dit donc aux innocents Péruviens que
le premier et le plus grand dieu des mortels était le Soleil , dont les fils avaient été Cou et Pachacamac ; que , lui , était aussi fils du Soleil et avait été envoyé par son père pour instruire les hommes et leur apprendre que ceux qui se soumettraient à ses lois et à ses volontés jouiraient des biens et des félicités de ce monde : il ajoutait que lors du déluge, par lequel le Soleil avait puni les crimes des hommes, cet astre, son père, l'avait seul sauvé en le plaçant dans la caverne de Pacari-Tambo, et qu'il en était enfin sorti pour faire connaître aux hommes ses volontés.
9. La simplicité naturelle des Indiens leur fit croire à la réalité de cette visible manifestation de la divinité bienfaisante qu'ils adoraient aussi, parmi celles d'un ordre inférieur; Manco-Capacfit servir leur aveugle obéissance à la réussite de ses projets ambitieux.
Il fut donc adoré, non comme une simple créature, mais comme le fils du Soleil et de la Lune. Ses instructions et ses lois furent reçues
comme venant de la divinité elle-même : on ne faisait pas de différence entre les fautes les plus légères et les crimes , parce que toutes étaient des offenses. Une transgression n'était pas seulement un crime, c'était un sacrilége contre l'Etre-Suprême, qui ne pouvait s'expier que par de cruels châtiments.
10, Ce fut au moyen de cet artifice que les Incas établirent leur puissance. Dans chaque province, dont ils s'emparaient, ils construisaient un temple au Soleil , qu'ils ordonnaient d'adorer de préférence à toutes les autres divinités, ce qui équivalait à se construire des autels à eux-mêmes. De cette manière ils inculquèrent leurs idées avec leurs principes, et répandirent leur nouveau système religieux, en viciant et détruisant l'ancien qui , par tradition , reconnaissait l'Être Suprême, la création du monde et l'existence du déluge universel. Sous le règne de Pachacuta, dixième Inca, leurs conquêtes s'étendirent jusqu'à la province de Pachacamac. Il fut alors en
danger de voir détruire le système religieux de ses ancêtres.
4 1 . Ce prince , frappé de la magnificence et de l'antiquité de ce temple élevé à l'Etre-Suprême , n'osa le détruire pour en élever un sur ses ruines à son père le Soleil. Tout ce qu'il put obtenir des prêtres et des caciques , dit Cieça de Léon ( ch. 37 ) , ce fut d'élever dans le même endroit un autre temple dédié au Soleil, père de Pachacamac et des Incas.
Par ce stratagème il réussit à lui donner une place plus éminente. Il l'enrichit de nouveaux trésors et fit construire près de là un vaste monastère qu'il remplit de nombreuses vierges consacrées à son service.
12. Mais le temple de Pachacamac fut toujours le plus riche et le plus fréquenté. On reconnut alors que l'ancienne religion avait été corrompue ; et le Soleil, malgré tous les efforts des Incas, fut réputé comme une divinité inférieure et soumise à la première (Pachacamac ) , auteur de toutes choses.
Après tout cela, je ne puis comprendre comment Acosta a pu dire que les Péruviens n'avaient aucune idée de la divinité ni aucun mot pour exprimer l' Etre-Suprême, créateur du monde.
1 3. Le nom de Pachacamac (1 ), qui signifie
(1) Le temple de Pachacamac était l'Athènes du Pérou. Il était construit sur une éminence qui avait près d'un quart de lieue de circonférence , et contenait une quantité de cours et de bâtiments. Sur les murs étaient sculptés des figures qui représentaient toutes sortes de bêtes farouches et d'oiseaux de mer. L'escalier par lequel on y montait était du côté de l'orient, l'autel où l'on sacrifiait les victimes humaines du côté de l'occident ; et ceux où l'on immolait des animaux, au nord et au midi. Il n'y avait dans ce temple ni idole ni image. C'est à tort que Garcilasso affirme qu'on y trouva un renard et des poissons en or, à moins que ce ne fussent des objets offerts en sacrifice.
Le nom de ce dieu était composé de Pacha, animer , et de Catnac, le monde , celui qui anime le monde ; il était tellement respecté des Indiens qu'ils n'osaient le prononcer qu'en s'inclinant (Calancha , corônica de la ôrden de S. Agostin en el Perû. Barcelona, 1638 , f 6 , liv. II , chap. xix ).
Voilà , selon Geronimo de Ore , la prière qu'on lui adressait : < 0 Créateur ! qui as existé depuis le commencement du monde et qui dureras jusqu'à la fin puissant et miséricordieux ! qui as créé les hommes en disant que l'homme soit ! Toi , qui nous préserves du mal et qui nous conserves la vie et la santé ! es-tu dans le ciel ou dans la terre , dans les nuages ou dans les abîmes ? Écoute la voix de celui qui t'implore et accorde-lui ce qu'il te demande ; donne-nous la vie pour toujours ; conservenous et accepte cette offrande. »
( Gerômmo de Ore t Symbolo cathôlico Indiano , chap. ix. )
100 VËLASCO.
Créateur du monde, était généralement connu des Indiens , aussi bien que des conquérants, et les historiens les plus anciens en ont parlé; comment se fait-il donc qu'Acosta n'en ait pas eu connaissance? Car s'il savait la tradition corrompue de Con , comme le rapporte Gomara, il aurait pu la voir plus pure dans beaucoup d'autres auteurs ; alors il aurait reconnu que c'étaient les Incas qui l'avaient dénaturé, comme ils l'avaient fait pour celle du déluge, afin de mieux établir leur empire.
14. Nous avons déjà dit que cette religion , qui s'était longtemps conservée pure parmi les Indiens, fut corrompue d'abord par les Incas et ensuite par les Cushipatas, ministres du temple fameux de Pachacamac, qui élevèrent à cette divinité une statue de bois qui la représentait sous une forme humaine. Ils lui firent rendre de faux oracles dans leur intérêt et pour affermir leur puissance. Quelques écrivains rapportent avec aussi peu de critique que
de jugement, que le démon s'étant emparé de cette idole, lui faisait faire des réponses concluantes à toutes les questions qu'on lui adressait ( Cieça Chron., C. 73, Gomara Ibid., C. 122).
1 5. Je crois que tout ceci n'était qu'un stratagème de la part des prêtres eux-mêmes ; et je ne parlerai que du dernier oracle qu'on dit avoir été rendu par cette idole abominable.
Cieça raconte que les Espagnols dépouillèrent ce temple de ses richesses, et que le démon des Indiens qu'ils avaient servi jusqu'alors , leur dit : Que le Dieu qu'adoraient les chrétiens était le même que celui qu'ils avaient adoré dans la personne de Pachacamac (Cieça, ibid.). Mais comme cet écrivain ingénu croyait fermement qu'il n'y avait pas d'Indien qui n'eût un commerce familier avec le diable en personne , on ne peut attacher aucune croyance à ce qu'il nous rapporte.
Autres idées religieuses des Péruviens.
1 . Outre celles dont je viens de parler, les nations du Pérou, avaient encore beaucoup d'autres idées religieuses : les unes évidemment émanées d'une religion révélée, et d'autres inventées par le caprice licencieux du paganisme. Tout ce qu'ils regardaient à tort ou à raison comme supérieur à la nature humaine; tout ce qu'ils ne pouvaient pas comprendre ou expliquer, tout ce qu'ils savaient pouvoir leur faire quelque bien ou leur causer quelque mal devenait pour eux un sujet d'adoration et était place au nombre de leurs divinités secondaires
qu'ils nommaient Huacas ou Villcas, dont les images étaient de métal, de pierre, d'argile ou de bois. Quelques-unes de ses divinités étaient adorées publiquement dans les temples ; d'autres n étaient que des dieux dômestiques comme les pénates chez les Romains.
Ce qu'il y avait de particulier dans ces idoles, c'est qu'elles avaient des ornements qui ressemblaient beaucoup à ceux de nos prêtres.
Leurs tètes étaient souvent couvertes d'une mitre, et leurs vêtements étaient pareils à ceux de nos évêques, particularité que n'ont pu expliquer les auteurs qui en ont parlé.
Gomara rapporte que les Indiens, voyant officier pontificalement le premier évêque de Lima, Loaïsa, demandèrentsi c'était \effuaca des chrétiens (Ibid., chap. 121 ).
2. Les divinités adorées le plus généralement, après Pachacamac, étaient le Soleil, la Lune, les Étoiles, la Terre et la Mer. Les Péruviens avaient l'idée du démon, c'est-à-dire d'un être supérieur à la nature humaine,
104 VËLASCO.
et son ennemi , auquel ils attribuaient tous les maux et qu'ils nommaient Supay.
Les pêcheurs adoraient en outre le requin ou quelque autre monstre marin; les chasseurs une bête féroce, un serpent ou un oiseau; et les laboureurs la terre, un arbre, une fleur ou un fruit. Chacun se créait ainsi une idole à sa volonté. Sans entrer dans le détail de toutes ces superstitions, je citerai quelques-unes de leurs croyances qui paraissent dérivées de l'Ancien et du Nouveau Testament.
3. Ils croyaient généralement que l'Etre- Suprême avait puni les crimes des hommes par un déluge universel. La tradition perpétuait parmi eux le souvenir de la construction de l'arche de Noé et de toute l'histoire du monde jusqu'à la dispersion des peuples. Toutes les nations du Pérou , sans en exempter aucune, étaient fermement persuadées de l'immortalité de l ame et de l'existence de certains lieux ignores des vivants où les àmes séparées
descorps allaient recevoir la récompense ou le châtiment de leurs bonnes ou mauvaises actions ; elles croyaient à la résurrection et à la réorganisation de ces mêmes corps qui reprenaient tous les objets dont ils s'étaient servis avant de mourir ; enfin , ces peuples disaient que le monde finirait et que cet événement serait annoncé, suivant les uns, par une grande sécheresse et la disparition du soleil et de la lune; suivant les autres par la chute de la lune sur la terre. C'est pour cela que, lorsque quelque éclipse avait lieu, ils étaient saisis d'une grande crainte et élevaient jusqu'au ciel leurs cris et leurs clameurs (Gomara, 122).
4. Ce qu'il y a de plus étrange, c'est qu'ils conservaient des traces des sept sacrements de l'église; si bien que le père Acosta, qui n'avait pas trouvé au Pérou la notion de l'Être- Suprême , y trouva cependant l'usage de la confession. Quant au baptême, Cieça dit (Cronic, chap. 66) qu'il était usité dans toutes
les provinces , et qu'au bout de quinze à vingt jours , on donnait un nom aux enfants nouveau-nés. L'eau dans laquelle ils lavaient l'enfant, avant de lui donner un nom, ajoute Monténégro, était versée dans un trou pratiqué dans la terre, pour que les souillures de l'enfant y restassent ensevelies.
Les usages de la province de Puruha présentaient deux particularités remarquables qui pourraient aider peut-être à expliquer l'origin e de ses habitants. Aussitôt après leur baptême, les premiers nés étaient sacrifiés aux dieux : leurs restes, desséchés et renfermés dans des vases de métal ou de pierre, étaient conservés soigneusement dans lesmaisons. Cet usage antique fut détruit par les scyris. Le nom qu'on leur donnait était toujours accompagné de désignations patronymiques par lesquelles on distinguait les castes et les diverses familles.
5. La confirmation, que Gieça appelle le second baptême, s'administrait à 1 âge de dix ou douze ans. Au jour désigné, tous les pa-
rents et amis du père et de la mère de l'enfant assistaient à la fête , qui se composait ordinairement d'un banquet et de danses. Le * personnage le plus distingué de rassemblée coupait ensuite les cheveux et les ongles de l'enfant, et lui donnait un autre nom tout différent de celui qu'il avait porté jusqu'alors. Chez quelques-unes de ces tribus, on avait l'habitude de garder ces cheveux et ces ongles, et dans d'autres, on les offrait au Soleil ou aux dieux pénates.
6. La pénitence était pratiquée par les Péruviens , suivant toutes ses dispositions ; car lorsque leurs fautes les inquiétaient, quoiqu'elles fussent cachées, ils les confessaient sincèrement à leurs supérieurs légitimes, et leur demandaient, en pleurant, de leur imposer un châtiment proportionné à leur crime.
Quelques auteurs veulent que cette pratique soit venue, moins par la connaissance du sacrement que par l'idée que la transgression des lois était une offense immédiate à la Divinité,
qui ne pouvait l'ignorer ; et alors, ils se trouvaient obligés de la confesser, quoiqu'elle fut cachée , pour apaiser sa colère et en racheter le châtiment, s'il était possible.
7. La communion se faisait sous deux espèces, c'est-à-dire avec la tanda ou canca, qui était le pain, et avec Vaca on ashua, qui était un vin consacré au Soleil , dans les plus grandes fêtes. L'exercice de ce ministère sacré appartenait exclusivement au souverain, qui, après avoir accompli le sacrifice comme grandprêtre, en prenait une partie pour lui , et distribuait le reste aux personnes de la famille royale , aux seigneurs et aux grands du royaume.
8. La prêtrise ne s'accordait qu'après un enseignement préparatoire, des épreuves et des cérémonies qui duraient plusieurs années. Tout le monde n'y était pas admissible ; ce privilège appartenait exclusivement à ceux qui formaient la classe des lévites; ils étaient élevés dans les temples et atteignaient peu à
HISTOIRE DU ROYAUME DE QUItO. 109
peu, et à mesure qu'ils avançaient en âge , le grade de Cushipatas ou prêtre. Ces prêtres étaient très-nombreux , et deux , quatre ou six se succédaient, chaque semaine, dans le service du temple , selon son importance. Dans certaines provinces, ils ne pouvaient ni se marier ni approcher d'aucune femme ; dans d'autres, ils se mariaient, mais s'abstenaient de voir leurs femmes pendant la semaine qu'ils passaient au service des dieux. Ils vivaient saintement, jeûnaient quelquefois pendant huit jours, sans rien manger, et s'imposaient beaucoup d'autres pénitences, qui leur attiraient le respect et la vénération du peuple. Il n'y avait que celui d'entre ces prêtres qui s'était acquis la plus grande réputation de sainteté qui pouvait être élu grandprêtre ou devin sacré, que l'on désignait sous le nom de Villac-Uma, et à qui appartenait seul le droit de sacrifier les victimes, d'en examiner les entrailles et d'interpréter les oracles.
9. Dans les commencements, les cérémonies du mariage étaient très-simples. Il suffisait, pour se marier, du consentement des deux familles ; mais les Incas y introduisirent une foule de conditions indispensables , dont l'omission rendait le mariage nul. Il y en avait huit principales :
i° Le jeune homme qui se mariait pour la première fois devait être âgé au moins de vingt ans.
2° Les époux devaient être tous deux de la même condition.
3° Ils devaient être du même pays et de la même nation, sans qu'il leur fût permis de s'unir à d'autres.
4° 11 fallait que les deux familles consentissent au mariage.
5° Les parties devaient se convenir mutuellement.
6° Le mariage devait se célébrer en présence du prince ou du gouverneur de la province.
7° L'on ne pouvait accomplir cette cérémo-
nie en tout temps, mais seulement le jour désigné et consacré , chaque année , aux mariages de tout l'empire.
8° L'époux devait préparer la maison qu'ils devaient habiter, et la munir de tous les meubles et de tous les objets nécessaires.
10. On retrouve, dans ces diverses conditions imposées par ces églises païennes, une ressemblance frappante avec les usages des églises catholiques ; surtout dans les modifications qui étaient apportées quelquefois à ces diverses obligations. Ainsi : 1° le grand-pontife , qui était l'Inca , pouvait dispenser d'une de ces huit conditions, ce qui ne se faisait que très-rarement ; 2° il ne se faisait aucun mariage forcé par les parents ou par quelque autre intérêt temporel ; 3° aucune union n'avait lieu clandestinement et sans le consentement des parents; 4° on ne voyait aucun mariage qui déplaçât les conditions ou qui dérangeât l'ordre établi dans la société; 5° on ne rencontrait jamais de nouveaux époux fuyant leurs fa-
112 YELASCO.
milles et privés d'un abri ou des moyens de vivre suivant leur condition.
1 1 .Lemariageétaitmarqué«par deux grandes fêtes : l'une publique et dans le lieu même où
toutes les unions avaient lieu ; elle durait un jour dans la province et trois dans la capitale : l'autre qui se célébrait en famille et durait un nombre de jours fixé pour chaque classe; si les époux appartenaient à la famille royale elle durait vingt jours. L'Incaseul pouvait épouser trois ou quatre femmes et avoir le nombre de concubines qu'il voulait , afin que jamais la race du Soleil ne vint à s'éteindre. Les grands et les seigneurs de l'empire, outre leur épouse légitime, pouvaient prendre un nombre limité de concubines. Les particuliers ne pouvaient avoir qu'une seule femme; mais lesépouxpouvaient se séparer par consentement mutuel , ou lorsque les juges trouvaient qu'il y avait eu une faute grave de commise. Alors seulement l'époux pouvait se remarier. La liaison d'un homme marié avec une jeune fille ou celle de
deux jeunes gens ensemble n'était pas considérée comme un délit. On permettait même qu'il y eût des femmes publiques. On ne regardait comme un adultère que les rapports avec une femme mariée ; quand on les découvrait, cette femme était enterrée vive avec son complice.
12. Les jeunes vierges que Ton choisissait pour le service des temples étaient gardées étroitement dans les monastères : elles faisaient vœu de chasteté au Soleil ; si elles violaient ce vœu, leur crime était considéré comme le plus grand de tous les sacrilèges , et se punissait en les enterrant vives avec leur complice et toute leur famille. Si la vierge coupable jurait par le Soleil que c'était lui qui l'avait rendue mère, on lui conservait la vie jusqu'à ce que l'enfant fût né, et alors elle subissait seule son supplice.
13. Quand une femme mettait au monde un erçfant monstrueux ou bien des jumeaux (1) ,
(I) Les Péruviens avaient pouf les enfants jumeaux , qu'ils appelaient Chuchos ou Curos , une espèce de vénération. S'ils
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ils s'en affl igeaien t ex trêmemen t et regardaien t cette circonstance comme un châtiment du ciel , qu'ils tachaient alors d'apaiser par des jeûnes et des pénitences (Cieça, Cron., ch. 66).
Lorsqu'un homme de la basse classe mourait, sa femme était libre de s'enterrer avec lui ou de lui survivre. Si elle prenait cette dernière détermination ( ce qui arrivait le
plus souvent ) , elle se rasait la tête et accomplissait pendant longtemps les cérémonies lugubres du veuvage ( ibid.). Mais la faculté de choisir n'était pas accordée aux femmes des seigneurs ou des grands; on les immolait aux funérailles de leur époux, sinon toutes,
mouraient dans leur enfance , on plaçait leurs corps dans une jarre et on les conservait comme un objet sacré, lis faisaient la même chose à l'égard des Chacpas ou enfants qui naissaient les pieds en avant. S'ils vivaient , ils conservaient toute leur vie le nom de Chacpas; les jumeaux mâles étaient nommes Mascas, et les filles Chachi. Les Indiens ont toujours fait leurs efforts pour tromper leurs curés et ne faire baptiser ni les Chuchos ni les Chacpas (Arriaga, chap. u) ; ils croyaient qu'un des deux jumeaux était fils de l'Éclair. A Cuzco on les nommait Taqui-Huahua (Arriaga, chap. vij. Quand il en naissait , les parents et surtout la mère étaient obligés à une pénitence très-sévère.
du moins celles qu'il avait le plus aimées. On n'avait pas besoin de les y forcer, car c'était pour elles une honte si insupportable de survivre à leur mari , que si leurs parents s'opposaient au sacrifice, comme cela arrivait quelquefois , elles se donnaient elles-mêmes la mort.
14. La forme des tombeaux variait suivant le pays et la nation. Les scyris ou rois de Quito étaient enterrés dans un même sépulcre, qui était très-grand, de forme carrée et pyramidale et construit en grosses pierres; on le recouvrait de tant de pierres et de terre qu'il formait une petite montagne ; la porte qui faisait face à l'orient était fermée par une double muraille qui ne s'ouvrait que lors de la mort de quelque scyri. Les corps étaient embaumés , placés en cercle, et auprès d'eux leurs insignes royaux et leurs trésors. Audessus de chacun de ces cadavres était un trou ou une petite niche dans laquelle on plaçait une figurine de terre, de pierre ou
116 VELÀSCO.
de métal, qui représentait le mort. Elle était incrustée de petites pierres de formes et de couleurs différentes qui marquaient l'âge et la durée de son règne. (Niza, Ritosjr Cerem. )
15. Les Indiens de cette nation construisaient leurs tolas d'une hauteur proportionnée au rang du mort. Ils ne creusaient jamais la terre ; mais après avoir choisi le lieu de la sépulture , ils déposaient par terre le cadavre avec ses joyaux , et élevaien t la tola au-dessus , ainsi que je l'ai déjà dit. Dans la province de Puruha on creusait des fosses profondes où l'on enterrait le cadavre avec tous ses joyaux ; après avoir embaumé le corps d'un Inca du Pérou , on le plaçait dans le temple du Soleil à Cuzco ; dans ce temple dont les écrivains de toutes les époques ont tant parlé à cause de ses grandes richesses. Les impératrices ou les premières femmes des Incas étaient déposées de la même manière dans un autre temple attenant au précédent et dédié à la Lune. On enterrait les autres morts suivant les usages
particuliers à chaque peuplade. On enfermait le corps des seigneurs dans des urnes d'un métal précieux que Ton plaçait simplement à la surface de la terre ou bien dans les forets, où les Espagnols en trouvèrent un grand nombre (Gomara, Hist. gen., c. 123).
Malgré la diversité de forme dans les tombeaux , il était d'un usage général de placer avec le corps du défunt une certaine quantité de chicha et d'autres boissons, parce qu'ils croyaient que la première chose que devait faire le mort en ressuscitant était de se désaltérer ; les tombeaux qui n'avaient pas de porte, avaient au moins un conduit souterrain par lequel on pouvait de temps en temps renouveler les breuvages.
Temples. — Idoles.» Sacrifices usités dans le royaume de Quito , avant et après la conquête de Huayna-Capac»
1 . II serait aussi long que peu intéressant d'énumérer tous les temples du royaume de Quito. Je ne ferai donc mention que des plus célèbres.
Dans la province de Quito proprement dite, étaient deux temples construits par les premiers scyris : l'un était dédié au Soleil , et l'autre à la Lune et aux Étoiles. Ils étaient situés sur deux hauteurs opposées qui, ainsi que je l'ai dit plus haut , étaient éloignées l'une de l'autre de trois milles.
Le temple du Soleil , qui occupait le plateau
étroit qui se trouve au sommet du Panecillo , était de forme carrée et construit de pierres taillées avec art Le toit s élevait en forme de pyramide, et la porte, tournée vers l'orient , laissait passage aux premiers rayons du soleil qui venaient frapper sur l'idole en or qui le représentait Ce temple ne possédait, du reste, ni splendeur ni richesse; car les scyris n'avaient pas réuni, comme les In cas, le pouvoir sacerdotal à celui de l'empire, et, pour cette raison, ils ne mirent jamais de magnificence dans leur culte religieux.
2. Ce temple devint cependant célèbre par ses observatoires, que les rois consultaient souvent. C'était deux colonnes construites avec soin, et placées de chaque côté de la grande porte; elles servaient de gnomons pour observer les deux solstices , époque à laquelle avaient lieu les deux principales fêtes de l'année. Autour du temple il y avait douze petites colonnes de pierre qui indiquaient les mois de l'année, et dont chacune marquait,
par son ombre, le commencement du mois qui lui correspondait.
Les sacrifices ne consistaient qu'en parfums de résine, en fleurs, en fruits et en quelques animaux qui servent de nourriture ordinaire à l'homme. Huayna-Capac avait fait reconstruire ce temple avec une grande magnificence : ses colonnes étaient encore intactes, lors de l'arrivée des Espagnols, qui îes démolirent sous le prétexte de se servir des pierres pour construire d'autres édifices dans la ville, mais, au fond, dans l'espoir d'y découvrir des trésors cachés (Niza, Ritos y Ceremonias).
3. Le temple de la Lune était situé sur la hauteur appelée San Juan Evangelista\ il était de forme ronde et garni de fenêtres circulaires disposées de manière à laisser passer les rayons de la lune, qui venaient se refléter sur son image en argent placée au milieu de l'enceinte. Au-dessus de l'image delà Lune, on avait tendu des étoffes de coton d'une couleur azurée, semées d étoiles d'argent, qui
représentaient le ciel. A l'époque de la nouvelle lune on célébrait des fêtes et des sacrifices, et ce jour-là était consacré aux danses, à la musique et aux festins.
4. 11 y avait à Liribamba, capitale de la province de Puruha , un petit temple, de la forme d'un carré long. Ce n'était point aux images du Soleil et de la Lune , qu'ils renfermaient , que s'adressait le culte particulier dont ce temple était l'objet; mais à une idole d'argile qui représentait seulement la tête d' un homme. Celle-ci avait absolument la forme d'une marmite ; la bouche et les lèvres étaient sur le sommet de la tète, et c'est par là qu'on versait le sang des sacrifices, dont on frottait aussi la face de l'idole, qui représentait le dieu de la guerre ou de la vengeance. On lui immolait les prisonniers que Ton avait faits à la guerre ; mais les scyris abolirent cette coutume , lorsque cette province fut réunie au royaume do Quito.