‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en françaisChapitre 24 sur 42 · La fête de ce mois , une des quatre prin · texte numérisé non relu

La fête de ce mois , une des quatre prin

cipales, était la seule qui fut précédée de trois jours déjeune ; on ne pouvait allumer du feu dans aucune maison , ni manger autre chose que des fruits et des légumes, pendant tout le temps que le soleil était sur l'horizon. Cette fête était marquée par trois cérémonies : la première, qui s'appelait Mushucrdna , consistait à renouveler le feu sacré. C'était l'Inca en personne qui, au moyen d'un miroir de métal concave, nommé Inca-Virpo> prenait les premiers rayons du soleil au jour de l'équinoxe, et en allumait le feu sacré.

La seconde cérémonie consistait à offrir au Soleil, du pain, du vin, des parfums, des fleurs, des vases d'or et d'argent, des tissus les plus fins, et à lui sacrifier des lamas. Dès que le sacrifice était accompli , l'Inca distribuait lui-même de ce pain et de ce vin sacré aux grands et aux seigneurs de la cour. On envoyait aussi , dans chaque maison , une parcelle du feu sacré.

La troisième cérémonie, qui était la plus

longue, était remplie par des festins, de la musique et des danses.

8. 5° Avril, Ajrrihua, c'est-à-dire le mois des épis déjà mûrs du maïs. Les fêtes de ce mois étaient moins solennelles que celles du mois précédent, et consistaient en chants, musique et jeux de hasard , auxquels on se livrait pendant la moisson. Le principal jeu , qui donna son nom au mois, s'appelait Misha ; il consistait à gagner les prix proposés par le public ou les particuliers, pour ceux qui trouveraient tel ou tel assemblage de grains de diverses couleurs dans les épis qu'on effeuillait ; car les épis diversement colorés se nomment Ayrihua. Tous les ans on proposait les prix de diverses manières : tantôt c'était à celui qui trouverait un seul grain de couleur différente, tantôt à celui qui en trouverait deux, trois , etc., sur une ou plusieurs lignes ; on vérifiait avec soin si l'épi était bien intact. Ce moyen avait été inventé pour hâter et égayer le travail , pendant lequel on avait Tes-

pérance de gagner la Mi s ha. Cet usage existe encore aujourd'hui dans quelques provinces du royaume de Quito.

9. 6° Mai, Ajrmurajr. C'est alors qu'on transporte le mais dans les greniers ou les entrepôts, en formant une espèce de procession accompagnée de musiciens et de chanteurs.

On nommait aussi ce mois Cusqui ou extirpation, parce que, dès que le transport du grain était effectué , on faisait subir à la terre une première préparation , en arrachant les tiges du maïs et les autres broussailles.

7° Juin, Inti-Rajrmi , c'est-à-dire le mois de la danse solennelle en l'honneur du Soleil placé entre les deux solstices. C'était une des quatre grandes fêtes principales ; elle était précédée de jeûnes et accompagnée de sacrifices mêlés de musique et de chant.

10. 8° Juillet, Anta-Citua, ou la danse des guerriers. Elle était exécutée par les officiers et les soldats, vêtus d'un riche costume, et portant des casques dorés , des plumes , des

joyaux, et des armes de cuivre brillantes :

ce nom vient d'Jnta, qui veut dire cuivre, et de Citua y qui signifie grande danse. Les danseurs étaient partagés en plusieurs bandes accompagnées de tambours, de flûtes et de fifres. Ils dansaient ainsi tout le jour, en jouant avec leurs armes, et ne se reposaient que le temps nécessaire pour apaiser la soif* Quelques auteurs se servent, pour désigner ce mois, du mot acitua , qui n'en est que l'abrégé ou la corruption.

11. 9° Août, Capac-CUua. C'est la grande danse ou la plus solennelle. On l'appelait aussi Yapaiqui ou fête jointe à la précédente ; et, en réalité, ce n'en était que la continuation.

Cette danse guerrière était l'amusement favori des Indiens; ils s'y livraient avec la plus grande ardeur, et c'est la seule fête qui se soit perpétuée jusqu'à nos jours dans le royaume de Quito , et surtout dans la province de Puruha, où il serait plus facile d'exterminer et d'éteindre la race indienne que d'en abolir

l'usage. A cette occasion, les divers Indiens empruntent aux Espagnols auxquels ils appartiennent leurs plus beaux vêtements. Ils portent des casques dorés ornés de plumes d'autruche, et y suspendent des bijoux et des monnaies d'or et d'argent, et leurs armes brillantes ne sont plus de cuivre, mais d'acier ou de bois doré. C'est à cause de ces fêtes que les Espagnols appellent ces deux mois les mois des danseurs. Quelques auteurs, qui ignoraient tout cela, ont donné des étymologies extravagantes aux noms d J 4nta-Gtua et de Capac-Citua.]

12. 1 0° Septembre , Uma-Raymi. On varie aussi d'opinion sur l'origine de ce mot ; uma signifie tête , et ce nom vient de ce que pendant ce mois on faisait le dénombrement des chefs de famille de tout l'empire. On faisait ce recensement le même jour où l'on célébrait tous les mariages; les époux qui formaient une nouvelle famille étaient compris dans ce re-r censément. Cette fête durait vingt jours dans

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la capitale et trois jours dans les provinces. Ce mois s'appelait aussi Coya-Raymi , c'est-àdire la fête de la danse de la reine, parce que le mariage de la reine ou des membres de la famille royale , ayant aussi lieu à cette même époque, la fête en devenait plus brillante et plus solennelle.

46. 14° Octobre, Ayar-Maca. On s'est encore bien plus égaré sur la signification de ce mot, dérivé de Aja 9 qui signifie mort ou défunt. Toutes les explications qu'on en a données me paraissent également erronées. Je crois hors de doute que ce nom vient de la fête des morts qu'on célébrait tous les ans par des chants lugubres et une musique funèbre. Les Indiens racontaient dans ces chants les prouesses et les hauts faits des membres défunts de chaque tribu ou de chaque famille. On faisait ces cérémonies sur leurs tombes , et à cette occasion on renouvelait les vins et les liqueurs , au moyen de conduits

souterrains. 11 est probable que c'est à cette 18 10

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époque , et dans ce même mois , qu'on représentait les tragédies dont parlent quelques auteurs , et qui rappelaient les hauts faits de leurs ancêtres.

14. 42° Novembre. Capac-Raymi , c'est-àdire le mois solennel des danses générales , de la musique et des chants joyeux. Cette fête avait lieu après les semailles, et comme pour célébrer la fin de l'année. A cette époque on représentait des comédies très-instructives et très - morales , composées par les membres les plus savants de la famille royale, pour amuser et instruire le peuple. Quand la représentation de ces comédies était terminée , on se livrait à divers jeux, tels que le Huayru ou grand dé d'os à cinq pointes ; le Pirurcuy, ou danseur à quatre visages , qui avait quatre faces : gain total, gain d'une partie de l'enjeu, perte totale et perte partielle (1). Le Cincu- Chuncay, ou jeu de boules avec des raquettes ; le

(1) C'était probablement une espèce de toton.

Huayrachina, ou jeu de paume avec une balle en gomme élastique pleine ou creuse ; et , le Huatucajr, jeu où l'on devine. Cette fête occupait une partie du douzième mois, et le treizième, composé seulement de deux quartiers de lune pour finir Tannée , et qu'on nommait pour cette raison Puchuc* Quitta.

Outre les fêtes dont nous venons de parler, il y en avait beaucoup d'autres moins importantes : les unes n'avaient pas d'époque fixe et les autres ne se faisaient que dans certaines localités. Parmi les premières on peut en compter trois : une pour la lutte ou le combat ; on la nommait Intinacujr ; les jeunes gens se livraient à cet exercice , et le roi récompensait les vainqueurs en leur offrant de riches vêtements. Une autre pour la course; elle était appelée Callpanacuy : on devait atteindre un but désigné , et à chaque extrémité de la carrière étaient placés des juges qui proclamaient les vainqueurs qu'on armait chevaliers. La troisième fête était consacrée à la coupe desche-

veux, ou au second baptême des premiers nés.

11 serait trop long de parler de toutes les fêtes particulières à chaque ville et à chaque province. H suffira de dire que les deux points essentiels de toutes les fêtes des Indiens étaient de danser et de s'enivrer; deux passions dominantes et caractéristiques de leur nation. Ils avaient une grande abondance de boissons très-fortes et très-propres à enivrer, de même que celles des Européens. Ils les tiraient de diverses matières fermentées,

telles que de la racine Yuca , du bananier, de l'ananas ou Pina , du Molle, espèce de graine , et surtout du mais.

1 5 . La danse, appelée généralement Tushuy, se subdivisait en plusieurs sortes. Ainsi on entendait par Tus-Hunacuy, une danse entre un homme et une femme ; Ruyru-Tushuy signifiait une ronde; Muyuy-Tushuy, désignait une danse dans laquelle on tournait toujours ; Tingui-Tushuy, celle dans laquelle on se tenait par la main ; Auca-Tushuy, était une

danse militaire avec des armes ; Zapa-Tushuy, une danse d'une seule personne, etc.

16. Malgré leur goût pour la musique, qui jouait un rôle important dans leurs fêtes , les Péruviens étaient très-peu avancés dans cet art ; ils ne distinguaient pas les tons et les demi-tons : cependant , ils étaient très-habiles à jouer de tous les instruments qu'ils avaient inventés. Les plus communs et les plus généralement répandus étaient : les Chilchiles, espèces de sonnettes ou de grelots, avec lesquels ils faisaient un grand bruit ; le Cujrbi , flageolet composé de cinq notes ; la Tinjra, espèce de guitare; la Hujrrampuru, espèce de flûte de pan ; la Pingullu ou flûte ; la Huajrllaco , grande flûte; le ffuencari, petit tambour pour foire danser ; la Qquipa, trompette. Tous ces instruments étaient de diverses grandeurs et faits de bois, de roseaux , de calebasse, d'as ou de métal .

Forme du gouvernement.

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