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La nomination et la répartition des

1 76 Velasgo.

emplois fut toujours confiée par les Incas aux sages Orejones , qui avaient une connaissance particulière des mœurs et des talents de chacun. Ils se réservaient seulement la confirmation de leurs choix. Il y avait toujours deux généraux parfaitement égaux entre eux; de sorte que s'il survenait une révolte , ils devaient agir de concert, et s'il en éclatait deux en même temps , ils pouvaient marcher chacun de leur côté contre les rebelles. Le lieutenant général remplaçait l'un d'eux s'il venait à mourir- Voici les grades qui existaient au Pérou, et qui ressemblent beaucoup à ceux qui sont établis chez les nations civil isées*

Emplois militaires.

Apusqxiipay , général d'année.

Apusqui-Jiandin , lieutenant général»

Hatun- Apu , commandant de quatre ou cinq mille

hommes.

Apu , capitaine.

ffatun-Apu-Randin-, lieutenant-colonel.

Apu-Randw , lieutenant.

Catnayuc, officier.

Guaranga-Camayuc , commandant de mille homme*. Pachsac-Camayuc , centurion.

Pichca-Chunga-Camayuc , commandant de cinquante hommes.

Chunga-Camayuc , décurion.

Unanchayaneoc , porte-étendard .

Buancar-Camayuc , tambour. Qquipa-Cumayuc , trompette.

Pucara-Camayuc , commandant d'une forteresse, jéucac-Huna , soldat .

Des armes.

Les Péruviens n'avaient pas Ja moindre idée des armes à feu, qui même étaient nouvelles dans l'ancien continent. La première fois qu'ils entendirent le bruit des mousquets et qu'ils en éprouvèrent les effets, ils crurent que les chrétiens étaient des êtres extraordinaires qui avaient à leurs ordres le terrible Illapa, c'est-à-dire le tonnerre des dieux irrités; mais ils connaissaient l'usage de toutes les autres armes, qu'ils savaient fabriquer <le pierre , d'os , de bois très-dur, d'or, d'argent, de bronze et de cuivre. Ils n'employaient pas le fer, quoiqu'ils le connussent sous le

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nom de Quillcy , parce qu'ils savaient tremper le cuivre comme l'acier. Ils avaient un grand nombre d'armes diverses; les unes étaient d'un usage général , les autres particulières à certaines provinces; les unes simples, les autres travaillées avec beaucoup d'art; il y en avait qui servaient seulement pour la chasse , et d'autres pour la guerre : quelques-unes servaient aux deux usages à la fois. Mais ce dont les Indiens s'occupaient principalement, c'était de se donner un air martial, soit par la beauté de leurs armes et de leurs plumes , soit en cherchant à s'enlaidir de manière à avoir un air effrayant.

Arme* et armures les plus usitées.

Umachina, casque d'un bois très-dur ou de quelque métal brillant , orné de plumes de différentes couleurs et de pendants d'or et d'argent.

Nahuichina , espèce de salade ou visière de métal.

Jucana-cushma , pourpoint garni de coton et d'étoupe capable d'émousser les pointes des flèches ; Gomara fait mention de ces espèces d'armures et de plusieurs sortes d'armes ( ffist. génèr., chap. 195 ).

ffuallcanga, espèce de rondache qu'on pendait au cou.

Chuqui, lance très-grande et très-pesante faite d'un bois très-dur.

Anta-îiauchi , languette de cuivre trempé , fixée sur une autre lance plus courte.

Turpuna, hallebarde et pique de chonta ou de bois dur comme du fer , avec ou sans pointe de cuivre.

Tuccina , épée de cuivre trempé , longue de deux à trois palmes, épaisse et large de plus d'un doigt , et avec une poignée en crin.

Macana , sabre très-grand , de bois, et capable de couper un homme en deux.

Callhua, couteau léger en cuivre ou en bois et aiguisé d'un côté.

Tumi, coutelas-sabre de cuivre ou de pierre.

Ckictana, hache ou hachette de pierre ou de cuivre.

Estolica, javelot long de douze palmes, composé de deux parties , dont l'une , appelée cumana, était une espèce de batiste qu'on tenait à la main et qui servait à lancer le huachi ou javelot , lequel avait tant de force qu'il traversait un tigre de part en part.

Chingana, grand poignard à deux tranchants, placé au bout d'un petit dard propre à être lancé et qui pouvait traverser un taureau.

Guicopa , petite massue que l'on lance et dont le bout est comme un marteau.

Huactana , massue de bois très-pesante.

Huachina, arc.

Huachi, flèche.

Viruti, dard empoisonné.

Virufi-Churona , carquois.

Huaraca, fronde à lancer des pierres.

Huancar et ffatun-Taqui , tambour de guerre.

Qqui-pa, trompette de bois.

Churu , trompette d'alarme faite d'un coquillage. Unancha, étendard, bannière.

Divers établissements de Huayna-Capac. — Répartition

des terres.

1. Une des ordonnances les plus sages d Huayna-Capac ou de ses prédécesseurs fut celle qui abolit, dans les provinces nouvellement conquises, la propriété territoriale, ou plutôt qui rendit cette propriété commune à tous. Dès qu'on prenait possession d'une province, on divisait les terres capables de culture en trois parts : l'une pourleSoleil, l'autre pour llnca, et la troisième pour le peuple. Tout le monde devait travailler en commun à celle du Soleil , ce travail devenant un hommage

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dû à la Divinité. On en conservait les produits dans des magasins, et Ton s'en servait pour entretenir le temple, ses ministres et les vierges consacrées à son service ; c'était la portion qui devait être cultivée la première.

2. La part de l'Inca se cultivait aussi en commun, et ce travail était presque le seul tribut que les vassaux payassent à leur prince. On en conservait les produits dans les magasins royaux. L'Inca en entretenait sa maison , payait les dépenses publiques de l'empire , et réservait tout le reste au profit du peuple pour tes années de disette. Quant à là troisième part, on en retirait une bonne portion pour les veuves, les orphelins, les malades , les vieillards et les soldats quittaient à l'armée, et cette portion était aussi cultivée en commun, immédiatement après la part du Soleil et avant celle de l'Inca.

3. Les autres terres étaient distribuées aux familles du village et cultivées en particulier; elles ne se transmettaient pas par héritage,

HISTOIRE DU nOYAUMi: DE QUITO.

mais elles augmentaient ou diminuaient dans la même proportion que la famille. Par eet admirable arrangement, on ne rencontrait jamais au Pérou un pauvre ou un mendiant. Il en était autrement dans le royaume de Quito, où le principe de la propriété des terres existait; aussi y voyait-on les mêmes inégalités et les mêmes misères que partout ailleurs. Mais ce royaume se soumit à la nouvelle constitution , non-seulement sans répugnance , mais avec joie; car il était animé des mêmes sentiments d'amour pour son prince.

Uniformité du langage.

4. Gomme les nations qui composaient l'empire du Pérou parlaient chacune une langue différente, il formait pour ainsi dire une vaste tour de Babel , où personne ne pouvait s'entendre, ce qui offrait de grandes difficultés au gouvernement. Pour remédier à cet inconvénient , les Incas, sans forcer les population*

conquises à renoncer à leur langue, les obligèrent à apprendre celle que Ton parlait à Cuzco, et que Ton nommait langue Quichua ou des In cas, parce qu'elle était en usage dans les plus anciennes provinces soumises par Manco-Capac.

5. Il est à croire que cette langue était d'abord assez pure et limitée à un certain nombre de mots; que par les conquêtes des Incas elle se corrompit ou se perfectionna par la réunion de beaucoup d'expressions de diverses autres langues. Elle adopta surtout les expressions qui désignaient les personnes, les animaux, les végétaux, les montagnes, les fleuves et autres objets qui sont particuliers à chaque pays.

6. Ainsi augmentée, la langue péruvienne pouvait s'appeler complète lorsque la conquête atteignit les bornes du royaume de Quito, où une semblable transformation s'était opérée.

De ce côté-là diverses nations ayant aussi été conquises , la langue de Quito avait adopté beaucoup de termes étrangers; elle finit donc

par se composer de trois idiomes : le premier , qui en était 1 élément, s'appelait Quitu; sa prononciation ne comportait pas la voyelle o, comme on le voit encore aujourd'hui dans beaucoup de mots ; le second, Scjrri, fut introduit par la domination des étrangers, de la race de Caran; et le troisième, Pu/ hua , langue naturelle des quatre derniers rois, l'enrichit aussi d'une foule de nouveaux termes.

7. L'idiome Scjrri, qui était la langue en usage, n'était autre chose, ainsi que je l'ai répété plusieurs fois, qu'un dialecte de la langue des Incas du Pérou , ou plutôt c'était la même prononcée d'une manière différente et mêlée de mots étrangers. Comme cette langue n'était pas usitée dans les pays intermédiaires, Huayna -Capac fut tellement étonné en arrivant à Quito de voir qu'on y parlait la même langue qu'à Cuzco, qu'il reconnut que les deux monarchies devaient avoir une origine commune. Il fut confirmé dans cette opinion

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eu ol>servaut la même religion, le même costume et la connaissance de quelques arts et de quelques sciences communes aux deux nations. Cette étrange réunion de circonstances lui fit regarder sa nouvelle conquête avec

une sollicitude toute particulière ; et les deux

idiomes composés de tant d'autres se réunirent pour n'en former qu'un seul beaucoup plus riche et bien plus éloigné de la languemère, que l'on croit avoir été la même dans les deux pays.

8. 11 eut donc moins de peine à établir dans cinquante-neuf états une seule langue commune; mais cette langue commune, composée de tant d'éléments divers , est très-différente à Cuzco et à Quito. Dans ce dernier royaume on parle un dialecte plus varié que dans le premier, où la langue a mieux conservé sa pureté primitive. La différence existe cependant non dans les mots, mais dans la variation des voyelles et des consonnes, ainsi que je l'ai prouvé dans plusieurs endroits de cette histoire.

9. Maintenant que nous avons une idée de cette langue commune, je dois dire qu'elle est plus riche que toutes les langues de l'Europe qui ont adopté de la même manière des mots étrangers. Il n'y a rien qu'on ne puisse expliquer par des termes particuliers, ainsi que je l'ai démontré contre l'opinion de quelques philosophes, qui ne savent ce qu'ils disent en prétendant que l'idée d'un Etre- Suprême et les abstractions ne peuvent s'exprimer dans cette langue. Pour désigner seulement les parties intérieures et extérieures du corps humain, il y a plus de cent vingt mots, sans compter ceux qui appartiennent à l'anatomie. Pour indiquer la parenté, elle surpasse certainement toutes les langues de l'Europe; car elle a l'avantage de dire en un seul mot ce que nous ne pouvons expliquer qu'au moyen de plusieurs, ainsi que nous pouvons nous en convaincre dans l'exemple suivant :

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Neveu, fil» de frère , — Concha.

Neveu , 61s de sœur , — Mulla.

Frère de l'homme , — Huanqui.

Frère de la femme , — Turi.

Sœur de l'homme, — Panû

Sœur de la femme , — Naiia* Beau-frère de l'homme , — Masha.

Beau-frère de la femme, — If as.

Belle-sœur de l'homme , — Ipa»

Belle-sœur de la femme , — A que.

1 0. Un de ses caractères particuliers est d'être très-douce et très-expressive, surtout pour la poésie : ceux qui sont habiles à la manier éprouvent un charme particulier à s'en servir. Elle a le très-grave défaut de ne pouvoir s'apprendre parfaitement dans les livres, mais seulement par un grand et long exercice; car elle renferme un nombre considérable de mots qu'on ne peut écrire d'aucune manière, vu le manque de caractères pour en exprimer la prononciation. Ceux qui écrivent dans cette langue tâchent de suppléer à ce défaut en redoublant des vovelles ou des consonnes. Mais, le plus souvent, ce moyen

augmente ou du moins conserve les mêmes difficultés.

1 1 . Quelque peine qu'on se donne pour bien écrire un mot, il arrive toujours que prononcé d'une manière il veut dire une chose, et que prononcé d'une autre manière le sens change complètement. Ainsi, dans le mot sicci, qu'on mette un h ou qu'on n'en mette pas, qu'on redouble Y s ou qu'on laisse le mot tel qu'il est, cela n'empêchera point que, prononcé d'une manière, il ne signifie une espèce de paille large, et que, prononcé d'une autre, il ne veuille dire démangeaison du corps. De même caca peut s'écrire avec un k ou avec un c, soit simple ou redoublé. Par l'une ou l'autre prononciation, il voudra toujours dire : oncle maternel ou rocher. Cette différence se retrouve dans une très-grande quantité de mots ; il existe beaucoup de traités et de vocabulaires tant manuscrits qu'imprimés, et tous différents dans la manière de rendre la prononciation ou le sens de chaque mot, ou

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d'en faire les terminaisons (de voyelles ou de consonnes), suivant la partie du royaume de Cnzco et de Quito dans laquelle l'auteur se trouvait. ' -

Les arts et les sciences les mêmes dans les deux royaumes.

12. Il est facile de concevoir que Huayna- Capac ne trouva pas les mêmes obstacles à Quito que partout ailleurs pour y étendre les lumières d'une civilisation uniforme; car j'ai déjà dit dans quel état se trouvaient les arts

et les sciences dans ce pays.

On peut dire qu'on connaissait à Quito, aussi bien qu'à Cuzco, l'agriculture, le dessin , l'art de fondre les métaux, l'arithmétique, la navigation et l'astrologie. A Cuzco on entendait mieux la morale, science si nécessaire dans un gouvernement policé, l'art militaire, la tisseranderie , l'architecture , la sculpture et la statuaire. Mais en revanche Quito lui était supérieur dans la botanique et dans l'art de sculp-

1er les bois et de tailler les pierres précieuses. Or , ces deux royaumes en se réunissant confondirent leurs mœurs et leurs mutuels avantages; les progrès qu'ils firent dans ces arts et dans ces sciences devinrent communs à tous deux, ainsi que je l'ai prouvé contre l avis de quelques savants de nos jours.

Édifices publics de Huayna-Capac.

1. Rien ne prouve mieux l'état florissant des arts et des sciences dans l'empire de Huayna-Capac , que les restes immortels des constructions célèbres dont parlent une foule d'auteurs, et qui en seront toujours la preuve la plus convaincante. Ces constructions reraarquables sont de sept espèces : les temples, les monastères , les palais , les forteresses , les hôtels, les magasins et les routes royales, qui comprennent les ponts , les canaux et les aqueducs.

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