On ne sacrifiait pas de victimes humai
nés dans les temples du Soleil ; les rois de Quito et les Incas du Pérou l'avaient expressément défendu par une loi spéciale, comme l'assurent Niza, Monténégro et Garcilasso de la Vega. On offrait simplement du pain, du vin, de l'encens, de l'or , de l'argent , des pierres précieuses, des fleurs, des fruits, des agneaux et des toiles fines de coton ou de laine ; on sacrifiait encore d'autres animaux, mais seulement ceux qui servent à la nourriture de l'homme.
Division de Tannée péruvienne et ses diverses fêtes.
1 . Tout se réglait de la même manière dans le royaume de Quito et dans celui des Incas du Pérou ; mais comme ceux-ci fondaient leur puissance sur la religion , ils réunissaient le pouvoir temporel au pouvoir spirituel, et donnaient ainsi plus de pompe et de magnificence à leurs fêtes. On distinguait Tannée solaire , Inti-huata , de Tannée lunaire ou commune , Quilla-huata. L'année solaire se réglait à Quito par douze piliers , et à Cuzco par douze tours, qui servaient de gnomons pour marquer le commencement de chaque mois
(Acosta, Hise. nat., lib. 6, c. 3) ; on ornait de fleurs le pilier ou la tour qui, au lever du soleil , désignait le premier jour du nouveau mois. Il y avait à Guzco quatre autres tours, et à Quito deux colonnes, qui servaient à marquer les solstices lorsque les gnomons ne donnaient plus d'ombre. Le solstice de mars était la fin et le commencement de Tannée solaire , dans le calcul des années et des siècles. A chaque solstice on ornait pareillement la colonne ou la tour correspondante (1).
2. L'année lunaire se composait de douze mois et demi , et concordait ainsi avec Tannée solaire; le mois que Ton nommait Quilla (lune) avait autant de semaines que la
(1) U est sans doute inutile de faire remarquer aux lecteurs les inexactitudes dont fourmillent ce paragraphe et les suivants. L'auteur confond sans cesse les mots de solstice et d'équinoxe ; il place le printemps du Pérou au mois de mars , et l'automne au mois de septembre , comme en Europe , tandis que le Pérou est situé tout entier dans la zone torride, et pour la plus grande partie dans l'hémisphère austral . Ces erreurs sont d'autant plus extraordinaires que l'auteur n'était point Espagnol , mais un jésuite de Quito.
( Note du traducteur. )
lune a de quartiers ; on le faisait commencer avec le premier jour de la nouvelle lune. La première semaine durait jusqu'au premier quartier, et s'appelait Mushuc-Quilla ou nouvelle lune. La seconde semaine, Yunda-QuiUa, durait jusqu'à la pleine lune. La troisième allait jusqu'au dernier quartier,, Yauyauc- Quilla ; enfin , la dernière jusqu'à la conjonction, que l'on nommait Huanuc-Quilla.
L'année lunaire commençait , à Cuzco , au mois de décembre : c'était le premier mois des Péruviens ; tandis qu'à Quito les années solaire et lunaire commençaient en même temps au mois de mars. Quelques auteurs ont noté cette différence , mais sans dire qu'elle dépendait des lieux ; de sorte qu'on a pensé que les Péruviens variaient dans la manière de régler leur année.
3. A Quito ainsi qu'à Cuzco, on divisait l'année en quatre saisons : 1 equinoxe du printemps qui commençait à Panchin ; Rupay- Mita, en juin; Umn-Knrmi, à l'équinoxc d'au-
tomne ; Tamia-Mita, en décembre. Au commencement de chacune de ces quatre saisons, pu célébrait une fête solennelle qui était une des quatre principales et des plus grandes de toute l'année. Un jeûne général la précédait; on lappelait Zazi-Puncha , et il était suivi de sacrifices, de festins, de musique et de danses.
4. Il y avait d'autres fêtes moins solennelles, à l'occasion desquelles je dirai que le mot Raymi ne signifie pas, ainsi que Font cru quelques auteurs, fête du Soleil, mais simplement danse ou ballet; avec cette différence toutefois que, lorsque les danses se faisaient dans des solennités ordinaires , elles s'appelaient Citua, au lieu que, dans de grandes occasions, elles se nommaient Raymi.
On verra, dans le tableau ci-joint,- l'ordre des fêtes de chaque mois , avec leurs noms et leur signification. Il commence au mois de décembre, comme Huayna-Capac l'avait établi à Quito.
Mois et fêtes.
5.1° Décembre , Ray mi. On donnait ce nom à tout le mois , à cause de la fête magnifique qui avait lieu à cette époque. Elle était précédée d'un jeûne général qu'on observait jusqu'au coucher du soleil. Gomme c'était une des quatre principales fêtes de l'année , on la célébrait avec la plus grande pompe ; elle avait lieu en l'honneur du Soleil placé entre les deux solstices. La danse et le son des instruments commençaient au lever de la lune.
2° Janvier, Uchuc-Pucuy ou Colla-Pucuy, ce qui est la même chose , et signifie la petite maturité ou l'accroissement du maïs, qui commence, à cette époque, à montrer ses premiers bourgeons.
3° Février, Hatun-Pucujr , c'est-à-dire le grand accroissement, parce que, pendant ce mois, le maïs s'élève beaucoup.