deux cents vierges choisies parmi les plus belles des provinces environnantes.

2. De Tumbez, Huayna-Capac envoya ses ambassadeurs à Tumbala, roi de File de Lapuna, pour l'engager à se soumettre volontairement.

Ce perfide chef voulut suivre l'exemple de ses prédécesseurs, qui, après s'être alliés au premier scyri Duchicela, furent aussi les premiers à rompre l'alliance. En ayant contracté une autre avec l'IncaTupac-Yupangui, Tumbala entretint de secrètes intelligences avec les provinces maritimes , et les engagea à massacrer les chefs péruviens qui étaient venus pour les instruire.

Huayna-Capac tomba dans le même piège :

Tumbala, ayant accepté sa proposition et ses présents, lui en envoya d'autres, et l'invita à venir lui-même jouir des beautés de son pays , annonçant que, dans cette espérance, il faisait construire en toute hâte un logement digne de le recevoir.

3. Dès que les ambassadeurs furent sortis de l'île, Tumbala ordonna aux prêtres de faire des sacrifices aux idoles pour savoir de quelle manière il devait se conduire avec l'Inca. Il envoya de secrets messagers aux nations voisines du continent pour les engager à coopérer à ses projets de trahison en leur donnant l'espoir, par ce moyen, de se délivrer du joug étranger, et en attendant il se prépara à recevoir l'Inca avec magnificence.

Huayna-Capac se rendit en effet dans l'île de Lapuna, accompagné d'une grande partie de ses meilleures troupes, composées des Hanan- Cuzcos et des Urin-Cuzcos, fleur de la no-

blesse et de l'armée. Leur marque distinctive était de porter de grands anneaux d'or * aux oreilles , ce qui , par la longueur de celles-ci , les a fait nommer communément Orejones.

Quand Tumbala eut célébré les grandes réjouissances qu'il avait préparées pour la réception de Huayna-Capac, il chercha l'occasion d'exécuter la trahison qu'il méditait; elle se présenta bientôt. L'Inca étant obligé de retourner à Tumbez avec ses Orejones, on les embarqua sur de grandes balzas ( ou radeaux ) qui devaient les conduire au continent. Mais parvenus au milieu du golfe, les insulaires détachèrent inopinément les pièces de bois qui formaient ces radeaux et noyèrent tous ceux qui les montaient, massacrant ceux d'entre les Orejones qui essayaient de se sauver à la nage ; de sorte qu'il n'échappa pas un seul à cette affreuse trahison.

4. Huayna-Capac apprit avec douleur la perte des plus vaillants guerriers de son armée. Décidé à en tirer une vengeance exem-

plaire, il réunit ce qu'il lui restait d'Orejones , et en forma une armée avec laquelle il s'embarqua pour l'île de Lapuna, dans des balzas qu'il avait fait construire à cet effet: les insulaires furent tous massacrés à leur tour; on n'épargna que les femmes et les enfants. De là, il passa dans la province de Guanca-Villcas, où l'un de ses ordres n'ayant pas été exécuté, il condamna les habitants à porter un signe perpétuel d'infamie. Depuis longtemps ils avaient l'habitude de s'arracher deux dents de devant à la mâchoire supérieure ; l'Inca ordonna que dorénavant ils en arracheraient quatre de plus , c'est à-dire trois en haut et trois en bas. Il entreprit de construire une route royale depuis l'embouchure du fleuve Guayaquil, mais elle ne fut jamais achevée.

5. L'Inca se rendit ensuite dans la province Manta. Parmi les nombreuses tribus qui l'habitaient, se trouvaient les Pachunsis ; ceux-ci avaient hérité de leurs ancêtres, les géants, qui peuplèrent les premiers le pays, l'habitude

du péché contre nature: il mit le pays à feu et à sang et massacra presque tous les habitants; ensuite il établit une loi qui condamnait à mort tous ceux qui s'adonneraient à ce vice. Il réduisit après cela à l'obéissance les autres tribus jusqu'à Quaques; mais il ne put soumettre celles qui s'étendaient jusqu'à Colima. Dans l'endroit où il s'arrêta, il construisit une forteresse, et y laissa des guerriers pour la défendre et civiliser ces peuples ignorants et barbares.

6. En revenant par le chemin des Cordillières, il s'écarta un peu de sa route pour conquérir à sa droite la province des Pacamoros, qui étaient renommés dans tout le Pérou. C'était une nation puissante et féroce , d'une grande habileté à manier les armes , et qui n'avait subi jusqu'alors aucun joug étranger. L'Inca éprouva de leur part tant de résistance , et les Orejones conçurent d'eux une telle crainte , qu'ils furent obligés d'abandonner leurs projets et de se retirer. L'Inca passa

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ensuite dans la province de Canar , et en arrivant à Tumibamba , où son père avait élevé un palais, il s'y arrêta, et en commença un autre plus beau avec un temple au Soleil et un monastère de six cents jeunes vierges , ouvrage le plus grandiose et le plus célèbre de tous ceux de son règne. Il parcourut le reste de la province, non - seulement avec facilité, mais en triomphe , et au milieu des fêtes et des acclamations de toute la population, jusqu'aux extrémités du grand Canar, où il éleva ce magnifique palais qui existe encore aujourd'hui et a été l'objet de l'admiration des nations européennes (1).

7. C'est là qu'étaient les limites de son empire, les autres provinces ayant été reprises par le dernier roi de Quito, contre lequel il portait exclusivement ses vues. Avant de mettre à exécution ce projet qui l'avait fait sortir de Cuzco, il construisit, sur le mont Lashuay

(1) Voyez, sur les ruines d'Hatun Canar , le Voyage de Af. de la Condamine et celui de D. Antonio de Ulloa.

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une tour élevée qui existe encore aujourd'hui, ainsi que d'autres forteresses et divers édifices disposés aux alentours , tant sur la partie supérieure des Cordillières que sur l'inférieure qui était un point intermédiaire.

8. Tandis que l'Inca répandait le bruit de ses conquêtes et la gloire de son nom puissant, et que dans l'espace de dix années seulement il avait élevé tant de somptueux édifices, qui semblaient devoir exiger des siècles de travail, l'infortuné scyri Cacha devenait toujours plus faible de santé et de puissance. Plus le bruit des conquêtes toujours croissantes de l'Inca venait frapper ses oreilles, plus il regrettait amèrement son impuissance à le combattre et à arrêter sa marche triomphante.

Pour un cœur aussi vaillant que le sien , ce devait être un tourment atroce que de se voir ainsi enchaîné et privé de la gloire d'accompagner ses guerriers au combat.

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